CHAPITRE XXI
La coalition de 1821.
Session de 1821. — M. de Lalot et M. de la Bourdonnaye s'entendent arec M. Manuel et M. de Lafayette contre le ministère. — Entrevue du duc de Richelieu et de M. Royer-Collard. — Ce dernier se prononce .pour la coalition. — Avertissements du comte de Santa-Rosa, proscrit piémontais, et du ministre des États-Unis, M. Gallatine, aux libéraux français pour les détourner de la lutte contre le ministère. —Plaintes de M. de Villèle sur la conduite des pointus. — Commissiion del'adresse. — La coalition des gauches et de l'extrême droite se forme sur 19 rédaction du paragraphe relatif aux affaires étrangères. — Phrase injurieuse pour la couronne. — Discussion de l'adresse. — M. de la Bourdonnaye, le général Foy, de Serre — La Chambre adopte successivement le paragraphe et l'adresse dans son ensemble. — Indignation du roi e^ de la duchesse d'Angoulême, à U nouvelle de ce vote. — de Serre rédige la réponse du roi au président de la Chambre chargé de lui présenter l'adresse. — Grand effet que produisent les paroles de Louis XVIII. — Projet de loi sur la répression des délits de presse et sur la prorogation de la censure. — Exposé des motifs rédigé par de Serre. — Débat sur une pétition dirigée contre la censure. — Violentes attaques des orateurs de l'extrême droite. — Réponse du garde des sceaux.
— Il refuse de séparer sa cause de celle de M. Pasquier. — Contrairement à ravis du Gouvernement, la Chambre décide que le projet de loi sur la censure sera examiné avant le projet de loi sur les délits de presse. — La commission nommée est hostile au projet. — Entretien du duc de Richelieu avec le roi et le comte d'Artois. — Démission des ministres. — De Serre refuse, ainsi que le duc de Richelieu et H. Roy, de faire partie du nouveau cabinet.
— Le ministère de droite. — De Serre est nommé ambassadeur à Naples. — Le nouveau ministère retire le projet de prorogation de la censw*e et présente un second projet de loi, qui aggrave les pénalités et enlève les procès do presse au jury pour les confier aux cours royales. — De Serre intervient dans le débat sur une pétition adressée à la Chambre par un avocat de Gray contre un acte de son ministère. — La Chambre passe à l'ordre du jour sur la pétition. — Discussion des lois sur la presse. — Le jury. — Le dernier discours d'Hercule de Serre lu à la tribune par M. de la Boulaye. — Louis XVIII et son ancien garde des sceaux.
La session de 1821 s'ouvrit le 5 novembre. La droite marqua sa puissance dès la formation du bu-
reau de la Chambre. Les ultras , tout en accusant la tiédeur de M. de Villèlc, tenaient à se couvrir dé son nom ; ils lui offrirent de le porter à la présidence, en remplacement de M. Ravez. M. de Villèle s'y refusa absolument. M. Ravez fut nommé ; mais il n'eut que 133 voix^ le même chiffre qu'avait obtenu M. de Villèle ; les autres membres du bureau, MM. Corbière, de Ronald, de Vaublanc, furent tous pris dans Tune ou l'autre nuance du parti royaliste.
Ne pouvant compter sur la droite modérée pour ouvrir la lutle contre le ministère, les meneurs décidèrent de s'entendre avec la gauche. En ce moment se préparaient contre la royauté les complots de Saumùr et de Relfort ; sans qu'on en connût la trame, on soupçonnait les menées des factions, et les ultras, qui, loin de se dissimuler le péril, l'auraient plutôt exagéré, ne cessaient d'en faire peser la responsabilité sur le cabinet. C'était pourtant aux chefs du parti révolutionnaire, à M. de Lafayette et à M. Manuel, que M. de Lalot et M. de la Rourdonnaye allaient demander alliance contre le duc de Richelieu.
Si l'on pouvait espérer le concours de l'extrême gauche et de la gauche, il restait à savoir ce que ferait le centre gauche. « Vous ne pouvez compter sur ', la doctrine, qui dépend de l'extrême gauche, laquelle dépend à son tour des Ecoles de droit, de médecine et des moustaches à demi-solde. » Tel était le pronostic que M. de la Roulaye envoyait à de Serre. Cependant M. Royer-Collard hésita beaucoup avant
d'arrêter sa résolution ; il alla rendre visite au duc de Richelieu, comme pour chercher dans cet entretien avetftin homme dont il n'avait cessé de respecter le haut caractère, quelque moyen de conciliation; mais cette démarche n'aboulit qu'à constater une fois de plus le désaccord. M. Royer-Collard avait parlé de la nécessité d'une nouvelle ordonnance du 5 septembre, c*est-à-dire d'une lutte nouvelle contre la droife, et le duc de Richelieu, non sans quelque impatience, avail écarté le souvenir et le conseil. Entre ces deux personnages de nature si différente, le médiateur aurait dû être le garde des sceaux. Ce rôle, plus que jamais souhaitable, qui lui avait permis, l'année précédente, de grouper autour de la loi électorale une si forte majorité, de Serre, depuis la fatale rupture, n'était plus en situation de le remplir. Persuadé que le ministère ne reviendrait à aucun prix vers le centre gauche, M. Royer-Collard, sans consulter ses amis, se prononça pour la lutte. Plutôt que de garder un ministère qui, selon lui, n'était que l'instrument de la droite, il eslima qu'il valait mieux hâter l'avènement d'un cabinet purement royaliste, ne le croyant pas durable, et, dans une réunion de membres de la gauche, il fit, dit-on, prévaloir cette opinion contre le général Foy, qui était d'avis de ménager le gouvernement.
La passion politique exerce sur les plus honnêtes gens de telles fascinations, qu'il ne faut jamais juger leurs fautes avec trop de sévérité, tout en s'efforçant de les mettre en lumière pour l'inslruclion de la postérité. L'extrême droite rendait le ministère
complice des actes de la gauche, et c'était aux membres les plus avancés de la gauche qu'elle demandait secours contre lui. M. Royer-Gollard, à son tour, reprochait au ministère d'être sous le joug des ultras, et, pour rabattre, il consentait à s'entendre avec les plus exaltés des ultras, M. de la Bourdonnaye et M. de Lalot.
Les étrangers appréciaient avec plus de clairvoyance l'état des choses et la conduite des partis. Ceux-là mêmes que leurs convictions ou leurs antécédents rapprochaient des libéraux leur tenaient un langage bien propre à les éclairer. Un jour, le comte de Santa-Rosa, le proscrit piémontais, le ministre de la guerre du gouvernement insurrectionnel de Turin, conversait des affaires de France avec quelques membres de l'opposition, avec M. Royer^CoUard, M. Humann, réunis chez un suppléant de Sorbonne fort en vogue, bien qu'alors disgracié, Victor Cousin. M. Royer-CoUard soutenait la nécessité de renverser le ministère du duc de Richelieu ; il affirmait qu'un cabinet royaliste n'en aurait pas pour six mois ; que la réaction provoquée par ses fautes porterait infailliblement au pouvoir une administration libérale. Santa-Rosa réfutait cette opinion, et s'élevait avec sévérité contre la manœuvre de parti qu'il voyait poindre :
« Ne prenez pas garde à moi, disait-il au jeune professeur qui nous a transmis ses paroles ; je deviendrai ce que je pourrai. Vous, faites votre devoir. Votre devoir de bon citoyen est de ne pas combattre un ministère qui est voire dernière ressource contre
U OOAUTION DE 182i. 5t97
la fiction ennemie de tout progrès et de toutes lumières, n n'est pas permis de faire le mal dans -Fespérance du bien. Tous n'éles pas sûr de renverser plus tard MM. Corbière et de Yillèle, et vous êtes sûr de ftiire le mal, en leur livrant le pouvoir. Pour moi, si j'étais député, j'essayerais de donner de la force au ministère Richelieu contre la cour et le côté droit». »
Un autre conseiller des libéraux, le ministre des Etats-Unis, M. Gallatine, leur exprimait la môme manière de voir. Républicain de conviction, mais jugeant que, dans l'état de l'Europe, la monarchie était nécessaire à la France, il approuvait la politique du ministère du duc de Richelieu ; il estimait qu'elle donnait aux libertés publiques toutes les garanties que le temps comportait, et il blâmait une opposition dont le seul effet, à ses yeux, devait être de pousser la maison régnante dans une voie extrême.
liOS membres les plus autorisés de la droite n'étaient pas moins effrayés des projets qui se formaient autour d'eux.
« Les pointus nous gênent horriblement, écrivait M. de Yillèle... Ils ne sont quune poignée, comme l'an passé, mais les plus actifs, les plus osés, les plus remuants, et ils ont l'habileté de ne point vouloir se séparer des autres. Loin de dissoudre ou d'abandonner la réunion Piet, ils y sont toujours et presque seuls, parce que leurs violences en ont éloi gné les gens tranquilles. Ils ont échoué dans leur
* OSuvre* de Victor Cousin, littérature HI, p. 368, Paris, 1849.
m LE COMTE DE SERRE.
manœuvre contre Ravez, maintenant ils veulent tout faire rejeter, le bien comme le mal*. »
La rédaction de l'adresse fournit le terrain sur lequel s'entendirent les coalisés. Déjà, dans la commission, dont M. de Villèle avait refusé de faire partie, leur accord avait introduit les membres les plus ardents de l'extrême droite, MM. de Lalot, de Vaublanc, de la Bourdonnaye, de Castelbajac. Les termes du paragraphe relatif aux affaires extérieures réunirentlcsdeux opinions. Ce paragrapheélaitainsiconçu :
« Nous nous félicitons, sire, de vos relations constamment amicales avec les puissances étrangères, dans la juste confiance qu'une paix si précieuse n'est point achetée par des sacrifices incompatibles avec Vhonneur delà nation et la dignité de la couronne. »
La seule supposition était un outrage pour le roi. On alléguait, pour l'atténuer, la théorie parlementaire qui, même en nommant le roi, ne met jamais en cause que la responsabilité des ministres. C'était pousser la fiction un peu loin.
L'abus détruit également les fictions et les principes. Ceux qui invoquaient cette excuse, assez inattendue dans leur bouche, ne pouvaient se dissimuler qu'ils frappaient la royauté elle-même, sous prétexte de n'atteindre que les ministres, en livrant ainsi la dignité de la couronne aux soupçons blessants de l'opinion publique. M. Laine leur en fit le reproche du haut de la tribune, avec cet accent pathétique que lui donnaient toujours les grandes émotions : « De-
*■ Cité par U. Nettement, Histoire de la Restauration, t. V,p. 648.
puis qu'il existe dans ce pays des assemblées délibérantes, dit-il, ceux-là mêmes qui ont affaibli le sceptre pour le briser ensuite n'ont jamais prononcé vne phrase aussi injurieuse pour le roi. »
Ce qui aggravait le caractère de cette phrase, c'est que ceux qui s'étaient réunis pour l'écrire y avaient attaché des signifitations contradictoires : ils dirigeaient contre le gouvernement des reproches qui s'excluaient; les libéraux soutenant qu'il avait sacrifié les peuples, les royalistes quMl avait sacrifié les ti*ônes. Sachant bien qu'au fond leurs pensées étaient incompatibles, les deux partis avaient combiné une formule dont l'ambiguïté calculée couvrait leurs discordances, Coalition « monstrueuse », comme le disait M. deVillèle, et dont la rare immoralité mérite l'indignation de l'histoire.
L'adresse fut discutée en comité secret, et, dès le début, l'opposition des vues se manifesta entre les alliés. M. de la Bourdonnaye reprocha avec violence au cabinet d'avoir trahi la cause de la maison de Bourbon à Madrid et à Naples ; le général Foy, en termes plus modérés, l'accusa d'avoir livré l'Italie à ses oppresseurs.
De Serre profita du désaccord que révélaient ces discours pour faire sentir à la Chambre l'impossibilité de voter le paragraphe. 11 releva à deux reprises l'équivoque de la déclaration en môme temps que son inconvenance. Ses paroles, dont il ne reste qu'une incomplète analyse, avaient un tel caractère d'évidence, qu'elles arrachèrent à la loyauté du général Foy cet aveu murmuré à voix basse : « C'est vrai ! »
iûO LE COMTE DE SERRE.
« Dire au roi» s'écriait de Serre, que la Chambre a la juste confiance qu'une paix si précieuse n'a pu (*tre achetée par des sacrifices incompatibles avec l'honneur de la nation et la dignité de la couronne, c'est lui dire qu'on a la juste confiance qu'il n'a pas fait une lâcheté et une bassesse ; c'est un outrage évident qui ne pourrait être dans la bouche que des plus cruels ennemis du roi, si le roi pouvait avoir des ennemis. »
Il signalait ensuite les opinions inconciliables qui se cachaient sous l'obscurité voulue de la rédaction :
« Il n'est pas de la dignité de la Chambre d'employer des expressions équivoques qui se prêtent également aux interprétations les plus opposées, et qui par conséquent peuvent être injurieuses au trône... »
C'était sur ce point qu'il eût fallu prolonger le débat. Toute explication était pour les coalisés une défaite ; ils eurent hâte de la prévenir, et, sans essayer de répondre au ministre, ils précipitèrent le vote de la clôlure. On rejeta la suppression du paragraphe, et l'adresse, telle que la commission l'avait faite, fut adoptée dans son ensemble par i 76 voix contre 98.
M. de Villèle s'était levé contre le paragi*aphe, mais sans prononcer un mot dans le débat. M. Corbière était resté en Bretagne. Vingt à vingt-cinq membres de la droite votèrent avec M. de Villèle : « C'est ce que nous avons de plus honorable », écrivait-il luimême, en les citant. Parmi eux se trouvaient MM. de Kergorlay, Benoist, de Bonald, Pardessus, Josse de Beauvoir, Cornet dincourt, Piet, de Béthisy.
la fierlé royale sentit vivement Toffensc de ce vote. Le premier mouvement de Louis XVIII fut pour refuser l'adresse. Il consentit pourtant, sur les observations du président, à la recevoir, mais en écartant la solennité qui en accompagnait d'ordinaire la présentation. Il décida qu'il n'y aurait pas de grande députation, et que l'adresse lui serait remise, le soir, dans son cabinet, par le président de la Chambre, assisté de deux secret ai r es .
Il voulut de plus que son conseil lui soumit un
projet de réponse. Trois projets furent préparés par
M. Pasquier, M. Laine et de Serre. La rédaction du
gwde des sceaux était la plus énergique ; elle fut
adoptée par tous les ministres. De Serre, en séance
du conseil, lut son projet au roi ; il en défendit avec
vigueur les termes et alla jusqu'à dire que, si ce texte
n'était pas maintenu, il prierait Sa Majesté de recevoir
sa démission. Le roi, qui, depuis quelques jours,
avait paru un peu assoupi, fit nettement entendre
que sa volonté était d'adopter intégralement le projet
et de garder son ministère.
Le 30 novembre, au soir, comme il avait été con venu, M. Ravez, président de la Chambre des députés, accompagné de deux secrétaires, fut admis dans le cabinet du roi. Louis XVIIl prit de ses mains l'adresse, sans permettre qu'on lui en donnât lecture, et, la posant sur son bureau, il dit :
« Je connais l'adresse que vous me présentez. . . Dans Pexil et la persécution, j'ai soutenu mes droits, l'honneur de ma race et celui du nom français. Sur le trône, entouré de mes peuples, je m'indigne à la seule
pensée que je puisse jamais sacrifier l'honneur de la nalion et la dignité de la couronne. J*aime à croire que ceux qui ont voté cette adresse n'en ont pas pesé toutes les expressions. S'ils avaient eu le temps de les apprécier, ils n'eussent pas souffert des expressions que, comme roi, je ne veux pas caractériser, que, comme père, je voudrais oublier. »
Ces paroles furent prononcées avec cette majesté imposantes dont Louis XVIII savait s'entourer dans les circonstances où le roi devait paraître. 11 connaissait le sentiment qu'avait inspiré l'adresse à M. Ravez, ami de M. Laine et membre du centre droit; mais il ne voulut voir en lui ce jour-là que le président de la Chambre des députés, et, à la grande affliction de ce fidèle serviteur, il s'abstint de lui accorder un mot de bienveillance personnelle, dont l'Assemblée qu'il représentait aurait pu se prévaloir:
La réponse du roi, bientôt propagée, suscita dans la Chambre une profonde émotion. On ne doutait pas qu'elle ne fût le prélude d'une ordonnance de dissolution ; on voyait le ministère fortifié, et pour beaucoup d'honnêtes royalistes qui s'étaient laissé entraîner à la suite des meneurs, c'était un vrai sujet de tristesse que cette irritation du roi. Ce qui ajoutait à leur trouble, c'était Tindignation qu'une princesse, rendue sacrée aux regards de tous par ses malheurs, la duchesse d'Angouléme, manifestait contre les signal aires de l'adresse :
« Lessottisesdenos pointus, dans notre maladresse^ écrivait encore M. de Villèle, ont indisposé le roi, valu à toute la Chambre une réponse fort vive, jeté
les sages dans le chagrin et les fous dans des accès de rage. )»
L'écho de ces plaintes et de ces divisions arrivait au ministère. On lui portait des paroles d'accommodement; on assurait que la retraite de M. Pasquier suffirait pour tout pacifier. M. Laine et de Serre écoutaient un instant ces espérances, et, avec la même simplicité qu'ils auraient mise à délibérer sur leur propre sort, en faisaient part à M. Pasquier, qui envoyait sa -démission au président du conseil. L'impétueuse magnanimité du duc de Richelieu repoussa de haut ces propositions.
Les coalisés reprirent courage, et sans doute ils n'auraient pas tardé à trouver l'occasion de recommencer leur campagne; mais, il faut en convenir, le gouvernement, par une illusion déplorable, leur évita la peine de la chercher.
n présenta à la Chambre deux projets de loi sur la presse : l'un, relatif à la poursuite et à la répression des délits de presse, aggravait les pénalités et étendait les définitions portées par la loi de 1819; l'autre prorogeait la censure pour cinq années.
Ce n'était pas le premier projet qui favorisait la. coalition, bien au contraire ; car il semblait impossible de faire accorder libéraux et royalistes sur la réforme des lois de la presse, ceux-ci déclarant ces lois trop douces, ceux-là trop rigoureuses. 11 n'en était pas de même du second projet : loin de brouiller les deux partis, il ne pouvait que les réunir, en proposant le maintien de la censure, dont tous deux réclamaient la fin.
De Serre avait rédigé l'exposé des motifs commun aux deux lois. De Taveu de ses adversaires, cet exposé était une de ses œuvres les plus fortes : l'écrivain et le penseur s'y montraient également supérieurs, et la hauteur des vues couvrait les variations qu'avait subies la pensée de l'homme public. *
<x L'état, la composition, l'esprit actuel de la société, disait M. Royer-CoUard, dans la discussion qui suivit, sont des faits éclatants qui ne peuvent être ignorés ni dissimulés ; je ne les décrirai pas autrement qu'on ne l'a fait dans Texposé des motifs ; je ne serais pas plus exact, et je ne dirais pas si bien. »
Sur le fond des idées, l'auteur des lois de 1819 avait peu changé ; il avait appris des événements à ralentir l'application de ses principes plutôt qu'à les abandonner; il se résignait à les voiler, suivant le mot de Montesquieu, pour éviter de les détruire : <x C'est parce que beaucoup de liberté est accordé habituellement, disait-il dans un précédent débat, qu'il est nécessaire, dans les moments de crise, d'augmenter le pouvoir. x>
Pour de Serre, il y avait en matière de presse une garantie essentielle : c'était le jury. 11 en réservait la constitution finale ; mais il ne consentait pas, malgré le duc de Richelieu et M. Pasquier, qui auraient voulu rendre les jugements de presse aux tribunaux, à en écarter le principe. Il inscrivait dans le même projet
la prorogation de la censure et la juridiction du jury, préférant Teipédient temporaire qui altérait l'effet de la garantie, à la loi positive qui eâl supprimé la garantie elle-même.
Il s'attachait, dans son exposé, à établir une distinction entre les livres et les écrits périodiques ou lesjournaui. Cette distinction n'était pas nouvelle; la loi de 1819 l'avait posée, et M. Royer-Collard, la développant à son tour, en montrait la preuve dans ce fait que des mesures d'exception avaient souvent frappé les journaux, sans atteindre pour cela les écrits non périodiques. La liberté des journaux n'était pas regardée alors comme une conséquence immédiate delà liberté de la presse. On sortait, il ne faut pas l'oublier, de la Révolution et de TEmpire, et c'était déjà un énorme progrès sur ces deux régimes, bien que leurs défenseurs parussent ne pas s'en douter, que la liberté dont jouissaient, depuis la Restauration, les écrits non périodiques.
Dans la pensée du garde des sceaux, la législation delà presse périodique était chose variable, soumise aux exigences diverses des temps et des lieux. Partant de ce principe, il comparait la situation de la France avec celle des États-Unis et de TAngleterrc ; on a souvent admiré ce passage :
« Supposez une population naturellement calme et froide, disséminée sur un vaste territoire, cernée par l'océan et le désert, absorbée par les travaux de la culture et du négoce, encore indépendante des besoins de l'esprit et des tourments de Tambition ; divisez cette population en petits États plus ou moins
démocratiques, faiblement constitués, sans distinction ni rang, et vous compiendrez que la licence des journaux y soit lolérable, qu'elle soit même un ressort utile de la démocratie, un stimulant qui arrache les citoyens isolés aux soins domestiques pour les rappeler à la discussion des grands intérêts
publics.
« Supposez ailleurs un royaume où le temps a accu mule sur une haute aristocratie, une influence, des dignités, des richesses et des possessions presque royales. Il faut un frein à l'orgueil des grands ; il faut leur rappeler ce qu'ils doivent au trône et au peuple, leur inculquer chaque jour que Tinfluence ne peut se conserver que comme elle a été acquise, par la science et le courage, par le patriotisme et la justice. Les journaux et même leur licence sont admirables pour cela. Que si vous ajoutez gue cette haute aristocratie n'est point isolée dans TEtat, qu'au-dessous d'elle descendent et s'élargissent des degrés successifs ; que cos degrés sont fortement en chaînés, indissolublement soudés en une seule hiérarchie ; que tout se meut par elle, gouvernement, justice civile et criminelle, administration, police, vous vous expliquerez comment une société ainsi constituée résiste aux agitations que souvent y excite la presse périodique ; et toutefois craignez que cette société ne périsse par ces agitations mêmes, si son activité n'est détournée dans des entreprises qui embrasseront la presque totalité du globe. »
De ces considérations, de Serre ramenait ses regards sur la France, et, rappelant ses agitations récentes,
Tétat du continent, les événements qui avaient déjà fait deux fois restreindre la liberté des journaux, il se demandait si le moment était venu de leur rendre la carrière.
« . ... Rien de plus facile que de proclamer les libertés publiques; mais qui dira ce qu'il faut de travaux, de sacrifices et de prudence pour fonder des institutions qui méritent un tel titre?... Nous aussi, nous avons dans la France émue entendu ces cris d'ivresse : « Hier, nous étions esclaves, aujourd'hui nous sommes libres ; en un jour, nous avons tout changé, nos mœurs, nos coutumes et nos lois ! » Et bientôt nous avons vu ce grand peuple chanceler, et les convulsions de l'anarchie le saisir. Instruits par les malheurs de votre patrie, instruits par des malheurs presque universels, vous savez maintenant, Messieurs, les chances que lègue à l'avenir ce vertige qui détruit en peu de jours l'ouvrage Jetant d'années ; vous savez ce qu'il en coûte pour réédilier les fortunes publiques et privées, pour conslruire à la hûte rm gouveifnement quelconque qui les abrite ; vous savez que de toutes les œuvres, la plus difiicile est d'élever pour les siècles un gouvernement libre, que toute la sagesse humaine s'y emploierait en vain sans le secours du temps, et que le temps jaloux ne prend en sa garde que ce que lui-môme a fondé. »
Poursuivant le cours de sa démonstration, de Serre distinguait entre la démocratie et la liberté, et il se refusait à voir dana la puissance de Tune, le développement de l'autre.
<c Oui, disait-il, la démocratie dans une cerlaine
mesure est un élément nécessaire de liberté; mais, et nous l'avons trop éprouvé, le triomphe de la démocratie est la plus dure de toutes les servitudes. »
C'est alors qu'il écrivait cette phrase célèbre ;
« Si la démocratie est partout pleine de sève et d'énergie, si elle est dans l'industrie, dans la propriété, dans les lois, dans les souvenirs, dans les hommes et dans les choses, si le torrent coule à pleins bords dans de faibles digues qui le contiennent à peine, ne soyons pas assez imprudents pour ajouter à sa force et à son impétuosité. »
Une préoccupation plus pressante s'ajoutait à ces vues; c'était celle qui, saisissant de Serre à son retour de Nice, l'avait déterminé lui-même à accepter des lois d'exception, auxquelles il s'était d'abord montré contraire ; c'était l'organisation extra-légale de l'opposition et les complots dont le gouvernement , sans en démêler encore tous les fils, suivait le développement.
« Notre âge a présenté un phénomène nouveau ; le désordre est érigé en système ; l'anarchie hautement professée a ses maximes, son évangile, ses apôtres. Fidèle à sa nature, elle attaque indistinctement tous les gouvernements... elle attaque même ces gouvernements d'un jour, à peine sortis de son sein... Vous savez ce qu'elle a tenté sous vos yeux ; mais elle compte surtout sur les foyers qu'elle avait commencé à établir dans les provinces. . . Chaque journal rallie ce qu'il y a de révolutionnaires incurables, d'hommes aventureux,de jeunes gens séduits ; chaque journal fonde un club. Ces clubs sontaffiliés; tout le royaume setrouve
enveloppé dans un réseau; il est couvert d'une organisation parallèle à l'administration publique et toute prête à la renvereer. »
Là étaient les vrais motifs, les motifs urgents du projet. Les trames ourdies par les sociétés secrètes ne devaient pas tarder à les metire en lumière, et l'évidence du danger public, les cris d'alarme et de reproche qifil avait fait souvent pousser à l'extrême droite, donnaient au gouvernement la confiance qu'aucun royaliste ne refuserait de voler les mesures proposées. Mais, en pareilles conjonctures, les hommes de parti ne se piquent pas de logique, ou plutôt ils trouvent dans leur rigorisme pour autrui des immunités pour eux-mêmes. Pressé par M. de Lalot de se placer à la tête de la coalition, M. de Villèle lui fit observer que cette coalition ne pourrait aboutir qu'à la formation d'un ministère mi-parlie droite et mipartie gauche. « Pourquoi pas? » répondit M. de Lalot, sans s'étonner.
Les deux projets de loi sur la presse furent présentés à la Chambre dans la séance du 3 décembre. L'opposition avait choisi ce jour pour reprendre les hostilités.
« Je m'empresse de vous mander, écrivait le matin même le duc de Richelieu à de Serre, que, d'après un conciliabule tenu hier soir, il a été convenu qu'il fallait aujourd'hui pousser les choses à l'extrême, et que par conséquent cinq des plus fougueux, à la tête desquels Lalot et Donnadieu, devaient présenter l'acte d'accusation des ministres. »
Le général Donna<licu demanda en effet la parole.
3t0 LG COMTE DE SERRE.
Mais Tordre des débats ne lui permit pas de l'obtenir, et il dut se content» r de mettre ses invectives en brochure. Elles avaient surlout pour objet le duc de Richelieu, « homme funeste, ministre imposé par rétranger pour frappor de sa stérile nature notre malheureux pays. »
M. de Villèle n'avait rien dit de trop en parlant « des accès de rage des fous ».
M. de Lalot put prononcer son discours, réquisitoire furieux contre les minisires, et principalement contre le ministre des affaires étrangères, qu'on soupçonnait à tort d'avoir rédigé la réponse du roi à l'adresse. Il accusa M. Pasquier, dans les termes les plus oulrageanls, d'avoir calomnié la Chambre, et renouvelant contre les ministres en masse l'imputation de haïr les royalistes :
« Vous voulez, s'écria-t-il, substituer le régime des ordonnances à Tordre légal et canstitutionnel, vous voulez porter sur la Charte une main sacrilège, et c'est alors que, trompés dans les calculs de votre ambition, mais non pas dans les espérances de votre haine, vous amèneriez comme dernière conséquence la chute du trône légilime... Vous n'échapperez pas à la vérité, vous n'échapperez pas à la justice. Le roi* et la nation sont avertis. Tout ce que vous allez entre^ prendre, vous en répondrez sur vos lêtes. »
M. Pasquier n'assistait pas à la séance. Il évita d'y paraître pendant quelques jours, cédant, malgré lui, aux instances du duc de Richelieu, qui se flattait en vain que l'absence du ministre calmerait Textrôme droite.
De Serre se leva pour répondre. Le grand lutteur, d'ordinaire si prompt et si terrible contre l'ennemi, ne se retrouvait plus^ Il avait évidemment résolu de sacrifier tout ressentiment à l'espérance, obstinément gardée, d'un accord avec la droite, ayant peut-être, lui aussi, cette illusion que la violence de ses adversaires ne ferait que leur nnirc. Il se refusa, par respect pour la couronne, à discuter la réponse que le roi avait faite à l'adresse, et se conlenla de protester en quelques mots contre cette accusation de haïr les royalistes, que, pour la seconde fois, on adressait au ministère.
Le débat n'eut pas de suite, mais il se ranima quelques jours plus tard.
Dans la séance du 8 décembre, à propos d'un rapport qui venait d'être fait sur une pétition dirigée contre la censure, M. de Castelbajac reprit, avec un égal emportement, l'accusation entamée par M. de Lalot. 11 reprocha aux ministres la réponse qu ils avaient mise dans la bouche du roi, et les somma de dissoudre la Chambre ou de se retirer.
Ce fut encore le garde des sceaux qui répondit. Après quelques obscrvalions sur les projets de loi relatifs à la presse, projets donl on n'attendait pas la discussion pour les attaquer, de Serre aborda la question ministérielle. 11 déclara que l'hostilité violente de quelques membres n'était pas pour le cabinet un signe suffisant des sentiments de la Chambre, et que celle-ci ayant, comme la Chambre des pairs, adopté, malgré des conlestations inévitables, toutes les propositions présentées jusqu'ici par le gouvornemeni.
512 l^ GOMT£ DE SERRE.
on ne pouvait dire, au moins pour le passé, que le ministère eût perdu la confiance des deux assemblées. La question ne se posait donc que pour l'avenir.
« Sans doute, continua de Serre, ce serait un malheur si les hommes que le roi a daigné honorer de sa confiance avaient perdu celle de la majorité des deux Chambres. Cependant ce ne serait pas encore une raison déterminante pour faire abandonner le timon des affaires. »
A ces mois, la gauche s'étonne et murmure, a Qu'altendrez-vous donc ? » crie l'un de ses membres. « Ce ne serait pas une raison qui pût autoriser les ministres à supplier le monarque de placer en d'autres mains la confiance qu'il daigne leur continuer ; il faut pour cela, messieurs, qu'il se présente un système tout formé, un système capable de succéder au système existant. »
C'était indiquer le vice originel delà coalition. Les deux extrémités se sentirent atteintes et cherchèrent à étouffer la voix de l'orateur.
« Je prie la Chambre, reprend de Serre, de croire que je traite la question avec une parfaite indépendance, et uniquement dans nos intérêts communs, qui sont les intérêts du pays, d
L'assentiment général accueillit ces paroles. Des voix nombreuses dirent : « Trèsbien ! Parlez ! Parlez ! » « H faut encore qu'il s*élève au-des«us des Chambres des hommes mus par une longue communion de principes, qui présentent au roi l'assurance d'une majorité à venir dans les deux Chambres, et d'un
système de gouvernement possible... Sans doute, messieurs, il est des circonstances qui peuvent embarrasser la conduite d'un gouvernement. Mais, lorsqu'un ministère se trouve embarrassé dans sa marche el qu'il ne rencontre pas les circonstances que je viens d'indiquer, il n'est pas embarrassé seul; vous êtes nécessairement embarrassés avec lui, parce que vous êles, ainsi que le ministère, solidaires et rc5sponsables du bien de votre pays. »
Telles étaient les explications que, dans sa position officielle, le garde des sceaux croyait devoir présenter. En appelant sur elles l'attention de la Chambre, il déclara qu'il n'en donnerait pas d'autres, et qu il ne croyait pas devoir répondre « aux attaques vagues, aux observations peu dignes el beaucoup trop violentes qu'on s'était permises. »
Ce discours avait surpris et agité la Chambre. Les marques d'approbation devenaient de plus en plus fréquentes; l'hésitation se répandait parmi les coalisés.
M. de Salaberry essaya de les ramener en faisant une distinction parmi les ministres, et en concentrant ses attaques sur M. Pasquier.
* Il ne pouvait convenir au garde des sceaux de se prêter à celte tactique.
« Je suis seul au banc des ministres, dit de Serre, et il était difficile de penser que, à propos du rapport des pétitions indiquées aux feuilletons, on susciterait des débats si étrangers au sujet de ce rapport. Mais je déclare hardiment, tant en mon nom qu'au nom de ceux de mes coUèguesquc l'on voudrait excep-
Mft LE COMTE DE SERRE.
ter de ces attaques, qu'il nous est impossible d'accepter pour aucun de nous de telles distinctions et de telles exceptions. »
La Chambre fut sensible à ce généreux mouvement, et les cris d'adhésion retentirent.
a Par cela seul que des ministres siègent dans le même conseil, ils participent tous aux résolutions adoptées par ce conseil ; ils y participent dans le cas même où leur avis particulier n'aurait pas prévalu dans la délibération; ils y participent tant qu'ils restent dans le conseil. Je réclame donc une accusation commune à tous, comme Test la responsabilité, mais une accusation portant sur des faits articulés, et non sur de vaines déclamations ; alors je promets de répondre à tout et j'espère tout réfuter. »
C'est cette explication catégorique que les^^oalisés redoutaient le plus : le ministère, en la leur épargnant, ne fit que les enhardir. De Serre se réservait apparemment de la provoquer dans la discussion générale qui devait précéder l'examen des projets de loi sur la presse. Mais le retard laissait aux adversaires le loisir de se reconnaître et de se concerter.
La Chambre, encore émue des accents du garde des sceaux, allait clore le débat, lorsque M. de Chaùvelin parut à la tribune. Accueilli par des marques réitérées d'impatience, il les brave, les lasse, et parvient à se faire entendre. Sa parole mordante et dégagée dissipe peu à peu les graves impressions de l'auditoire ; il vante, avec une plaisante audace, « la belle adresse » qu'a votée la Chambre, flatte la droite sans sacrifier la gauche, et relève à leurs propres
LA COILITIO:^ DE 18il. 315
yeux les coalisés, en leur laissant la persuasion, facileiDœt acceptée, que, dans cette alliance de deux partis contraires, les principes de chacun sont demeurés saufs.
La pétition contre la censure n*ayait été qu'un prétexte ; elle fut renvoyée, sans opposition, au président du conseil et à la commission qui devait être saisie des projets de loi sur la presse. Aussitôt s*éleva la question de savoir dans quel ordre ces projets seraient discutés par la Chambre. M. de la Bourdonnaye demanda, contrairement à Tavis du ministère, que les deux projets fussent soumis à deux commissions distinctes, et que le projet de censure fât le premier débattu. M. Royer-Collard et M. Benjamin Constant appuyèrent ces conclusions ; les chefs de la coalition entraient successivement dans la lutte. De Serre insista pour que la loi répressive fût examinée avant la loi de censure.
«Danslecas où vous la trouverez suffîsante, disaitil, vous rejetterez la censure ; dans le cas contraire, vous aurez recours à une autre mesure. »
L'obsen'ation était juste. Mais pourquoi le ministère ne se l'était-il pas faite à lui-même? Que n'avaitil présenté la loi de répression avant de proposer la loi de censure? La première eût divisé les coalisés ; la seconde les réunissait, et c'est pour cela, le ministère aurait dû le prévoir, qu'ils tenaient tant à la discuter d'abord. Leur vœu l'emporta : il fut décidé que la Chambre nommerait deux commissions, et que la commission chargée de l'examen du projet relatif à la censure, ferait le premier rapport.
Dans la soirée, le duc de Richelieu avait réception au ministère des affaires étrangères. Un grand nombre de membres des deux Chambres se pressaient dans ses salons ; il s'associa, devant eux, à la réponse que le garde des sceaux avait faite à M. de Salaberry, et protesta énergiquement contre les distinctions qu'on prétendait établir entre les membres du cabinet.
Trois jours plus tard, la commission fut nommée pour l'examen de la loi de censure. Elle était tout entière hostile au projet, et comptait parmi ses membres le général Foy, en même temps que MM. de Lalot, de Vaublanc et de Bouville. Le sort du ministère était décidé.
Avant de faire connaître sa résolution, le duc de Richelieu voulut avoir un dernier entretien avec le roi et le comte d'Artois. Il trouva Louis XVIII attristé, augurant mal de l'avenir, mais sans objections contre la retraite du cabinet, et comprenant que, si les ministres se retiraient, ils devaient se retirer tous. 11 invoquait lui-même, à l'appui de cette détermination ^ les exemples de l'Angleterre. L'entrevue du président du conseil avec le comte d'Artois lui laissa une impression plus amère. Le duc de Richelieu se persuadait, trop facilement peut-être, que la volonté hautement manifestée de Monsieur aurait suffi pour retenir les meneurs de l'extrême droite, et sa rigide conscience ne relevait pas le prince des engagements pris envers lui. Le comte d'Artois alléguait des difficultés qu'il était impossible de méconnaître, mais que ses propres tendances pouvaient le disposer à grossir.
en le détournant deles surmonter. Il aurait souhaité que le duc de Richelieu restât, dans le ministère, avec de Serre et M. Roy. Il s*efforça de l'y décider ; il fit transmettre son pressant désir au garde des sceaux par le marquis de Rivière, et, rencontrant M"** de Serre chez la duchesse de Berry, il le lui exprima lui-môme dans les termes les plus flatteurs. Mais ni le duc de Richelieu ni ses collègues ne se rendirent à ces inslances : « Quelques personnes vous diront qu'on me pressait de rester, écrivait de Serre b sa mère, je ne le pouvais ni sagement ni honorablement. )>
Chargé par le roi de composer le nouveau ministère, le duc de Richelieu confia ce soin à M. Pasquier. Parmi les noms proposés figuraient M. de Blacas, M. de Pastoret, M. de Chabrol. Louis XVIII, sans faire d'objection à la liste, voulut qu'elle fût soumise à son frère, et, après des négociations dans lesquelles on essaya encore de retenir de Serre et M. Roy, le Moniteur du 15 décembre publia les choix définitifs : le vicomte Mathieu de Montmorency, substitué à M. de Blacas, était nommé aux affaires étrangères, M. de Villèle aux finances', M. de Peyronnet à la justice, M. Corbière à l'intérieur, le duc de Bellune à la guerre et M. de Clermont-Tonnerre à la marine. Le général de Lauriston, engagé déjà, sous le précédent cabinet, dans la politique du pavillon Marsan, conservait le ministère de la maison du roi. Aucun des membres qui avaient voté l'adresse ne faisait partie du ministère. Le roi avait prononcé contre eux une exclusion -formelle.
De Serre avait reçu de Louis XVIII le titre de comte et un majorât ; il fut nommé, ainsi que ses anciens collègues, ministre d'État et membre du conseil privé. Il aurait pu, comme eux, entrera la Chambre haute; c'était le vœu de sa famille, qui redoutait pour lui les luttes plus fatigantes de la Chambre des députés. M. Pasquier le pressait d'accepter la pairie : « Prenez garde, lui disait-il; aux prochaines élections, Yillèle vous combattra . » De Serre, dont la confiance changeait d'objet en demeurant la même, n'en voulait rien croire. « Il n'oserait, répondait-il, après les sei*vices que je lui ai rendus ; d'ailleurs, si je puis être encore utile au roi, c'est surtout commedéputé. »
Son premier souci, en quittant le ministère, fut de demeurer éligible. Sous ce rapport, la bonne administration du ministre faisait tort au candidat. Le dégrèvement, procuré à la France par le cabinet dont il était membre, lui avait ôté à lui-même le cens nécessaire pour l'éligibilité.
« Je tiens à rester éligible, écrivait-il à M. de Wendel, je vais payer 200 francs d'impôt personnel de moins. Depuis le dégrèvement, mes bois et le quart d'Herserange ne font pas 1000 francs. J'attends donc de votre amitié que le plus tôt possible vous me complétiez par un fonds de bois. »
Il l'entretenait aussi de quelques an^angements relatifs à sa modeste fortune, que le pouvoir n avait pas augmentée.
« Depuis longtemps, sept ans, la Quint ne m'a rien produit. Vous n'avez sans doute pas l'espoir de vendre, ce qui serait préférable. Je pense toutefois, d'à-
pi'ès ce que vous m'avez souvent répélé^ que, en y montant la chose simplement et économiquement, vous en obtiendrez un résultat modeste. Je vous prie de l'évaluer, et, ainsi que vous me l'aviez proposé, de m'en assurer la moitié à forfait. Obligé d'aviser aux moyens de soutenir les diverses branches de ma famille, pour leur sécurité, j'ai besoin d'un fixe^ »
Touchante sollicitude chez un homme qui avait joué un tel rôle, encore relevée par la bonne grâce avec laquelle, au même moment, il écrivait à son ancien condisciple, Benoit Remy :
« Telle qu'elle est, ma«bourse est sans façon à ton service dans un moment de gène, et tu dois te mettre d'autant plus à l'aise que ma situation reste telle que ce qui serait peu pour moi serait assez pour toi. »
Les anciens ministres demeuraient en bons termes avec ceux qui les remplaçaient : « Nous aiderons nos successeurs de notre mieux, » écrivait de Serre à M.deWendel.Bien que frappé au cœur de ce qu'il considérait comme un manque de foi des royalistes, le duc de Richelieu, avec sa grandeur ordinaire, s'était rois en devoir de faciliter, autant qu'il le pouvait, les premiers pas du nouveau cabinet, et, de concert avec lui, M. Pasquier avait écrit aux principaux chefs de légation pour le recommander aux gouvernements étrangers. De Serre avait songé à se faire inscrire sur le tableau des avocats de Paris, a De toutes les carrières que j'ai parcourues, disait-il, le barreau est celle où j'ai recueilli le plus de satisfaction. »
* Corre*/). IV, p. 353.
L'élal de sa poitrine ne lui permit pas de donner suite à celte pensée. Il fut nommé, avec l'appui de M. de Villèle et par la volonté du roi, à l'ambassade de Naples* C'était, comme on disait alors, une ambassade de famille, lesBourbons régnant à Naples, et par suite, aux yeux de Louis XVIII, une des plus hautes dignités par lesquelles il put reconnaître les services de son ancien garde des sceaux. Le climat du Midi lui était nécessaire ; il espérait aussi qu'un éloignement passager, en le reposant des combats parlementaires, calmerait les aiiimosités et ramènerait sur ses actes la justice des partis. En aceeptant, en souhaitant ce poste, de Serre n'en éprouvait pas moins d'intimes perplexités, et le chagrin de sa mère, qu'affligeait cette nouvelle séparation, ne faisait que les accroître. « Soyez assez bonne, lui écrivait-il, pour entrer un peu dans ma position. Lorsqu'on a joué un assez grand rôle public, on contracte des obligations envers son prince et son pays, dont la première est de ne pas se mettre volontairement hors de tout service... Enfin, et quant à ma famille, peut-être ne dois-je pas m'exposer à ce qu'elle me reproche un jour d'avoir, sans motif suffisant, coupé ma carrière. C'est une conséquence des grandes affaires, lorsqu'on y est lancè« qu'elles obligent à de grands sacrifices*. »
* Corresp. lY, p. 513.
LA COALITION DE 1821. 32i
Avant de partir pour l'Italie, de Serre reprît à la Chambre sa place sur les bancs du centre droit et reparut à la tribune.
n eut d'abord à se défendre personnellement contre les attaquesd'un pétitionnaire qui se plaignait d'avoir été rayé, par son ordre, du tableau des avocals de Gray. Le rapporteur de la pétition était le général Donnadieu; la retraite du cabinet ne Tavait pas apaisé. 11 demandait le renvoi au ministre de la justice, et ses conclusions étaient vivement appuyées par la gauche. De Serre, en quelques paroles dignes, expliqua sa conduite. M. de Martignac et M. de Courvoisier le défendirent, et proposèrent l'ordre du jour, qui fut volé par 142 voix contre 135.
De Serre intervint ensuite dans la discussion des lois relatives à la presse.
Le nouveau ministère avait retiré le projet portant prorogation de la censure, mais il avait maintenu la loi répressive des délits de presse, en y ajoutant un second-projet relatif à la publication des journaux. Aux termes de ce projet, qui fut présenté dans la séance du 2 janvier 1822, par le garde des sceaux, M. de Peyronnet, l'autorisation du roi était nécessaire pour la publication de tout journal ou écrit périodique nouveau. Les cours royales, jugeant en audience solennelle, recevaient le droit de suspendre ou supprimer, selon les cas, tout journal ou
écrit périodique « dont l'esprit et la tendance seraient de nature à porter atteinte à la paix publique, au respect dû à la religion de l'État et aux autres religions légalement reconnues, à l'autorité du roi et à la stabilité des institutions constitutionnelles. » La censure pouvait être rétablie momentanément, en vue de circonstances graves, dans l'intervalle des sessions ; mais l'ordonnance devait être contre-signée par trois ministres, et, à moins qu'elle n'eût été convertie en loi, ses efi'els cessaient de plein droit après l'ouverture de la session. Ils devaient cesser également le jour où serait prononcée la dissolution de la Chambre des députés.
La lecture de ce projet excita dans les rangs de la gauche des transports de colère. « Voilà donc où vous en vouliez venir! » criait-on au ministre. «Et le jury, qu'en failes-vous ? — Mieux vaudrait la censure ! »
C'était s'en apercevoir un peu tard. La gauche récollait ce qu'elle avait semé. Elle n'avait pu croire sérieusement que le seul souci des libertés publiques eût inspiré M. de la Bourdonnaye et M. de Lalot s'unissant avec elle contre le ministère du duc de Richelieu. M. de la Bourdonnaye le lui jSt bien sentir. Il déclara, oubliant son alliance de la veille, que, s'il volait une loi de répression à laquelle il était contraire en principe, c'était pour ne pas se confondre avec les ennemis du gouvernement. Ajoutons que la conspiraiion de Belt'orl, dont la découverte occupait alors tous les esprits, ne disposait guère la Chambre à écouter les revendications des libéraux.^ '
La commission chargée de l'examen du premier
lA COALITION DE 1821. 523
projet l'accepta en l'aggravant. Elle enleva au jury la connaissance de tous les délits de presse pour la remettre, sans distinction, aux cours royales jugeant en audience solennelle de deux chambres. L'élévation du tribunal et les conditions dans lesquelles il devait se former laissaient encore à la presse de fortes garantie»; plusieurs, qui les trouvaient alors insuffisantes, devaient, à trente ans de là, les déclarer excessives et demander à la juridiction administrative des facilités de répression que ne leur assurait pas la magistrature. Mais la Restauration avait émancipé l'opinion, et chez ceux-là mêmes qui portaient le plus haut les droits du pouvoir, elle avait développé des principes de liberté que ne favorisent pas les révolutions.
Le premier projet de loi avait été proposé par de Serre; il eut à cœur de le défendre. Il soutint, comme député, les dispositions qu'il avait présentées comme garde des sceaux, pour assurer le respect de la religion et de l'autorité royale aussi bien que pour protéger les fonctionnaires. Il proclama hautement le droit qu'avait eu le souverain d'octroyer la Charte, et, pour le mettre hors de contestation, il repoussa les amendements qui limitaient les pénalités aux attaques dirigées contre l'autorité constitutionnelle du roi, demandant que cette autorité fût sauvegardée sans restrictions.
«Puisque nous sommes assez heureux, dit-il, pour pouvoir rattacher notre système actuel à des temps antérieurs, et lui donner des racines dans le passé, racines qui tiennent toutes à la royauté, gardons-
nous de souffrir que ces racines soient affaiblies. Elles .sont la principale force de Tarbre social, elles en sont les imperceptibles fondements. »
Sur plus d'un point, de Serre s'écartait des idées qu'il avait professées en 1819 ; le député, contre l'ordinaire, se montrait moins libéral que ne Tavait été le ministre. Il avouait avec franchise, sans excuse ni déguisement, les réflexions que lui avait suggérées l'expérience, les dangers qu'elle lui avait fait voir, les interprétations funestes ou erronées qu'avaient entraînées ses premières définitions, jugées par là même défectueuses ou incomplètes.
« Qui pourrait se vanter, dit-il, d'avoir usé de la parole et de n'en avoir jamais abusé? Ce serait l'infaillibilité. x>
Mais, s'il ne cédait rien des garanties nécessaires à l'autorité royale, de Serre ne voulait pas davantage abandonner celles qu'il estimait nécessaires à la liberté. La commission avait proposé d'enlever au jury le jugement des délits de presse; il résolut de la combattre. Il s'en expliqua tiettement avec M. de Villèle- Vainement ses amis, sa famille, sa mère surtout, craignant que cette dissidence, publiquement énoncée, nç nuisit à sa position nouvelle, ou ne ranimât contre lui les hostilités, essayèrent de l'en détourner. Son parti était arrêté ; c'était une de ces luttes, déjà connues de lui, où l'intérêt de la vie privée se trouvait aux prises avec le devoir de l'homme public; mais le devoir l'emportait.
« J'ai reçu ta bonne lettre, chère amie, écrivait de Serre à sa femme. Je te sais gré du vif intérêt que tu
mets à tout ce qui tient à notre commun avenir. J'ai senti avec toi la délicatesse de ma position, la mesure que je dois mettre dans ma conduite, et je te remercie de me dire tout ce qui peut me rappeler une règle si difficile à suivre et, dans certains moments, si facile à oublier. Ma mère n'était pas moins effrayée que toi de l'idée de me voir partir. Elle avait en mon absence envoyé chercher Desprez, en la sagesse duquel elle croit comme en son amitié; il lui avait dit le pour et le contre, et n'avait su que résoudre. Enfin, chère amie, j'y ai bien réfléchi, et il faut espérer que des intentions droites et désintéressées m'inspireront heureusement dans ce dernier acte de ma carrière législative. Accorde-moi seulement cette confiance que je n'ai point d'amis qui l'emportent dans mes résolutions sur toi et mes enfants. Dans les premiers temps de ma carrière politique, j'ai eu des amis en la supériorité de lumières et d'expérience desquels je me confiais. Je ne suis plus dans ce cas, et dois me décider moi-même*. »
On savait que de Serre devait prendre la parole pour combattrela disposition qui substituait les cours royales au jury, et, dans tous les rangs de la Chambre, avec des sentiments bien divers, son discours était impatiemment attendu. Mais les derniers débats avaient ranimé ses souffrances; le jour de la discussion, il ne put se rendre h la séance. Pour une nature moins haute, l'occasion eût élé propice de garder le silence et de mettre son abstention sur le compte de
* Corresp., lY, p. 321.
la maladie. Il ne le voulut pas. Sa conviction était trop forte pour qu'il se crût permis de la dissimuler. Ne pouvant porter lui-même ses pensées à la tribune, il les dicta de son lit à M. de la Boulaye qui vint, au nom de Torateur, les lire à ses collègues.
Bien que dépourvues du prestige de celte parole vibrante et profonde, ces pages éloquentes remuèrent la Chambre et furent écoutées par elle avec une sorte de religieux respect. C'était un testament.
De Serre commençait par renouveler, en faveur de l'institution du jury, les considérations qu'il avait déjà formulées en 1819. 11 redoutait surtout de transformer les cours judiciaires en corps politiques, et de livrer aux soupçons des partis ou du gouvernement leur indépendance ou leur fidélité, suivant qu'elles auraient prononcé des condamnations ou des acquittements.
« Les grands juges de Westminster, disait-il, sont investis d'une immense considération ; ils la doivent à la science, au talent, à l'intégrité ; il n'est pas un Anglais qui ne les honore du fond de l'âme; mais il n'en est pas un qui ne frémirait à l'idée de voir arracher les délits politiques au jugement par jury, pour les attribuer aux juges de Westminster.
« Nos parlements ont obtenu des titres immortels à notre reconnaissance, qu'on les considère comme corps judiciaires ou comme corps politiques ; leur admirateur le plus sincère avouera néanmoins quels terribles inconvénients a souvent produits et pour l'administration générale de l'État et pour celle de la justice, la réunion en eux de ce double caractère.
Habituellement étrangers aux affaires générales du ropume, ils accordaient ou refusaient souvent inlempestivfement et sans mesure. Plus d'une fois, envahis par l'intrigue et la faction, ils manquèrent à leur dignité, et à leurs devoirs même, et parmi les erreurs judiciaires qui leur ont été reprochées, les plus déplorables sans doute sont ces condamnations prononcées sous l'influence de la politique. »
En abordant l'examen des conditions qui pourraient, dans la suite, affermir l'institution du jury, de Serre trouvait occasion de développer ses vues générales sur lavenir du gouvernement représentatif. C'étaient les mêmes idées qui avaient inspiré, en 1816 et en 1820, ses deux grands discours sur les lois électorales.
« ...Nous donnerons encore une raison de l'indépendance reconnue du jury ; c'est la gratuilé de ses fonctions : raison, Me^^sieurs; que vous avez souvent reconnue par vous-mêmes; raison qui, lorsque de justes garanties sont données à la bonté des choix, offre l'élément le plus certain delà loyauté et de l'indépendance dans la monarchie constitutionnelle. Cet élément, répandu partout, fait l'indestructible force de la monarchie britannique... C'est dans cet élément que se forment insensiblement ces influences régulières fondées sur des services quotidiens et désintéressés, cette aristocratie constitutionnelle, . également utile et chère au peuple et au souverain. Le gouvernement représentatif ena plus besoin qu'aucun autre ; il la fera, cette forte aristocratie, pourvu qu'on le laisse faire; tout y conspirera, influences
anciennes et nouvelles, les Chambres, radminisfration» la justice, la propriété, tout enfin, le commerce et l'industrie eux-mêmes par l'accroissement des richesses. Lorsque vous aurez cette aristocratie, fille du temps, vous pourrez sans crainte lui abandonner sur le jury une partie de cette influence que maintenant il faut bien réserver à la couronne. Votre jury sera alors plus indépendant et plus fort. Il nous faudrait avancer prudemment, mais constamment dans cette route. C'est porter la cognée à la racine de l'arbre, c'est ruiner notre constitution naissante que de rétrograder. Ce premier pas rétrograde en amènerait infailliblement d'autres à sa suite... Le jury, comme garantie politique, serait peu à peu effacé de la Charte. Toute liberté publique et individuelle serait en péril. Le péril de toutes nos libertés deviendrait celui de la royauté même, d
Puis venaient ces belles paroles, conclusion dernière de sa doctrine, résumé fidèle de cette vie publique, si agitée, si pleine et si courte.
«La monarchie constitutionnelle, comme tout gouvernement libre, présente et doit présenter un état de lutte permanent. La liberté consiste dans la perpétuité de la lutte. // ne faut jamais que la victoire de Vun soit trop complète^ trop absolue ; une telle victoire serait l'oppression. Les lois elles-mêmes ont donné aux combattants les armes légitimes du combat. Ils ne peuvent, sans être criminels, en employer d'autres. Mais les lois ont aussi pourvu à leur défaite ; elles leur ont assuré un refuge, un asile. Ce refuge, cet impénétrable boulevard, c'est le juge-
ment par jury. Honneur, immortel honneur au parti généreux qui l'aura respecté dans sa victoire, il aura fondé la liberté de son pays ; que la reconnaissance nationale, qu'une longue durée de pouvoir soit alors son partage! »
De Serre avait rempli son devoir, sans espérance que sa proposition fût admise. La Chambre adopta le$ projets de la commission.
Quelques jours plus tard, le nouvel ambassadeur prenait congé du roi. Les adieux du monarque furent afTectueux et tristes. Louis XYllI croyait sa fin prochaine ; il dit à son ancien minisire qu'il ne' le reverrait plus, et, comme au duc de Richelieu, il ne lui cacha pas ses craintes pour l'avenir.