CHAPITRE XIV
Le grand projet.
Pi*ogrès accomplis sous le ministère dont de Serre fait partie. — Budget en équilibre. — Impôts «limitiuôs. — Réformes préparées.
— Large part faite aux opinions dissidentes dans les commissions formées par le gouvernement. — La société pour l'amélioration des prisons. — De Serre et Arnold Scheffer. — La mère de l'apprenti et le garde des sceaux. — La sœur Robalie. — Élections partielles.
— Le régicide Grégoire est élu dans l'Isère par la coalition des ultra-royalistes et des révolutionnaires. — Scandale de cette élection. — De Serre et M. de Wcndel. — La loi sur l'organisation db LA LÉGisLATunB. — Ëfforts inutlIcs de M. Decazes pour obtenir du duc de Richelieu qu'il consente à reprendre la direction du cabinet. — Négociations pour lu formation d'un grand ministère, dans lequel l'augmentation du nombre des portefeuilles aurait permis d'appeler les diverses nuances de l'opinion monarchique — M. Royer-CoUard, M. Pasquier, le duc de Broglie. — Lettre du duc de Broglie à de Serre. — Ilésilations de M. Royer-CoUard.
— Ses exigences. — Son refus définitif. — L'idée du gi^and minis* tère est abandonnée. — De S^rre décide la formation du cabinet du 19 novembre. — M. Pasquicr remplace le général Des$ole8aitt affaires étrangères. — M. Roy est nommé ministre des finances, et * * le général deLatour-Maubourg ministre de la guerre. — De Serre refuse la présidence du conseil, qui est attribuée à M. DecazeSi devenu ministre de l'intérieur.
Il y avait é peine six mois que le nouveau cabinet était formé. Il avait fait beaucoup en ce court es-
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LE GRAND P&ÛIfT. 45
pace ; il avait imprimé une vigoureuse impulsion à l'œuvre d^apaisement et d'affranchissement commencée par le ministère du duc de Richelieu. Les lois d'exception avaient disparu. La censure était tombée. La presse était régie par des lois telles que notre siècle n'en n'a pas connu de plus libérales, et la violence avec laquelle en profitaient les journaux faisait dire à M. Benjamin Constant lui-même qu'ils ressemblaient à des esclaves affranchis, portant l'empreinte de fers à peine brisés.
Le budget se trouvait, pour la première fois, en équilibre. Le dégrèvement des impôts avait commencé. Des réformes s'annonçaient, des progrès s'ac- complissaient dans tous les services. Les expositions des produits de l'industrie, nouvellement instituée?, s'ouvraient en même temps que l'exposition des beauxarts. Les conseils supérieurs pour l'agriculture, le commerce, les manufactures, étaient établis ou réorganisés. Des commissions réunies au ministère de l'intérieur et au ministère de la justice préparaient la révision des lois sur le jury, sur la liberté individuelle en môme temps que sur les institutions municipales et départementales; on remarquait dans la Commission du jury, que présidait le garde des sceaux, M. Royer-Collard, le duc de Broglie, le comte Daru, M. Barris, M. Siméon, M. de Vatimesnil. Dans l'ordre religieux une seule ordonnance créait cinq cents succursales; des funds étaient alloués pour les églises et les presbytères; des secours accordés aux congrégations de femmes cliarilables et enseignantes. Les différends entre les frères des écoles chrétiennes
et 1 Université étaient apaisés, et les négociations, engagées par le précédent ministère pour le retrait du concordat de 1817, se teminaient heureusement jpar un accord avec le Saint-Siège.
Loin de répudier aucune initiative, le gouvernement royal cherchait des collaborateurs dans toutes les opinions. Les noms de MM. LaffiltC; Ternaux, Jacques Lefèvre, le duc de la Rochefoucauld, Koechlin, Scipion Périer, appelés à faire partie des conseils supérieurs du commerce ou des manufactures, disaient assez avec quelle largeur de vues ces conseils étaient composés. Une grande société venait d'être créée, sur la proposition de M. Decazes, pour l'amé- Itoration des prisons. Le roi en était protecteur, on y voyait figurer, sans distinction de partis, les maréchaux de TEmpire et les grands seigneurs de l'émigration, les libéraux et les royalistes, les membres du clergé et les artistes, Suchet, Davout, Moupey, Oudinol, Gouvion-Saint-Cyr, le duc de la Châtre, le duc d'Aumont, le duc de Grammont, le duc d'Avaray ; les généraux Becker, Compans, Rapp, Sebastiani, le duc de Richelieu, le vicomte de Montmorency, de Serre, M. Laine, le cardinal de Bausset, M. Casimir Périer, l'abbé Frayssinous, le peintre Gérard, M. Laf-^ fitte, M. de Lafayette ; les chefs des compagnies judiciaires, les représentants des agents de change, des courtiers de commerce, et jusqu'aux syndicats des bouchers, des Imlangers, des épiciers, mêlés ainsi aux grands noms de l'armée, de la noblesse, de la magistrature et du barreau.
La pensée d'une telle réunion dépassait évidem*
ment Tobjel spécial qu'indiquait son titre; c'était une tentative pour associer dans une œuvre de bien public, sous l'égide de la royauté, tous les partis, toutes les classes, toutes les professions. Ainsi l'expliquait, le 44 juin 1819, dans la séance d'installation, le duc d'Angoulême, interprète fidèle et dévoué des <c vœux les plus chers » du roi : « Ils tendent tous, vous le savez, à rapprocher les cœurs, à éteindre les divisions, à confondre tous les sentiments dans un sentiment commun, l'amour de notre patrie. »
On a vu de quelle ardeur de Serre était entré dans cette politique. Un de ses premiers actes avait été d'adresser aux procureurs généraux une circu*^ laire pour prévenir les abus qui se produisaiei* dans les procédures criminelles, réprimer la facilité trop grande des acrçstations, et rendre plus expéditive l'instruction des procès. Il leur recommandait de ne laisser, en aucun cas, l'action de la justice ce énervée ou affaiblie ; » mais il avait à cœur de concilier autant que possible « les droits de Thumanité avec la sévérité des lois. »
Cette conciliation, il la pratiquait, pour sa part, avec une infatigable persévérance. C'était l'instinct de son cœur. Le même ministre, qui avait prononcé rinexorable jamais contre les régicides réclamant presque impérieusement leur rentrée, était heureux, comme autrefois le premier présidei^^^ Hambourg, de toutes les occasions de rappeler ù&fiè libérer des bannis ou des captifs. Tantôt c'était le général Morand, qui, rendu à sa patrie, et comme il l'écrivait « au service du roi, » adressait à de Serre ses actions de
4g LE COMTE DE SERRE.
grâces pour le zéie avec lequel le ministre lui avait fait obtenir justice. Tantôt c'était M. de Lafayette luimême qui faisait parvenir au garde des sceaux l'expression de sa reconnaissance pour l'empressement qu'il avait mis à procurer la gi^âce d'un jeune publicisle, Arnold Scheffer, condamné à un an d'emprisonnement.
Il faut dire l'histoire de cetle grâce ; elle fait juger l'homme. On ne la connut que bien des années après la mort d'Hercule de Serre.
Un jour, Ary Scheffer, en possession de toute sa gloire, sous un gouvernement que ses vœux avaient appelé et qui n'était plus celui de la Restauration, entendit un homme du monde, à qui il donnait des conseils de peinture, parler d'une de ses parentes, M"* de Serre. Il lui demanda si la personne dont il venait de prononcer le nom était la veuve de l'ancien ministre de Louis XVIII ; sur la réponse affirmative de son interlocuteur, il ajouta, sans autre explication, qne, si M"*® de Serre voulait bien visiter son atelier, il serait heureux de le lui montrer.
L ouverture n'était pas habituelle de la part du grand artiste, d'ordinaire plein de réserve et fort éloigné de tout ce qui semblait une avance à la renommée. Elle fut acceptée avec empressement, et une date fut prise pour y donner suite.
Au jour convenu, l'atelier resplendissait d'un éclat inusité; le maître l'avait paré de ses toiles de prédilection: les Mignon^ les Marguerite^ saint Augustin et sainte Monique, Françoise de Rimini, la Tentation du Christ, tous ces chefs-d'œuvre, d'une
expression si mélancolique et si pénétrante, étaient là réunis, comme pour faire honneur, en même temps qu'à la noble visiteuse, à la mémoire du grand orateur qui, au déclin de sa vie, sous le ciel de l'Italie, consolait, par la contemplation des merveilles de Rome et de Naples, ses regards attristés.
Ary Scheffer accueillit Mme de Serre avec une grâce infinie. Sa conversation était animée et spirituelle. Il lui montrait ses tableaux, il l'intéressait aux créations de son génie avec un empressement dans lequel l'ostentation n'avait aucune part. Au moment où elle allait se retirer, à la fois touchée et un peu surprise de cette réception, il lui apprit lui-même, en la remerciant de sa visite, quel lien l'attachait au souvenir du comte de Serre. En 1818, son jeune frère, Arnold Scheffer, à peine âgé de vingt-deux ans, avait été condamné à un an de prison et à une forte amende pour un écrit politique sur Vétat de la liberté en France. Il s'était réfugié à l'étranger et, suivant de son exil les débals des Chambres, il avait cru remarquer dans un discours du garde des sceaux un passage qui se rapprochait des réflexions pour lesquelles il avait été frappé; sans balancer, le jeune homme avait envoyé sa brochure au ministre, en lui signalant la ressemblance entre deux auteurs dont les destinées étaient si différentes. Une semaine ne s'était pas écoulée qu'il recevait la réponse : c'était sa grâce, signée du roi et contre-signée par le garde des sceaux.
La reconnaissance pour le ministre s'était conservée dans la famille du condamné, et Ary Scheffer en donnait à Mme de Serre une preuve bien délicate, La
DE SERRE. — II. 4t
royauté, moins heureuse, n'obtint pas cette gratitude à laquelle pourtant elle avait quelque droit. Arnold Scheffer recevait sa grâce au mois d'octobre 1819, et, deux ans plus tard, on le retrouvait engagé dans les complots de la charbonnerie contre les Bourbons.
Ce n'était pas seulement dans les relations politiques que de Serre montrait cette humeur généreuse; les infortunes les plus humbles trouvaient auprès de lui un facile accès. Les épreuves de sa jeunesse le rendaient plus sensible aux souffrances d'autrui, et, si l'ancien émigré gardait souvenir des dédains du banquier de Francfort, c'était pour les racheter en quelque sorte par un redoublement de bonté pour les pauvres et pour les faibles.
Presque à la même époque où Mme de Serre apprenait ce que son mari avait fait pour le frère d'Ary Scheffer, elle recevait, dans des conditions bien différentes, une autre confidence qui n'honorait pas moins le garde des sceaux de 1820.
Vers 1836, Mme de Serre avait accueilli, sur la recommandation de Mme Swetchine, une femme indigente, veuve et d'un grand âge, qui, après avoir joui, dans une situation modeste, de quelque aisance, s'était trouvée réduite, par l'ingratitude et le désordre de ses proches, à une extrême misère. Admise, non sans peine, à la Salpêtrière, cette femme recevait, chaque mois, de Mme de Serre, une somme destinée à lui adoucir le séjour de l'hospice. Elle avait demandé, comme une faveur singulière, à venir la toucher elle-même chez sa bienfaitrice. Encouragée par la sollicitude dont elle se sentait l'objet, elle se
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laissait aller à converser longuement avec les filles de Mme de Serre ; elle les regardait, Tune d'elles surtout, avec une attention extraordinaire. L'espérance de cette visite, qu'elle leur faisait chaque mois, suffisait, disait-elle, à remplir sa vie.
Un jour, préoccupée de^ sa fin prochaine, et plus émue que de coutume des marques d'intérêt qui lui étaient prodiguées, elle dit tout à coup à la fille aînée de Mme de Serre : « Que je vous aime ! vous ressemblez tant à votre père ! »
Quoi donc ! avait-elle connu M. de Serre ? Où l'avait-elle vu? Comment n'en avait-elle jamais parlé? Les questions se pressaient : elle hésitait à répondre comme oppressée par un douloureux secret. Enfin, dans un élan irrésistible : « Je croyais bien, s'écriat-elle, ne jamais dire pourquoi je l'ai connu, mais je ne veux pas l'emporter dans la tombe, cela lui fait trop d'honneur! »
Et elle raconta ce qui suit :
Un de ses fils avait été placé en apprentissage à l'âge de seize ans. Poussé par le fils de son patron, lui-même enfant de quatorze ans, il l'avait aidé à prendre dans le comptoir de la maison un écu de six francs et s'était enfui avec lui. Les deux coupables furent bientôt découverts; mais, tandis que le fils du commerçant était rendu à son père, son complice avait été mis en prison. Désolée et révoltée de cette inégalité de traitement qu'autorisait la loi pénale, la mère de l'apprenti a l'idée de demander une audience au garde des sceaux : c'était alors de Serre. L'audience lui est promptement accordée. Elle
se présente à la Chancellerie : « J'avais mis, racontait la pauvre veuve, mon cachemire français à fond blanc et mon plus beau bonnet. » Introduite auprès du ministre, elle lui expose son malheur et le supplie de sauver son enfant. De Serre Técoute attentivement; il lui explique avec bonté que, directement, il ne peut rien pour elle, mais qu'il va lui remettre une lettre pour le procureur général, et il l'engage à répéter à ce magistrat tout ce qu'elle vient de lui dire. En même temps, il lui recommande de le tenir au courant, sans crainte de le déranger, des réponses qu'on lui aura faites, et, la reconduisant jusqu'à l'antichambre : a Quand Madame demandera à me parler, dit-il aux huissiers, vous la ferez entrer. »
Elle revint en effet à la Chancellerie. C'était peutêtre entre deux séances dans lesquelles le grand orateur devait soutenir à la tribune les plus terribles luttes. De Serre la recevait comme s'il n'avait eu qu'à l'entendre : c< 11 m'a conseillé, disait-elle, comme s'il avait été mon avocat. » La mère vit enfin ses vœux exaucés ; son fils lui fut rendu, sans avoir été jugé. « Mon fils est mort, et personne ne connaît plus sa faute, ajoutait-elle en s'adressant à la fille de son protecteur, mais je ne vous ai jamais regardée sans penser à votre père, et j'aime mieux maintenant vous découvrir ma honte que de vous cacher combien il a été bon. )>
Un autre témoin, celui-là bien illustre, et aussi humble qu'illustre, a gardé et porté jusqu'à nos jours le souvenir de celte bonté délicate et simple. Au moment où de Serre occupait le ministère de la
josfke, h Ssnr Bosabe âirû>eaiU dqiitts àani «» d^i, exile naisoB àt li me âe Tf^lé^-à^fiitts que ses lertes aidmnUes cnt imnioitalisàe^ A pane âgée de IrcBle-trois ans, feâime-Mjtnf Rendu, esi religHMi SoBT Bosilîe, aTait atteiiit d un iKiDd k iatU' de h claiile, oomine de Serre les somiDeis de Tèk^ queoce. Elle wnait finèquemment à la ChaDoeilerie ; elle entr^eDait de ses œnTnes multiptîées le garde des sceaux, et y associait son ministère en lui demandant des grâces qu a moins d^une impossibilité absolue elle obtenait toujours. Quand il s^agissait d*aumônes, elle-même la raconté depuis, de S^rre donnait à la Sœur Rosalie la clef de son secrêtaire^ en lui disant : « Prenez, ma Sœur, ce que vous jugerez convenable. »
Bien que Fénergie de sa nature ne connut guère rabattement, de Serre n^vait plus l'élan des premiers jours ; la confiance commençait à se retirer de son âme. 11 avait cru dissiper les préventions par sa franchise, désarmer les hostilités contre la couronne par les gages donnés à la liberté, grouper ses amis dans l'œuvre deconcihation à laquelle, s'inspirant de leurs propres idées» il les avait conviés, et il rencontrait des préjugés incurables, des haines acharnées, des desseins coupables pour lesquels les concessions faito» n'étaient que des armes avidement saisies; parmi ses amis eux-mêmes, les hésitations, les exigences, les
contestations, les amours-propres, les répugnances individuelles, tenaient sans cesse en échec la communauté des projets et des actes.
Le renouvellement d'un cinquième de la Chambre avait été fixé au 11 septembre. Pour la troisième fois, il venait porter, dans une situation déjà troublée, ses agitations périodiques. De Serre exprimait Tespoir que les élections seraient a assez bonnes ; » mais le doute perçait sous ces paroles. M. Decazes faisait meilleur visage. 11 affirmait, avec une exagération toute méridionale, que le gouvernement se tiendrait pour battu, s'il n'avait que les deux tiers des suffrages.
C'était donner d'avance à l'échec probable la portée d'un désastre. Le ministère avait contre lui les fractions extrêmes des deux partis, et sur beaucoup de points il les voyait résolues à se coaliser contre ses candidats. La Société des amis de la Presse avait décidé qu'on devait élire un ultra-royaliste plutôt qu'un ministériel, et sous prétexte que l'opinion ne serait éclairée qu'en voyant le mal produire toutes ses conséquences, on disait dans les rangs de l'extrême droite qu'un jacobin vaudrait mieux qu'un candidat du gouvernement. Tactique que dans les deux camps les modérés déploraient sans la répudier publiquement, et plusieurs en se résignant à l'appliquer.
Les premières opérations démentirent les pronostics de M. Decazes : «c Les nouvelles de Rouen sont mauvaises, écrivait-il lui-même à de Serre; les bureaux ont tous été aux libéraux. » La suite ne fut pas meilleure. Sur cinquante-quatre députés élus.
quatorze avaient été présentés par le ministère ; cinq parla droite ; trente-cinq appartenaient à la gauche, et parmi eux quelques-uns tout à fait hostiles, comme M. Lambrecht, M. Labbey de Pompières, M. Méchin, M. Demarçay, le général Tarayre. Tous les noms n'étaient pas de cette nuance; il y avait bien des hommes nouveaux, qu'avec quelques ménagements et un peu de patience on pouvait se flatter de rallier. Mais le temps manquait; les élections à peine terminées, on entrevoyait déjà celles qui, dans les deux années suivantes, devaient modifier les deux derniers cinquièmes. Cette perspective, en stimulant l'audace de l'opposition, laissait d'autant moins de latitude à l'action du gouvernement.
Au nombre des élus se trouvait le général Foy. Il avait vu le garde des sceaux, avant de se rendre dans son collège de l'Aisne. c< Revenez député, lui avait dit de Serre, et vous serez le premier militaire libéral que j'aurai rencontré. » A peine nommé, le général écrivit à de Serre pour lui rappeler cette parole : « J'espère, ajoutait-il, réaliser l'espoir que vous avez conçu à moft égard. Ma doctrine politique repose sur deux bases également inébranlables, savoir : 1° le maintien de l'ordre social que les siècles ont amené, que la Révolution a déclaré, que la Charte a si heureusement consolidé ; 2"* les hauts principes de respect pour la liberté et pour la dignité de l'homme, principes qu'une bouche éloquente a développés avec tant de succès dans la dernière discussion sur la liberté de la presse. * »
* Correspond, f H, p. 424.
Le scandale de 1 ■ les haines cl \c-^ al i calculs et prècipilii députés élus à Gn'iiconventionnel, é»i'i]i leur et comte de !> n la mort du roi, se liv mission dans te difiavait adhéré en li' ■■ lettre adressée à reursdecelemp^- ■ paroles contre k' ■ l'homme que, i' qu'odieuse, Ips lil" i ■ ceux-là à regret, fii.i chercher dans sii rt.'l le clément oubli dus lois qui avaient aJTrandù li» ^^^ tore qui avait donné tniil ii>--^»'' nouveaux, contre un mi i^u' ■^ pacification du pays, h: innn -^ comte ctsénatcurde ri'âii))it' " d'un parti qui »c disait le |. '
L'entreprise, il est vr;ii par une aberration plus eu rencontré l'appui d'une li.
Grégoire n'avait pas été tMn ohtcnu sur 1,020 votants >i gnial, candidat du minislèrt.', un .
candidat de la droite, M. Plunell..
L'union de la droite et des mini.
^gidde, et, le candidat du gouvernement ayant obteim le plus de voix, il était naturel que les suffrages se reportassent sur lui. Les choses ne se passèrent pas ainsi. Au second tour, Grégoire fut élu par 548 voix; M. Rogniat n'en eut que 562, et M. de Lavalette 110. M. Rogniat n'avait gagné que douze voix de la droite, tandis que 88 avaient abandonné M. de Lavalette pour nommer l'ancien conventionnel. Le Toi soutint cette nouvelle « avec autant de dignité que de courage », suivant les expressions du garde des sceaux. Ce qui lui fut le plus sensible, ce fut la conduite des ultra-royalistes : « C'est une consolation pour moi, écrivait Louis XVIII, de penser qu'un jour l'histoire, qui, à la longue, ne flatte personne, dira à qui nous sommes redevables d'un pareil choix. »
En France, l'élection de l'Isère produisit une commotion immense. Elle exagéra le danger, en le révélant, et fit supposer un progrès des passions révolutionnaires plus grand qu'il ne l'était en réalité. Ceuxlà mêmes dont la connivence avait contribué à ce résultat furent les plus ardents à le flétrir, et tandis que la masse des royalistes, étrangers au complot, faisaient éclater une indignation sincère, ceux qui l'avaient mis à exécution ou encouragé s'armaient de leur propre ouvrage pour condamner le ministère et sa politique.
Les secousses que produisent de tels événements sont irrésistibles. On a beau sentir en soi-même la nécessité de se recueillir et de calculer ses résolutions pour les rendre plus efficaces. Il faut faire sa part à l'effarement public, et le calmer par des satisfac-
lions, passagères peut-être, mais immédiates. De Serre entendait les plaintes de ses amis ; il essayait de les raisonner, tout en convenant de Furgence des mesures à prendre.
« Vous êtes dans une grande vibration politique, et je reconnais qu'il y a lieu, écrivait-il à M. de Wendel. Dans des difficultés moindres toutefois, je n'ai manqué ni d'expédients ni de résolution. J'espère qu'ici la Providence, qui m'a remis des soins bien au-delà de toute mon ambition, ne m'abandonnera pas.
J'espère qu'elle inspirera à nos amis et à ceux de leur pays quelque confiance en nos vues. Pendant la durée de la tourmente, cette confiance en ceux qui sont au timon est la loi du salut* Eux seuls peuvent juger avec calme etde sang- froid le moment opportun à la manœuvre, que toute impatience de l'équipage confondrait infailliblement. Que si l'on trouve d'autres timoniers, j'y souscris pour mon coniipte et je travaille sous eux ^ »
La confiance dans l'homme existait encore chez M. de Wendel; mais, dans le système, elle était fort ébranlée ; il redoutait l'optimisme libéral de son ami, et lui exprimait sans ménagement ses alarmes :
c< Ce que j'éprouve, c'est un sentiment qui est commun à tout ce qu'il y a d'honnêtes gens en France ; de ceux qui n'ont aucune vue d'ambition, qui ne désirent que la paix sous les Bourbons. Tous les essais sont faits, plus de prétextes pour se faire illusion ; plus de moyens de se refuser à l'évidence ; en-
* Corresp., H, p. 429. — 21 octobre 1819.
core deux années ou même une, et la France est dans les mains des brigands qui ont assassiné nos pères et nos familles... Votre système devons inquiéter peu des hommes dévoués et d'aller au-devant des autres a échoué, et cela devait être. Vos ennemis, qui, au fond, sont les mêmes que les miens, ont accepté tous vos dons, ont reçu vos armes et n'ont pas même attendu que vous les leur eussiez remises pour s'en servir contre vous... »
Puis, laissant là toutes les nuances et résumant le débat dans une de ces affirmations absolues qui simplifient, sans les supprimer, les conditions de la politique, mais que l'événement semblait, celte fois, justifier :
c< Il n*y aplusde parti mitoyen; il y a d'un côté
ceux qui veulent les Bourbons, et ils sont nombreux ; il y a, de l'autre, ceux qui n'en veulent pas. Les premiers, il faut les bien diriger; leurs fautes passées doivent les rendre dociles, et ils le seront, quand on ne les méprisera pas. Les autres, il faut que tout ce qui a un cœur les combatte, voilà toute ma politique. »
C'était bien vers cette politique que se tournait de Serre; à vrai dire, les modérés des deux partis, M. Laine, M. Ravez, M. Decazes, M. Pasquier, M. de Villèle, M. de Montmorency, en reconnaissaient également la nécessité. Seulement ils craignaient des deux côtés, tout en souhaitant un accord, de le pousser trop loin, ceux-ci jusqu'au centre gauche, ceux-là jusqu'aux ultra-royalistes. Us avaient, les unsetles autres, à lutter contre leurs propres défiances
et contre celles de leurs amis. M. de Villèlc sentait fixés sur lui les soupçons inquielsdes ultra-royalistes; il refusait un entretien avec M. Decazes; il lui supposait des velléités de rapprochement avec la droite, mais le croyait retenu par de Serre, attribuant à ce dernier les idées elles répugnances des doctrinaires, au moment même où de Serre, avec sa résolution accoutumée, s'engageait dans des projets de réformes que les doctrinaires devaient repousser comme trop favorables aux royalistes.
De Serre était convaincu de la nécessité d'une révision de laloi électorale. Il s'en était ouvert, depuis l'élection de Grégoire, avec M. Decazes et quelques amis. Mais on s'en doutait peu au dehors, parce qu'il n'était pas dans sanature,àlafoisardente et recueillie, de communiquer avec le public, autrement qu'à la tribune. Il laissait l'activité mobile et inventive de M. Decazes s*agiter au milieu des groupes, tâter leurs dispositions et essayer avec eux des. combinaisons diverses, tour à tour écartées et reprises, suivant les chances d'accord et de succès.
Pour de Serre les changements ne devaient pas 6!re des expédients passagers, mais des institutions durables. La loi du 5 février d817 n'avait pas porté les fruits qu'on en attendait. De Serre l'avait loyalement et vigoureusement défendue, lui prêtant même des mérites qu'au fond il ne lui reconnaissait pas.
L'expérience était faite, elle n'avait pas réussi. Dès lors il rejetait les demi-mesures ; il en revenait aux vuesqu'il avaitprimitivementémisessurles conditions de Félectorat ; il entreprenait d'organiser pour l'avenir le gouvernement représentatif en France.
Discutées dans des réunions intimes, soulevant des doutes chez plusieurs de ses amis, ses idées avaient séduit les plus jeunes membres du groupe doctrinaire, et, plus qu'aucun d'eux, un jeune pair de France de qui de Serre honorait le caractère et goûtait l'esprit, leducdeBroglie. Ce fut avec lui que le garde des sceaux concerta les dispositions de son grand projet.
Ce projet était intitulé loi sur l'organisation de la