CHAPITRE XV
Le départ pour Nioe.
M. Royer-GoUard se plaint de la composition du nouveau cabinet. — Réponse que lui fait de Serre. — Premiers actes du ministère. — Session de 1819. — Discours du roi, préparé par de Serre. — Nonadmission de Grégoire. — Adresse de la Chambre des députés. — Loi des douzièmes provisoires. — M. Royer-Gollard vote avec Topposition. — Les différents groupes politiques appréciés par un contemporain. — Savary et Caulaincourt. — De Serre, gravement atteint de la poitrine, est obligé de partir pour Mce. — Sa correspondance avec M. Decazes sur la réforme de la loi électorale. — Deux idées fondamentales : lutter contre l'esprit révolutionnaire et fortifier le régfime représentatif. — Ses lettres à M. Royer-Gollard. — Gombinaisons diverses mises en avant par les membres du ministère pour modifier les projets préparés par de Serre. — On en revient après délibération en conseil aux grandes lignes de ces projets. — On maintient les deux ordres de collèges que de Serre avait établis, collèges de département et collèges d'arrondissement. — Satisfaction que de Serre éprouve à cette nouvelle. — Sa confiance dans le succès. — Assassinat du duc de Berri. — Douleur universelle. — Adresse votée par les Chambi-es. — Soulèvement des ultraroyalistes contre M. Decazes. — Résistance du roi. — La droite refusant son appui aux lois d'exception proposées par le ministère, tant que M. Decazes sera au pouvoir, et le centre gauche ne consentant pas à les appuyer, H. Decazes se retire. — Démarches faites auprès du duc de Richelieu pour le décider à prendre en main le gouvernement. — Ses premiers refus. — Il n'accepte que sous la promesse formelle, garantie par le comte d'Artois, du concours des royalistes. — Second ministère du duc de Richelieu. — H. Decazes est créé duc et nommé ambassadem* à Londres.
Le refus de M. Royer-CoUard avait précipité la formation du ministère du 20 novembre. A peine eut-il
11 était regrettable qu'on n'eût pu'donner suite à cette conception d'un ministère où toutes les nuances de l'opinion modérée se seraient réunies. Plus d'une fois déjà, dans les jours de crise, soit en France, soit en Angleterre, devant une grande réforme à accomplir ou un grand péril à conjurer, on a vu cet accord se faire et cette combinaison prévaloir. Elle entre de plus en plus dans les nécessités d'un temps où les conflits politiques dégénèrent en luttes sociales, où les intérêts permanents des nations peuvent se trouver engagés dans les revers qui menacent les formes changeantes des gouvernements.
Le malheur est que le refus de concours opposé par les autres opinions oblige à l'isolement celles-là mêmes qui en sentent le plus les inconvénients. De Serre avait toujours cru à lanécessité de rapprocher les hommes qni voulaient à la fois la royauté et la Charte. 11 poursuivait la conclusion de cette entente, il en renouvelait l'appel à mesure que s'accumumulaient les périls, espérant trouver dans leur évidente gravité une raison décisive pour vaincre les résistances. Abandonné, contredit, méconnu par ceux dont il avait avec passion recherché l'appui, il lui fallut s'engager peu à peu dans une voie plus étroite. Son programme restait debout ; il ne cessait pas d'en envisager, au delà des variations passagères, le triomphe définitif; mais le caractère restreint des alliances auxquelles il était réduit, et les exigences de ses auxiliaires, devaient en obscurcir les principes et en limiter l'application.
Le ministère tint à montrer, dès ses premiers actes,
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que les réformes dont il projetait l'exécution, ne changeaient rien à sa ligne de modération. Des grâces nouvelles firent rentrer en France tous les exilés, sauf les régicides ; les sept membres de la Chambre de3 pairs, qui n'avaient pas encore été relevés de l'élimination prononcée contre eux après les Cent-Jours, furent rappelés dans la haute assemblée.
La session de 1819 s'ouvrit le 29 novembre. De Serre avait été chargé de la rédaction ^u discours de la couronne; il eut soin, en annonçant les lois préparées, de les rattacher au pacte constitutionnÉ.
« ... Fondateur de celte Charte, à laquelle sont inséparablement liées les destinées de mon peuple et de ma famille, disait le roi, j'ai senti que, s'il est une amélioration qu'exigent ces grands intérêts, aussi bien que le maintien de nos libertés, et qui ne modifierait quelques formes réglementaires de la Charte que pour mieux assurer sa puissance et son action, il m'appartient de la proposer. Le moment est venu de fortifier la Chambre des députés et de la soustraire à l'action annuelle des partis, en lui assurant une durée plus conforme aux intérêts de l'ordre public et à la considération extérieure de l'État ; ce sera le complément de mon ouvrage. Plus heureux que d'autres États, ce n'est pas dans des mesures provisoires, mais dans le développement naturel de nos institutions que nous puiserons notre force, »
Ces derniers mots, placés dans la bouche du roi, exprimaient bien la pensée du garde des sceaux : écarter les expédients pour n'entreprendre que des réformes durables*
DE SERRE. — Ué
La Chambre des députés consacra ses premières séances à la vérification des pouvoirs des membres nouvellement élus. Parmi eux était Grégoire. 11 n'avait pas été convoqué à la séance xoyale. Serait-il admis par la Chambre? 11 y avait contre son élection un cas de nullité. La Charte exigeait que la moitié au moins des députés élus dans un département y eût son domicile politique, et, des quatre députés de risère, Grégoire était le troisième qui ne remplit pas celte condition. Mais une grande partie de la Chambre invoquait un autre motif ; elle voulait que le régicide fût exclu comme indigne, et cetle opinion, ôloqucmment soutenue par M. Laine, avait provoqué s dans l'assemblée un débat confus et passionné. Une motion de M. Ravez vint à propos rallier les esprits; il demanda qu'on mit aux voix, non les motifs de la non-admission, mais la non-admission elle-même. Elle fut votée par une immense majorité, aux cris de: Vive le roi! auxquels s'associèrent beaucoup de membres de la gauche.
La Chambre forma ensuite son bureau. Elle maintint au fauteuil M. Ravez, et nomma pour la première fois un membre de la droite, M. de Yillèle, parmi les vice-présidents. Dans la commission de l'adresse, au contraire, dominaient la gauche et le centre gauche. Mais les deux nuances ne purent former une majorité sur un projet de rédaction, et ]a Chambre dut nommer une aulre commission, où le centre droit reprit l'avantage. Rédigée par M. Siméon, l'adresse était conçue en termes favorables, quoique réservés. La Chambre promettait d'examiner
avec <c loyauté et franchise » les mesures qu'annonçait le discours royal.
L'indécision du gouvernement expliquait la réserve de la Chambre. On ne connaissait pas la loi électorale, et tout le monde s'en préoccupait. Chacun hésitait, même sur des questions qui ne touchaient pas cette loi, à donner son vote au cabinet, dans la crainte de s'engager d'avance envers un programme dont, à droite comme à gauche, on redoutait les surprises. Le budget n'étant pas réglé, le gouvernement avait dû, comme les années précédentes, réclamer le vote de six douzièmes provisoires ; la commission proposait de ne lui en accorder que trois; la droite, malgré les efforts de M. de Yillèle, était d'avis de les lui refuser. La violence, que les orateurs de la gauche déployèrent dans le débat, changea ces dispositions et fit le triomphe du ministère; il obtint, à une forte majorité, les crédits qu'il avait demandés; mais on remarqua parmi les opposants M. Corbière, qui, pour la première fois, se séparait de M. de Yillèle.
Quelques jours plus tard, la Chambre eut à prononcer sur les pétitions qui demandaient le maintien de la loi du 5 février 1817. C'était la question électorale portée à la' tribune : les ministres se flattaient en vain d'en arrêter l'explosion. Les opinions les plus opposées étaient également impatientes de dire leur pensée et de provoquer les explications du gouvernement sur le fond de la discussion ; tandis que M. Benjamin Constant, M. Méchin, M. Manuel, M. Dupont (de l'Eure), attaquaient des projets qu'ils
ne connaissaient pas encore, M. deVillèle et M. Laine se concertaient pour exposer les raisons qui commandaient, à leurs yeux, la réforme de la loi. M. Pasquier confirma leur thèse ; mais, en combattant les orateurs de la gauche, il s'attacha surtout à dénoncer les manœuvres qui avaient accompagné et, selon lui, vicié le pétitionnement. Il produisit beaucoup d'effet en lisant quelques extraits d'un écrit publié par le principal meneur des comices électoraux dans le département de la Sarthe, le sieur Goyet : a Avant quatre ans, disait celui-ci aux paysans, vous vivrez dans les horreurs du régime féodal.... Les paysans et autres vilains feraient seuls les corvées. Ils supporteraient seuls les charges de l'État ; le sang coulerait par torrents dans ces jours de désolation. »
Cependant le gouvernement ne disait pas quels étaient ses projets, et son silence nuisait à son succès. Une première épreuve resta douteuse ; on vit, au sommet du centre droit, M. Royer-CoUard se lever contre l'ordre du jour réclamé par les ministres. On procéda au scrutin : 117 boules blanches adoptèrent l'ordre du jour, mais il avait eu contre lui 1 12 boules noires.
De Serre n'avait pas paru à la Chambre dans ces derniers débats. Ce n'était pas, comme quelques-uns le prétendaient, que des divergences l'eussent séparé de ses collègues ; il les appuyait, au contraire, de tout son pouvoir, et plus d'une fois il avait voulu se rendre aux séances pour les seconder. Ses forces trahissaient son ardeur. Les fatigues de la session précé-
daite TaTaient ^uîsë ; sa poitrine était attânte, et les médeans désespéraient de le sanrer, sll ne gardait on xppos absolu.
créait là le pîndpal motif des inoertitodes da gouYememait. Les ministres ne prisaient pas que le projet de rtfonne Rectorale pût dem^irer td que de Serre TaTait conça ; mais ils ne Tonlaient nea décider sans lui, et, se flattant, comme lui, d^one gnérison prochaine, ils attendaient, pour dédar»* leur programme à la Qiambre, qu'il fût en mesure de le combiner avec eux et de le défendre.
Une lettre adressée à de Serre par un député dont le nom n*est pas connu donnait, à cette époque même, un tableau curieux et, selon toute apparence, exact des dispositions de la Chambre.
Personne ne tenait pour définitive la loi du 5 féyrier 1817, même parmi ceux qui affectaient le plus de la soutenir ; mais, pour la modifier, chaque groupe voulait attendre le jour où il serait maître. L'extrême gauche se promettait delà rendre plus démocralique, tout en se contentant, à Theure présente, des résultats qu'elle avait produits; la gauche approuvait, à condition d'opérer ces changements elle-même, le renouvellement intégral et rabaissement de Tâge fixé pourTéligibilité. Le centre gauche se divisait en deux groupes, les constitutionnels absolus et les constitutionnels doctrinaires; les premiers prétendaient que la loi des élections était un complément de la Charte et que les députés n'y pouvaient rien changer, à moins d'un mandat spécial de leurs électeurs ; les seconds reconnaissaient aux trois pouvoirs le droit
de modifier la loi, mais ils estimaient qu*on n'ayait pas fait de cette loi une expérience suffisante, et que tout changement serait dangereux, étant prématuré. Le centre était exaspéré des injures que lui adressaient les libéraux, et disposé à voter une loi qui pût le soustraire à leur empire, mais à la condition qu'elle vint du gouvernement et qu'il la présentât sans délai. Au centre droit, on était alarmé ; on désirait des changements sans les préciser; on se contentait, suivant Texpression malicieuse du correspondant, « de soupirer des reproches, de murmurer des griefs, de sangloter des récriminations ». Les membres de la droite avaient la loi en horreur et n'en attendaient que désastres; mais, disait le même observateur, c< la haine et Torgueil les dominent au point qu'ils consentiraient à devenir aveugles, pourvu que leurs ennemis, les ministres et les ministériels, devinssent borgnes ». Toutefois il les croyait disposés à céder à une volonté prononcée d'en haut et aux ordres qui leur seraient donnés par les puissances qu*Us reconnaissaient^ désignant sans doute par là le comte d'Artois et les infiiiences du pavillon Marsan.
De ces éléments divers, dont l'opposition réciproque affaiblissait la résistance, Tauteur delà lettre concluait qu'avec une décision énergique et rapide on pourrait faire sortir une majorité qu'il n'évaliûdt pas à moins de 140 voix, et qui pourrait s'életér jusqu'à 180. ^
La difficulté pour le gouvernement était toujcRtni de se rapprocher de la droite, sans se brouiller a^ee le centre gauche, chacun des deux groupes loettliiit
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pour condition à son assentiment la rupture avec l'autre. M. de Yillèle était presque seul, parmi les royalistes, à comprendre la nécessité d'une action patiente et mesurée ; il sentait que le meilleur moyen de jeter le gouvernement à gauche, c'était de lui refuser Tappui de la droite, et il le ménngeait, en évitant de se lier avec lui. Mais, même avec dételles réserves» il s'exposait par ces ménagements aux défiances de son parti. Le général Donnadieu lapostrophait, dans les salons royalistes, avec la dernière violence. M. de la Bourdonnayenelui parlait plus, a Vous ne pouvez vous faire une idée des propos que tiennent nos enragéSj écrivait M. de Yillèle. Je ne suis pas bon à jeter aux chiens. » Tout en résistant à ces défiances, il en subissait la contagion ; il arrivait à ne plus voir dans les ministres que des ambitieux uniquement occupés d*un intérêt personnel. 11 était lui-même atieint de ce mal qu'il peignait si bien : « On se méfie trop de nous; nous nous méfions peut-être trop* des autres, et en attendant, les méchants font du chemin. »
Tout semblait s'unir dans cette crise contre le gouvernement. La hardiesse de ses adversaires croit* sait avec les défiances de ses amis. Le général Savary» condamné par contumace après les Cent-Jours, se eonstituait prisonnier et réclamait son jugement. Le général de Caulaincourt, dans un écrit public, reprochdSt;^ la Restauration la paix qu'elle avait signée, ettiftclarait que « l'Empereur » n'aurait jamais consenti un traité qui n'eût pas laissé à la France ses firontières naturelles. M. Decazes, inquiet de ces ma-
nifestations, demandait conseil à de Serre. « Quant à Sa\ary, écrivait celui-ci, puisqu'il est venu, nous le ferons juger, je n'y vois pas deux chemins. » II fut en effet jugé et acquitté. Pour M. de Caulaincourt, de Serre répondait à son assertion : « C'est la dynastie actuelle qui a réuni toutes ces belles provinces dont se compose aujourd'hui la France, et il s en faut bien que, dans le cours de plusieurs siècles, elle y ait employé autant de trésors et de sang que Bonaparte en peu d'années en a consommé pour perdre toutes les conquêtes de la Révolution et entamer notre ancien territoire. » La réplique ravit Louis XYIII : « Le roi, écrivait M. Decazes, trouve votre idée admirable, Villemain l'arrange pour le Moniteur de demain ^ »
C'est au milieu de ces perplexités que se poursuivaient entre les ministres les délibérations relatives à la réforme électorale. Miné par la maladie, condamné à l'isolement, au silence, n'ayant plus avec SCS collègues que de rares communications et le plus souvent par écrit, de Serre, prévoyant les modifications que subirait son projet, ne se décidait pas à s'en dessaisir, et les ministres, tout en sentant l'urgence de le reviser, n'osaient pas le lui demander* M. Decazes seul le connaissait bien; toujours %n
* Corresp.f t. II, p. 505. — On retrouve en effet l'idée développée parle brillant rédacteur dans le Moniteur du 23 janvier 1820.
quête des impressions contraires du centre gauche et de la droite, sa pensée était sans cesse en mouvenrient ; il avait trouvé et proposait à de Serre une nouvelle formule. II maintenait la distinction des collèges de département et des collèges d'arrondissement; mais il leur attribuait le droit de se présenter les uns aux autres des candidats. De Serre protesta aussitôt contre ce changement, qui lui faisait, disaitil, l'effet « d'un mauvais rêve ». Il renonçait, après l'échec du grand ministère, à toute cette partie de son projet, qui ne concernait pas les élections et qui tendait à opérer en France une véritable réorganisation du gouvernement représentatif. Mais il n'en défendait qu'avec plus de vigueur les dispositions relatives à l'élection de la Chambre des députés. « Je crois tout changement de plan ruineux en ce moment, écrivait-il à M. Decazes. La seule discussion d'un nouveau plan pourrait jeter dans le Conseil une division fatale ; elle transpirerait inévitablement, et pensez que la moindre hésitation nous décrédite et nous perd. Quel défaut de conviction, quelle légèreté, quelle inconstance n'annoncerions-nous pas, si, pour la première idée venue, on nous voyait prêts à abandonner un i^lân pour lequel un ministère s'est dissous, un ministère s'est formé, pour lequel nous n'avons pas craint d'émouvoir la France entière!. Nos combinaisons ne nous appartiennent plus ; elles sont àéétfle public, dans les Chambres ; nous avons pour ncÂs une certaine nécessité des choses qu'il ne s'agit que de soutenir de notre conviction, de notre fermeté. Nous connaissons notre terrain ; nous sommes
prêts au combat. En présence de Tennemi, la plus périlleuse de toutes les manœuvres est de changer loialement son ordre de bataille^ x>
Il obtint, cette fois, gain de cause. M.Decazes n'insista -pas. Malheureusement, les médecins obligeaient de Serre à déserter ce combat pour lequel il se sentait prêt. La maladie de poitrine avait fait des progrès rapides, et le départ immédiat pour le Midi pouvait seul en conjurer le dénouement. « Je sons vivement le mal de son absence, écrivit Louis XVIII à M. Decazes, mais une raison sans réplique me porte à appuyer Tavis de la Faculté. Le temps perdu se répare, il est des hommes qu'on ne retrouve point. »
De Serre se résigna, non sans différer chaque jour son départ. 11 confia Tintérim de son ministère à M. Siméon, qui fut nommé sous-secrétaire d'État de la justice. II laissa aux deux principaux collaborateurs de M. Decazes, M. Guizot et M. Yillemain, ses recommandations et ses notes. Le duc de Broglie, qui avait eu toutes ses confidences, devait aussi le représenter auprès du président du Conseil.
Mais, même en s'éloignant, de Serre ne se détachait pas de rœuvre à laquelle il croyait attaché le sulut de la monarchie. Il partit pour Nice le 26 jan« vier. A chaque station de son voyage il rédigeait ses idées, .roulant jour et nuit ses combinaisons, accu* mulant les arguments, adressant lettre sur lettre à ses collègues, à ses amis, poursuivant de loin cette
* Correfip,, t. II, p. 477.
ardente propagande qu'il ne pouvait plus exercer à Paris.
C'est dans ces notes qu'il faut chercher la pensée de l'homme d'État. De Serre en garde le mérite, encore bien que les événements ne lui aient pas permis de développer et d'appliquer toutes ses vues.
Lutter contre l'esprit révolutionnaire et fortifier le régime représentatif, telles sont les deux idées dont de Serre est pénétré. Il n'y a dans les projets qu'il forme pour la défense de la royauté aucune prétention exclusive, aucune arrière-pensée de réaction ni de dictature. Loin de là, il veut remettre en vigueur les influences légitimes, les accoutumer à l'action et à la lutte, provoquer leur initiative, et les . affranchir ainsi du joug de la Révolution, sous lequel il les voit, dispersées et timides, en danger de disparaître : « La tranquillité est grande, écrit-il de Lyon à M. Decazes, mais les révolutionnaires, bien qu'en faible minorité numérique, sont en grande activité et par là en puissance croissante. La masse est bonne, mais inerte et effrayée. La peur a gagné l'opposition de droite. Si nous avions besoin d'être convaincus de la nécessité de nos mesures, nous nous en convaineifons ici^ »
Comment donc conjurer ce péril et dominer cette oppression? En secouant la torpeur des honnêtes gens, en appelant les grands intérêts, les influences principales, toutes les forces vives du pays, par des lois qui leur assurent une action libre et efficace, à
* Carresp; t. II, p. 529.
stance. Mais vous avez, je pense, à être en garde contre vous-même; quand votre esprit s'est afTectionnê à une idée, il la revêt d'une armure tellement finrfe, qu'il se fait illusion sur sa solidité réelle. »
Puis, combattant les appréhensions de son ami avec une insistance qui prouvait combien il était attaché lui-même aux formes d un régime Iftte :
m Je sais que vous arrivez à cette assertion que» dtes notre état social, nous ne pouvons recevoir dans sa franchise le gouvernement représentatif. Mais en pouvons-nous essayer un autre? Mais ne prendre que la moitié d'une forme de gouvernement, n'est-ce pas en subir les inconv^^nicnts, sans les avantages^ ? »
Pour lui, il était convaincu que l'instabilité qu'engendraient les élections annuelles deviendrait insupportableàtout gouvernement. 11 voyait, dans l'avenir, le principe du renouvellement intégral aussi incontesté que l'étaient déjà les deux Chambres, le droit de dissolution, la sanction royale. Avec ce principe, les intrigues que tenait en éveil le renouveHement annuel devenaient sans objet; le pouvoir était maître de choisir l'heure de la dissolution ; l'administration, ayant du temps devant elle, retrouvait l'esprit de suite, et elle pouvait, en quelques années, accumuler une masse de résultats que le gouvernement opposerait victorieusement, le jour venu, aux déclamations de ses ennemis.
De Serre recommandait deux autres réformes, la publicité des votes et rabaissement de l'âge fixé pour
* Corresp., t. II, p. 574.
Téligibilité. Il aui*ait souhaite qu'on votât, comme en Angleterre, à haute voix; l'innovation était par trop contraire aux habitudes françaises. Il voulait du moins que le vote, même écrit, fût public. Si elle 'n'empêchait pas les choix hostiles, la publicité devait, selon lui, n'en permettre que d'honorables ; il se rappelait l'élection de Grégoire, et se disait que des royalistes n^émsent pas affronté la honte de voter à découvert pmir un régicide.
m La publicité, écrivait-il, évitera plus d'un acte scandaleux. Elle a cette vertu de ranimer le senti* ment des convenances, de rendre lé pudeur à ceoà mêmes qui l'ont perdue. »
U se persuadait aussi que l'abaissement de Tàgc donnerait plus de ressources en un temps de crise et de lutte, où l'on avait besoin de force physique et morale, de dévouement et de courage.
€( On ne trouve plus guère cela aujourd'hui dans leshommes au delà de quarante ans. Ils ont été plies et repliés dans tous les sens. Us ont subi tous les jougs et toutes les )K>ntes. »
Il n'était question, on le voit, dans ces virils épanchements, ni de misérables préoccupations de portefeuille, comme le supposaient les royalistes, ni de retour à l'ancien régime, comme l'annonçaient les libéraux. Quelqueopinionqu'onait sur les conceptions exposées par de Serre, elles tendaient toutes à chercher dans l'élévationî des sentiments, dans les grands côtés des hommes, la force du gouvernement.
Nous avons cité quelques lignes de ses lettres à M. Royer-Collard. Il y avait entre les deux amis
comme un pressentiment pénible qui leur inspirait tour à tour le désir de resserrer leurs relations et la crainle de les continuer. M. Royer-CoUard avait fait prendre à de Serre l'engagement de lui écrire. De Serre s'en souvenait, et il hésitait à le tenir ; il appréhendait le désaccord que révélerait entre eux cette correspondance. Cependant sa lettre était partie; il avait dit à son ami toutes ses pensées ; sa franche affection ne lui cachait pas son intime souci :
<c ... Outre mes inquiétudes sur l'issue des grandes affaires, j'en ai de bien particulières sur le rôle que vous y jouerez, sur les résultats pour votre responsabilité et votre réputation que j'ai à cœur, à l'égal des miennes propres. » Puis, avec un sourire qui n'était pas sans quelque tristesse : t Je n'aurai qu'un regret plus vif que celui de notre dissentiment, celui de ne pas vous combattre. Le ciel dans sa justice devrait vous envoyer, je ne dis pas un catarrhe, mais un enrouement. »
Que devenait cependant le projet de loi, à la défense duquel de Serre, malade et éloigné, mettait une si persévérante ardeur?
Il avait subi plus d*un changement depuis le départ du garde des sceaux, et, par un sort conforme à la destinée de son auteur, il ne devait arriver au but qu'après bien des vicissitudes et de tragiques épreuves.
Dès l'abord, les ministres avaient été d'avis de réduire le proj^ de loi ; ils le pen^rent bien plus et le dirent plus haut, quand de Serre fut parti. Lui absent, nul ne se sentait en. mesure de faire passer cetle grande réforme. Ces premicTcs dispositions reconnues dans les convei-sations particulières, on résolut de tenir un conseil de cabinet dans lequel un plan définitif serait arrêté. Avec les ministres et le sous-secrétaire d'État, M. Siméon, on y avait convoqué le duc de Richelieu, le chancelier Dambray, le marquis Garnier, M. Laine, M. Cuvier, M. Meunier,
M. Decazes avait imaginé un nouveau système.
Dans chaque département, il établissait trois collèges formés, l'un de contribuables payant au moins 900 francs, l'autre des contribuables de 500 francs, le troisième des contribuables de 300 francs. De Serre connaissait l'idée, et en avait déjà signalé le péril :
'< Ne vous y trompez pas, écrivait-il à M. Decazes, votre collège de 300 francs sera en immense majorité composé de petits patentés des villes et de petits acquéreurs de biens nationaux, ignorants et possédés de tous les préjugés de la Révolution. D'ici à très longtemps, ce sera le patrimoine exclusif des ultralibéraux. )^
La combinaison fut abandonnée. <c Les trois collèges nous ont épouvantés en y réfléchissant », répondait M. Decazes. M. Mounier proposait de substituer le scrutin par arrondissement au scrulin par département, tel que l'avait établi la loi du 5 février, en accompagnant cetle mesure d'un dégrèvement d'impôts qui eût diminué le nombre des électeurs; mais
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on estima généralement que la réforme, suffisante peut-être six mois plus tôt, ne l'était plus aujourd'hui. On se sépara sans rien conclure, en se réservant de prendre l'avis de la droite dont le concours était nécessaire. Des pourparlers s'engagèrent entre quelquesuns des ministres et les chefs du parti royaliste, M. de Yillèle et M. Corbière. On obtint d'eux qu'ils renonceraient aux deux degrés, et, tout bien considéré, on reconnut que le plus sage était de revenir au plan adopté par de Serre en y ajoutant quelques modifications désirées par la droite.
Les deux ordres de collèges étaient maintenus. Seulement on confiait aux collèges d'arrondissement le soin de choisir eux-mêmes, sur la liste des plus imposés, les électeurs qui composeraient les collèges de département. Chaque collège nommait ensuite les députés dont l'élection lui était dévolue. L'âge de l'éligibilité restait fixé à quarante ans ; le vote demeurait secret. Le renouvellement intégral était établi tous les cinq ans, mais, par une disposition assez bizarre, on essayait de le concilier avec le renouvellement annuel d'un cinquième. Il était dit que lorsque la Chambre aurait été dissoute, les nouveaux élus devraient siéger cinq ans au moins, et que le renouvellement partiel ne recommencerait qu'à l'expiration de la cinquième année. Le roi étant toujours maître de dissoudre la Chambre, ce renouvellement partiel, conservé dans le texte de la loi, pouvait en réalité ne s'appliquer jamais.
La décision fut prise le 6 février, dans un nouveau conseil de cabinet tenu en présence duroi.'H.Hôunier
et M. CuTÎer étaient chargés de préparer le projet de loi ; M. Tillemam devait lear être'adjoint pour rédiger l'exposé des motifs.
En annonçant ces changemeiAs à de Serre« M. Decazes s'attachait à lui montrer que c'était en réalité son plan qui prévalait : « C'est votre première idée, sauf que le double vote est un peu acheté par l'élection des collées de département faite par les arrondissements... »II ajoufail, pour diminuer son mécompte, que le duc de Broglie se résignait à ces modifications, que M. de Yillèle les acceptait, qu'on espérait y rallier les centres, et que déjà l'on avait l'appui de M. Beugnot. Le duc de Richelieu avait promis son concoui^ ; il persistait, sur de nouvelles instances, à refuser le ministère; mais, avec sa générosité habituelle, il n'épargnait rien pour gagner des suffrages aux ministres et à leurs projets.
De Serre était à Nice, lorsqu'il apprit ces résolutions. Une cachait pas son regret de voir abandonnés le renouvellement septennal et le double vote ; mais il s'inclinait devant des nécessités que son éloignement ne lui permettait pas de démêler : « Si cela entre dans les esprits, écrivait-il, le résultat est bon. In omnibt^respice finem. » Il prenait acte des principes qu'on avait gardés et ne désespérait pas, une fois revenu, d'obtenir d'autres concessions : « La division en collèges de déparlement et d'arrondissement a l'avantage d'être fondée sur la circonscription territoriale et d avoir existé vingt ans. C'est très fort. Elle laisse à la grande propriété, aux influences locales, toute leur action. » Plus il méditait ces principes, plus il
les <c ruminait », suivant son expression, plus il sentait sa conviction s'affermir, et dominant, par Ténergie de son âme, le délabrement de ses forces, il se voyait déjà à la tribune; il saluait d'avance la victoire, avec une joie patriotique.
(X Je ne sais si de loin on juge avec plus de calme et mieux; mais je compte sur le succès de nos affaires. Le temps me parait avoir usé les résistances. Le pouvoir, qui a raison et qui veuf fermement et constamment, a bien des chances de succès. C'est au roi e\ à sa persévérance au milieu de diUGcultés sans cesse renai«isantos, que la France devra d'être tirée de cette
crise*. »
C'était le 16 février qu'il écrivait ces lignes. Depuis deux jours, un crime affreux venait de donner à ses espérances le plus efl'royable démenti.
Dans la soirée du 13 février, tandis que tout Paris s'abandonnait aux divertissements du carnaval, quelques membres du gouvernement s'étaient rendus chez M. Decazes pour examiner, une dernière fois, le projet de loi électorale. Les dispositions de ce projet avaient été définitivement arrêtées dans un conseil de cabinet, tenu l'avant-veille en présence du roi ; la Chambre des députés était prévrtue que le lendemain, 14 février, elle en recevrait communication. M. Pasquier,M. Decazes, M.Mounier, d'autres hommes politiques, assis autour de la table dueon<seil, relisaient le projet, en pesaient avec soin chaque article, chaque mot, lorsque la porte du cabi*
* Corre$p., tm» p. 14.
net où ils étaient réunis s'ouvre violemment, et un officier de paix, le visage bouleversé, entre en s'écriant : «t Le duc de Berry est assassiné. »
On se figure le saisissement, la douleur, les alarmes, les prévisions, que provoque en un instant la nouvelle chez ceux qui Tentendent. M. Decazes et M. Pasquier se font aussitôt conduire à l'Opéra, où le crime s'est accompli, où se consomme dans une loge de théâtre, à quelques pas de la scène encore animée par les éclats joyeux d'une fête mondaine, le drame auguste et terrible dont l'histoire a recueilli les détails, cette mort héroïque et pieuse d'un fils de France, ces princes, ces princesses, ce vieux roi, ces dignitaires, ces maréchaux, ces serviteurs désolés, arrivant à mesure que la fatale nouvelle est venue les surprendre, la religion dominant et illuminant de ses clartés sublimes ce déchirant spectacle, et, au milieu d'intolérables souffrances, le mourant n'ayant à la bouche que des paroles de regret pour les fautes de sa vie, et de miséricorde, de supplication passionnée en faveur de ïhomme qui lui a donné la mort.
« Sa fin a été toute française et toute royale, écrivait de Serre quelques semaines plus tard; elle honore sa race, et c'est avoir vécu que de mourir ainsi. »
La douleur fut unanime à la première annonce du cruel événement. L'horreur du forfait, l'immensité du malheur, ramenaient vers la dynastie, déjà frappée de tant de coups, les instincts honnêtes, les mouvements généreux de la population. Des femmes, des
les LE COMTE DE SERRE.
hommes même furent vus, dans les halles, versant des larmes; les mêmes sentiments se manifesièrent dans des rangs plus élevés, et jusque dans ces régions hostiles, où peut-être, comme l'écrivait le duc de Broglie, « Pattentat avait excité, chez quelques-uns, un sincère repentir » .
Les adresses, présentées au roi par les deux Chambres, témoignèrent de la consternation du pays. A la Chambre des députés, ce fut un membre de l'opposition, le général Foy, qui demanda, en quelques loyales paroles, le vote d'une adresse où tous les cœurs se confondraient dans l'expression d*une même douleur. M. Corbière l'avait appuyé, et l'adresse avait été unanimement adoptée sur le rapport d une commission dont les membres, appartenant aux opinions les plus opposées, s'étaient trouvés tous d'accord en ce jour de deuil.
Mais, pas plus dans la vie publique que dans la vie privée, les hommes ne testent longtemps sur ces impressions épurées d'une grande affliction. La politique est sans entrailles, comme les affaires, et la passion, bientôt remise d'une secousse inattendue, reprend avec une âpre clairvoyance la poursuite de ses intérêts ou de ses vengeances.
M. Decazes n'avait pas quitté le lit de mort du duc de Berry. Il avait reçu, dans cette nuit lamentable, les* remerciements du comte d'Artois, et le lendemain, au pavillon Marsan, le malheureux père les lui avait renouvelés, en lui parlant, les laroies aux yeux, de la nécessité de se serrer les uns omtre les autres pour faire face aux ennemis du trône. Déjà
LE l^iRT FUCIl 5ICS.
œpendant le nom do président du conseil ëtail np* proche dans d^idbomîoables articles du nom de Lou* Tel, et devant li Chambre des dépalés d'abord stupéfaite, puis révoltée, un membre isolé de Textréme llroite airait proposé la mise en accusation de M. Decaxes, conmie complice de l'assassinat du duc de Berry.
La motion avait été étouffée au plein jour du parlement, mais elle cheminait dans Tobscurité des intrigues. L'occasion, à peine entrevue, avait été saisie de renverser le miuislre sous Tindignation provoquée par l'attentat.
L'effort se poursuivait au milieu d'un déchaîne* ment épouvantable d'alroces calomnies, dans lesquelles se mêlaient la frivolité implacable des salonSt les menaces, plus bruyantes que réfléchies, des gardes du corps, les manœuvres calculées d'agents sans scrupules, et l'effrayante crédulité d'âmes honnêtes, mettant à soupçonner de tous les crimes les adversaires de leur manière de voir la même simplicité qu à couronner de toutes les vertus ceux qui s'en faisaient les champions. Émus par ces entrainementSt dont ils ne jugeaient qu'à travers leur deuil, et aussi dans le désir de soustraire M. Decazes à des périls qu'on affectait de ne pas dissimuler, le comte d'Artois et la duchesse d'Angoulême tentèrent une démarche auprès du roi pour obtenir l'éloignement du ministre.
Le roi n'avait pas cédé. L'intervention des membres de sa iBtmille n'avait fait que l'irriter davantage contre le parti auquel il en imputait la responsabilité.
suffrages à ceux de la gauche pour faire élire des commissaires hostiles aux propositions du cibinet.
II dépendait du centre gauche de maintenir M. Decazes au pouvoir, en donnant son appui aux projets de loi. Mais, à la nouvelle que ces projets avaient été délibérés dans un conseil où ne se trouvaient que des membres de la droite, bien que tous d'opinion modérée, le centre gauche avait cru le ministre livré aux ultras, et, sur cette seule supposition, il l'abandonnait. L'acharnement des ultras contre ce ministre, qu'on disait leur homme,était pourtant dénature à provoquer quelques doutes ; les principaux membres du groupe, M. Royer-CoIIard, M. de Barante, M. de Courvoisier, M. Germain, M. Camille Jordan, virent M. Decazes; ils essayèrent de se mettre d'accord avec lui, mais inutilement. M. Royer-CoIIard disait tout haut que le ministère était un cadavre qui ne pouvait plus marcher, et, ne croyant pas à la durée du règne des ultras, il ne s'effrayait pas de leur laisser un triomphe qui serait leur perte.
Attaqué à outrance par les royalistes, délaissé par ses amis, M. Decaze tenait, par sa présence dans le gouvernement, les lois en échec. II le sentit et le fit comprendre à Louis XYIII, qui se résigna douloureusement à sa retraite.
II n'y avait qu'un hommequi pût, dans de tellesconjonctures, prendre la direction du ministère : c'était le duc de Richelieu. On épuisa les derniers efforts pour vaincre ses refus. M. Laine lui amena M. de Villèle, qui promettait l'appui de la droite. Le comte d'Artois lui envoya message sur message ; il vint en-
fin lui-même^ et se fit garant des promesses de M. de Yillâé. On dit qu'il annonça au duc de Richelieu la visite de la duchesse d'Angoulême, et qu'à ce nom révéré Je loyal gentilhomme, saisi d'émotion, ne résista plus. Sur cette assurance, le roi lui adressa une lettre pour lui demander officiellement son concours.
« Vous savez, écrivait quelques joursplus tard M. de Richelieu au plus intime ami du garde des sceaux, M. Froc de la Roulaye, vous savez que j'ai consommé mon sacrifice. Puisse-t-il n'être pas inutile au roi et à la France ! J ai besoin de tous les hommes d'honneur et je compte sur vous... Que pouvons-nous vouloir, si ce n'est empêcher notre pays de se détruire, de devenir la proie d'une poignée de factieux d'abord, et de l'étranger après? »
Le duc de Richelieu entra au conseil comme président, sans prendre de portefeuille. M. Siméon devint ministre de l'inlérieur et fut remplacé, comme sous-secrétaire d'Élat de la justice, par M. Portalis. Il n'y eut pas d'autre changement dans le cabinet. Le roi combla M. Decazes des marques de sa faveur. 11 le créa duc, sur l'avis même du duc de Richelieu, et lui donna l'ambassade de Londres.