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CHAPITRE XVIII

La rupture aveo les dootrinaires.

Le centre gauche, bien qu'ayant voté la loi électorale, refuse son concours au cabinet. — Opposition déclarée des doctrinaires. — Clôture de la session de 1819. — MM. Royer-Gdlard, Camille Jordan, Guizot sont rayés du tableau des conseillers d'État et nommés conseillers d'État honoraires. — M. de Barante, relevé de la direction générale des contributions indirectes, est nommé ministre de France à Copenhague. — Hésitations du garde des sceaux avant de consentir à ces mesures, dont le duc de Richelieu et la majorité du conseil font prévaloir la nécessité. — Lettres écrites par de Serre à MM. Royer-Gollard, Camille Jordan, Guizot. — Sa conversation avec M. de Barante. — Réponse de M. Royer-Collard. — Lettre du duc de Broglie au garde des sceaux. — Sentiments que gardent pour de Serre ses anciens amis, malgré cette séparation. — De Serre part pour le Mont-Dore. — Chagrin que lui cause la rupture avec les doctrinaires. — Réflexions de M. de la Boulaye et du duc de Richelieu. — Délibération des ministres sur l'opportunité de la dissolution de la Chambre. — Le ministère se décide à convoquer les coUëges de département récemment créés, en même temps qu'à opérer le renouvellement partiel dans les coUègës d'arrondissement. — Conspiration militaire du 19 août. — Naissance du duc de Bordeaux. — AUégresse publique. — Lettre de M..Becquey.

— Louis XVIII donne le nom de Henri au jeune prince, en souvenir des grandes paciGcations de Henri IV. — Promotion de Tordre du Saint-Esprit. — De Serre est nommé chevalier des ordres du roi.

— Les élections. — Triomphe des royalistes. — Dangers de leur exaltation. — M. de Villële, M. Corbière et M. Laine entrent dans le ministère. — M. de Chateaubriand est nommé ministre de France à Berlin. — La Charbonnerie et les Sociétés secrètes. — Indignation que cause à de Serre la conduite des libéraux et tort qu'ils font à la liberté.

La session de 1819 fut close le 22 juillet 1820. La discussion du budget en avait rempli les dernières séances. Épuisé par la grande lutte qu'il venait de

soutenir, de Serre avait rarement paru à la Chambre ; il n'était intervenu que pour défendre les services qui dépendaient de son ministère.

Dans cet intervalle, le cabinet eut à prendre une grave détermination.

La conciliation qui s'était faite sur le vote final de la loi des élections, ne s'était pas maintenue après le scrutin. Les partis gardaient l'impression des violences qu'avaient provoquées le débat bien plus que de raccord qui l'avait terminé. La gauche se sentait vaincue, la droite victorieuse, et, des deux côtés, la même passion se déchaînait pour jouir du triomphe ou pour préparer la revanche. « Toutou rien, écrivait à de Serre un député de l'Est, M. de Marandet, est la devise des uns et des autres*. »

Le concours du centre gauche aurait pu aider le gouvernement à mettre quelque mesure dans les prétentions des vainqueurs; malheureusement, son adhésion tardive à la loi électorale ne s'étendait pas à la politique du cabinet. Loin de là, les membres de ce groupe avaient compté qu'un remaniement du ministère serait la conséquence de leur vote. Cette satisfaction leur ayant manqué, ils étaient ouvertement rentrés, lors de la discussion du budget, dans les rangs de l'opposition.

Us n'en entretenaient pas moins avec quelques membres du cabinet des relations amicales dont la droite s'inquiétait, et qui gênaient la marche du duc de Richelieu, en fournissanf un prétexte aux défiances des royalistes avec lesquels il voulait s'unir.

* Corresp, IV, p. 27.

A cette époque, le conseil d'Etat était soumis à un renouvellement périodique. Chaque année, le Moniteur publiait la liste de ses membres; ceux qui n'y figuraient pas étaient par le fait exclus de ses rangs. Ces éliminations étaient rares, et les noms qui composaient alors le conseil d'État témoignent de son indépendance; mais, dans un temps où l'on pouvait être à la fois fonctionnaire et député, la politique avait provoqué quelques radiations. C'est ainsi qu'en 1816 M. Benoist, ayant prononcé â la Chambre un discours contraire à l'administration de M. Decazes, avait été, sous l'influence des doctrinaires, écarté du conseil d'État et lemplacé par M. Camille Jordan. La droite, redevenue majorité, s'armait à son tour de l'hostilité hautement affichée des doctrinaires pour réclamer leur élimination. C'était à eux, disait-elle, de subir la loi qu'ils avaient jadis appliquée à leurs adversaires.

L'interpellation était pressante, et les antécédents que rappelait la droite, incontestables. Mais la renommée des hommes qui se trouvaient en cause, les liens qui les rattachaient à quelijues-uns des ministres, à Tun d'entre eux surtout, rendaient la décision particulièrement délicate.

Ces conseillers d'État qu'il s'agissait d'écarter, c'étaient M. Camille Jordan, M. de Barante, M. Guizot, celui-ci étranger aux Chambres, mais signalé par une opposition que son activité et son talent rendaient plus éclatante; c'était enfin M. Royer-CoUard, et celui à qui incombait le devoir de signer l'arrêté d'exclusion, c'était le garde des sceaux.

La pensée qu'il faudrait en venir à cette extrémité obsédait de Serre; il s'efforçait de la détourner; il aurait Toiilu, du moins, la jugeant inévilable, en adoucir la rigueur^ et ne lui donner que le caractère d'une séparation momentanée, en nommant conseillers d'État en service extraordinaire ceux dont la défection l'obligeait à rayer les noms du tableau. Tel était aussi, malgré ses griefs contre les personnes, l'avis de SL Pasquier. Le duc de Richelieu fit prévaloir une opinion différente; le titre de conseiller d'État honoraire fut seul laissé aux membres éliminés.

La rancune n'entrait pa« dans l'âme du duc de Richelieu ; mais il ne croyait plus au retour des doctrinaires, et, tenant leur hostilité pour incurable, il ne voulait pas, en les ménageant, s'aliéner inutilement la droite; n'ayant d'ailleurs avec eux aucun lien d'amitié, il n'éprouvait pas les tourments de cœur auxquels de Serre était en proie, et, dans son absolu détachement des fonctions publiques, il ne pouvait comprendre que des honnêtes gens s'irritassent d'une mesure qui n'était à ses yeux que la conséquence naturelle de leur attitude politique. « Des hommes dont les idées sont divergentes, écrivait-il à de Serre, ne peuvent pas travailler ensemble à faire marcher la machine du gouvernement; on ne s'entend plus, on se sépare sans humeur et sans bouderie; qu'y a-t-il là d'offensant pour personne? »

En principe, le duc de Richelieu avait raison, et, dans le calme de la réflexion, ceux-là mêmes le reconnaissaient, qui avaient été au premier moment

DE SERRE. — II. li

le plus froissés de la mesure; « mesure triste pour ceux qui la prenaient comme pour ceux qui la subissaient, mais naturelle des deux parts, a écrit M. Guizot. Le cabinet liu duc de Richelieu et sa politique ne suffisaient pas, selon nous, à fonder le gouvernement que nous avions tant à cœur de fonder, et pourtant, ni la situation de la couronne^ ni celle des partis dans la Chambre, ne comportaient en ce moment un autre cabinet que celui du duc de Richelieu et sa politique^. »

Cependant, sans cesser de déplorer la conduite des doctrinaires, et cet aveu du plus ardent d'entre eux en montre assez Terreur, on peut se demander s'il n'eût pas été préférable d'éviter avec eux, comme le proposaient de Serre et M. Pasquier, une rupture complète. Les doctrinaires représentaient, non pss un parti, mais un esprit épars dans le pays; leur présence dans les services publics était pour la société nouvelle une garantie; elle voulait dire qu'on ne toucherait pas à ces institutions et à ces intérêts que la masse de la nation avait à cœur et qu'elle croyait menacés par le triomphe exclusif de la droite! Le duc de Richelieu obéissait à cette idée, bien digne de sa loyale nature, de ne refuser aucun gage légitime à la droite, et de la mettre ainsi dans son tort, si elle venait jamais à l'abandonner; mais il eût plus sûrement évité celte défection en prenant d'avance ses précautions contre elle. La droite avait, comme la gauche, ses tentateurs et ses exaltés ; c'était les

* Ucvue des Deux Mondes, 1" juillet 1867 ; Élude aur M. de Barante.

LA RUPTURE AVEC LES DOGTRIiaiRES. 211

rendre partie nécessairede la majorîlé, et se mettre dès lors à leur merci, que de briser sans retour avec les doctrinaires. Quand les majorités sont constituées dé façon à ne pouvoir se passer du concours des extrêmes, elles finissent d'ordinaire par tomber sous leurjoug.

Une fois la décision prise en conseil, de Serre n'élait pas homme à en éluder la responsabilité; il l'exécuta avec tristesse, mais en l'avouant résolument; il voulut l'annoncer lui-même à M. Camille Jordan, à M. Guizot, à M. Royer-CoUard.

Sa lettre à M. Royer-CoUard lui fut cruelle à écrire ; il la refit deux fois, les yeux pleins de larmes, s'arrôtant à contempler en silence cette longue intimité qu'il voyait finir, mais ne voulant rien laisser paraître, dans sa droiture un peu rude, de l'émotion qui Télouffait.

« C'est avec douleur, écrivait-il à M. Royer-CoUard, que cette main qui a si souvent serré la vôtre remplît le devoir de vous annoncer qu'il a été impossible de vous conserver sur le tableau du service ordinaire du Conseil. Je n'ai admis cette impossibilité qu'après de longs combats intérieurs; mais vous savez que je n'avais épargné ni soins ni prières pour que nous vissions des mêmes yeux les périls de la royauté et les ennemis que, pour son salut, il fallait combattre et vaincre. »

Il l'informait que le roi, dont la mémoire restait frappée de ses anciens services, lui accordait, avec le litre de conseiller d'État honoraire, une pension de 10 000 francs sur le sceau.

«Sa Majesté compte sur vous et m'ordonne de vous le dire, ajoutait-il. Adieu ; môme dans celte séparation, le souvenir de nos relations et de notre amitié ne cessera de m'être présent et cher, »

Dans sa lettre à M. Guizot, de Serre lui demandait également de se réserver pour l'avenir et de ne pas compromettre, par de fausses démarches, des talents qui pouvaient encore servir utilement le roi et le pays. M. de Baranfe était venu le voir à la Chancellerie ; il avait appris de sa bouche, quelques jours avant leur publication, les mesures arrêtées contre les doctrinaires. Il était lui-même atteint; il perdait le litre de conseiller d'État et la situation, très considérable à cette époque, de directeur général des contributions indirectes ; mais on le nommait ministre à Copenhague.

« Nous entreprenons une chose difficile, lui dit de Serre, en conversant sur ce ton amical qu'il espérait pouvoir garder ; sans doute vous trouvez le succès peu probable; nous voulons gouverner raisonnablement, en nous appuyant sur la droite. Si nous réussissons, si nous assurons le repos du peuple, il est évident que nous aurons eu raison; vous n'aurez plus à nous blâmer, et vous reviendrez peut-être à nous. Si nous échouons, cette apparence de disgrâce vous sauvera de toute responsabilité, et vous laisse, rail, j'espère, en bonnes relations avec vos amis*. »

Il est rare que les amitiés privées survivent aux dissentiments politiques, bien que nos vicissitudes,

* Vie politique de M, Royer-Collard, par M. de Barante, H, p. 65.

en renouvelant plus fréquemment ces ruptures, dussent avoir pour effet d'en rendre plus indépendantes les relations personnelles. L'irritation fut grande chez les doctrinaires, et naturellement elle se dirigea sur l'ancien ami dont ils accusaient l'abandonj^t^ Les réponses qu'ils firent aux lettres du garde de» -^ sceaux se ressentaient de la diversité de leurs caractères. M. Camille Jordan avait dans son ironie amère et plaintive ce que Joubert appelle « le fiel de la colombe et ses aigres gémissements ». M. Guizot était hautain et satisfait; M. Royer-CoUard gardait une dignité sévère qui, aux yeux mêmes de ses adversaires, lui faisait, parmi les disgraciés, uivrang à part.

« Je ne dois de réponse, écrivait-il à de Serre, qu'au dernier paragraphe de votre lettre. J'adresse cette réponse, non au ministre, non à l'ancien ami, dont je détourne ma pensée, mais à l'homme sincère et vrai qui, ayant connu mes sentiments les plus intimes, saura peut-être mieux que moi mettre ma conduite dans son véritable jour, < « Je sais quel respect est dû au nom du roi ; ses bienfaili obligent presque comme ses ordres. Je ne voudrais pas lui désobéir, et cependant je ne puis pas accepter une pension sur le sceau, en considération de mes services.

« J'ai été pendant six années, au péril continuel de ma vie, le serviteur principal du roi en France et son conseiller assidu. Depuis la Restauration, j'ai exercé jusqu'à ces derniers temps de hautes fonctions, peut-être les plus délicates et lés plus difficiles de l'administration.

« Le traitement public de conseiller d*État était dans une analogie parfaite avec des services (le celle nature; c'était la récompense qui m'av.iitélé assignée par la bonté du roi ; elle comblait toutes mes ambitions. Il se rencontre aujourd'hui des ministres qui me la reprennent; je n'ai rien à dire; mais je ne crois pas que je sois obligé d'accepter en échange d'un traitement public, et comme une juste indemnité, un traitement secret sur des fonds secrets. J'abaisserais mon caractère de député ; jtf dégraderais de ma propre main les services que vous rappelez; j'aime mieux qu'ils soient oubliés.

« Vous me dites que Sa Majesté compte sur moi; elle rend justice à mes sentiments. Une disgrâce honorable encourue pour son service est un attrait de plus pour ma fidélité. »

On crut d'abord que M. de Barante acceptait le poste de ministre en Danemark. « Barante est le mieux, écrivait M. Pasqiiier ; il est vrai qu'il est dans le fait fort bien traité; mais il paraît le sentir. » Il ne tarda pas à déclarer son refus, et suivit sçs amis dans leur retraite. Le duc de Broglie s'était éjgjdement prononcé pour eux ; informé par de Serre des résolutions du cabinet, il lui adressa une lettre qui marquait sa rupture.

C'est une chose mélancolique de voir la séparation se consommer entre de si honnêtes gens, de si nobles esprits, de si fermes caractères. Ils ne se rencontrèrent plus. Cependant les vieux sentiments ne pouvaient s'éteindre, et ces âmes blessées avaient besoin de faire effort pour se détourner de celui dont elles

% LA^lUPTURE AVEC LES DOCTRINAIRES. 215

reconMissaient, malgré louf, la nalurc généreuse et la consderice droite. On a vlii ce que M. Guizot écrivait de cette mesure « douloureuse, mais naturelle desdl'ux parts ». Le duc de Broglie, dans ses Notes biographiques^ n a pas rendu moins de justice au ministre qu'il avait cessé de voir. « C'était, dit-il, un homme d'un grand talent et d'un grand esprit. C'était une belle âme. En je trompant, s'il se trompait, il obéissait certainement à sa conscience. Nul n'a su, comme moi, ce qu'il était et ce qu'il valait. » Plus profondes encore et plus durables étaient les impressions entre de Serre et M. Roycr-Collard. Jusqu'à la fin de sa vie, de Serre parla souvent de M. Royer- Collard; jamais sans affection et sans regret. Jl.lui eût sans doute appliqué ce que M. Royer-CoUard écrivait de lui : « Depuis que nous nous sommes séparés, il n'a pas cessé de me manquer, il me manquera toujours. » Dans le cours de la session de 1825, M. Royer-CoUard voulut rappeler devant la Chambre des députés Topinion d'un homme d'État « dont la mémoire, dit-il, occupe souvent ma pensée, et dont je ne prcSMNicerai pas le nom à cette tribune sans une vive émotion ». Quelques membres interrompirent à demi-voix : « M. de Serre... ». Mais ce nom, Torateui ne put le répéter, craignant de s'attendrir. 11 le prononça cependant, l'année suivante, dans son discours de réception à l'Académie ; son premier soin fut d'associer à l'honneur qui lui était fait « les Camille Jordan, les de Serre, les Foy, nobles compagnons, illustres amis, disait-il, qu'une mort prématurée a ravis à la fois à la patrie et à vos suffrages ».

21G LE COMTE DE SEPiRE.

Au moment même où il jugeait le plus sévèremenl Tacte du ministre, M. Royer-CoUard, dans Tintimilé, ne méconnaissait pas les intentions de l'homme. « On m'a très souvent répété, écrivait, en parlant de lui, M. De la Boulaye à de Serre, qu'on était convaincu que vous aviez cru bien faire en général comme en particulier ^... »

De Serre était parti pour les eaux du Mont-Dore quelques jours après cet incident. Rien ne pouvait Ten distraire ; on voit par les réponses de ses correspondants habituels qu'il ne cessait de les en entretenir *.

C'était pour lui, comme il le mandait à M. Decazes, « un douloureux déchirement ». Avec son amicale vigilance, M. De la Boulaye s'efforçait de le consoler :

c< Je conçois toutes vos peines de cœur; j'ai moimême le cœur malade; mais les hommes d'État sont au corps politique ce que les médecins sont au corps humain. Ce n'est pas légèrement qu'il faut faire couper les bras et les jambes ; il le faut cependant pour sauver le trône. »

Puis, prenant les choses sur le vif et dans leur train accoutumé :

« Oui, il est douloureux, il est déchirant d'être obligé de sévir contre des hommes de talent, capa-

*■ M. Guizot, à la même époque et tout en prédisant la chute du ministre, rendait à de Serre le même hommage. « Te rappelles-tu, ccrivait-ii à Mme Guizot, ce \ieux câlin de sénateur Cornet qui disait : « J'ai toujours vu que les généreux périssent. »? Malgré tout ce qu'il a fait, de Serre est un généreux, et il périra. » (13 septembre 1820.) Monsieur Guizot dans sa famille et avec ses amis^ par Mme de \Viit, née Guizot. — Hachette. 1880, p. 59.

« Corresp., lU et lY (juillet et août 1820).

bics d'honorables déterminations, et qui ont rendu d*imporf anls sea^'vices ; mais eux-mêmes ne séviraienlils pas contre leurs adversaires en possession des mêmes titres ? Mai%ne l'ont-îis pas fait? S'il ne fallait pour gouverner qn^Jfik sueur du front, ce serait peu de chose. Les angoisses du cœur ne sèchent pas si vite : la réflexion, le devoir, puis le manteau rouge du cardinal. '»

Le « bon » la Boulaye en parlait bien à son aise ; il n'était point l'homme terrible qu'il essayait de paraître, et le manteau rouge n'était pas fait pour lui. Il répétait à de Serre un propos de M. Villemairi :

« Je reconnais la nécessité, m'a dit Villemain; mais je n'en ai pas moins le cœur navré. Ne craignezvous pas que cela ne fasse quelque tort à M. de Serre? » Je me suis rappelé les propres expressions de ce jeune homme, et je les lui ai rappelées : « Lorsque Ton garde le seuil de la porte de son roi, il ne faut laisser forcer l'entrée par personne. Le ministre dont le devoir et le sentiment sont aux prises doit sacrifier au devoir. »

Le4uc de Richelieu revenait, lui aussi, sur l'événement, mais pour s'étonner de nouveau, avec sa hauteur calme, qu'on en fît tant de bruit :

c( En vérité, ces messieurs qui adorent le gouvernement représentatif sont bien peu au fait des moyens qu'il faut prendre pour le faire marcher. Nous sommes les gouvernants, bon gré malgré nous; nous croyons que telle marche est bonne; une partie de nos agents pense autrement. Il me semble qu'il faut que nous leur cédions la place, ou qu'ils se retirent,

OU quo nous quittions nos opinions pour prendre les leurs.... Pourquoi faut-il s'irriter et se fâcher de ce qu'on voit différemment sur la manière de conduire les affaires? En Angleterre, c'est une chose qui ne viendrait à la pensée de personne. »

La loi électorale était votée. Il restait à la mettre en vigueur. Dissoudrait-on la Chambre pour procéder à des élections générales? ou ferait-on seulement élire les 172 dépulés nouveaux que devaient nommer les collèges de di'^partement, en même temps qu'on renouvellerait un cinquième des membres actuels de TAssemblée, suivant les dispositions de l'ancienne loi qu'on avait omis d'abroger?

Telle était la question qui s'imposait aux délibérations du cabinet, question déjà débaltue avant le départ du garde des sceaux pour le Mont-Dore, et qui ne fut tranchée qu'à son retour.

Elle soulevait des opinions diverses, indépendamment des divisions politiques, et c'est à tort qu'on a supposé la droile unanime pour repousser la dissolulion, la gauche pour l'appuyer. Les groupes n'étaient pas d'accord entre eux, et les mêmes hommes, en quelques mois, changèrent d'avis sur ce sujet.

«Dissoudre et réélire sur la victoire », tel avait élé, avant la bataille, le programme formulé par de Serre. Dès celte époque il supposait le cas où la droite aurait pris trop d'ascendant. « Nous sortirons du ministëi^Cy

écrivait-il de Nice à M. Decazes, nous formerons une forte opposition royaliste modérée, et si nous amcnons'la droite à gouverner avec sagesse, nous aurons réussi. » Et il ajoutait cette prédiction dont il allait lui-même, avec ses collègues, vérifier la justesse : a Yous vous complaisez dans Tidée du renfort des 1 76. Mais, si vous ne dissolvez pas en rappelant^ vous ne dissoudrez pas après *. »

Sa pensée n'avait pas varié après la lutte. Il la soutint dans le conseil, et, pour notre part, nous regrettons qu'il n'y ait point persisté. La dissolution était la suite naturelle d'une loi qui faisait entrer 172 membres nouveaux dans la Chambre. On ne pouvait lui reprocher d'être faite, comme Tordonnance du 5 septembre, contre un parli; elle n'en visait aucun. Elle fournissait au ministère, fortifié par son récent succès, l'occasion d'exercer une influence légitime sur le scrutin; elle amenait devant lui une Chambre nouvelle, étrangère aux incidents de la dernière lutte, libre des passions, des griefs, des engagements, que traînait après elle la précédente Assemblée, et pouvant dès lors assurer une majorité à la politique conciliante et modérée dont le ministère n'entendait pas se départir.

Le duc de Richelieu, M. Pasquier, M. Portai, M. Siméon, avaient, dans le premier moment, opiné, comme de Serre, pour la dissolution. Le duc de Richelieu estimait que la loi des élections ne produirait ses bons effets qu'avec le renouvellement inté-

* Coriesp,, t. ni, p. 48 : Au comte Decazes, 20 février 1820.

gral ; et cette réforme, sur laquelle on n'avait pas osé insister dans le dernier débat, il ne l'attendait que d'une autre Assemblée. Mais il élait ébranlé par l'opposition de deux de ses conseillers les plus écoutés, M. Mounicr et M. Laine. Ce dernier ne se pardonnait pas d'avoir signé l'ordonnance du 5 septembre, et, sous l'impression de ce souvenir, il repoussait obstinément, malgré la différence des temps et des choses, une dissolution nouvelle.

Ce qui frappait également les ministres, c'est que la mesure n'avait pas seulement conire elle des députés engagés dans les luttes parlementaires, comme M. de Wendel ou M. de La Valetle; mais des hommes qui ne faisaient point partie de la Chambre, et que leur situation mettait à même de connaître l'esprit du pays. Les préfets y étaient presque tous hostiles. Le directeur du Moniteur, M. Saùvo, la* combattait de toutes ses forces, et cola, disait-il, « parce que les extrémités des deux partis la désiraient trop, pour qu'il n'y eût pas imprudence à les satisfaire. »

L'hésitation se glissait parmi les ministres.

« Mes doutes sur la convenance de la dissolution totale se sont plutôt fortifiés que diminués, écrivait M. Pasquier à de Serre. 11 me paraît indubitable que, sans dissolution, la majorité ne peut nous manquer. Irons-nous la hasarder dans de telles circonstances ? Je ne le crois pas sage. »

Les chefs de la droite ne s'entendaient pas : M. de Villéle, après quelques incertitudes, s'était prononcé contre la dissolution; M. Corbière la soutenait avec énergie, et, quand on y eut décidément renoncé, il

s'en plaignit à de Serre, non sans amertume. La dissolution était, à ses yeux, le complément nécessaire de l'œuvre commencée par le ministère; il voyait dans le maintien de la Chambre le présage d*un retour vers le centre gauche, dont il ne voulait à aucun prix.

La correspondance du garde des sceaux ne dit pas quel fut en dernier lieu son avis. Ce qui est certain, c'est qu'à son retour la dissolution fut écartée. On résolut de convoquer les collèges d'arrondissement pour le 4 novembre, en vue d'opérer le renouvellement de la quatrième série. Le 18 novembre, les collèges de département durent procéder à l'élection des 172 députés nouveaux.

Deux événements s'étaient produils, qui avaient contribué à raffermir le gouvernement et qui lui auraient par là même rendu la dissolution plus profitable.

Une vaste conspiration fut découverte dans le courant du mois d'août. Des députés y étaient mêlés, bien que les éléments en fussent surtout militaires. Elle devait éclater à Paris, mais elle avait des ramifificalions dans les départements. L'arrestation de quelques-uns des meneurs, l'irrécusable constatation du complot, que la Chambre des pairs fut appelée à juger, accablaient le parti libéral, tout occupé, dans ce moment même, à repousser, comme des calomnies, les accusations que celte découverte confirmait.

Quelques semaines plus lard, la duchesse de Berri accouchait d'un fils. Le 29 septembre 1820, vingt-cinq

coups de canon, se succédant au milieu d'une attente changée bientôt en une immense allégresse, annonçaient la naissance du duc de Bordeaux.

« Lœtare et exullamini ! écrivait de Serre à M.Becquey. Nous avons un prince; toutes les circonstances de cet événement sont grandes, miraculeuses et populaires. Le secours de la Providence est un avertissement (le nous secourir nous-mêmes et de ne ricn^ laisser à la fortune de ce que la prudence peut obtenir. »

M. Becquey s'associait à ces sentiments. Il était alors à Bordeaux. Il assistait avec une curiosité svmpathique aux manifestations enthousiastes que la naissance du jeuae prince avait provoquées dans cette ville impressionnable.

« Nous autres, gens du Nord et de TEst, écrivait-il, nous sommes également sensibles au bonheur ; mais nous ne savons pas si bien nous réjouir. »

Puis, allant aux conclusions pratiques que cherchait toujours sa vieille expérience :

« Le gouvernement deviendra très populaire, quand il sera bien connu, bien prouvé qu'il ne veut que ce qu'il veu^en effet : l'affermissement du trône, qui est noire première nécessité sociale, et le maintien de tous les droits comme de tous les intérêts garantis par la Charte. Le temps seul pourra convaincre les esprits que vous ne voulez pas plus qu'eux de contrerévolution ; que la royauté peut élre puissante sans que pour cela les droits du peuple soient restreints. »

Sage programme qu'au milieu des transports de la joie publique, la royauté ne perdait pas de vue. Il

semblait que le nom qu'avait reçu le jeune prince en fût le vivant symbole. Henri IV, effaçant sa propre gloire devant celle du monarque le plus religieux de sa race, avait donné à son fils premier-né, au Dauphin, le nom de Louis, et, depuis Louis Xllf, ce nom s'était transmis, comme un attribut de la couronne, à tous

. les rois de France. Louis XVUI, au sortir d'une crise révolutionnnaire, en un temps où, comme aux jours de la Ligue, des intérêts divers, des droits d'origine et de date diftèrentes, étaient à concilier; où il s'agissait, suivant sa propre expression, de réunir deux peuples en un seul, Louis XVIII voulut que son petitneveu portât le nom de l'auteur de l'Edit de Nantes, du grand pacificateur qui avait fondé sur le rapprochement des partis l'autorité du trône. Il l'appela

' Henri.

Les actes qui entourèrent le royal berceau s'inspirèrent de la môme pensée. Le roi fit, pour la première fois^ une promotion solennelle dans Tordre du Saint-Esprit, et il honora de cette distinction, autrefois réservée à la plus haute noblesse, les hommes les plus divers, des fils de la Révolution et des héritiers de la vieille société, des grands seigneurs et des bourgeois, des adversaires et des partisans de la politique du gouvernement, tous confondus, en raison de services anciens ou récents, dans la reconnaissance du souverain.

De Serre fut, avec le duc de Richelieu et M. Pasquier, au nombre de ceux qui reçurent les ordres du roi.

« Le roi ne pouvait pas oublier, lui écrivait encore

M. Becquey, que vous avez vaincu la sédilion à notre tribune^ et j'espère que la France ne Toubliera jamais. Voire cordon est une couronne civique *. »

Les élections, faites sous ces favorables auspices, donnèrent des résultats inespérés. Sur 48 députés élus dans les arrondissements, l'opposition ne comptait que 17 adhérents, le ministère ou la droite en avaient 31. Dans les collèges de déparlement, Pécari était encore plus grand : 16 noms seulement appartenaient à la gauche ; 156 aux royalistes, ef, parmi eux, plusieurs avaient déjà figuré dans la Chambre en 1815.

Celait plus que n'en demandait le gouvernement.

« Nous voilà, disait Louis XYIIl, dans la situation de ce pauvre cavalier qui n'avait pas assez d'élasl ici lé pour monter sur son cheval. Il pria saint Georges avec tant de ferveur, que saint Georges lui en donna plus qu'il n'en fallait et qu'il tomba de l'autre côté. »

De Serre, sur un ton plus grave, ne dissimulait pas qu'on était un peu « effaré » de la « vivacité droite d'un grand nombre de choix ». Ce qui rendait la signification de ces choix plus sérieuse, c'étaient les manifestations qui, sur plusieurs points, les

» Correap., IV, p. 121:

avaient accompagnés. Dans plusieurs collèges, les royalislesavaienl fait les élections contre le ministère : c( Surtout point de ministériels », disait M. de Castelbajac aux électeurs du Midi. « Guerre au ministère actuel... c'est le signe de ralliement du purisme », écrivait au garde des sceaux M. de Fabry, premier président de la Cour d*Aix. De Serre ne désespérait pas cependant de former une majorité royaliste et raisonnable ; il pressait tous ses amis de l'aider dans cette tâche. Il écrivait à M. de Wendel, dont le salon servait de lieu de réunion aux ministériels les plus décidés :

« Pensez que si les royalistes peuvent entrer dans la session bien liés et tenir ensemble toute la session, le pays est sauvé; qu'au contraire, une désunion nous remettrait à deux doigts de notre perte. Or il ne faut pas se dissimuler qu'il y a beaucoup à faire pour la prévenir; notre défaut national est toujours l'abattement dans le revers et l'insolence dans le succès. Déjà s'annoncent les jactances, les prétentions, les attaques, les récriminations. U ennemi est là qui profite de tout cela et qui l'exagère ^ »

Il ajoutait, en j*evenant avec une douceur triste sur ce qu'il avait fait :

« Je consentirais qu'on oubliât les services encore tout chauds; mais les dangers encore imminents, c'est plus sérieux. »

Les exhortations ne manquaient pas au parti royaliste. Le comte d'Artois secondait alors les mo-

* Corresp. IV, p. 138,

■Ht» *

dérés : « J'ai eu Thonncur d'ôlre admis chez Monsieur, écrivait à cette époque M. Maine de Biran. Il juge parfaitement notre situation el contribuera puissamment à rendre sages ceux d'entre les royalistes qui n'y seraient pas disposés ^ »

A la même date, un des administrateurs les plus éclairés du temps, M. de Tocqueville, préfet de la Moselle, écrivait à de Serre :

a D'ici à un an, toute la France, sauf une poignée de factieux, sera ralliée à la cause royale, si les royalistes sont sages ; la majorité de la France, et particulièrement tous les départements de l'Est, se rejetteront bruyamment dans les bras des libéraux, si les royalistes sont imprudents ou exagérés. Cette fois, le mal serait sans remède. « »

11 concluait que les royalistes devaient se rallier au ministère, dont les antécédents rassuraient le pays, tandis que, si le ministère était attaqué ou renversé, on se croirait revenu aux jours de 1815. Mais, d'un autre côté, il recommandait au ministère de ne pas imputer à tous les royalistes, comme on l'avait trop fait en 1815, les fautes de quelques-uns, et il l'engageait à introduire dans le gouvernement un ou deux membres de la droite modérée.

Ce conseil répondait tout à fait aux vues du duc de Richelieu. D'accord avec de Serre, il avait mandé à Paris M. de Villèle et M. Corbière pour leur offrir l'entrée dans le cabinet. Les pourparlers furent dif-

* Maine de Biran, sa i}ie et ses pensées^ par Ernest Naville. Didier, p. 148, 10 décembre 1820.

* Corresp,, IV, p. 148*

ficiles et d'abord infructueux. L'exaltation des royalistes, qui voulaient être maîtres dans le gouvernement, s'opposait à l'acceptation des deux députés. De nouvelles négociations s'engagèrent, dirigées par M.v de Chateaubriand. M. de Villèle consentit à être ministre sans portefeuille, en y mettant une condition qui lui gagna le cœur du duc de Richelieu : ce fut qu'il ne toucherait aucun traitement. M. Corbière devenait président de la Commission de Tinstruction publique, avec entrée au Conseil; M. Laine, cédant aux instances du duc de Richelieu, se laissa nommer ministre sans portefeuille.

L'éclatant promoteur de celle combinaison, M. de Chateaubriand, fut nommé ministre de France à Berlin.

L'alliance de la droite et du centre droit se trouvait ainsi conclue : elle devait, dans la pensée du ministère, diriger sa marche et assurer son succès. Prévoyant, sans vouloir rien faire pour la provoquer, l'hostilité des royalistes extrêmes, il se flattait de la contenir avec l'appui des modérés. Elle ne constiluait pas d'ailleurs, à ses yeux, le danger présent de la monarchie. Le vrai péril était à gauche : c'était contre la Révolution qu'il avait hâte de concentrer ses forces.

<c Je suis bien certain, écrivait de Serre à M.Decazes, que rien de semblable à 1815 ne nous maîtrisera. Serons-nous assez forts pour résister à l'exagération opposée? Voilà la question qui n'en serait pas une, sans la défection déplorable que nous avons essuyée* sans l'agitation donnée aux esprits par la

violence de la session, et sans les secousses de ces révolutions nouvelles qui se succèdent autour de nous. Enfin, mon cher ami, si l'issue est douteuse, le devoir ne l'est pas, et c'est là un grand pQint de sécurité. »

Si rissue est douteuse^ le devoir ne Vest pas. Pour des hommes tels que de Serre et le duc de Richelieu, tout était dans cette phrase. On ne saurait apprécier leur conduite qu'en se rendant bien compte de la préoccupalion dont ils étaient pénétrés.

Le parti révolutionnaire avait entraîné l'opposition hors des voix légales. Il était en état de conspiration; il couvrait le pays de sociétés secrètes, dont la Charbonnerie allait bientôt prendre la direction, et dans lesquelles se rencontraient, avec les députés de Textrème gauche, M. de Lafayetle, M. Manuel, M. d'Argenson, M. Beauséjour, des officiers, des étudiants, des avocats, des industriels. Frappé du succès des insurrections militaires en Espagne, en Italie, en Portugal, il avait surtout en vue d'atteindre et d'envelopper l'armée. Ce que ces entreprises devaient produire, leurs instigateurs l'ignoraient; ne s'entendant que pour renverser les Bourbons, ils auraient probablement abouti, sous la conduite de chefs militaires, à la dictature, et la ruine des libertés publiques consacrées par la Charte eût été le premier effet de ces complots que formaient, au nom de la liberté, les revenants de 91 unis aux survivants du 18 brumaire et de l'Empire.

Sans posséder sur ces machinations tous les renseignements que l'histoire a recueillis, les ministres

les soupçonnaient. De Serre avait dénoncé la conspiration du haut de la tribune; la découverte du niois d'août en avait révélé la suite, et l'on pouvait désigner jusque dans la Chambre les hommes qui, tout en niant l'existence des,complots, les encourageaient. C'était cette duplicité qui révoltait de Serre. 11 s'indignait d'avoir pu donner sa confiance à ceux qu'il avait pris pour des hommes de liberté, et dans lesquels il ne voyait que des hommes de renversement. Il généralisait trop ses arrêts ; il confondait à tort M. Manuel et le général Foy, M. Casimir Périer et iM. de Lafayette, comme autrefois il avait confondu M. de Villèle et M. de La Bourdonnaye. Mais, à pari ces injustices qu'autorisaient les apparences et que la fâcheuse solidarité des groupes politiques rend souvent inévitables, on comprend l'amer désenchantement dont le remplissaient, lui qui avait tant fait pour les désarmer, les procédés des libéraux. 11 n'abandonnait pas la cause; mais il en avait fini avec le parti. 11 gardait foi à la liberté, en détestaint le libéralisme.

« Méfîe-toi de tout ce qui tient de près ou de loin au libéralisme, écrivait-il un jour à son ami Benoit Remy. Sois sûr que cette faction, que je connais bien, est essentiellement irréligieuse et déloyale; que si elle recherche et appuie parfois des hommes estimables en but à l'injustice, ce n'est que pour s'en servir comme d'un manteau et en abusera »

Ainsi s'expliquait l'éclat terrible et parfois imprévu de ses attaques contre la gauctie, aussi bien que son

* Corresp., V, p. 253.

23a LE COMTE DE SERRE.

habituelle et étonnante mansuétude envers les exaltés de la droite. Il voulait ménager en ceux-ci » bien que tous ne méritassent pas celte indulgence, les amis, même égarés, du trône, tandis que dans ceux-là, bien que tous ne méritassent pas cette rigueur, il ne reconnaissait plus les amis, même égarés, de la liberté.

Ce changement, opéré dans une âme aussi pure, aussi généreuse, aussi confiante, n'en porte pas moins témoignage contre la conduite des libéraux. Combien d'esprits, moins favorablement disposés pour les institutions constitutionnelles, devaient trouver dans celte conduite un prétexte pour les condamner ! C'est le propre de la faction révolutionnaire de détourner de la liberté ceux qui l'avaient le plus à cœur, et de leur faire envisager, comme un refuge, le régime absolu.

Le danger, nous le verrons bientôt, n'existait pas seulement en France.

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