RAGE
(i5) J'éfaîs environné des préjugés de mon état et de mon siècle. Un des préjugés les plus funestes de ces anciens temps , et qui , malgré son affaiblissement dans les personnes d un certain rang, malgré nos lumièrs si vantées, ne conserve encore que trop d'empire sur notre jeune noblesse ; c'est cette opinion barbare, qui, comme on l'a si bien dit, mettait souvent l'honneur a la pointe de l'épée , et multipliait les combats particuliers. Mais il faut en convenir, ces preux chevalierB étaient en un seps
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plus excusable que nous , si toutefois un aveuglement si ëti*ange peut être digne d'excuse. Les lois de la clievalerie avaient donné au duel un ton de solennité et un air de grandeur qui en imposaient; les rois l'autorisaient par leur présence; on y avait joint, dans de certains cas, des formes de justice et un appareil de religion qui semblaient le consacrer aux yeux des nations : tant les hommes ont su plier, dans tous les temps, à leiu's passions les principes mêmes qui les condamnent!
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(i6) Je /js chevalier mon roi. Lors de la fameuse bataille de RLirignan en i5i5, François P"". , qui s'était fort signalé dans cette grande action, voulut être armé chevalier de la main de Eayard, sur le champ même de bataille, suivent l'ancien usage : // avait hien raison, dit son historien, car de meilleure main neût su prendre clievalerie. Alors Bayard prit son cpée, et dit : (c Sire, autant vaille que si c'était Roland ou Olivier, Godefroy (c ou Baudoin , son frère. Certes vous êtes le premier prince que « onques feis chevalier : Dieu veuille que en guerre vous ne « preniez la fuite. Et puis après, par manière de jeu, cria hau- « tement, l'éspée en la main dextre : Tu es bien heureuse d'a- (( voir aujourd'hui donne à un si vertueux et puissant roi l'or- « dre de chevalerie. Certes, ma bonne espe'e, vous serez moult <i bien comme relique gardée et sur toute autre honorée , et ne « vous porterai jamais , si ce n'est contre Turcs , Sarrasins ou « Maures. Et puis feit deux saults, et après remit au fourreau « son espée. » (Voyez Histoire de François J^*". , par Gaillard, tome ij cl'.ap. i.)
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(17) Je mourus e;i le servant, etc. Rien n'est plus intéressant que la mort de Bayard. Blessé d'un coup de mousc^uet à la retraite de Rébec en 1624, lorsqu'il s'aperçut que le coup était uiortel, il se fit coucher sous un arbre le visage tourné contre les impériaux : Car, disait-il, n ayant jamais tourné le dos con- U'e l'ennemi., je ne veux pas commencer à la jin de ma vie. Il prit son épée, et les yeux fixe's sur la poignée qui lui représentait une croix, il attendait, après s'être confessé à son maîU'e
u Lôtcl faute de prêtre, la fin de sa destinée. Au bout de tjuelque temps arriva auprès de lui le marquis de Pescaire, commandant de l'armée ennemie, qui lui dit : « Plût à Dieu, seigneur (f de Bayard, avoir donné de mon sang ce qi.ie j'en pourrais f( perdre sans mourir, et vous avoir mon prisonnier en bonne « santé! vous connaîtriez combien je vous ai toujours estimé. » Aussitôt ce seigneur fil apporter son propre pavillon avec son lit, et amena un prêtre, auquel Bayard se confessa avec une piétc édifiante. Les officiers les plus distingues de l'armée ennemie s'empressèrent de venir admirer ce héros mourant. Le connétable de Bourbon, qui avait quitté le seivice de sa patrie pour passer à celui de l'empereur, y vint comme les autres ^ le plaignit, et s'atlrudrit sur son sort. Monseiqneui' , je vous remercie^ lui dit Bayard en rappelant ses forces, je ne suis -pas à plaindre' je meurs en fctisant mon devoir. C'est de vous oii'il faut ciioir pitié, puisfjue vous parlez les armes conti'e votre prince, votre pairie et votre serment.
Le connétable s'étant retiré, Bayard ne pensa plus qu'à mourir. Après avoir récité le miserere mei, Deus, il fit à haute voix cette prière : Mon Dieu^ qui avez promis uri asile dans votre miséricorde aux plus grands pécheurs oui retourneraient à vous sincèrement et de tout leur cœur, je mets en vous toute ma conpance et toute mon espérance dans vos promesses. Vous êtes moîi Dieu, mon créateur, mon rédempteur. Je confesse vous avoir mortellement offensé, et que mille ans de jeûne au pain et à l'eau dans le désert ne pourraient acquitta' mes fautes; maisj mon Dieu, vous savez que j'étais résolu d'en faire pénitence, si vous m'eussiez conservé la vie... Mon Dieu, mon père, oubliez mes fautes, n^écoutez que votre clémence.... Que votre justice se laisse fléchir par les mérites du sang de Jésus-Christ. { Histoire du chevalier Bayard, liv. 6.)
Un gentilliomme demandait au bon chevalier quels biens devait laisser à ses enfants un noble. Ce qui ne craint, répondit Bayard, ni le temps ni la puissance humaine' la sagesse et la vertu.