Tome IF i
li6 LEj ËGAREBîE:NT5
qu'il manque encore quelque chose à son bonheur. Comme il ne s'explique pas davantage, je parais ne pas lentendre; et cependant son respect, ses soins j ses attentions pour Julie ne me laissent aucun doute sur ses plus secrètes dispositions.
Je ne sais si Julie s'en aperçoit; mais je lui vois en présence du chevalier un air de réflexion et de contrainte qu'elle n'avait pas. 0 maman , me disait-elle, il y a quelques jours que le chevalier est changé! — ^ Oui, pour la façon de penser, lui répondis je en souriant et en l'observant. — Mais pour tout, maman, je ne le reconnais plus. — Est-ce que tu le trouves à présent trop grave, trop sérieux, et moins amusant qu'il ne Tétait auparavant?— Moi? point du tout; je ne demande pas q^u'il m'amuse. Il a été un peu sérieux pendant quelque temps; mais il a maintenant tout l'enjouement qui convient à un homme sage et aiimtble. Est-ce que vous ne voyez pas qu'il a pris tout le caractère de mon cher papa? — -Tu trouves donc qu'il a changé en bien? — Tout -à-fait en bien. Cela est sensible. C'est mon papa qui a fait tout cela. — Il y aurait peut-être encore quelque chose à désirer. — Oh! je ne sais.... mais s'il restait toujours tel qu'il est à présent.... — Eh bien ? — Eh bien , ma petite maman , qu est-ce que vous lui souhaiteriez de plus? — 'Des années. Il est un peu jeune. — Pas trop; et puis, quand on pense raiïrement et qu'on a de la religion, ce n'est pas
DE LA RAISON. ï/\y
un mal d'être jeune. — Tu crois Jonc qu'il ne lui manque rien? — Je ne dis pas cela : mais.... — Mais encore? — ^ Je ne vois pas ce qui lui manque; et il est à peu près, ce me semble, tout ce qu'on pouvait désirer qu il fût.
Je ne poussai pas plus loin cette conversation. Vous pouvez juger, mon père, par le peu qu'elle renferme, que Julie n'est pas fort contraire aux vœux du chevalier. La part que vous m'avez paru prendre à ce qui le concerne ne m'a pas permis d'abréger cette lettre. Vous ne me reprocherez pas au moins de vous avoir épargné les détails. Ehl pourquoi aurais-je craint devons les faire, lorsqu'ils sont si propres à intéresser votre zèle pour la religion, à flatter voti^ tendresse pour un fils qui, en profitant de vos lumières, marche avec tant de succès sur vos traces, et à satisfaire à tous égards les plus doux penchants de votre cœur?
Le baron vous donne des nouvelles de toute la petite famille. Il y a long-temps que je me propose de vous entretenir de lui plus au long , et de vous retracer les soins que prend Valmont pour le former ainsi que ses frères. Je ne tarderai pas à m'accpiitter envers vous sur tous ces objets. Eh ! qu'il m'est doux d'écrire à un père si tendre , et de lui parler de mon mari et de mes enfants!
l48 LES ÉGiREIViENTS
NOTES
(i) Voyez (de la morale de l'Évangile, ou de celle des Marc- Aurèle, des Épictète, des Sénèque) quelle est celle qui paille le •plus au cœitr, qui lui offre des consolations plus réelles. Si je n'avais pas craint de trop multiplier les notes , ou de leur donner trop d'étendue,, j'aurais analysé dans celle-ci, comme j'avais commencé à le faire, ce que disent Marc-Aurèle, Épictète et Sénèque , pour nous consoler des événements qui nous affligent, et pour nous aider à les supporter. Il m'eût été facile de montrer que presque toutes les ressources qu'ils nous offrent dans les événements qui ne dépendent pas de nous sont prises ou de la nécessité des choses, si peu consolante en elle-même, quoique devenue l'idole des philosophes de nos jours, ou de cette fierté stoïque par laquelle le sage s'enveloppe dans sa propre vertu , et se regarde comme inaccessible aux coups du sort; vertu et fierté de l'âme qui ne fait que concentrer les peines au-dodans , et ne les rend souvent que plus sensibles.
Je ne vois guère que le Traité de la providence où Sénèque se rapproche en partie des idées du christianisme ; ce qui sans xloute a porté quelques savants à vouloir faire à toute force de ce philosophe un chrétien. Quoi qu'il en soit, les sages du paganisme nous laissaient nos mawx, nos douleurs et nos pertes sans rien mettre à la place qui pnt suffire à nous en dédommager. Et quand ils eussent été en état de le faire, ce n'est point an commun des hommes qu'ils parlaient. Il fallait des siècles, de l'aveu de Sénèque, pour former un sage tel qu'ils l'avaient conçu. Rare forsitàny maqnoque œtatum intervallo invcnitur.
Il n'en est pas ainsi de la morale de Jésus-Christ et de sea disciples. Elle parle au cceur de tous les hommes en les rappelant tous aux grandes vurs de la religion, et en opposant pour contre-poids à leurs maux l'attente du vrai bonheur, C'est à tous que Jésus. Christ offre ses leçons et ses exemples. C'est pour tous qu'il a dit : Heureux ceux qui pleurent, car ils seront con-
LE LA PAISON. I I9
soles! — Heureux ceux qui soufflent yiersêcution "pour la justice, car le royaume du ciel est à eux! — A'^e craiqnez pas ceux aui ne peuvent perdre (fue le corps : mais craignez celui qui peut perdre le corps et Vdme tout à la fois. — Le monde se réjouira, et vous pleurerez ', mais votre tristesse sera chancjée en joie.... et cette joie, personne ne pourra voxis Voter *. C'est pour tous que l'apôlrc a écrit .• Nous ne perdons point courage' et, tandis qu^ ce qu'il y a en nous d^extérieur et de terrestre se détruit, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour : car nos afflictions passaaères, qui sont si légères et qui ne cturent au un moment, nous produisent un poids immense et étei'nel de gloire. — Jetez les yeux sur Jésus, V auteur et le consommateur de notre foi Pensez à celui qui a souffert tant de contradictions de la part des péclieurs , afn que vous ne tombiez pas dans V abattement. — Ne vous lassez point de souffî'ir. D\eii châtie ceux quil aime. Il vous traite en cela comme ses enfants.... Il nous châtie autant quil est utile peur nous rendre capables de participer à sa sainteté : or tout châtiment, lors^ cjuon le reçoit, semble être un sujet de tristesse, et non de joie ^ mais ensuite il fait recueillir en paix les fruits de la justice à ceux qui auront èlé ainsi exercés **.
Que toutes ces paroles sont consolantes pour le chrétien soumis et fidèle ! Ce ne sont point là de grands mots. Ce ne sont point les leçons vagues des anciens sages ou de nos modernes philosophes qui nous diraient volontiers à l'exemple de Marc-Aurèle : Songe que, comme il serait ridicule de trouver étrange qu'un figuier porte des fgues, il ne lest pas moins de trouver étranges les événements que le monde porte en abondance. C'est comme si un médecin et un pilote trouvaient étranges les accidents de la fièvre et des vents contraires. Et ailleurs : C^est folie de chercher en hiver des figues sur un figuier; et tel est celui qui cherche partout son cher enfant, lorsqu'il ne lui a plus été donne de l'avoir... Tout ce qui arrive est aussi ordinaire et aussi commun que les roses le sont au printemps ^ et les fruits des arbres en été. Telles
* Mat. V. 5, 10, X. 38. Joan. XVL 20.
** 2 Cor. IV, iG, 17. Hébr. XII, 2,3,5,6,7, 10, lï,
l5o LES ÉGAREMENTS
éont les maladies, la mort, la calomnie, les conjurations- tel est, en un mot, tout ce (jui réjouit ou (iffline les sots..,. Songe conir- }}ien en un instant il se passe de mouvements divers dans le GCfi'ps et dans l'âme de chacun de nous, et tu ne seras plus étonné du concours des événen}ents qui se passent en heaucowp plus grand nombre dans cet être unicjue, et périssable, et universel, cjue nous appelons le monde. (^Pensées de Mauc-Aurèle , trad. DE JoLY, chap. i3. Êtke content de tout ce qui AnnrvE. )
Quelle diffcrence de ce langage pliilosopliique, qui n'offrâ aucune espèce de dédommagement à celui de l'Évangile ! Ne soyons donc pas surpris de voir la princesse de Bareith , sœur du feu roi de Prusse, e'crire le i2 septembre l'ySy à Voltaire, dans un temps où toute cette illustre famille paraissait accablée sous le poids de l'infortune : « Je ne me suis jamais piquée « d'être philosophe : j'ai fait mes efforts pour le devenir; le peu de progrès que j'ai fait m'a appris à mépriser les grandeurs et (c les richesses; mais je n'ai rien trouvé dans la philosophie qui « puisse guérir les plaies du cœur , que le moyen de s'affranchir « de ses maux en cessant de vivre. » (Commentaire historique sur les œuvres de l'auteur de la Henriade,)
La mort est en effet le grand remède qu'offre à nos maux un philosophe de nos jours dans cette hymne qu'il fait chanten eu présence de tout un peuple, et dont voici quelques traits. « Homme destiné au travail , à la peine et à la douleur, cou-i 6ole-toi, car lu es mortel. Le matin tu te lèves pour sentir le besoin; tu te couches le soir, lassé, abattu de fatigue. Console-toi, caria mort t'attend, et dans son seiu est le repos...
« Que ce Dieu qui auime le monde laisse échapper un souffle, c'est la vie ; qu'il le retire, c'est la mort....
« Ne trouves -tu pas que le temps est lent h s'écouler? C'est que le temps amène la mort, et que la mort est Je terme où tend la nature inquiète et impatiente de la vie. Quel homme ne désire pas être à demain ? C'est qu'aujourd'hui c'est la ^ie , et que demain c'est la mort.
« S'il était un Dieu assez inexorable peur vouloir désespe'rer l'homme, il le condamnerait à ne jamais mourir. Le dégoût, la
DE LA RAI se?:. loi
tristesse affligeraient son unie; et la néoessïtë de vivre;, seinbl.'ible à lin rocher hérissé de poinles aiguës, l'écraserait ince&samment; le signe de la réconciliation entre le ciel et l'homme » c'est la mort. »
Eh quoi, la mort! Est-ce donc là totit? et le vrai philosophe lai -même ne voit-il rien au-delà? Heureux, heureux à moins de frais celui dont toute la philosophie est celle d£ l'Évangile I
MÊME PAGE
(2) Quelle est celle qui présente uiie fin plus nohle et des moyens plus efficaces pour y parvenir? « Une des choses qui distinguent le plus la religion chréliennt de toutes les înslitiilions humaines, politiques et philosophiques, c'est le but que cette divine législation nous présente, e conformant à la nature de l'homme , au désir illimité qu'il porte en lui de l'existence et du bonheur, au genre de mérite ou de démérite que comportent ses facultés, elle ne lui fait envisager cette vie que comme uQ état d'épreuve qui doit servir à le rendre digne d'un plus hcii^ reux séjour.
« U est bien vrai que quelques philosophes de l'antiquîtc païenne ont fait valoir jusqu'à nn certain point les idées naturelles d'un état à venir; mais leurs notions à cet égard élaieut confuses et mêlées de beaucoup de doutes et d'incerli tudf . Les législateurs ont aussi pris soin d'entretenir dans l'espiit des peuples la croyance des récompenses et des chàtimenls après cette vie ; mais tout leur dessein était de donner par là une sanction suffisante à leurs lois , et de mieux assujrei' par la considération d'une vie future la pratique de la vertu pour le bonheur des hommes dans la vie présente , de manière que ce qui fait le principal objet, le but essentiel du christianisme, n'était dans leur plan qu'un objet accessoire et subordonné.
De là il est aisé de conc s^oir combien toute la morale de la religion chrétienne , relative à ce grand principe , cha^chez uvant toutes choses le royaume de Dieu et sa justice ^ , est plus
" Matth. VI,33.
i52 lt:'s égarements
piire que la leur; combien les vertus qu'elle prrscrit ont plus d'étendue et de perfection que celles qu'ils ont célébrées î combien elle procure, plus efficacement que tonte leur doctrine n'eût pu faire, le bonheiur de l'iiomme dans cette vie et son bonheur dans l'axitre, en lui proposant celuû-oi comme sa fin dirccle, et tout ce que sa religion lui enseigne en ce genre de culte et de moeurs, comme autant de moyens qui doivent l'y conduire. »
Ces réflexions sont extraites, quant au fond, 'd'un petit ouvrage qui a paru à Londres il y a quelques anne'es , et qui a pour litre : A vicw of the internai évidence of ilie christian religion, hy Soame Janyns, Escj. London, 1776. Le Tourneur en a donné une iraduction sous ce titre : Vue de l'évidence de la religion chrétienne , considérée en elle-même.
Cet ouvrage, fait par un membre du parlement, et rempli d'idées neuves, mais quelquefois fausses, erronées et trop souvent hasardées , a prodnit en Angieterre une sensation très-vive ; cl il la mérite à certains égards. Tout son plan est renfermé dans ces quatre propositions : •
Premièrement , qu'il y a un livre actuellement existant qui a pour titre le nouveau Testament.
Secondement , que de ce livre on peut extraire un système de religion absolument neuf, tant à l'égard de son objet qu'à l'éf/ard dé sa doctrine, et non-seulement infiniment au-dessus, mais même irès-difTcrent de tout ce qui était tombé jusquô-là dans l'esprit de l'homme.
Troisièmement , que de ce livre on pevit extraire également un système de morale dans lequel tous les préceptes, fondés sur lî droite raison, sont portés à un plus liaut degré de perfection que dans aucun autre système des plus sages philosophes de l'antiquité; dans lequel au contraire tous ceux qui ne portent que sur de faux principes sont entièrement omis , et ou se trouvent d'ailleurs des préceptes nouveaux qui correspondent particidièrement au nouvel objet que celte religion nous propose ( Dans cette troisième section, qui renferme d'ailleurs d excellentes vues, l'auteur a dit des choses très-peu exactes sur quelques préceptes moraux, qu'il prétend faussement que 1 Evangile a omis, comme n'étant pas fondés sur la raison.)
{Quatrièmement, qu'un tel système de religion et de morale n'a pu être l'ouviage d'aucun liomme, ni d'aucune secte d'hommes, bien moins encore de ces hommes obscurs, ignorants, sans lettres, qui l'ont mis au jour et fait connaître à l'univers, et qu'ainsi il a été formé nécessairement par l'intervention de la puissance divine, de la divine sagesse, c'est-à-dire ^ en un, jnot, qu'il tire son origine de Dieu-même.
PAGE i38.
(3) Douze hommes qui, sans autorité^ sanà crédit, sans science, etc. Voici ce que dit à ce sujet l'apôtre des nations 'en s'adressant aux premiers chrétiens : « Il est écrit : Je confondrai la sagesse des sages, et je rejetterai la science des savants. !Que sont devenus les sages ? que sont devenus les docteurs de la loi? que sont devenus les esprits curieux des sciences de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas convaincu dé folie la sagesse de ce mjonde? Car, voyant que le monde, avec toute la sagesse humaine, ne l'avait point connu dans les ouvrages de sa propre sagesse, il lui a plu de sauver par la folie de la prédication ceux qui croiraient en lui. Les Juifs 'demandent des miracles , et les Gentils cherchent la sagesse : pour nous, nous prêchons Jésus -Christ crucifié, qui est im scandale aux Juifs, et une folie aux Gentils; mais qui est la force de Dieu , et sa sagesse même , à ceux qui sont appelés, soit Juifs ou Gentils. Car ce qui paraît en Dieu une folie est plus sage que toute la sagesse des hommes, et ce qui paraît en Dieu une faiblesse est plus fort que toute la force des hommes. Considérez, mes frères, qui sont ceux d'entre vous qui ont été appelés à la foi. Il y en a peu de sages selon la chair, peu de puissants et peu. de nobles. Mais Dieu a choisi les moins sages selon le monde pour confondre les sages; il a choisi les faibles selon le monde pour confondre les puissants ; il a choisi les plus vils et les plus méprisables selon le monde, et ce qui n'était rien, pour détruire ce qu'il y avait de plus grand, afin que nul homme ne se glorifiât devant lui. C'est par cette voie que vous êtes établis en Jésus-Christ, qui nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption; afin que, selo)i qu'il est écrit, celui qui se glorifie SQ glorifie dans le seigneur. {Cor, i. v. 19 et suiv. )
l54 l'Es EGAllEMENTS
C'est d'après ces grandes vérités que l'apôti'e a dit ailleurs r « Prenez garde que personne ne vous surprenne par ujie vaine et fausse philosopliie selon la tradition des hommes, selon les éléments d'utie science mondaine, et non selon Jésus-Christ. »
{Coloss. 2,8.)
PAGE l4o.
(4) Je conçoit cfu^en parlant ainsi à des homme^ "VraTi, S d&s tipyits raisonnables , vous n'auriez pas même besoin, pour les convaincre, de soutenir ces réflexions , si naturelles et si sinvpies, de la démonstration complète qu offrent tous les caractèi'^ et tout l'ensemble de la religion. Cet ensemble, comme on a pu le voir dans les volumes précédents, où l'on a développé les principaux caractères de la religion chrétienne, n'est point un système d'imagination dans lequel, d'après un plan arbitraire et quelque espèce de similitudes plus ou moins éloignées., on rapproche des idées ingénieuses, mais qxii n'ont rien de solide. Il est établi sur des faits qui tiennent les uns aux autres, qui se prouvent réciproquement , et qui aboutissent h un centre commmi.
Posez seulement quelques-uns de ces faits, connus et avoué» par tous ceux qui ri'or.t pas perdu tous principes et toute bonne foi , le reste suit et s'enchaîne naturellement. Dans le temps où a paru Jésus-Christ, centre unique de tous les grands faits de la religion révélée, les Juifs attendaient-ils un messie? Avaientils entre les mains des livres qui l'annonçassent? Ces livx'es, en nous donnant des notions suffisantes de la dégradation de l'homme, du besoin d'une lumière plus abondante, de la nécessité d'un réparateur, peignent -ils le peuple d'Israël comme un peuple choisi pour conserver la promesse qui avait été faite aux hommes d'un médiateur, et pour en perpétuer l'attente parmi eux ? Ce sont là de ces choses sur lesquelles il est aisé de répondre , et qui ne laissent point de doutes à quiconque est vrai et n'élève pas à plaisir des nuages contre l'évidence.
Ces faits une fois donnés, consultez ce qu'ont dit ces mêmes livres sur le messie ; lisez Isaïe, Daniel, et tout ce qui a un rap* port direct à l'envoyé de Dieu, au désiré des nations, au Christ, k la victime qui doit être immolée par son peuple pour les pô*
DE LA RAISO:?. loT)
cl es des hommes * ; remontez d'âge en âge , reveniz à Jéaus- Christ ; comparez et jugez. De l'avëncment du sauveur descendez à l'établissement; de sa religion , à la manière dont il s'est opère, à la nature de cette religion, au châtiment des Juifs qui devaient cesser d'être son peuple , à leur dispersion , à la pex-pétuité de 1 église ; et voyez si le messie qui avait été prédit n'est pas venu dans le temps où les Juifs l'attendaient; s'il n'a pas paru avec tous les signes qui devaient être propres à un règne tel que le sien, au règne spirituel de la grâce, 'de la vertu, de la paix et de la charité ; s'il n'a pas employé, pour y soumettre les eisprits et les cœurs, tous les moyens qui convenaient à sa mission ; s'il n'a pas donné au christianisme tous les caractères qu'il devait avoir; si le refus de le reconnaître pour le fils et l'envoyé de Dieu n'a pas eu les suites qu'il devait entraîner après lui ; si le Christ n'a pas dû établir, pour conserver le dépôt des vérités qu'il venait enseigner aux hommes, une autorité visible et permanente ; s'il ne l'a pas promise, et s'il n'a pas effectué sa promesse.
MÊME PAGE
(5) Ils donnent aisément prise au ridicule^ quand on sait le saisir. Il est sans doute bien permis de tourner contre les partisans de l'erreur et du mensonge ces armes tranchantes du ridicule dont ils se servent avec tant d'art contre la vérité. Mais il faut avouer que , n'en ayant point de meilleures dont ils puissent faire usage, ils sont en général dans ce genre d'attaque mieux exercés que nous. A combien de traits néanmoins , semés de toute part dans leurs discours et dans leurs écrits, ne pourrait on pas appliquer ce mot si sage, risu inepto nihil ineptins **.'* Quoi qu'il en soit, c'est à la plaisanterie qu'ils doivent une grande partie de leurs succès ; par elle ils ont su donner un tour neuf et piquant à des objections surannées ; c'est d'elle
* Voyez ci-dessus, tome II, lettre 89.
**^ On sait la réponse ingénieuse d'une jeune fenrtne de la cour à un grand philosophe : « Nous avons depuis quelque temps, disait-il , abattu bien du bois dans la forêt des préjugés ; c est pour cela, reprit-elle, que vous nous faites tant de fagots. »
qu'ils savent si bien tirer parti pour couvrir la faiBlesse et la jnauvaise foi de leurs raisonnements : ce sont les raillciics sacriîéges sur les objets de notre culte qui ont fait parmi nous tant de tnenus yhilosophes , selon l'expression d'un ancien sage, et ce tas d'incrédules sur parole qui croient bonnement que la religion est sans preuves , et que , pour avoir de la foi , il faut comnieucer par faire tai,re la raison.
PAGE i4i.
{6)Maîs parce qu'il est peu d'incrédules cjui dijichent, h matérialisme, etc. L'illustre élève d'un grand maître lui 'demandait un jour ce qii'il pensait du théisme. <c Je pense, re'pondit-il, que c'est un masque pour les vieux philosophes, et une ressource pour les jeunes. A mon âge, on tf'cn a plus besoin que pour ne pas effaroucher le commun des hommes : du reste , ne s'embarrassant plus de rien , ou est bien aise de vivre sans gène et de moui'ir sans inquiétude. Mais jeune , comme vous l'êtes , la croyance d'un Dieu vous est encore nécessaire : sans elle le feu de votre imagination s'éteindrait, la verve poétique serait en vous sans force et sans enthousiasme; et la nature, muette et dépourvue d'altraits , ne dirait plus rien à votre cœur. »
(7) Je doute cju^en finissant les rieurs soient pour eux. Que ce serait une histoire intéressante que celle de la philosophie et des philosophes de nos jours ! Elle offrirait tout à la fois la meilleure réfutation de leurs systèmes, le plus sûr préservatif contre leur fausse sagesse, et la plus forte apologie de la religion. Chaque jour nous fournit des matériaux plus abondants. Encore un petit nombre de faits dans le goût de ceux que les gens un peu instruits ont été à portée de recueillir ; et que de choses dignes de risée , d'indignation quelquefois , et plus souvent de pitié , on pourra transmettre à la postérité ! Un prince trop respectable pour être cité, mais qu'on ne citera jamais qu'avec éloge, a déjà proposé pour cadre à ces mémoires l'idée du Don Quichotte \philosophe : le sujet est tout neuf, et les originaux sont sous nos
DE LA RAISO?f. 1 5^
On dira sans doute que la tourLe philosophique est devenue trop méprisable pour qu'il soit nécessaire de s'en occuper plus long -temps. Les excès de ces prétendus philosophes, la partie systématique de leurs ouvrages, leur aveuglement, leur folie en genre de principes , leurs manœuvres , leurs Intrigues en genre de conduite , de petits intérêts si secrètement et si plaisamment liés à leur grande réputation, leur petite guerre entre eux, leur inquisition civile et littéraire, les ont assez décriés.
Malgré l'air de réflexion que présentent ces vérités", j 'oserais; croire que, tant qu'ils crieront au fanatisme et à la persécution, lorsqu'il n'y a plus qu'eux en effet qui soient persécuteurs et fanatiques, il ne sera pas absolument inutile de crier au phiîosophisme si redoutable, si imposant autrefois et sd a^ili de nos jours. Ceux qui penseront que la victoire est décidée depuis long -temps en faveur de la religion, que le pbilosophisme est aux abois, que le masque dont il se couvrait est tombé pour toujoius , auront beau regarder nos efforts comme tardifs et superflus, je ne craindrai pas de le répéter d'après un de nos sages ; Il faut prendre le temps où les eaux sont basses pour travailler aux digues.
LES EGAI1E3IENTS
LETTRE XVL
Le comte de Valmont à son père.
C<E que vous avez fait pour moi, ô le meilleur de tous les pères ! porte les plus heureux fruits dans la personne du chevalier de Lausane. Emilie vous a marqué son changement : après Dieu, c'est a vous qu'il en est redevable. Ce sont les lumières que vous m'avez données, c'est le précis des lettres que vous m'avez écrites qui ont servi à l'éclairer. Quel dommage si, avec un cœur aussi bon que l'est le sien et un aussi grand fonds de droiture et de sentiment , il eût été perdu pour la vérité ! Il ne ['avait pas entièrement abjurée; mais que le culte qu'il lui rendait était peu digne d'elle! Aujourd'hui il la voit dans tout son jour et Fhonore par toute sa conduite. L aimable jeune homme! il ne lui fallait que plus de religion pour développer en lui le germe de toutes les vertus. Il m'est devenu cher dès le moment où je fai connu; il me l'est bien davantage depuis qu'une nouvelle façon de penser ajoute à tous ses agréments le mérite le plus vrai et les qualités les plus solides. Aussi fait il à mes yeux partie de ma famille ; et , quelque tendresse que j'aie pour mes enfants , j'aurais peine à dire s'ils m'intéressent plus que lui. Jugez donc , mon père, de la joie que me causent les dernières ouvertures qu'il m'a faites.
DE LA RAISON. l5[)
Ce matin, après avoir assisté ensemble au lever du roi, il m'a demandé si je voulais faire avec lui un tour de promenade. J'y ai consenti ; et , dès que nous nous sommes trouvés en liberté, il s'est répandu de nouveau en témoignages expressifs de sa reconnaissance sur ce qu'il croyait me devoir. Je commence, a-t-il dit ensuite, à goûter cettt? paix que vous m'avez fait espérer, et que je cherchais en vain dans Foubli de moi-même et dans k tumulte de mes passions. Mais combien n'aurais-po pas à craindre le retour de mes anciennes faiblesses, si vous ne m'aidiez à vaincre ma légèreté naturelle par le choix d'un objet digne de toute mon estime et propre à me rendre heureux! Ma familk; me presse depuis long-temps de contracter un dégagement que j'ai abhorré jusqu'ici. Il s'en faut bien que j'en aie maintenant la même idée que j'en avais conçue. L'union si tendre qui règne entiîB vous et madame de Valmont, cette confiance ré^ ciproque qui en fait le charme, cette complatsance, ces égards mutuels, cette conformité dp goûts et de sentiments qui ne laissent apercevoiï'" dans tous deux qu'un même esprit et une mêmie volonté , me font considérer un mariage bien as»sorti comme la source la plus pure des agrémenCS de la vie. Mais, cher Valmont, où trouver aujourd'hui cet assemblage de qualités rares qui , eu rendant une femme vraiment estimable, lui méritent la confiance, la tendresse d'un mari, et assurent en commun leur bonheur pour toujours?,
iCo LES ÉGARE ME NIS
Je jette les yeux autour de moi , et je ne vois , dans des conditions semblables à la nôtre,que déjeunes personnes sans principes , inspirées par la vanité, uniquement occupées du désir de plaire, élevées par des mères peu sages dans tout le manège de la coquetterie, et toujours avides de nouveautés et de plaisirs. Je vois qu'une si mauvaise éducation effraie à juste titre tout homme sensé, et le contraint à s'abstenir, autant qu'il le peut , de faire un choix ; je vois qu'au milieu de tous les risques que Ton court l'intérêt seul a la force de déterminer presque tous les mariages, et que le repentir, l'oubli des bienséances, le déshonneur des deux parts, des divisions intestines , ou quelquefois des ruptures éclatantes, en sont les suites les plus ordinaires. Mon ami ! sauvez-moi d'un tel malheur. Je ne veux prendre une épouse que de votre main et de celle de madame de Valmontj je veux une épouse qu'elle ait formée ; qui dans un âge tendre ait déjà la noble empreinte de son caractère et de ses vertus ; qui relève toutes les grâces de la figure, tous les charmes de la beauté par un attrait plus puissant encore , celui de la décence et de la modestie; qui à ringénuité et à la candeur d'une âme simple et belle joigne toute la justesse d un sens droit et toute la délicatesse du sentiment. Cher comte , c'est un chef -rd'œuvre , c'est Julie que je vous demande.
Le chevalier n a pu prononcer ces derniers mots sans la plus vive émotion. 11 avait les regard^
DE LA RAISON. ' l6l
fixés sur moi ; le feu brillait dans ses yeux; il semblait attendre son sort de la réponse que j'allais faire. Vous balancez, mVt-il dit^ et vous m^aimez. Julie me haïrait-elle? Non , mon ami, lui ai- je répondu, soyez tranquille. Je sais que Julie ne vous est point contraire ; elle a remarqué avec joie le changement qui s'est introduit dans votre façon de penser; elle partage notre amitié pour vous ; et, trop sage pour se permettre à elle-même de faire un choix, elle agréera sans peine en votre faveur celui que nous aurons fait pour elle. Mais vous
avez une famille; et il est dans l'ordre Mon
ami, mon père, s'est écrié le chevalier, je vous en conjure , ne faites pas dépendre mon bonheur de mon frère. Quoique mon aîné de c[uelques années, il n'a point de droits sur moi. J'ai un oncle qui , comme vous le savez, m'a tenu lieu de père, et qui m'aime comme son fils : parti depuis dix-huit mois pour l'ambassade à laquelle le roi l'a nommé, il n'a pu vous voir depuis votre retour; mais tout ce qu'il a entendu dire de vous , tout ce que je lui en ai écrit lui inspire pour vous la plus haute estime. Il vous chérit, il vous révère, il s'honore de votre alliance , et vient de m'envoyer le consentement le plus formel. Voici la lettre qu il vous adresse, et qu'il me charge de vous remettre de sa part.
Jai ouvert en présence du chevalier cette lettre que je vous envoie, et qui renferme dans les termes les plus honnêtes la demande que le