Tome IV\ i
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marquis de — fait de ma fille pour son neveu, en se servant du motif de la réunion des deux familles.
Ce rf est point , cher Lausane , ai-je repris après cette lecture j pour assujettir notre amitié réciproque à des formalités qui ont toutefois un fondement raisonnable , que j'ai paru balancer un instant sur la proposition que vous m'avez faite. Je vous aime, je dirais presîpie, autant que j'aime ma fille; et je vous crois nés pour être heureux l'un par l'autre : mais votre frère, étint Faîne de votre famille, mérite quelque considération. Lui avez-vous du moins parlé de cette alliance que je désire autant que vous? Ne m'obhgez pas, a répondu le chevalier, à entrer dans de certains détails sur mon frère. Je n'ignore pas ce qu'il vous doit; sa femme m'en a instruit : vous lui avez sauvé la plus horrible injustice; et il s'en est fait un nouveau motif pour vous hair. Il voudrait que je ne visse en vous que le meurtrier d'un frère, dont il sait cependant tous les torts; et je n'y vois, avec toute l'effusion d'un cœur sensible , que celui qui m'a arraché à ma propre fureur, et qui a fait briller à mes yeux la plus pure lumière. Le vicomte vous considère d'ailleurs comme un rival dangereux auprès du prince. Ce matin encore, il s'est plaint à moi de ce que la reine avait demandé pour vous une place aussi distinguée par le titre que considérable par le revenu, qui est devenue vacante par la mort d'un de nos plus proches parents.
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et à laquelle il se croyait en droit de prétendra.
Je le sais , ai-je dit au chevalier; je savais aussi que le vicomte ne m aime pas; et comme c'est à moi à vaincre son ressentiment, j'ai supplié la reine de se désister de la demande qu'elle avait daigné faire pour moi, et de faire porter ses bontés sur votre frère. (Car c'est ainsi , mon père , que j'ai cru devoir mettre à profit, dans une occasion si importante, les leçons de désintéressement que j'ai reçues de vous. )
Eh, c]uoi! s'est écrié le jeune Lausane, vous faites donc bien peu de cas des distinctions et des richesses, puisque vous les abandonnez si aisément à vos ennemis? — ^Je ne les estime, cher Lausane, que par l'usage qu'on peut en fair*"; et quel plus bel usage, selon la pensée d'un grandroi, que celui de les employer à fléchir ses ennemis mêmes et à s'en faire des amis? — ^Ah, puisse mon frère , reprit vivement le chevalier, se rendre digne d'être un jour le vôtre! Mais vos enfants? — J'espère qu'ils penseront un jour comme moi, et, pour ce qui les concerne, ils seront toujours assez riches, assez grands, s'ils sont vertueux. Si par malheur ils ne Tétaient pas, plus de grandeur et de richesses ne servirait qu'à les rendre plus vils et qu'à en faire de plus illustres misérables. — Que je crains que mon frère ne vous tienne pas compte du sacrifice que vous lui faites ! — > En ce cas, cher Lausane, je l'aurai fait pohr moimême — Et attendrez-vous encore son consente-
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ment? — Il faut, avant tout, que mon père lui même ratifie cette alliance; et je désire au moins que Julie n'entre pas dans la famille de votre frère malgré lui. Je ne vous demande au reste que jusqu'au retour de la campagne prochaine pour que sa mère achève de la former.
Tel est, mon père, l'entretien que je viens d'avoir avec le chevalier. Sa demande, que je pressentais depuis quelque temj)s , m'a comblé de joie, dans l'idée qu'elle ferait la même impression sur vous. S il se passe quelque chose de nouveau avant votre réponse, je m'empresserai de vous ei faire part, toujours disposé, mon tendre père, à suivre les conseils que vous voudrez bien me donner, et il régler sur vos intentions toutes mes démarches.