‹ Le Comte de Valmont, ou, Les égarements de la raison (volume 2)Chapitre 27 sur 54 · Tome IF. i · texte numérisé non relu

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temps avec eux, et s assure par lui-même de leurs progrès. Il est leur premier gouverneur^ comme je suis de mon côté la gouvernante de Julie. Le baron est, après lui et sous sa direction , comme 1 instituteur de ses frères, à qui il rappelle souvent les instructions qu on leur a faites. Ce n'est pas qu'ils n'aient, dans la personne d'un ecclésiastique rempli de mœurs et de piété , un guide qui les accompagne partout au-dehors, qui leur développe les fondements de la religion, et pour lequel ils ont, ainsi que nous, tout le respect qui est dû à son caractère et à sa vertu. Mais ce guide n'ayant pas d'ailleurs le genre de connaissances et de talents que mon mari désire dans ses enfants , il a fallu leur choisir des maîtres qui pussent continuer les premières leçons que vous leur aviez données. Ou leur apprend , conformément à vos vues, lentement et sans les fatiguer de ce qu'ils ne pourraient pas entendre , la géométrie et quelques autres parties des mathématiques dont on leur fait né amusement, la géographie, l'histoire, leur <i*ropre langue, et, à l'appui de celle-ci, les autres langues dont ils peuvent avoir besoin. On varie reurs occupations par les exercices corporels qui doivent entrer dans le plan de leur éducation. On îeur fait prendre quelque teinture des arts agréa- Lies; on forme leur goût, et on tache de leur offrir dans toutes ces choses ce qu'il y a de plus propre à les intéresser. Ce que le baron ne sait \)às suiTisamment , il l'étudié avec ses frères et s'y

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perfectionne. Ce qu'il sait déjà , il le leur inculque dans l'absence de leurs maîtres. Mais c'est toujours Valmont qui régie les instructions qu'on leur donne; qui les simplifie pour les mettre à leur portée ; qui les lie entre elles pour qu'elles se prêtent plus de jour l'une à l'autre , et pour les leur rendre plus faciles à saisir; qui les al)rége autant qu'il le faut, pour qu ils n'en prennent que ce qui leur convient : c'est lui surtout qui leur enseigne à en retirer de véritables fruits, par l'application qu'il leur en fait faire.

Il s'est réservé le soin de leur apprendre par luimême ce qu'il regarde comme le plus essentiel de leur éducation après la religion, la science du droit naturel, civil et politique; c'est-à-dire, en un mot, toutes les parties de la morale. Mon mari me fait l'honneur de m'admettre avec Julie à cette paitie de leurs études. C'est en conversant avec eux qu'il les instruit '^. Par la manière dont il leur

* Ce tableau intéressant d'un père instruisant ses enfanta est celui qu'un prince, si cher à noire me'moire, offrait tous les jours aux personnes qui avaient le bonlieur de l'approcher de plus près ; cehii qui nous rappelle les vertus d'un monarque fonné par de tels soins ; celui enfin dont M. le duc de la Vauguyon a voulu nous conserver l'image en chargeant IVL le Monnet de peindre un si beau sujet. C'est d'après l'original que ce même peintre a fait le dessin de l'estampe qu'on a mise ici. On y voit M. le dauphin servant lui-même d instituteur aux jeunes princes. Madame la dauphine était présente : et l'évêque de Litnoges et M. de La Vauguyon y assistaient assis, comme le voulait M. le dauphin, non pas sur un pliant, mais dans un fau-

présente les objets, et par les questions q^u'il leur propose il a l'art cl'ëciaircir d'avance les choses les plus difficiles; il prépare leurs réponses et les rend presque toujours justes et précises, en les conduisant de principes en principes, en les aidant à mettre de la suite dans leurs idées, en ne leur laissant rien adopter légèrement, ni rien établir qui n'ait son fondement dans ce qui précède. Chacun d'eux dit son avis, et moi et ma Julie aussibien qu'eux. Il rectifie ce qui n'est pas exact, et les ramène à un même sentiment par les nouvelles clartés qu'il leur présente. Le baron est chargé de faire le précis de chaque conférence. Il en résulte un code de morale que nous regardoD s tous comme notre ouvrage. Ah! mon père, que ne pouvez-vous être présent à ces entretiens! Quel enchantement ne serait-ce pas pour vous de voir toute cette pe-

teoil. Quelle ëcole pour les pères ! et quel fonds d'cspéronoE^ poir toute une nation !

Yoici la lettre qu'écrivait ce digne prince, ce bon père, au roi Stanislas, qui l'avait félicité sur la naissance de M. le aomtï; d'Artois. « Monsieur, mon frère et très-clier grand-père , je suii « infiniment sensible à la part que vous prenez à ma joie , qui , « je vous l'avoue, ne saurait être plus grande. Je me vois quatre «( garçons : tout ce que je souhaite à présent, c'est que Dieu los « conserve , et qu'il les fasse ressembler à leur bisaieul. Ils •< n'auraient pas besoin d'autre recommandation pour être « aimés et respectés, pour faire le bonheur du pays qu'ils lu» *= biteront : pardonnez-moi celte vérité; elle a échappé ou sente liment qui me pénètre et à la tendre amitié avec laquelle je « sui», de VQtre majesté, le très rspectu'ux petit-fils, Lours. >»

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tite famille conversant, causant avec gaieté sur les objets les plus importants, et s instruisant en croyant se récréer- de voir un père tendre qui, environné de ses enfants , fixe sur lui tous leurs regards, qui les interroge avec bonté, qui les écoute tour à tour, tandis que tous les autres imitent son attention et attendent leur rang pour parler; qui les encourage en leur inspirant la plus douce confiance, et qui en même temps, par une sage réserve et toute la fermeté nécessaire , se concilie de leur part le plus profond respect? Que ne puis -je vous peindre l'art avec lequel il les intéresse, tantôt par des traits d histoire qu'il rapproche "^ et qu il développe par des comparaisons naturelles et sensibles , par des exemples frappants; tantôt par les épanchements de son âme et par l'expression du sentiment; quelquefois en excitant leur émulation par une louange adroite; quelquefois aussi en la réveillant par une plaisanterie fine, qui les corrige sans les déconcerter! Que ne puis- je vous dire comment, en leur rendant la science aimable, il s'attache à la leur rendre

* C'est à la faveur d'un pareil rapprochement, et en rassemblant sur le môme objet les principaux traits qui y ont un rapport marqué , que , par de simples résultais on pourrait donner à la jeunesse les leçons les plus propres à l'intéresser et à l'éclairer, de même que, dans l'histoire naturelle, la méthode la plus instructive et la seule vraiment sûre , est de rassembllei beaucoup de faits , siu" lesquels on puisse asseoir des observa» lions exactes et précises.

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utile; comment il les ramène sans cesse à la religion et à la vertu ; et comme il forme tout à la fois leur esprit et leur cœur!

Parmi tous les soins qu'il prend en leur faveur, un de ceux qui l'occupent davantage est de les mettre à portée de bien discerner Fétat auquel la providence les appelle. Ne crojez pas , disait-il en dernier lieu au commandeur et au chevalier, que la croix que vous portez , et les avantages qui y sont attachés, soient pour vous un motif de la porter toujours. Ce n^est pas parce qu'elle peut vous former par la suite un établissement aussi utile qu'honorable, sans vous rendre à charge à votre famille, que vous devez la regarder comme un engagement que vous ne puissiez rompre. Elle n'oblige pas seulement à être de braves chevaliers, pleins de sentiments c-t d'honneur : c'est là essentiellement le fait de tout gentilhomme; et vous n'êtes point nobles, si vous n'avez pas ces qualités. Mais elle impose encore bien d autres devoirs : elles vous lie à la religion d'une manière toute spéciale : elle veut que vous en deveniez , si je puis ainsi parler, les hérauts au milieu du monde par vos discours et par vos actions; que vous soyez les défenseurs des faibles et des opprimés, les protecteurs de l'innocence; que, vraiment hospitaliers, vous ayez pour les malades et pour tous les affligés un cœur compatissant ; que vous ne pensiez pas que les pieuses donations de nos pères aient eu pour objet de vous faire couler des jours stériles au sein de la

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mollesse, et de vous donner de grands revenus sans profit pour les malheureux ; que vous ne supposiez pas qu'une partie des richesses de létat, devenue votre héritage, ne vous laisse, comme citoyens, aucun service à lui rendre : elle veut que, formant un jour des religieux dans toute la rigueur du terme , et liés par des vœux solennels , vous ne vous croyiez pas dispensés de les remplir; car ce n'est pas ainsi, mes chers enfants, qu'en jugent encore aujourd'hui tant de dignes chevaliers, si utiles et si chers à leur ordre, à la patrie, à la religion dont ils font Tornement.

Je respecte fort cet état, dit avec heaucoup de vivacité le chevalier; mais vous savez, mon père, qu'il en est un que j'ambitionne davantage, et qu il y a une autre croix que je serais encore plus jaloux de porter.

Je vous ai déjà assuré, reprit avec bonté mon mari, que j étais bien éloigné de m'opposer à vos désirs , lorsqu ils auraient été suffisamment éprouvés ; mais vous êtes trop jeune encore pour que nous prenions ensemble une résolution sur un objet si important. Je serais au comble de mes vœux si je voyais quelque jour un bon prêtre, un digne ministre de la religion, un saint évoque au nombre de mes enfants. Mais, mon fils, si dans le choix de cet état tu te trompais sur les motifs ; si tu méprisais dans un degré inférieur les augustes fonctions du ministère et les ministres subordonnés; si tu n'ambitionnais que d'être évêque, et

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non d'en avoir les vertus; si, en te disposant à un état si relevé, tu en connaissais mal les obligations et les charges; si tu t en formais des idées fausses ; si tu y prenais du faste pour de la grandeur, de la hauteur pour de la dignité , de la naissance pour du mérite, de l'enrportement et de l'opiniâtreté pour du zèle, de la suffisance et de la présomption pour des talents; si, n'ayant pas essayé tes forces et comptant trop sur ta sagesse , tu courais le risque afireux de déshonorer la religion par tes mœurs; si, désirant la gloire des hommes, et te laissant subjuguer par la manie du siècle , tu prenais une façon de penser équivoque , et qui lit presque douter.... 0 ! mon fds, sous tous ces rapports, quelle tache pour toi-même! quel scandale pour tous les fidèles! quels maux pour Yéglise! Car c'est surtout de ses ministres, et plus encore de ceux qui , par l'éclat de leur titre et de leurs fonctions , fixent davantage les regards, que dépend son triomphe , et que dépendra même un jour la conservation de la foi parmi nous. Croismoi , mon fils , avec le nom que tu portes , tu n'as pas besoin d'être évêque pour être quelque chose dans le monde; et je ne vois rien de si pelit que celui qui, dans un état vraiment grand, ne sait pas en prendre Fesprit, en soutenir dignement le caractère, et en remplir les devoirs.

Ah! mon cher papa, répondit le chevalier, je ne voudrais être évêque que pour ressembler à M. farchevêque de .... , que Ton respecte tant , et

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à notre parent l'ëvêque de C. . . , dont vous faites vous-même tant de cas. A ce prix, mon fils , lui dit Valmont, que rien ne t'arrête; redouble de zèle et d'ardeur pour les études qui conviennent au clîoix que tu veux faire; mais garde-toi d'abandonner celles qui peuvent le mettre en élat ûcii faire un autre , si ce n'est pas pour celui-là gue le ciel t'a fait naître.

C est ainsi que mon mari éclaire ses enfants pour le bien de Tétat et de la religion, et pour leur véritable bonheur. Il donne à son aîné, relativement aux circonstances, des avis encore plus précis. Il l'arme, à son entrée dans le monde, contre tous les dangers de la séduction. Il le prémunit contre l'exemple contagieux des grands; et lui fait tirer, de quelques scènes avilissantes qui se sont passées sous nos yeux, toutes les leçons qu'elles lui oflrent contre le vice, et de nouveaux motifs d'encouragement pour la vertu. Il insiste a son égard sur ce qui forme la vraie noblesse , le véritable héroïsme, la vraie grandeur; et le pénètre tellement des sentiments dont il est pénétré luimême, que j'oserais bien répondre que son fds no compromettra jamais le mot sacré de l'honneur, et que le nom de gentilhomme , si cher à nos rois eux-mêmes, ne sera jamais pour lui un vain nom.

Vous concevez , mon père , que ce n^est pas seulement par des discours que mon cher comte s'attache à former ses enfants. Il joint l'exemple et

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l'usage aux préceptes j en saisissant toutes les occasions de leur faire pratiquer sous ses yeux, et conjointement avec lui , des actions nobles et vertueuses. Il ne se passe presque point de jour qu^on n'ait recours à mon mari pour en obtenir des services essentiels, qu'on ne pourrait attendre de tout autre. Sa générosité, son affabilité, sa bonté sont si connues , qu'on ne craint pas de les mettre sans cesse à de nouvelles épreuves. Attentif à ne point se laisser surprendre, il ne néglige aucune des précautions nécessaires pour ne pas risquer de mal employer son crédit, et de ne pas placer comme il faut ses bienfaits : mais, quand il s'est assuré que c'est à juste titre qu'on réclame son secours, il n'y a rien de si difficile à quoi il ne se porte pour obliger; et il le fait de si bonne grâce , qu'il semble que ce soit lui qu'on oblige quand on lui fournit l'occasion de faire du bien. C'est là , selon sa façon de penser, le seul plaisir ici-bas qui soit pur et sans mélange. Ses refus mêmes, lorsqu'il est forcé d'en faire, ont quelque chose de si honnête, ils sont accompagnés de manières si prévenantes, qu'on ne se retire jamais d'auprès de lui chagrin ni mécontent. Parmi cette foule de secrets qu'on lui confie et de services qu'on lui demande , il est bien des choses dont il peut sans indiscrétion faire part au baron; il le met alors de moitié dans ses démarches, et l'accoutume ainsi à devenir chaque jour plus humain et plus sensible; il en est d'autres dont il se repose sur moi et sur ma fdlc; et je

n'ai pas besoin de presser Julie. Elle est si compatissante et si tendre, que je me trouve forcée quelquefois de modérer son zèle et de tempérer sa sensibilité.

Il n est pas jusqu'à de petits détails pour Tintérieur de la maison que mon mari ne fasse servir à exercer ses autres enfants. C'est souvent par leur canal que les domestiques demandent des grâces et les obtiennent. Il leur suggère pour ceux-ci de petits soins et des attentions qui leur font sentir qu'ils ont affaire à des hommes (2). Les domestiques eux-mêmes semblent faire partie de sa famille. Il veille sur leur conduite; il en exige par dessus toutes choses, de la religion, de la sagesse et des mœurs : il assigne à chacun d'eux le genre d'occupation qui lui convient, et ne permet pas qu'il y en ait un seul d inutile et de désœuvré. 11 les récompense à proportion de leur travail et de leur fidélité; il consent volontiers qu'ils se marient^ s'intéresse à tout ce qui les concerne, et s'informe de leurs besoins. Dans leurs maladies , il est le premier à les visiter; il les traite en père, les soutient, les console, et a le plus grand soin qu'il ne leur manque rien. Il s'est formé par là d'excellents serviteurs , dont il est adoré. Sous ses auspices , tout présente ici l'image de l'ordre , de la bienfaisance^ de la religion et de l'humanité.

Quel contraste, mon père, entre une vie si bien employée et celle de tant d'agréables fainéants qui, en parlant plus que d'autres dhuma-

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ïiité, de bienfaisance, ne savent que séduire linnocence, tyranniser leurs gens ou les dépraver, aller à la chasse, fouler leurs vassaux, jouer la comédie, mettre une partie de leur fortune sur trois cartes, manger le reste de leur bien avec des actrices, s'amuser avec des iiislrions,et qui croient encore qu'il n'y a rien de mieux à faire.

Le plaisir que tant de gens trouvent à se livrer à des amusements honteux, à former d'injustes projets, à nourrir des idées criminelles et des habitudes vicieuses , mon mari le fait consister toul entier à se pénétrer d'amour pour ses semblables , à méditer leur bonheur et à le procurer, autant qu'il est en lui. Autant ceux-là semblent jaloux de nuire, de perdre et de détruire, autant Valmonî parait l'être de créer en quelque sorte et de vivifier.

C'est là ce qui occupe, ce qui maîtrise son ûmej et en lui, ce goût, ce désir du bien, c'est la religion , c'est la charité qui l'a fait naître.

Pour satisfaire un penchant si digne de lui, le comte est sagement économe de son temps et de ses revenus. Il ne soupe presque jamais dehors. 11 se lève de grand matin; et c'est surtout dans la matinée qu'il trouve le moyen de remplir ses nobles fonctions. Il fait rendre un compte exact à ses gens d'affaires-, ne se permet aucune dette, et le> regarde comme une bassesse ou une injustice toutes les fois qu'on peut se dispenser de les contracter, ou qu'on fait languir des créanciers qu'à

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force de retranchements et d'économie, on devrait s'empresser de payer (3). Cet esprit d'ordra lui procure les moyens de faire face à tout, et d'avoir toujours des fonds en réserve pour parer à tous les événements. Sa dépense est réglée sur son état et sur les biens dont il jouit. Sa table est servie comme il convient, mais sans profusion. Son habillement est sans faste, mais dun goût exquis dans sa simplicité même. 11 réunit dans sa personne les grâces et la dignité. Chéri, révéré andehors comme il l'est dans sa propre maison, on Le voit partout également doux , affable , modeste, et toujours le plus vertueux et le plus aimable de tous les hommes.

Je ne sais, mon père, si j'ai pu avoir, dans certains temps de ma vie, quelque bonne opinion àv, moi-même; mais il me semble du moins que, s'il m'en restait encore, je la perdrais bientôt en me comparant avec lui. Non , je n'ai plus d'autre orgueil à craindre que celui qu'on peut ressentir en pensant qu'on est Tépouse de Valmont.

NOTES

PAGE j68.

(i) J'aime mieux, après touf, te voir un attachaneriï honnête, etc. Il ne peut qu'être dangereux de livrer son cœur h. l'amour. Voyez dans le premier volume de ces lettres * œ que

♦ Lettre XIV.

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disait sur cela M. Dorval à son élève. Il est si difficile de conte-» nir ce pcncliant dans de justes bornes, de lui donner un but légitime, de faire un digne choix; l'amour entraîne tant de maux, et est environne de tant d^écueils pour la sagesse , qu'il est toujours à désirer qu'on ait la force de s'y soustraire , poiu^vu toutefois qu'on ne veuille pas mettre à la place, comme on le fait de nos jours, des goûts volages et des mœurs libertines. Mais lorsque , par des circonstances qu'on n'a pu prévoir, ou qu'on n'était pas libre d'empêcher, on vient à s'apercevoir qu'un jeune homme, dont l'âme est innocente et pure, a conçu des sentiments trop tendres pour un objet, qui d'ailleurs lui convient ; que reste -t- il à faire à un sage instituteur, si ce n'est do régler son penchant, s'il ne croit pas pouvoir le vaincre, et d'en tirer parti pour la vertu?;

(2) Qui leur font sentir qu'ils ont affaire à des hommes. C'est ce qu'on ne saurait graver de trop bonne heure dans 1 esprit de ceux qui, par leur fortune ou leur naissance, se trouvent appelés h être élevés au-dessus des autres. J'ai lu quelque part un trait bien propre à les instruire.

Un roi, plein d'humanité pour ses sujets, avait un fils d'im caractère tout opposé. Se croyant d'une autre nature que le commun des liommes, il traitait le peuple, et les grands euxmêmes avec un ton de hauteur et de dureté qui les révoltait. Son père, craignant, et qu'il ne les rendit malheureux lorsqu'il serait sur le trône , et que , las de sa domination , ils ne se soulevassent contre lui , travaillait en vain à lui faire perdre son orgueil et sa fierté. Un jom- qu'il témoignait sa peijie h un de ses courtisans, ce confident zélé prit sur lui, avec le consentement du roi, de corriger le jeune prince. Il saisit la circonstance où b princesse son épouse venait de lui donner un fils. La nuit suivante il fit mettre à côté de celui-ci un autre enfant qui venait de naître après avoir pris les précautions nécessaires pour ne pas risquer de les confondre. Le prince , à son réveil , n'a rien de plus prcsaé que de courir au berceau de son fils. Quelle est sa surprise lorsqu'il y voit deux çut.uts tout-à-fait semblables, et n'ayant

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aucune marqtie extérieure qxii les distingue ! De l'étonnement il passe à tous les éclats de l'emportement et de la fureur. Le roi survient, attiré par ses cris, a Eh quoi, mon fils, lui dit-il, dejn prévenu par son confident, vous est -il si difficile de discerner quel est ici l'enfant qui vous appartient? Votre sang qui coule dans ses veines peut -il lui laisser rien de commun avec les autres mortels? La nature n'a-t-elle pas imprimé en lui des caractères de supériorité et de giandeur auxquels il soit impossible de se méprendre ? et ce fils de l'hériliei' pré.' omptif de ma couronne peut-il ressemLler aux derniers de mes sujets? » Le jeune prince comprit aisément le sens de ces paroles , et devint aussi afiaKe et aussi humain que l'était son père.

M. le daupliin, père de notre auguste monarque, a fait à iios princes, dès leurs plus tcndies années, une leçon non moins forte et plus touchante encore. Il fit apporter en leur présence les registres de la paroisse sur laquelle ils avaient été baptisés. «Vous voyez, leur dit -il, votre nom précédé et suivi d'une « foule de noms obscurs. Comme hommes , vous vous trouvez « ici confondus avec une foule d'autres hommes ; vous l'êtes « également comme cluétiens. C'est qu'en effet sous ces deux a rapjîorts , qui forment en vous ce qu'il y a de plus grand , « tous les hommes sont vos égaux. )>

I AGE i8i .

(3) II ne se permet aucune dette, et les regarde comme une bassesse ou une injustice , toutes les fois , etc. J'aimerais à penser que ce siècle de bienfaisance n'est plus ce même siècle où l'on se faisait un honneur d'avoir des dettes et de mourir insolvable ; où celles du jeu, il est vrai , devenaient sacrées, mais ou l'on croyait de sa dignité de laisser languir de misérables artisans qui se ruinaient à faire des avances dont ils n'étaient pas payés ; où le salaire des domestiques , retenu pendant bien des années , ne passait pas pour un véritable larcin : pourquoi faut-il que cette idée, qui me serait si chère, soit démentie h chaque instant par des traits qui font gémir l'humanité !

Il y a quelque temps qu'un pauvre citoyen , s'étajit amasse quelque argent , l'avait employé à s'étahUr dans un des fau-

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bourgs de cette capitale. Au bout de six mois il fut rc'duil à In luendicilë par un incendie. Un très -grand seigneur lui devait une somme qui eût suffi pour le relever. Le malheureux dans im si pressant besoin implore sa bonté, ou plutôt sa justice. Bagatelle 1 misère ! répond durement ce grand dont on vantait la générosité. — C'est peu pour vous , monseigneur, mais c'est tout pour moi. — -Misère, encore une fois! Cocher, à l'Opéra; et vite, car je suis pressé.

Grand du monde, qui que vous soyez! qiuels tïaits de bientfaisance pourraient couvrir un trait comme celui^lA ?

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