‹ Le Comte de Valmont, ou, Les égarements de la raison (volume 2)Chapitre 35 sur 54 · X>AGE · texte numérisé non relu

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(i) Gémir d'urt. mal cjue Vignovance où sont les peuples sur leurs véritables intérêts a seule rendu nécessaire. La guene ne peut être considérée comme un mal nécessaire que lorsqu'elle est défensive} et elle le devient quand il s'agit de prévenir de

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grands maux qu'évidemment on se préparc à nous faire. Mais en général quels sont donc les fruits de la guerre , je ne dis pas pour le vaincu , dont on ne saurait trop déplorer les malheurs ; je dis pour le vainqueur lui-même ? Si par des succès rapides et constants , si par de vastes conquêtes il se forme un grand empire bientôt cet empire s'écroule et succombe sous son propre poids : s'il a des succès moins grands, l'état se dépeuple, s'obère, et prépare sa ruine par ses succès mêmes : s'ils sont partagés, tout ce qui peut arriver de plus lieureux est de se retrouver, après bieii des dangers el des vicissliudes, au même état où l'on était auparavant. C'est ce qu'a si bien prouvé Gaillard dans son Histoire de la rivalité de la France et de l'Angleterre. Voyez surtout la préface du tome I de la première partiie, qui indique le but moral de cet ouvrage, et celle du tome I de la seconde. (( La guerre est horrible, dit l'auteur, on l'avoue; mais les passions la conseillent, et les passions sont écoutées. Il faut donc prouver, si l'on prouve quelque chose aux passions, que la guerre ne remplira jamais leur objet; qu'elle peut servir les fureurs de la haine, mais qu'elle trompe tous les vœux de l'ambition ; qu'elle trahit tous les intérêts de la politique ; qu'en uû mot «lie est inutile autant qu'elle est horrible. Cette inutilité de la guerre, résultat général de l'iiistoire, est la moralité particulière de celle-ci. ))

C'est à ce résultat que nous conduit aussi par les faits l'abbé de Mably, dans le Droit public de lEwope, fondé sur Ui traités.

Voyez en particulier le tome III, chap. i5, p. 3^9 el suivantes, édition de Genève, 17Ô4, où il s'expHque en ces termes : (( Il faut que les passions exercent un empire bien absolu sur nous, et soient des sophistes bien adroits, pour pouvoir nous persuader, malgré les maux que l'ambition a faits aux étals les plus puissants, qu'il est sage de faire la guerre, de tenter des conquêtes, et d'aspirer h. la monarchie universelle. Depuis plus de deux siècles que l'Europe est déchirée par des guerres cruelles , et que chaque état ne cherche qu'à s'agrandir aux dépens de ses voisins, il est bien surprenant que mille expériences njalheurcuses n'aient pas encore ramené la poli;

DE LA RAISON. 2\l

tique à son vëritable objet, qui est la conservation et non l'agrandissement de la re'publique. Parce que des peuples ont conquis de grands empires, on croit qu'il est sage de se proposer .\a même fin. On ne veut pas voir, en premier lien, que ces peuples ont travaillé à leur ruine en travaillant à leur agrandissement; en second lieu, que, s'ils se sont perdis pour avoir fait de grandes conquêtes, nous autres états modernes, nous devons nous perdre pour oser seuU-ment en tenter.

« L'argent est aujourd'hui le nerf et l'âme de notre politique : qui ignore celte vérité ne sait rien. Mais comment peuton en être convaincu, et se persuader cependant que la guerre, qui détruit nécessairement les finances d'un état , peut le rendre plus heureux et plus puiss:uit? Dès que les revenus ordinaires de la république ne suffisent pas pour fournir aux dépenses de la guerre, il faut qu'elle multiplie les impôts, ou qu'elle fasse des emprunts. Dans le premier cas, la nation ne peut pas être militaire, parce qu'elle est surchargée en temps de guerre, et et par conséquent n'aura jamais l'esprit, les mœurs ni la discipline d'une nation conquérante; dans le second cas, la guerre doit lui paraître encore plus onéreuse, parce que le peuple eu supporte encore le poids après que la paix est faite : qu'on tira la conséquence. Que faut-il donc penser de qiielques princes qui ont cru faire une guerre avantageuse parce qu'ils ont acquis quelque nouveau domaine? Si les revenus de ces conquêU s n'ont pas suffi à payer les intérêts des dettes de l'état , et à rembourser même les capitaux empruntés; il est évident que, malgré SCS acquisitions, la république s'est appauvrie et dégradée.

« Qu'on jette les yeux sur l'histoire de l'Europe, depuis les règnes de Charles-Quint et de François I, et je défie de me citer une seule guerre où le vainqueur n'ait pas fait des conquêtes ruineuses. Si nous voulons avoir l'ambition fatale des Romains, ayons du moins l ur bon sens. Avec de petits moyens, ne teutons pas de grandes choses.... A l'argent, qui fait tout mouvoir dans la société , substituons d'autres ressorts , etc.

<( On voit par l'extrait des deux traités de Hulershourtj , qu'il n'est survenu aucun changement par rapport aux possessions des puissances belligérantes. Après sept campa3nes, pleines

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