Tome IF
I on ne peut dire laquelle est la moins belle. Si pour la figure les avantages sont les mêmes, ils le sont encore pour les qualités de Fâme. Même simplicité, même candeur des deux parts; dans toutes deux autant de sagacité, de justesse et de discernement, avec autant d'ingénuité et de franchise ; même réserve, avec le même enjouement; même égalité de caractère, et cependant même fonds de tendresse et de sensibilité ; même noblesse et même délicatesse de sentiments. Non, on ne vit jamais deux amies de cet âge se ressembler si parfaitement. Tu peux juger si les mamans sont satisfaites. S'aimant toutes deux avec tendresse , s'aimant dans leurs enfants, elles doublent l'une par l'autre leur existence, et la joie qu'elles ressentent se partage également entre elles. Fasse le ciel que rien n'en interrompe le cours! Hélas î les joies s'écoulent si promptemant! et la peine est si près du plaisir !
C'est ainsi, mon fils, que des réflexions tristes et mélancoliques viennent se mêler malgré moi au plus doux contentement. Celui que j'éprouve, l'idée même de celui que j'ose me promettre pour la fin de la campagne , s'il t'est libre de nous rejoindre avec le baron, me font penser au moment qui doit nous séparer. Il n'est donc rien ici -bas qu'on puisse posséder sans inquiétude , et qu'oji ne se voie sans cesse à la veille de perdre ! Heureux ééjour que celui où nous serons réunis dans la jouissance du souverain bien pour ne nous
quitter jamais ! Ah ! n'oublions point , cher Valmont, que la religion et la vertu peuvent seules réaliser un espoir si flatteur.
Donne -nous au plus tôt de tes nouvelles, si toutefois tu ne nous a pas déjà écrit, comme nous nous en flattons.... Je quitte à peine la plume. Le courrier arrive; voici un paquet de Tarmée. Ce sont des lettres de toi, de ton fils, de Vejmur. Il y en a une aussi du chevalier de Lausane. Cher Valmont, quelle joie pour toute la maison!