‹ Le Comte de Valmont, ou, Les égarements de la raison (volume 2)Chapitre 47 sur 54 · LETTRE XXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIV

Le même.

J'ai reçu du roi Faccueil le plus favorable. Ou a tout fait pour que mon rappel n'eût point l'air d une disgrâce, et pour en adoucir à mes yeux l'amertume, si en effet j'y eusse été plus sensible. Sa majesté vient de me nommer gouverneur de la.... Ce gouvernement d'une province frontière es! d'autant plus important , qu'il avoisine davantage les puissances avec lesquelles nous sommes en guerre, et celles que nous avons le plus d'intérél de nous concilier.

L'objet de mon rappel est de m'envoyer auprès du roi de.... qui n'est pas éloigné, dit-on, de se déclarer en notre faveur; ce qui forcerait plus sûrement encore les ennemis à la paix , et nous en rendrait les conditions plus avantageuses que nous n'eussions pu l'espérer j même après de non-

velles conquêtes. C'est à yous, mou père, que M. de Lausane fait honneur du choix que sa majesté daigne faire de moi pour ménager cette alliance. La grande réputation dont vous jouissez dans cette cour étrangère, l'estime que vous vous y êtes acquise dans le temps de votre ambassade , la haute idée que le piince s'est formée de vous , quoiqu'il ne vous y ait vu que sous le règne de son prédécesseur, le souvenir qu'il a conservé de votre mérite et de vos talents, tout ici a donné lieu de penser que, puisque votre santé ne vous permettait pas un ei long voyage, on pouvait du moins employer avec succès auprès de ce monarque le fils d'un homme dont la mémoire lui est si respectable et si chère.

C'est donc sous vos auspices, mon père, que je vais paraître dans une cour si orageuse et dans une circonstance si délicate. Mais comment espérer de vous y remplacer dignement? et n'ai-je pas plutôt à craindre qu'au lieu d'y soutenir votre nom, je n'invite encore à vous regretter davantage, et que je ne vienne à tout perdre par la comparaison?

M. de Lausane me presse de tout disposer pour mon départ. Quelque amitié qnil ait paru me faire, j'ai cru m'apercevoir que ma présence lui étail^-à charge; je doute fort qu'il ait oublié ses anciens ressentiments, ou quil ait perdu toute idée de jalousie à mon égard. Le moindre témoignage de bienveillance que ]e roi me donne , quel

qiies mots qu'il me dit excitent ses alarmes. Les hontes dont la reine m'honore augmentent ses inquiétudes et ses soupçons. Eh! pourquoi faut-il que le désir de primer, que la soif des grandeurs , nous fassent voir partout des ennemis et des rivaux î Quelque désir que j'aie moi-même de partir incessamment, je suis forcé d'attendre le retour d'un nouveau courrier; ce qui me permettra sans doute de recevoir encore ici de vos nouvelles,, de celles d'Emilie, de madame de Vejmur, de mes enfants , et de vous donner des miennes.

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