LETTRE V
Le tnarcjuis au comte et à la comtesse de Valmonti
Ménagez ma sensibilité , mes chers enfants; elle a pensé vous enlever un père que vous aimez si tendrement. Vos lettres, l'arrivée de M. de Vejmur, ses sollicitations pressantes, celles de sa femme, lc9 marques de bonté dont le roi et la reine m'ont honoré pour hâter mon retour, ont combattu si vivement mon penchant pour la retraite et les dernières résolutions que je m'étais formées, qu'elles ont occasioné en moi une crise violente qui n'a pas été sans danger. Heureusement elle n'a point eu d'autres suites que celle de me rendre encore plus faible que je ne l'étais auparavant. Nos amis, qui en ont été témoins , seraient maintenant les premiers à s'opposer à mon départ. Respectons les volontés du ciel, qui exige de nous cette séparation et croyez, mes chers enfants, qu'elle m'est assez pénible pour que vous ne cherchiez plus à rouvrir la plaie qu'elle fait à mon cœur. Charmons , autant qu'il se pourra , par nos lettres , l'ennui qu'elle nous cause. Les miennes ne sauraient être longues; mais vous vous contenterez du sentiment qui les dictera : les vôtres seront toujours trop courtes pour moi. Ne m'épargnez donc pas les détails j marquez -moi plus au long, mon fils^
ce que vous pensez de ces hommes parmi lesquels vous vivez ; et vous, ma chère Emilie, ne me laissez rien ignorer cle ce qui vous concerne l'un et lautre, de ce qui concerne vos enfants. Faites qu'en vous lisant, par une douce illusion, je me retrouve encore au milieu de vous.