‹ Le Comte de Valmont, ou, Les égarements de la raisonChapitre 10 sur 43 · II. I · texte numérisé non relu

II. I

* « On vient de jouer Polyencte : le tbe'âtre change , on joue (C( l'ïlcole des maris j et en est-ce une d'amoiu' conjugal ? et cette « satire du mariage achèvera- t-elle les beaux sentiments que la « vertu de Pauline ayait commencé d'inspirer? On vient de re>- «( présenter Athalie; j'ai vu la maison du Seigneur, les livres de n la loi, les cérémonies du sacre des rois de Juda, j'ai la tête « remplie de nouvelles prophéties , des grandeurs et de la pui»-

D'ailleurs, ma fille, sans autre discussion, tu es enfant de 1 église, et heureusement née dans son sein : si l'église est ta mère, elle qui t'a enfantée à Jésus-Christ; si ce nom si tendre n'est point un vain nom ; s'il exige de toi le même respect et la même obéissance que tu auras droit d'exiger de tes propres enfants, son langage sur les spectacles ne doit pas être pour toi un langage inclinèrent, et ton devoir est de consulter ce qu'elle dicte siu" lin objet aussi intéressant. Que prononce-t-elie à cet égard? Le même anathème que Jésus-Christ a prononcé contre le monde. Dans aucun siècle son langage n'a varié : dans ses conciles, par la voix de ses souverains pontifes, par la bouche de ses docteurs , par la prédication journalière de ses ministres, par les liens d'excommunication dans lesquels elle retient les acteurs, par finfamie dont les ont notés les lois des princes animés du môme esprit qu'elle, par la croyance commune des peuples quelle instruit, ne te dit -elle pas dîme voix assez haute pour être entendue que c est pécher coUitre sou esprit et ses lois (i), contre les lois dq

(( sance de Dieu ; tout cela m'a pénétré d'une terreur religieuse n et d'un respect profond pour le roi des rois : les violons « jouent, George Dandin paraît; et, dans le même lieu où était K le temple de Jérusalem, je vois le rendez-Vous nocturne d'un « jeune liomme avec une femme mariée. Je voudrais savoir si « les effets de ces différents contrastes peuvent jamais tourner au « profit de la religion et des moeurs »

(Le Fran'C, dans sa lettre à Louis Racine.)

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la religion tout entière, que d'assister à ces sortes de spectacles?

Si leurs défenseiu's allèguent pour eux quelques exemples , s'ils citent quelques textes , qui ne sait que ces textes et ces exemples ne prouvent rien en leur faveur? Il y a des spectacles au centre de l'église romaine, il est vrai : mais la puissance temporelle toute seule les y tolère; et dans le même prince la puissance ecclésiastique en restreint la durée, en les bornant à certains temps de l'année; en diminue le danger autant qu'elle le peut, les réforme de jour sn jour, et tous les jours les condamne (2). 11 y a à Rome des lieux affectés par autorité publique aux courtisanes, afin de les noter davantage et de rendre moins communs les périls de la séduction : de ce que ces lieux de débauche y sont tolérés par une sorte de nécessité (3), oserait-on bien en conclure (jne le libertinage y est permis?

« Des hommes cpii, par état, devraient s'inter- « dire les spectacles , y assistent. » Mais cela prouve seulement qu'ils déshonorent leur état par leur conduite , et que leurs mœurs sont en contradiction avec leurs principes *.

« Quelques docteurs particuliers ont laissé

* Tout le monde sait la belle réponse de Bossuet à Louis XIV. Nous parlions de spectacles, lui dit ce prince en le voyant entrer : qu'en pensez -vous? « Sire, il y a de gi-ands exemples c( pour, répondit le prélat , mais il y a de grandes autoril'és « contre. »

a échapper des expressions favorables au tliéâa tre. » Mais comment? en parlant des spectacles considérés dans leur nature, et abstraction faite des abus qui s y glissent j en permettant ceux où la pudeur et la sagesse chrétienne ne peuvent rien entendre ni rien apercevoir qui les alarme ; et en anathématisant par des textes formels tout théâtre, toute assemblée qui, comme nos lieux de spectacles ordinaires, peut donner atteinte aux bonnes mœurs *.

Il ne reste, donc, ma chère fille, à une /ime vraiment chrétienne aucun appui solide sur lequel elle puisse fonder, dans les circonstances les plus commîmes, le droit et h liberté qu'elle se donnerait d'y assister : il ne lui est donc pas plus permis d"y accompagner ou d"y conduire les autres : pai Sa seule présence elle concourt au mal qui s'y fait, elle y sert d'exemple; elle y tient lieu d autorité, et plus ses mœurs sont pures, plus sa piété partout ailleurs est édifiante, plus aussi, dans ces lieux dangereux et profanes, elle devient aux faibles un sujet de scandale. Et quand il ne serait question

* « Les sophismes , dit M. Gresset , les noms sacrés et venë- « râbles dont on aLuse pour justifier la composition des ouvra- « ges dramatiques et les dangers des spectacles , les textes pré- « tendus favorables, les anecdotes fabriquées, tout clLi n'est " que du bruit, et un bruit Lien faible pour ceux qui ne refu- « sent point d'écouter les réclamations de la religion , et qui « connaissent que , lorsqu'on est réduit à disputer avec la ooiî- « science, on a toujours tort.

que des comédiens tout seuls, compterait-elle pour rien détre au nombre de ceux qui, en assistant à leurs jeux, portent à leur âme le coup mortel (4) qui doit la perdre éternellement? Y auraitil des spectacles s'il n'y avait point de spectateurs? et ce qui se fait pour tout un public ne se fait - il pas en particulier pour chacun de ceux qui le composent?

« Mais on ne prétend pas en faire un amuse- « ment de tous les jours : on n'ira au spectacle « que de loin à loin, on n'ira même qu'une fois « pour satisfaire sa curiosité. » Eh, ma fille! si le spectacle est défendu à celui qui se fait gloire d'être enfant de l'église, il Test pour cette fois même que tu voudrais en excepter. Si, pris dans sou ensemble, il est mauvais en soi, on ne doit pas se le permettre une seule fois par curiosité : et où en serions-nous pour les mœurs si, sous ce prétexte , il fallait tout connaître et tout voir? Qui peut d'ailleurs se répondre que ce qui est attrayant de sa nature ne fera pas naître en nous le désir de le voir plus souvent? et pourquoi se donner un désir de plus , pour avoir ensuite tant de peine à le réprimer, ou pour s'exposer au danger d'y succomber encore (5)?

«Mais il faut des amusements, et il est bien « permis de se délasser quelquefois. » Oui , ma fille; mais, poui' une âme vraiment chrétienne, il faut des délassements conformes à lesprit du christianisme. Ne crains pas que, censeur austère

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et réformateur indiscret, sous prétexte de te prêcher la mortification évangélique, j'ose bien t interdire tous les plaisirs qui te sont permis : mais encore faut-il qu'ils le soient : encore faut-il qu'ils ne compromettent point la piété et les mœurs; qu'ils n aient rien de contagieux; quils n'inspirent point le goût des faux plaisirs, lamour de la frivolité, et l'esprit de dissipation; qu'ils ne nous fassent pas trop sortir de nous-mêmes pour nous attacher à de vaines fictions, pour exciter en nous des passions turbulentes, et pour nous livrer à des transports que désavouent presque toujours la vertu et la raison. Eh! ne peut-on pas se délasser sans ces sortes de plaisirs? Lorsque saint Louis crut devoir bannir de son royaume les spectacles, ne restait-il plus de délassements à ceux qui en avaient besoin?

Mais surtout une âme belle et sensible n'a-t-elle pas au sein de sa famille, dans la société d'amis vertueux comme elle, dans les tendres épanchements de la confiance, dans le goût même des lettres et des arts, des plaisirs plus purs qu'elle puisse se permettre? Hélas! si elle est plus belle et plus vertueuse encore, n'a-t-elle pas des spectacles plus intéressants qu elle puisse se prociu-er, celui des malheureux qui souffrent et quelle va consoler? na-t-elle pas des larmes plus douces à verser, celles de la pitié pour les indigents qu elle va visiter et soulager? Na-t-elle pas un emploi plus noble et plus touchant à faire de ses richesses,

Sa LES EGAREMENTS

en les ménageant pour des oeuvres qui honorent Ihumanité et la charité? Quel spectacle délicieux pour elIc; lorsquclle voit un vieillard décrépit ranimer à sa vue cette froide et tremhlante vieillesse à laquelle elle vient servir d appui ; une veuve destituée de tout conseil et de toute ressource, lui ouvrir son cœur avec toute la liberté qu'inspire la confiance, et ressentir à son aspect les seuls transports de joie dont elle soit encore susceptible; des orphelins abandonnés accourir au-devant d'elle, recevoir ses tendres caresses, les lui rendre avec usure, et arroser ses mains de larmes arrachées moins encore par le besoin que par la reconnaissance! Ah ! ma fille, ce sont là les plaisirs vraiment dignes de toi.

Quiconque en cherche d'autres au sein du monde et de la vanité, au sein des plaisirs bruyants et tumultueux, des jeux (6), des cercles, des danses (7) et du théâtre, s'il se dit encore chrétien, rappelle-le aux fonts sacrés sur lesquels il fut régénéré. C'est là qu'on promit en son nom le renoncement au monde et à ses vains amusements j le sceau de la religion confirma ces vœux solennels ; ils furent écrits dans le livre de vie. Au grand jour où ce livre s'ouvrira pour lui , où il sera jugé sur ce qu'il renferme, où l'arbitre de son sort lui retracera ses premiers engagements, osera-t-il bien dire qu'en se permettant ces divertissements profanes, il n'a point violé ses promesses, et que tout ce qu'il a vu, tout ce qu il a entendu dans ces

assemblées et sur nos théâtres, ne démentait point en lui 1 esprit du christianisme?

Mais nous vivons, ma fille, dans un siècle où ce langage a passé de mode, et où seulement on fait grâce quelquefois à la seule raison. Hé bien , raisonnons, puisquil le faut, chère Emilie, et que par ta voix touchante et persuasive la sagesse humaine détrompe ceux que n aura pu détromper la religion. En premier lieu, ma fille, si Ion veut raisonner d après des principes, mêle? l'utile à l'agréable, assaisonner nos plaisirs du sel de la sagesse, et joindre les bienséances à no'.î amusements; s'il est question de mœurs enfin, on voudra bien sans doute leur sacrifier du moins la comédie italienne, l'opéra, et mille autres spectacles moins honnêtes et plus dangereux encore. Le premier que je viens de nommer est trop rempli d équivoques, de fades jeux de mots, de lazzis indécents, d'intrigues de valets, de basses représentations des mœurs les plus viles, de parodies honteuses de la raison même et du goût, pour en croire l'épigraphe si connue que Santeuil a faite pour ce spectacle.

Le théâtre lyrique , encore plus funeste , n'offre k l'âme que l'ivresse des vains plaisirs et les charmes de la séduction. C'est là que la volupté entre par tous les sens; que tous les arts concourent à 1 embellir; que la poésie ne rime presque jamais que l'amour et ses douceurs; que la musique ne t'ait entendre que les accents des passions les pUis

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vives ; que la dause retrace aux yeux ou rappelle à l'esprit les images qu'un cœur cliasle redoute le plus; que la peinture ajoute à 1 enchantemsut par ses décorations et ses prestiges,- qu'uue espèce de magie nous transporte dans les pays des fées, à Paphos, à Cytlière, et nous fait éprouver insensi- IJemeut toute la contagion de 1 air imj)ur qu'on y respire. C'est là que tout nous ramène à cette seule maxime, à cette unique leçon :

Aux attraits du penchant cédez sans résistance.

C'est là que Tâme, amollie par degrés, perd toute sa force et tout son courage ; qu'on languit, qu'on soupire, qu'un feu secret s'allume et menace du plus terrible embrasement; que des larmes coulent pour le vice ; qu'on oublie ses vertus ; et que, privé de toute réflexion, réduit à la faculté de sentir, lié par de honteuses chaînes , mais qui sont pour nous des chaînes de fleurs, on ne sait plus même s'indigner de sa faiblesse. Quelle école pour tous les citojens et pour tous les âges *I

Je ne parlerai point de ces autres spectacles qui plus ou moins participent à la nature de celui

* Ce n'est pas là l'opëra peint en laid, et ridiculisé d'ailleurs à si juste titre par la plume ingénieuse d'un auteur moderne, mais c'est l'opéra tel gu'il est vu et senti par la foule de ceux qui y assistent.

Quelqu'un de ma connaissance se souviendra toujours que , dans sa plus tendre jeunesse et presque dans son enfance, la récompense d'un accessit fut pour lui d'être mené à l'opéra qu'il

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que je viens de décrire. Hélas! il en est aujourdhui de tout genre. Les ris, les jeux naissent en foule sous les pas de la jeunesse : partout et de quelque côté qu'elle se tourne, on lui tend des pièges , on amorce sa curiosité par les coups d'oeil les plus enclianteurs, on tente ses goûts par les fêtes les plus brillantes , on trompe son innocence par tous les attraits de la volupté , on la dégoûte des devoirs par les plaisirs. Cette grande ville, que j'ai quittée et que tu habites, n'olfre plus que l'ancienne image des Sjharites; au milieu d'elle on peut dire, on peut montrer à chaque instant où sont les amusements, où sont les vices; on aurait peine à y dire où sont les vertus et les mœurs. Triste fruit de tous nos spectacles !

Mais passons à celui qui est par excellence le spectacle de la nation , et que d'ailleurs ses apologistes considèrent comme le spectacle des mœiu's et de la vérité : c'est à défendre celui-ci qu'ils s obstinent le plus , parce quil est le seul qui puisse prêter des armes à quiconque veut paraître

n'avait jamais vu. Le premier essai de ce spectacle sur son âme fat de lui causer une espèce de délire dont il ne revint que longtemps après. Jamais le souper ce lui parut s! long; il n'aspirait (ju'au moiueut où il poun-ait, seul avec lui-même, faire revivre toutes les images dont il s'était rempli, tous les sentiments qu'il avait éprouvés. Une partie de la nuit se passa dans ces agila^ lions; et rien, comme il l'a avoué depuis, ne contribua davantage à développer de si bonne beure et avec tant de force les passions qui i'éjartrcnt si long temps.

allier les amusements et la décence , l'utilité et l'agrément.

Deux genres, dont le dernier se divise maintenant en bien des espèces différentes, partagent la scène française : la tragédie, dont les effets sont d'inspirer la compassion et la terreur; et la comédie, qui a pour objet d'amuser par la peinture des ridicules.

Considérons ces deux genres par ce qu'ils ont de commun : dans le peu que nous dirons ludistingueras sans peine ce qui est propre à chacun d eux.

Le but de ce spectacle , comme de tout autre proprement dit, est d'intéresser, non pas quelques personnes seulement, mais tous les hommes en général. C'est le goût public qu'il veut flatter, et il ne peut y parvenir qu'en intéressant les passions. Mais quelles passions ! celles que les hommes trouvent le plus universellement en eux, qui frap pent, qui émeuvent davantage la multitude. Je veux bien que son second objet soit d'instruire ; mais on ne me niera pas que son premier but ne soit de plaire-, et malheureusement je crois pouvoir prouver que, de la manière dont on est presque toujours forcé de s'y prendre, ce premier objet nuit à lautre , et y substitue pour lordinaire un effet tout opposé.

Quelle est cette multitude à laquelle on veut plaire et qu'il s agit d'intéresser ? Ce sont des hommes qui certainement, et quoi qu'ils en puissent dire, ne vont au spectacle que pour être

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amusés ; et qui , dans la peinture qu on y fait des mœurs, ne peuvent être affectés, comme ils désirent de lètre, qu autant qu'on aura soin de ne p:is V contrarier jusqu à un certain point leurs penchants-, quon y ménagera, qu'on y flattera même leurs passions favorites; quon y donnera aux vices qui leur sont les plus naturels un vernis d héroïsme et de grandeur qui adoucisse à leurs propres yeux ce qu'auraient d odieux des couleurs trop vraies et des images trop ressemblantes. Ce sont des hommes pour la plupart volages et dissipés , hien plus suscepti])les d impressions nuisibles et dangereuses que d impressions bonnes et utiles; des hommes qu une morale exacte , qu'une raison sévère ennuierait , rebuterait , et qui ne peuvent souffrir son langage qu'autant qu'il est tempéré par un langage plus doux, et racheté par des maximes qui s accommodent mieux à leurs faiblesses (8). Ce sont des hommes qui veulent être remués, agités, vivement excités, à condition toutefois que ce ne sera pas en leur inspirant des remords, en faisant porter leur terreur et leur pitié sur leur propre misère, mais seulement en les attachant à de vaines fictions, où l'ombre qu'ils poursuivent puisse leur faire oublier la réalité ; où on les intéresse par le spectacle de passions et de malheurs qui ne soient ni trop loin deux ni trop près , et qu'ils puissent envisager sans un retour douloureux et pénible sur leur propre cœur ; à condition encore que , si on veut les

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forcer à rire de leurs propres faiblesses, ce sera sans ôter à leurs passions les espèces de dédommagements qui leur importent le plus, sans faire trop souffrir leur orgueil, si ce n'est peut-être dans la peinture de quelques vices que tout le monde abhorre, et qu on charge si bien, que personne ne peut s y reconnaître. Voilà , il faut en convenir, les hommes qu'on veut intéresser, qu'on veut amuser; et, pour la réduire aux termes les plus simples et les plus vrais, telle est la poétique de tous nos théâtres.

Quels sont d'autre part ceux qui travaillent pour le spectacle? En général des hommes trop peu occupés de choses essentielles et d études vraiment utiles ; trop livrés aux choses de pur agrément; trop nourris des pensées, des images, des lectures qui flattent le plus leurs passions ; trop répandus au dehors, trop avides des louanges qu'on prodigue à des talents futiles, et gu'on ne devrait accorder quà un mérite réel; trop intéressés à se prêter au goût des spectateurs pour qu'ils ne travaillent pas de la manière la plus propre à se concilier leurs sufirage?; pour qu'ils n'emploient pas toute leur imagination à séduire 1 imagination des autres hommes, au lieu de s'at- Lieher à éclairer leur raison ; pour que leur goût le plus ordinaire, celui qu'ils font le plus sentir dans leurs ouvrages, ne soit pas le goût du vice bien plus que celui de la vertu.

Aussi voyons-nous dans la plupart des pièces

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qu'on représente sur la scène de violentes passions ennoblies avec art; des sottises héroïques consacrées par de vieilles eiTeurs de fa])le ou d'histoire "^ ; de beaux sentiments qui ne sont , à bien dire , que des saillies extravagantes d ambition et de vengeance ** ; des fantômes de vertu qui en imposent par un vain coloris de grandeur; des personnages qui par leur caractère , leur rang , leurs sentiments et leurs exploits , réveillent au fond de lame ou flattent ces inclinations vicieuses doù naissent en nous les révolutions les plus funestes. On y voit la passion la plus généralement répandue et la plus à craindre s élever sur la ruine de toutes les vertus, dominer dans presque tous les oœurs, et fonder les principaux intérêts "^"^^ ; on y voit les faiblesses et les crimes qu elle traîne à sa suite déguisés, palliés par le tour ingénieux dune

* Ce sont les expressions de Voltaire.

•* ( La Mothe , Réflexions sur la criticjue'). Ces deux pLr.îsea ont été ajoutées ai lexte par l'éditeur, ainsi que quelques autres qu'on n'a pas toujours pris la peine de noter.

*** Voltaire lui-même en parle ainsi dans la dissertation qui précède sa Sémiramis. « D'environ quatre cents Iff^gédies qu'on a a dor.ne'cs au the'itre depuis qu'il est en possession de qi'.cl- R qiif gloire en France, il n'y a pas dix ou douze qui ne soient « fondées sur tme intrigue d'amour. C'est presque toujours la « mCine pièce, le même nœud, formé par une jalousie et nue «rupture, et dénoué par un mariage...., c'est une coçi'uetteite a jïerpétuelle. »

« Les femmes , dit - il ailleurs , quî parent nos spectacles , ne « veulent point souflrir qu'on leur parle d'autre chose f;u5 n d'amour. »

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