Tome II. II
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sûr encore que le sealiment, et de plus fort que la raison : il te faut, mon ami, le secours de la
religion ! Ce seul mot te révolte, et la religiou,
telle que je te la présente, la religion chrétienne, avec tous ses mystères , te paraît une foi trop aveugle, un amas trop absurde de contradictions et d'erreurs : elle te paraît une invention humaine trop peu faite pour être la croyance des ■VTais sages, trop décriée au tribunal de la raison, des sciences etdu génie, pourque tu puisses seulement penser à l'adopter.
Quels préjugés tu t'es formés contre la foi de tes pères ! Travailler à les détruire , c est , de tous les moyens que peuvent me suggérer mon zèle et mon amitié pour toi, le premier que je doive mettre en usage pour te réconcilier avec elle.
Déjà je te lai dit, Valmont, et je n'ai point eu de peine à en convenir, une foi qui ne porterait sur aucun fondement solide, une foi évidemment contredite par la raison , serait dès lors indigne d'un être raisonnable; elle serait Touvrage de la séduction, de Terreur et le fruit du préjugé. L'adopter, serait s ôter toute ressource pour discerner le mensonge; ce serait anéantir toute règle de vérité. Mais je le dis avec autant d assurance, c'est calomnier la religion et la connaître bien mal que d'oser prétendre qu'elle nous force à la croire sans raison , ou contre la raison même. Non, mon fils , non , la simplicité de la foi n'est par la crédulité d'une aveugle et stupide ignorance : c'est la sou-
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mission éclairée duii esprit humble et sage , qui plie sous lautoiité de Dieu dès quil est certain que Dieu a parlé.
La foi , il est vrai , semblable à cette colonne de feu qui guidait les Israélites dans le désert, a son coté obscur ; et sa nature l'exigeait ; mais elle a aussi son côté lumineux , et où brillent les plus purs rayons de la vérité.
La foi devait avoir son obscmité. Elle a été donnée à l'homme pour l'instruire sur les objets que, dans l'état présent des choses, il lui importe le plus de connaître, mais qui n'ont pour la plupart aucune propoition naturelle avec son entendement; sur des objets qui n entrent point pai' eux-mêmes dans la chaîne de ses idées , et dont il ne peut être instruit que par voie dautorité et de révélation. Elle lui a été donnée pour suppléer d'une manière transcendante, si je puis m'exprimer ainsi , à sa faible raison , à celte raison bornée qui aurait trop à faire s'il fallait que, de principe en principe, de raisonnement en raisonnement, elle pars"înt à la connaissance des secrets que Dieu rentierme dans son essence , et que , proportionnément à nos besoins, lui même nous a dévoilés. Mais il y a plus encore ; elle a été donnée à Thomrn'^ , cette foi dont tu méconnais le prix, pour qu il fit à fauteur de sou être un sacrifice, non de sa raison même, mais du trop de confiance qu'il avait en elle ; confiance présomptueuse et vaine , punie dans presque tous les hommes, et surtout dans les
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faux sages , par de si honteux écarts. Sous tous ces rapports sans tîoute la foi devait être obscure. Mais , eu égard aux fondements sur lesquels elle i-cpose , aux preuves qui en étaLlissent la certitude, aux motifs qui engagent à la recevoir, elle devait être distinguée de toute invention humaine, de toute croyance vaine et superstitieuse, de tout genre de fanatisme et d'imposture; et, sous ctl autre rapport, il fallait quelle portât avec elle son genre de démonstration et sa lumière.
Elle l'y porte, mon fils, comme j'espère te le prouver bientôt ; et ce qu'elle craint de notre part, moins d ailleurs pour elle que pour nous, ce n'est pas l'examen sévère et impartial dune amc droit» qui ne veut que connaître la vérité, ctqui est prête à lui tout sacrifier des qu'elle l'aura trouvée; c'est la li'oide et stupide indolence de ces faux disciples qui la suivent sans discernement et sans motifs, qui savent à peine ce qu'ils croient, et qui sl»quièlent encore moins du soin de le pratiquer; cest le coup-d'œil fier et insultant que laissent tomber sur elle ces esprits orgueilleux, qui de la hauteur de leur prétendu génie dédaignent sa touchante et noble simplicité; ce sont les fantômes qu'élèvent contre elle ces hommes vains, enflés de leur savoir, qui ne veulent de lumières qus celles (jTii leur sont propres, de sentiments que ceux qui les singularisent, et de croyance que celle qu ils se sont faite '^; c'est l'examen critique,
*■ « L'abus du savoir produit l'incrédulité. Tout savant d(i-
mais infidèle, de ces mécréants de nos jours, que la prévention, que la passion rendent moins attentifs à l'enchaînement et à la force de ses preuves qu'aux difficultés qu'ils pourront lui opposer, et aux ridicules qu'ils peuvent jeter sur elle; c est encore l'examen superficiel de ces esprits légers et dissipés qu'une brochure amuse, qu'une plaisanterie contre la religion fait rire et persuade, que» des ouvrages ingénieux et frivoles fixent pour up temps , mais que rehutent à coup sûr des ouvrages sérieux, des raisonnements profonds, et qui ont plus tôt fait de ne rien croire que de travailler efficacement à s'éclairer et à se convaincre; ce sont enfin, parmi ses propres enfants, des recîierches curieuses et vaines dans lesquelles, pour vouloir trop scruter la majesté divine, on est opprimé par sa gloire, et oi^i l'on met des opinions humaines à la place des lumières de Dieu même : voilà, mon fils, voilà ce que la religion craint pour nous.
Mais si c'est au contraire avec des dispositions convenables que nous voulons l'étudier et la méditer, ah! elle nous y invite, bien loin de nous le défendre, et elle fait de cette étude le principe de notre fidéHté et la matière de son triomphe. « Mon « fils, te dit-elle aujourdhui par ma voix, dépose « tes préjugés dangereux : je ne te demande, pour a être crue, que d'être approfondie; et je n ai be-
n i-'aigne le seiilinicnt vulgaire; oliacun en veut avoir ua à soi. « L'orgueilleuse pliilosnpiiie mène à lesprit fort, conmic l'aveu- « gle dévotion au fanatisme. » (Rousseat. )
« soin que d être connue poui' être aimée. Dès que « tu m'auras vue telle que je suis, ton unique re- (c gret sera de m'avoir outragée , et ton zèle pour u ma gloire surpassera la haine qui t armait contre « moi. Dès que tu commenceras à m aimer, je ferai « ton bonheur. Alors je fixerai ton esprit, et je (c tranquilliserai ton cœur; je sanctifierai tes acte tions; je réglerai tes pcnchauts, je diminuerai <c tes besoins, je soulagerai tes maux; en les épuf( rant , j'assurerai et j'éterniserai tes plaisirs, m Ecoute, cher Valmont, ce langage si doux, ces promesses si flatteuses dont j'ai moi-même éprouvé la réalité; et, avant toutes choses, fais-moi la grâce (Je penser que , si je crois la religion chrétienne , ce n'est pas sans fondement et sans preuves.
« Cependant la foi a ses mystères, et ces mys- « tères, dis-tu, sont dos contradictions et des absurdités. » La foi a ses mystères; je t'en ai dit les raisons : et, quand je ne les aurais pas dites, elles s offrent assez d'elles-mêmes. Des mystères! ch, Valmont, oîi l'homme n'en rencontre-t-il pas? De toute part la raison, la nature ont les leurs (i).
La métaphysique a ses proiondeiu-s et ses abîmes; la physique a ses phénomènes inexplicables; parmi les insectes elle a ses polypes; la matière, comme on se plaît à le croire, et comme on prétend le démontrer, a sa divisibilité à linfini : la géométrie a ses lignes asymptotes qui s'approcheront toujours , et , quoique prolongées à [infini, ne se couperont jamais : la connaissance
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de Dieu par la seule raison , parmi bien d'autres difficultés, nous laisse à concilier, dans ses attributs, la nécessité d'être et la liberté : 1 homme tout seul, sans le secours de la révélation, est à lui'même le plus grand des mystères.... et tu ne permettras pas qu'une religion qui, bien au-dessus des lumières et des lois de la nature, nous découvre ce qu'il y a de plus profond, de plus caché dans la divinité , renferme rien d'obscur et de mystérieux! Mortel audacieux! si le vol bardi de ton orgueilleuse raison doit trouver quelque part des limites, ne sera-ce pas du moins au bord do l'infini ^?
« La foi a ses mystères, et ces mystères sont « contraires à la raison. » Dis mieux , cher Valmont, ils sont au-dessus de notre raison, de la raison humaine ; mais ils ne sont pas contre elle : et, quoi quen ait dit un sophiste ingénieux^ la diilérence de l'un à l'autre est immense.
\« C'est ce que Voltaire a si bien exprimé par ces vers.
La raison te conduit; avance à sa lumiùre, Marche encor quelques pas , mais borne ta carrière ; Au bord de l'infini ton cours doit s'arrêter; Là commence un abîme , il le faut respecter.
Pourquoi donc m'affliger, si ma débile vue Ife peut percer la nuit sur mes yeux répandue î Je n'imiterai point ce malLeureux savant Qui, des feux de l'Etna scrutateur imprudent, Marcliant sur des monceaux de bitume et de cendre. Fut dévoré du feu qu'il clicrcliail à comprendre.
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Sans remonter jusqu'à des propositions géométriques, si certaines pour un géomètre, si conformes à ses lumières, et cependant si fort audessus de l'entendement rude et grossier d'un villageois et dun simple artisan , combien d^autres vérités, sensibles pour un boinrae dont la raison est exercée , et qui cessent de l'être pour celui dont la raison est sans ciiercice et sans culture! Ce que Ihomme ne peut comprendre, le crois-tu incompréhensible à un ange, à Dieu même? Croirais-tu faux tout ce qui surpasse ta faible intelligence? et oserais-tu bien faire do ta raison la mesure des possibles ^ ? Quest-cc donc aux jeux de la droite raison quune absurdité, quune contradiction? C'est ce qui présente Ictre et le non-être dans un même objet et sous le même rapport, ce qui renferme tout à la fois et sous le même point de vue Taffirmation et la négation. Or, les mys' tères, qui, au premier coup dœil, effraient lima- •gination bien plus que la raison , considérés de près, n'olïVent rien de semblable. La manière d être, le comment y est inconcevable ; mais, dans l'exacte vérité, rien n'y est absolument incompatible.
La Irinité, par exemple, office des termes obx;urs à certains égards, mais elle ne renferme point
* Les géomètres déinontrenl que la diagonale d'un carré est iucomniensurable avec les côtés du même carré, et il leur est impossible d'expliquer comment il se peut faire que cela soit aiasi.
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d'idées contradictoires. On ne nous dît pas que ce qui est un est aussi triple au même égard et dans le même sens; que trois choses d'une certaine espèce ne font qu'une seule chose de la même espèce, ce qui serait absurde : on ne présente point à ma foi un Dieu et trois dieux, mais seulement trois personnes en Dieu, qui ne font qu'un même Dieu. La trinité affecte les personnes, et non la substance * : dans celles-ci point de bornes, point de division, point de partage; le chrétien n'adore qu'un seul être tout-puissant, éternel, immense, infini; et ses attributs sont communs, sont tout entiers à chaque personne, dans l'unité et la simplicité parfaite d une même essence (2}. Et comment expliquer cette fécondité divine, cette Tinion de trois personnes en une seule substance; toute l'énergie de ce mot personnes, employé pour exprimer, dit saint Augustin **, ce qui, à dire vrai, est au-dessus de toute expression? Je n en sais rien ; et de là naît le mystère que la foi me propose : mais il me suffit que, quant aux idées quil renferme, on ne puisse y démontrer rien d absurde (3).
De même aussi dans l'incarnation , la foi nous offre, non un Dieu qui, eu se faisant homme, ait altéré en lui cette nature divine qui par son cs-
*■ ÎVe<}ue confundentes personas , ncque suhstanltam séparantes. (Symbol. S. Ailian. ) ** De Trinil. lilj. 5 , capul 9.
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sence est Inaltérable ; mais un Dieu qui , sans cesser d être tout ce qu'il est par lui-même, a daigné s'unir à la nature humaine. Les variations, les abaissements , les souflrances ne tombent dans le verbe fait cîiair que sur 1 humanité; et en Jésus- Christ par l'union des deux natures, les mérites 6onl d'un Dieu , les souflrances sont d'un homme. Cette union est étonnante, l'idée en est incomjjréhensible; mais elle n'est pas contradictoire.
Dans leucharistie, cest le même corps immolé sur la croix, qui est au ciel et sur la terre; mais, suivant des physiciens éclau'és et des philosophes profonds, il n^cst pas nécessaire que ce soit partout la même quantité numérique de matière , et en total les mêmes particules, pour que ce soit partout le même homme, et, à proprement parler, le même corps *.
Je ne vois donc en tout ceci que des effets dignes de leur cause , d'une cause souverainement féconde au-dcdans et au-dchors, souverainement puissante, souverainement bonne. Je vois avec admiration, avec transport, dans la divinité, une charité immense qui , de même que tous ses autres attributs, participe à son infinité : et, bien loin que ma foi soit ébranlée par ces mystères, dans le Dieu des chrétiens, à tant d'amour pour les hommes, je reconnais mon Dieu.
-*i Pour un plus grand éclaircissenient , voyez l'ouvrage cité ci-apris, note (/J), sur le mystère de l'cucliarislie.
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Dans le péché originel, ce mystère le plus incompréhensible de tous, et sans lequel toutefois nous sommes encore plus incompréhensibles à nous-mêmes , les enfants ont contracté la tache de leur premier père ; mais c'est comme des ruisseaux infectés dans leur source. Ils sont dégradés, il est vrai, ils naissent enfants de colère : mais dans leur dégi'adation Dieu leur laisse plus qu'ils n'avaient droit de prétendre , et leur rend par la rédemption en Jésus-Christ bien au delà de ce qu ils pouvaient espérer. Peut-être même te forcerai-je de convenir un jour que , sans le péché du premier homme, Jésus-Christ, si je puis parler ainsi^ eût manqué à l'univers "^ .
Dans tous ces mystères , je vois donc des choses obscures ; je n'en vois point que la di'oite raison , que la saine philosophie puisse nommer absurdes, puisqu'il n'en est point qui soient renfermées dans le principe de contradiction ■^*.
* Les théologiens et les pliilosopbes ont formé sur le péché originel différents systèmes. Nous ne nous y arrêterons point ici; mais nous croyons pouvoir renvoyer à une dissertation qui se trouve à la suite de l'Avis aux relia ionnaires de Fiance, par de Fonljonne; et, pour prévenir tout abus des systèmes en ce genre, nous nous contenterons d'observer 'que, quand il est question de renonciation du dogme , on ne saurait trop prendre garde de donner un sentiment particulier pour le sentiment de l'église universelle, la seule règle suffisante de notfe foi.
** C'est ainsi que l'appelle Lcibnilz, en le considérant comme la règle essentielle de ce qui est véritablement impossible. Voyez ci-dessus , p. 128.
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En effet , cher Valmont , les choses absurdes en elles-mêmes, celles qui sont opposées à des propositions évidentes, aux premières notions du sens commun , sont absurdes pour tous les hommes. Fais croire à une petite portion du genre humain que la partie est plus grande que le tout, que la même chose peut être et ne pas être tout à la fois, que deux unités font trois : et cependant une partie du goure humain croit nos mystères*; les plus grands hommes les ont crus; ils ont fait plus, ils ont travaille à défendre sur ce point et à justifier leur cro^-ance '''* (4).
Eh quoi! n'auraient-ils pu y voir, après tant de réflexions, ce que lincrédulité nous donne pour des contradictions si palpables! Quoi! ils ont si bien relevé toutes les absurdités que renferment, dans leur développement et leurs conséquences , les systèmes de nos prétendus esprits forts; et avec
*■ « Si l'iiicrédulc avait des armes victorieuses contre les « dOçjines du cliristianisme ; si ces dogmes ëtiiient tels qu'on put « en demonlrer l'impossiLilitc, peisonuc ne serait cliréticu , ni « ne pourrait l'clrc. »
{Essais de philosophie morale, par MALPiînxuis. )
** « Le grand argument des esprits forts contre nous est fondd sur l'impossibilité de nos dogmes : et en eflet , si ces dogmes étaient impossibks, la religion qui ordonne de les croire serait détruite Quelque captieux qu'aient été sur ce point les raisonnemeotâ de quelques incrédules, ceux qui liront les réponses qui y ont été faites par des hommes bien supérieurs (Leibiiitz, Mallchranche, etc.) verront combien tous ces raisonnements sont frivoles. » (Maupertuis, ihid. )
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tout leur génie ils n'auraient pu saisir celles qui dans la religion se seraient présentées d'elles^ iiièmes!
« Mais encore, me diras -tu sans doute, ne « pourrait-on pas séparer la religion de ses dogot mes et de leur obscurité ? » Séparer la religion de ses dogmes! Et si cest Dieu qui les y a unis, comment veut-tu les en séparer? Ce sont les dogmes qui forment essentiellement lesprit du chris^ tianisme : ils ne nous offient point de spéculations inutiles et frivoles : ce sont eux qui fondent toute la morale évangélique; qui, après nous avoir fait connaître toute la bonté, tout l'amour de Dieu envers les hommes, servent de plus puissants motifs à la reconnaissance et à l'amour de Tbomme envers son Dieu, de plus ferme appui à son courage , de soutien à son espérance , et de principe à ses mérites : ce sont eux qui, en lunissant plus intimement à fauteur de son être, le lient plurs étroitement à ses frères; qui deviennent pour le vrai fidèle la source des joies et des consolations les plus pures; qui font la base de ses vertus les plus sujjlimes; qui le rendent capable des eiibrts les plus héroïques et de la constance la plus parfaite : ce sont eux qui font de la religion chrétienne le corps de doctrine le plus suivi, le système le mieux lié dans toutes ses parties, l'ei^semble le plus un, le plus complet , et l'ouvrage ie plus digne de la divinité. Séparer la religion de SCS dogmes! ô mon fils, ce serait donc l'anéantir!
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Laisse aux inventions de nos faux sages le triste privilège de pouvoir être altérées, modifiées, réformées au gré de leur caprice : laisse à des hommes vains leurs systèmes si peu liés, si décousus, si mal assortis ; ces systèmes où Terreur se contredit à chaque instant, et qui se démentent par tant d'endroits. Le plan de doctrine que la religion nous présente ne peut perdre un de ses articles de foi sans nous laisser voir le majestueux édifice qu'elle élève chanceler, s^écrouler, et se renverser tout entier sur lui-même.
Aussi, mon fils, c'est avec ses dogmes et ses mystères que Funivers a reçu la religion chrétienne. Tu demandes quels suflVages elle peut compter en sa faveur. Demande plutôt, cher Valmont, dans presque tous les siècles qui ont été éclairés de sa lumière, chez tous les peuples où elle a été portée, parmi tous les grands hommes qui ont brillé dans le monde par leur génie et leurs talents, et qui l'ont si scrupuleusement examinée , si soigneusement discutée , demande quek suffrages elle ne compte pas.
L église ne faisait que de naître, le christianisme était encore à son berceau; et déjà ses apologies, répandues de toute part, étaient rou\Tage des philosophes les plus vertueux et les plus éclairés. Tu compterais bien plutôt le petit nombre de ceux qui au tribunal de la raison et de la philosophie ont prétendu combattre la religion et la détruire, les Celse, les Julien, les Porphyre, que la
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foule de ceux qui à ce même tribunal 1 ont si glorieusement défendue et 1 ont fait triompher. Parcours, dans ces premiers temps, les ouvrages des Justin, des Aruohe, des Lactance, des TertuUien, des Origèues : parcours ceux de tous les saints docteurs que l'église reconnaît pour ses pères, et qui dans leurs écrits, malgré les incorrections et les défauts de leurs siècles, sont encore, à tant d égards et à si juste titre, l'admiration du nôtre; les Irénée, les Cyprien, les Athanase, les Hilaire, les Basile, les Cyrille, les Grégoire de Nazianze, les Ambroise, les Jérôme, les Augustin, les Chrvsostôme : vois tant de génies divers, de tant de nations difl'érentes, sous tant d époques remarquables, se soumettre au joug de la foi : souviens-toi que c'étaient des hommes de lettres, des savants, des orateurs, des sages imbus pour la plupart de préjugés tout contraires, nourris dans les idées et les maximes dune orgueilleuse philosophie, et qui, par le caractère de leur esprit, par le genre de leurs études, par 1 intérêt le plus pressant, par la résistance des passions opposées , par la crainte des dangers et la honte de croire, étaient portés à l'examen le plus sévère : souviens-toi qu après la prédication de Jésus-Christ et de ses apôtres, Le christianisme a commencé par tant d'hommes illustres, qui n'étaient rien moins que chrétiens avant qu'il fût question pour eux de le devenir : et demande encore quelle sorte d'examen et quels suffirages la religion compte en sa favciu'.
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Mais peut-être , Valmont , tous ces siècle» n'etaient-ils pas assez éclairés pour toi. Tu ne trouveras sans doute de "vraies lumières que dans le siècle de Bayle , de Splnosa , et dans des temps plus modernes encore, où par air, par goût, par défaut de mœurs, par prévention , on se rallie de toute part sous les drapeaux de l'irréligion. Eh bien, mon fils, choisis cequil te plaira d appeler, par p'éférence à tout autre , le siècle des grands hommes; choisis celui d'un de nos plus grands monarques, le siècle de Louis XIV *, plus grand peut-être à nos yeux que le siècle dx\uguste, s'il avait pour lui la même antiquité : dans cette époque si remarquable , et parmi toutes les nations éclairées , compte , pèse , discute les autorités , puisque cest aussi à 1 autorité qn^^ tu en appelles; et voyons qui remportera, de la religion ou de l'incrédulité.
A cette petite poignée d'hommes qui dans le dix-septième siècle ont levé l'étendard de l'impiété, qui pour la plupart ont été célèbres seulement par leur liberté de penser, et qui tous se sont tant de fois démentis, contredits eux-même:;, oppose, sans distinction de secte et de ce qu'a pu
• Ce ghasd siècle, comme l'appelle Voltaire d.-fhs sa lettre à la suite des Remarques de Viihbé d'Olivel sur la langue françaiie. Il l'a appelc ailleurs le pnÉCEPTEun du siècle phésent, qae dans ses Mélanges il noninie le siècle des jietilesses. Celui-ci est, comme on le voit, un élève qui, au moins dans ccTtcklnS ■eures , fait bien peu d'honneur à son mailre.
mêler à la croyance générale l'esprit particulier, oppose les Descartes (5), les Leibnitz (6), les Newton (7), ces trois hommes, leteniel honneur de Tesprit humain , qui s'élèvent si fort au-dessus de la sphère commune, qui domment avec tant d'éclat dans l'empire des sciences, et partagent entre eux les respects de tous les philosophes modernes qui se rangent à leur suite ; oppose les Mallebranche (8), les Bernouilli (9), les Euler '^^ les Wolf ( i o), les WoUaston, les Cumherland, les le Clerc, les Grotius (11), les Clarck , les Abhadie , les Derham, les Nieuweutyt, les Bacon (12), les Adisson (i3 , les Pascal, les Arnauld, les Nicole, les Bossueî, les Fénélon , qui ne se sont pas contentés d être chrétiens ou de le paraître, mais qui tous ont si bien prouvé leur croyance : quels noms (et je te fais grâce des autres), quels hommes je t ai cités, mon fils ! et que tu te trouveras petit auprès deux , toi et les partisans de tes erreurs! Oppose des sages que l'incrédule ignorant ou de mauvaise foi ose citer pour lui ; des sages quelquefois trop hardis dans leur système , peu mesurés dans leurs expressions, emportés par la fougue du génie au delà des bornes que la religion lui prescrit, peutêtre aussi séduits par un vain désir de gloire (car, hélas! que de gloire a terni le trop grand désir de
* Digne ëitive de Ueiiiouilli, el dont Condorcet a dit, en parlant surtout de ses connaissances pLysiquos et matl)tii;ali'^ucs : f/r» ics hommes les plus grands et les plus exlmordiuaires que la nature ait jan'.«w produits.