Tome IL i
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pace? comment il peut prévoir la dctemiination d'un être libre" Et l'idée de l'éternité, de combien d'abimes n'est -elle pas environnée 1 Cependant on passe par-dessus ces difficultés, et il le faut Lien; parce que, dès qu'on voit clairement qu'une chosedoit être, on ne s'embarrasse pas d'en comprendre la manière. La vue de l'esprit a une sphère bornée aussi -bien que celle du corps : et, comme tout ce qui est au-dcli d'une certaine dislance , ne frappe nos yeux que confusément , aussi , dans l'ordre des choses spirituelles , il ne faut pas croire que tout soit soiunis à notre pénétration. Pendant que des esprits vains ei légers s imaginent que rien n'est au-dessus de leurs lumières , on entend les vrais pliilosoplies faire là-dessus les aveux les plus modestes. Surtout dès qu'on s'élève aux premiers principes, et qu'on veut toucher à l'inGr.i; qui est-ce qui n'a pas éprouvé que l'C3prit se confond, et qu'il y a je ne sais quelle obscurité redoutable qui nous arrête, comme u'ét;int pas permis à un niortel de pénétrer dans l'csscure et l'origine des choses, qui est le sanctuaire 'du Très-Haut? Puis donc que la nature est pleine de myst<TPs , puisque toutes les sciences ont 1rs leurs, s'étonnera-t-on que 1 1 lliéologie chrétienne ait les siens .' Et , au milieu des obscurités qui nous environnent, trouvcra-l-on étrange que la révélation d'se quelque chose de l'essence divine qui passe nos conceptions '.' Il serait bien plus élornant que tout fût facile et de plain pied d.ins un sujet si mvsféricux et si sublime! » (TunnETiN. de la Vtiilc Je la leliqioii chrétisnne, sect. 4) ^r^- *> c)i;ip. ^.^
(2} t)anr~ l'unité et la simplicité parfaite ({une même es'ence. ïjà simplicité n'exclut pas la diversité des rapports : notre âme est simple; elle a cependant des rapports différents. L'infinité semble les excime davantage ; mais pourquoi n'y aurait-il pas dans Ihifmi des rapports qui, sans se borner l'un l'autre, et •ans altérer la substance, seraient susceptiljles de distinction entre eux? On conçoit assez que ce sont là de ces choses cachées dans les profondeurs de la nature divine , et qui tiennent à des îioiions plus parfaites , à une connaissance plus intime que l'I.cmmc ne peut l'.avoir ici-bas.
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Il n'est pas hors de propos d'observer avec un célèbre de'feuseur de la religion chrétienne * que«Pliilon, écrivain juif, parlant de la raison ou de la paroie, va jusqu'à l'appeler le jiU de Dieu son piemier né, son imacje, le souverain pontife, et le mcdiateur entre Dieu et les hommes. Ces idées n'étaient pas même absolument étrangères aux païens , Philon les y avait puisées en partie ; et l'on sait que Platon , qui en cela pourrail bien n'élre que Técho des sages orientaux, distinguait trois principes; savoir, le premier être ou le hon par excellence, qui avait enfanté l'itiée ou la raiion, et ensuite l'action ou l'esp'if; en sorte pourtant que ces trois principes ne constituaient qu'une 9:'ule et même essence, comme Porphyre et les autrfs platoniciens l'ont expliqué. Nous n'alléguons pas ces exemples , comme ayant un entier rapport avec la théologie chrétienno , ni pour lui servir de fondement, mais seulement pour montrer que l'on n'a pas droit d'attaquer ce point de noire loi, comme s'il renversait tout ce qui a jamais été reçu en matière de philosopbic. »
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(3) 7/ me suffit cjue, (jiinnf aux idées qu'il renferme, on ne puisse y démontrer rien d'ahsurde. » Il ne, faut pas demander toujours ce que j'appelle des notions adéquates , et qui n'enveloppent rien qui ne soit expliqué , puisque même les qualités sensibles, comme la chaleur, la lumière^ la douceiir, ne nous sauraient donner de telles notions. Aijisi, nous convenons que les mystères reçoivent une explication; mais cette expiicatioj est impai'faile. Il suffit que nous ayons quelque intelligence analogique d'un mystère , tel que la trinité et que l'incarnation , afin qu'en les recevant nous ne prononcions pas des paroles entièrement destituées de sens : mais il n'est point nécessaire que l'explication aille aussi loin qu'on pourrait le souliaiter, c'est-àdire, qu'elle aille jusqu'à la compréhension et au comment... Le comment nous passe et ne nous est point nécessaire, On peut dire des explications des mystères qui se débitent par-ci par-lii ,
* lurreiin, uhi suprà.
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ce que la reine de Suède disait dans une médaille sur la couronne qu'elle avait quittée : non mi bisogna, e non mi basta. » (Leibnitz, Discours de la conformité , etc.)
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(4) Les plus arands hommes. . . . ont travaillé 'à défendre sur ce point et à justifer leur croyance. Le discours préliminaire de la Théodicée de Leibnitz, qui a pour titre, de la Conformité de la foi avec la raison, et qui sert de réponse aux plus inge'nieux sophismes de Bayle, est dirigé presque tout entier vers celte fin, la défense de la religion et de ses mystères. Leibnitz, ce génie si vaste et si sublime, dans le temps de ses plus grands travaux et de ses plus hardies productions, composa en latin un traité intitulé, sacrosancta Trinitas per nova arqumenla locjica defema; « la sainte Trinité défendue par de nouveaux raisonnements de lo- {^ique. » Sans prétendre expliquer le mystère , ni le prouver par des raisoHS pliilosopliiques , il s'attache seulement à montrei dans cet écrit que la saine logique est favorable à cet égard à la foi des orthodoxes. C'est encore sur ce même objet que le savant et célèbre Tiliotson disait qu'il ne craignait pas la dispute avec les sociuiens, et qu'il consentait volontiers que celte cause fût })îaidée au tiibnnal de la raison aussi -bien que par celui de l'écriture expliquée par la tradition générale de l'église chrétienne : Second sermon de la divinité de Jêsus-Clirist.
Mais, sans pailer de tous les ouvrages par lesquels une foule de grands hommes, dans toutes les communions chrétiennes, ont pris la défense de nos mysières, qu'il me soit permis d'en citer un sur le mystère de l'eucharistie, qui m'a étonné, moins encore par son titre que par l'exactitude et la profondeur d'esprit et de lumières avec lesquelles ce titre est rempli. C'est ainsi que ce livre est intitulé: Présence corporelle de Vhomme en plusieurs lieux prouvée possible par les principes de la honne philosopliie , en réponse au défi d'un journaliste hollandais. Son auteur, qui est celui des Letti-es à un Américain , dont on connaît assez le succès , commence par établir, dans le sens le plus catholique et le plus rigoiureux, toutes les conditions du problème qu'il a à résoudre. Il part ensuite de l'hypothè'e du corps
DE LA RAISON. l49
prototype , que Nieuwenty t avait proposé pour prouver la possibilité de la résurrection des corps , malgi-é les objections que l'on forme contre elle : il développe, il perfectionne celte hypothèse ; il y joint , sur l'identité personnelle et les autres parties nécessaires à la solution du pioblcme , des principes tirés tout h la fois de la métaphysique la plus simple et la plus vraie, et des observations les plus constantes que la physique puisse nous fournir; et il en déduit d'une manière sensible la vérité de sa proposition. Ce n'est pas, comme il le dit lui-même, qu'il ose prétendre que sa solution par rapport à l'Être suprême soit la yraie , ni qu'elle nous dévoile tout le mystère ; mais il lui suffit de faire voir que, si la raison toute seule peut montrer une manière selon laquelle ce mystère est possible, à plus forte raison l'entendement divin doit-il avoir dans les ressom'ces de sa sagesse et de sa fécondité une infinité d'autres moyens pour efffcluer ce qui ne nous parait au premier coup d'œil comme impossible que faute de connaissances et de lumières. Leibnitz,, dans le discours préliminaire dout j'ai déjà parlé, avait entrevu la possibilité de ce mystère dans le sens luthérien ; dans le «''ns catliolique et plus strict, l'abbé de Lignac l'a démontré.
Pour revenir entièrement des préjugés que l'on aurait pu se former contre les mystères de la religion , on peut joindie à la lecture de cet ouvrage celle d'un autre livre également intéressant, intitulé, La foi jusliilée de tout reproche de contradiction avec la raison. Ces ouvrages ne sont pas propres h orner une toilette, j'en conviens : aussi je ne les propose pas à tout le monde, mais seulement à ceux qui, doués d'ailleurs d'im esprit vrai et d'im cœur droit , et égarés plus par prévention que par passion, plus par un doute mal fondé que par libertinage ou par présomption, ne croiraient pas pouvoir acheter par tiop d'examen et trop d'étude la connaissance de la vérité.
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(5) Les Descartes. Il faudrait ne connaître ni sa vie ni ses œuvres pour suspecter seulement sa foi. Descaries semble avoir eu sur la religion cette conviction de sentiment que font naître dans les âmes droites la sainteté de ses lois et la sublimité
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de sa morale. C'est ce qui était cause qu'il n'osait l'asservir à de vains raisonnements , comme il le répète en plusieurs endroits de sa Métliode et dans ses autres ouvrages. 11 ne se ])ornait pas toutefois à la respecter; mais il la professait, il la chérissait et apprenait aux autres à la chérir et à la professer comme lui. On en a surtout un témoignage bien éclatant dans le certificat par lequ«l la célèbre Cliristine, reine de Suède, avoue qu'elle lui doit, après Dieu, ainsi qu'à son illustre ami, M. CLanut, sa conversion à la foi catljolique. On peut voir dans sa Vie, écrite parBaillet, d'autres preuves aussi frappantes de son zèle pour la religion , de son exactitude à en remplir les devoirs , de son assiduité à ûéquenter les sncrcments au sein de la Hollande et de la Suède, de sa foi luind)le et soumise, même quand il philosopliait le plus librement; et souvent alors la philosopliie venait à l'appui de la foi, et confirmait son accord avec la raison^, comme il le témoigne lui-même dans plusieurs de ses lettres , aussi conformes à la religion qu'à la saine philosophie. C'est ce qui l'aulorise à écrire à quelqu'un, au sujet de ses ouvrages, «( qu'il ne craignait nullement au fond qu'il s'y trouvât quoi que ce fût contre la foi. Au contraire, ajoutait-il, jamais la foi n'« été si fortement appuyée par les raisons humaines qu'elle peut l'être si l'on suit mes principes : mais surtout la transsubstantiation , que les calvinistes reprennent comme impossible à expliquer par la philosophie ordinaire , est très - facile par la mienne. » ( Tome premier de ses lettres, faqe 5i8.)
Il s'en expliqua en effet pour répondre à une objection d'Arnaud d'une manière qui contenta un grand nombre de catholiques qui crurent v trouver moins d'embarras que dans celle des écoles. Mais on lui a souvent entendu dire depuis (( que, si les hommes étaient encore un peu plus accoutumés à sa manière de philosopher qu'ils ne l'étaient alors , il pourrait leur faire connaître un autre moyen desplJquer ce mystère, qui fermerait la bouche aux ennemis de notre religion, et auquel' ils ne pourraient contredue. »
( Ke!. mss. et lome premier des lettres, page, 5 a 5.)
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(6) Les Leibnilz. Yovez la note (4).
13 LA RAISON IDt
MÉM E ?A r,E.
(^) Les ZS'e■.^•to(l. Cet liomiTie, d'un génie supérieur et unique peut-être, a toujours été aussi fortement convaincu de la vérité d* la religion chrétienne que rempli d'attachement pour elle. Il feu était si pénétré, qu'il la rappelle et lui rend liommage dans presque toutes ses œuvres, et jusque dans son Optique. Son livre favori était la Bible; mais il avait fait sa principale étude du Nouveau Testament. On trouve à la fin de sa Cluonoloqie des réflexion! sur la concorde 'et l'enchainement d';s faits contenus k]ai;s l'Évangile.
MÊME PA GE
(8) Les MciUehranche. Le père Maflebranche est peut-être celui de tous nos écrivains qui a le mieux vu la religion en grand, et le mieux compris par les vues même phi'.osopliiqucî toute la dignité du Verbe incarné, relativement à la gloire du créateur et au système complet de la création.
MÊME PAGE
(9; Les BernouiUi. D'Alenibert a fait à ce sujet cet aveu si remarquable et si honorable pour tous deux : « M. de Bernouilli (( ne m'était connu que par ses ouvrages ; je leur dois presque « entièrement le peu de progrès que j ai fait en géométrie, et la « reconnaissance exige de moi l'hommage que je vais rendre à «( sa mémoire.... Sincèrement attaché à la religion , il la respecta n toute sa vie sans bruit et sans faste. On a trouvé parmi ses « papiers des preuves par écrit de ses sentiments pour elle; et il c( faudra augmenter de son nom la liste des giands hommes qui « l'ont regardée comme l'ouvrage de Dieu ; liste capable d'é- « branler , même avant l'examen , les meilleurs esprits , mais « suffisante au moins poiu: imposer silence à une foule de conte jurés, ennemis impuissants de quelques vérités nécessaires i< aux hommes, que Pascal a défendues, que Newton croyait) et s que Descartes a respectées. » {£loge de BeniouilU.)
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(lo) Les 'Wolf. Voyez l'abrégé en trois voliunes qu'a donn?
Ija LES EGAREMENTS
Formey du grand ouvrage latin deWolf, du Di'oil de la nature et des gens ■ et à la tête de cet abrégé la vie de cet homme illustre , l'un de nos plus grands philosophes et de nos plua savants mathématiciens. Ses dernières paroles en mourant ont été celles-ci : Jésus, mon rédempteur, fortijies>-moi dam ces moments.
ME AIE fageI
f II) Les Groiius. Il n'est presque personne qui n'ait entendu parler de l'excellent ou^Tage de Grotius sur la vérité de la religion chrétienne. Cet homme , l'un 'des plus beaux esprits et des plus savants , est sm-tout admirable dans ce petit livre , oi» tous les genres d'érudition sont employés , non pour le faste et l'ostentation, mais pour servir de preuves essentielles siu- les points de fait les plus intéressants.
Le Clerc a fait des notes sur cet ouvrage; et cet habile critique a compose lui-même un traité sur l'incrédulité , qui mérite d'être lu.
MiME PAGE.
(i2) Bacon, que tous les hommes de lettres et les savants reconnaissent pour l'autc-m- ou le restaurateur de la saine philosophie, se faisait gloire d'être le disciple de la religion.
(Voyez le Christianisme deBACOS, 2 vol. iD-i2.)
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(i3) Les Adisson. Le célèbre Adisson a fait vm Traité de la reliqion chrétienne , dont nous avons ime traduction française imprimée à Lausane.
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(i4) t'n Locîce. Loclte a eu, comme philosophe, ses systèmes; comme chrétien, il a eu par malheur ses opinions particulières : mais sa liberté de penser, son esprit de tolérance sur des articles même fondamentaux de la religion chrétienne, ne l'ont pas empêché de reconnaître, premièrement, qu'on ne doit pas compter parmi les erreurs que le juste juge pardonnera celles qui viennent d'indocilité; et en second lieu, que cliacim
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est obligé à reclierclier de bonne foi et avec sicceïité ce qu'enseigne Je'sus-Clirist, à le croire, à le pratiquer, et à se repentir de ses fautes pour être justifié par la foi en Je'sus-Christ. En un mot , il croyait à la ncîcessité de la révélation , à la re'deniption , aux prophéties , à la mission divine de Jësus-Christ , à sa résur- Cection , à son dernier avènement, à ses miracles et à ses œuvras. Il paraît même qu'il admettait la satisfaction par les méritea de Jcsus-Cbrist ; et il se défendait très-fortement d'être socinien, eomme on l'en accusait avec une sorte de fondement.
(Voyez son Christianisme raisonnalle.)
MÊME PAGE
(i5) Un Pofie. Pope, quoique Anglais et au scia de sa patrie , a toujours vécu dans la profession publique de la religion eatliolique. Il en donne lui-même une preuve bien authentique dans sa lettre à Racine le fils.
Le chevalier de Ramsay, qui e'tait lié avec lui si' étroitement , lui rend à ce sujet le plus glorieux témoignage, celui de s'être montré, par rapport à sa croyance, sunérieur aux tentations les plus séduisantes. Voyez les lettres à la suite du poëme tîe la Religion. Je n'ignore pas cependant qu'on a voulu faire passer pour équivoques les assurances si positives que cet illustre poLHe a données de sa foi ; mais j'aime beaucoup mieux l'en croire sui sa parole, et le juger tout à la fois catholique et vrai, que de le croire déiste et imposteur. D'ailkuis on n'a pas fait sans doutfl as^ez d'attention à cet autre témoignage que lui rendit Warbur-» Ion, son compatriote et son ami, lorsqu il promit, en publiant la nouvelle édition de ses œuvres {Avertissement , pages x et xj , aon-stulement de rendre compte avec étendue des ou^Tagej de Pope dans l'Histoire de sa vie, mais encore de défendre son caractère moral par le détail de ses vertus, sa piété filiale. . . . son profond respect pour la divinité , et surtout sori attachement sincère pour la révélation. Quelle autorité, après celle de Pope lui-même, doit avoir ici plus de poids que celle d'un homme qui l'aidait si souvent de sa science et de ses lumières , et quî jusqu'à sa mort a vécu avec lui dans l'union la plus tendie et la plus intime? On ne peut donc regarder les sujets de doute que
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le poëte anglais a donnes de sa foi tout au plus que comine une suite de contradictions qui naissent dans la plupart des liommcs de l'opposition que la nature a mise entre notre cœur et notre esprit, entre notre raison et nos sens; et qui, comme l'observe l'abbé Yart (Idée de la poésie aiioiaise, t.- 3), se rencontraient 'dans Pope autant et plus que dans quelque homme que ce puisse être.
MÈiME PAGE.,
(i6) Un 'Hohhei peut-être. Voyez la fin de son ou^'tage latin de CiVe, édit. d'Amslei^dam, annce 169G, les chapitres sous le titre Relicjio. Rlalgrc les principes erronés qu'ils renfermeiit, on est forcé de reconnaître que llobbes y rend un liomniage sincère à la religion clirclicnne , et que c'est de tiès-bonne foi qu'il y prouve sa divinité et celle de Jcsus-Christ. Cefliomme, si dangereux par ses écarts, ctait, ce nie semble, un philosophe plein de grandes idées et de grandes vues , mais qui , égaré , comme presque tous les pliilosophes, par l'esprit de système, a cru por^ voir plier les vérités de la religion et de la morale à celui que malheureusement il s'était formé.
MÊME PAGE
(1^) Les Corneille. Nous avons du grand Corneille une traduction en vers de Vlmitation deJésus-Chriit, moins recommandablc par la poésie que par l'esprit de religion qui l'a dictée.
MÊME PAGE
(18) Les Despréaux. « Le respect de Despréaux poiu- la reli- « gion était pur et sévère. S'il n'a pas fait contie les incrédules (( huit cents épigrammes, comme un pieux versificateur de nos « jours *, il n'a néanmoins laissé échapper dans ses vers aucune c( occasion de les rendre ridicules, surtout ceux qui , incapables « même d'une mauvaise logique, mettent à l'incrédulité plus de
* Destouches , de l'académie française , auteur du G hrieux, etc. (Voyez son éloge par d'ALEMBEr.x.)
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« prétention que de bonne foi , et dans lesfiuels , disait - il , l'er- « reur est encore moins un malheur qu'une sottise. Il a montré, « dans "la pratique de la relipiion un discernement aussi éclairé n que dans son attachement pour la croyance de ses pères. » (D'AxEMBEET, £]o(je de Dcspréaux.)
ai È M E PAGE.
(iq) Un Bousscau. Voyez dans les œuvres de Rousseau l'épitre VII du second livre, adressée à Racine le fils, où on lit l'expression de son repentir, son retour à la religion j et où il décrit ainsi l'égarement, l'audace et la faiblesse de nos prétendus esprits forts.
En ce siècle à la révolte ouvert ,
L'impiété marclie h front découvert,
Rien ne l'étcnne ; et le crime rebelle
N'a point d'appui plus intrépide qu'elle.
Sous ses drapeaux, sous ses fiers étendards,
L'œil assuré, courent de toutes parts
Ces légions , ces bruyantes armées ,
D'esprits subtils, d'ingénieux pygmées,
Qui sur des monts d'arguments entassés ,
Contre le ciel burlesquement haussés,
De jour en jour, superbes Encelades,
Vont, redoublant leurs folles escalades,
Jusques au sein de la divinité
Porter la guerre avec impunité ;
Viendront bientôt, sans scrupule et sans honte
De ses arrêts Im faire rendre compte ;
Et déjà même , arbitres de sa loi ,
Tiennent en main , pour écraser la foi ,
De leur raison les foudres toutes prêtes.
Y songez- vous, insensés que vous êtes.''
Votre raison, qui n'a jamais flotté
(^iie dans le trouble (t dans l'obscurité,
Et qui , rampant à peine sur la terre ,
Veut s'élever au-dessus du tonnerre,
lob LES EGAREMENTS
Au moindre écueil qu'elle trouve ici-bas, Bronche, trébuche, et tombe à chaque pas : Et vous voulez , fiers de cette c'iincelle , Chicaner Dieu sur ce qu'il lui révèle !
JMÉME PAGE.
(20) Vn La Fontaine, Comme rien n'est plus licencieux que la plupart de ses ouvrages, rien n'est aussi plus édifiant que l'histoire de sa conversion. On peut en voir le détail dans la lettre du père Poujet de l'Oratoire h l'abbé d'Olivet, de l'académie française : elle se trouve à la tête du premier volume des Œuvres diivrses de La Fontaine, et dans les 3ié;H0ires de littérature et d'histoire, par le P. Desmolets, t. I, part. 2 , p. 285. Ou lit avec autant d'édification ses dispositions chrétiennes dans une lettre qite son ami Maucroix lui écrivit peu de jours avant sa mort, arrivée en 1G09, quelques années après sa conversion. A l'heiue de son décès on le trouva couvert d'un ciiice en le déshabillant.
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(21) A'oMs nous donnons pour des sages ^ nous appelons notre siècle le siècle de la philosophie , etc.
Sans doute, et l'on ne vit jamais tant de génie,
Tant de productions charmantes, plus de mœurs.'
Et quoi de plus sensé que nos jeunes seijineurs?
Quel usage admirable ils font de leurs richesses 1
Quel goût dans leurs plaisirsl quel choix dans leurs maîtresses !
De nos femmes surtout l'honneur n'est point saspecl.
Aussi je m'interdis d'en parler par respect.
J'admire nos savants. Que leur philosophie
A répandu de fleui-s, d'agréments siu: la viel
Grâces à leurs travaux, nous sommes dégagés
Du fajdeau des devoirs et des vieux préjugés.
D'agréables pédants tous nos cercles foisonnent.
A leurs soupers divins nos financiers raisonnent
Nos abbés sont décents ; nos robins studieux :
Je suis de votre avis, le siècle est merveilleux.
Palissot.
DE LA RAISON. l57
MEME PAGE
(22) Ces génies fameux du dernier siècle, ces hcmimes vraiment grands à gui Vorgueil philosophigue est forcé .de rendre hommage. Forcé de rendre hommage! Hélas! il commence à s'en dispenser autant qu'il le peut. Desespérant de s'élever jusqu'à eus, on a pris le plus court parti, celui de rabaisser jusqu'à soi pour tout mettre de niveau. Corneille est un déclamatew ; Boileau n'a ni vave ni fécondité; La Fontaine oe mérite pas d être compté parmi ceux gui ont fait honneur au siècle de Louis XIV; Rr.cine parlait plus en métaphysicien au en homme sensible, ses tragédies n'étaient gue des dialogues bien écrits et bien rimes ; et à trois ou quatre odes près et quelques épigrammes , Rousseau ne faisait gue des vei's. Fénélon a écrit d'une manière faible; Bossuet a fait de son génie un pitoyable usage, et son Histoire universelle n'est gu'une maigre production. Dans des siècles plus reculés, Cicéron même n'était gu'un rhéteur.
Le singulier siècle que le nôtre ! Toutes les idées y sont renversées ; les notions les plus généralement reçues y sont contredites ; le vrai goût y est méconnu, et son sanctuaire indignement profané ; sous le despotisme fier et absolu de nos sages littérateurs, tous les grands talents sont déprimés; disons mieux, sous leur compas prétendu géométrique, le bon sens est morcelé, et le sentiment réduit à rien. Tel est le digne ouvrage de la moderne philosophie! On ne pouvait mieux en peindre les délires que dans ces vers de Pompiguan :
Oui, nous verrons bienlijt ces petits conquérants.
Du Parnasse français audacieux tyrans,
De leurs maitrrs fameux proscrire les merveilles,
Et leur orgueil briser le sceptre des Corneilles ;
Tels on vit les Romains, dans leurs jours lumineat^,
Du second des Césars dégrader l'âge heureux,
Ensevelir Horace et déterrer Lucile,
Préférer la Pharsale aux beaux vers de Virgile;
Vanter l'esprit guindé du maître de Néron .
Et bâiller sans pudeur on lisant Cicéron,
l58 LES ÉGAREMENTS
Déjà même la langue , et moins belle et moins pure , Rougit de se prêter à la simple natm'e ; Cette heureuse ciartiî , son plus solide appui , Que l'étranger lui-même, admirait malgré lui , Cet ordre lumineux , le nomlire et la cadence Semblent abandonner nos vers, notre éloquence. Le style devient sec , moins nerveux que tendu ; Et, pour vouloir irop dire, on n'est plus entendu. Le public désormais, fasciné par ses guides, ye veut qu'être ébloui par des éclairs rapides ; Amoureux du bizarre, avide du nouveau, Lt , pour comble d'erreur, ennemi du vrai beau.
Et faut- il s'étonner de nos écarts en tout genre? « Aujourd'iii', comme dit très-bien Rousseau, on n'étudie plus, on n''>}>s^rve plus; on rtve, et l'on nous donne gravement pour de la pliiloscpliic les rêves de quelques mauvaises nuits. »
(a'i) En ct-il beaucoup.... cjui ne méritent jms à leur propre ( ' -'ni ? Parmi nos auteurs les plus modernes , on tait ici bien des noms fameux; parce que l'apologie de la religion n'est pas une isatire, et que, dans les notes qu'on a cru devoir ajouter au texte, i>n s'est toujours proposé de garder cette modération qui siin si bien à la vérité, et que la religion ellc-mcme prescrit. ÎMai.-î parmi les auteurs qui ne sont plus, ne nous sera-t-il pas permis du moins de citer des exemples (frappants qui , choisis entrç mille autres, sont la preuve la plus sensible du peu de fond qu'on doit faire sur l'autorité de ces hommes qui semblent com- Ijattre toute révélation ?
Montesquieu (qui eût pu attendre une pareille fatiblesse d'un si grand honmie?), cet illustre auteur des Lettres persanes et de l'Esprit des lois, qui a paru y laisser des marquas de son peu de soumission à la foi , eu même temps qu'il en ofirait de la grandeur de son génie, cet homme fait pour donner le ton à son siècle , l'avait malheureusement reçu de lui. C'est de lui-même çu'on a su qu'il avait toujours été chrétien dans le cœur, et pe-
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nétré an fond de respect pour la religion ; mais que le goût du neuf et du singulier, le désir de passer pour nu génie supt'rieur aux préjugés et aux maximes communes, l'envie de plaire et de compter parmi ses admirateurs et ses partisans ces hommes qui, après avoJr secoué le joug de toute dépendance, s'arrogent un droit suprême à l'estime pid)liqne, et semblent distribuer à leur gré la gloire et l'immortalité , l'avaient engagé à tenir le même langage qu'eux : langage démenti tant de fois jusque dans ses écrits par les aveux que son propre cœur lui arracliait en faveur de la religion. Ou trouvera sur tous ces objets les détails les pltis intéressants dans une lettre que le père Routli a fait imprimer, que j'ai entre les mains, et dont j'ai cru 'devoir constater dans le temps l'exactitude et l'authenticité; on y reconnaîtra sans peine que Montesquieu n'a pas seulement satisfait h tous ses devoirs avec décence au lit de la mort, mais même qu'il a donué pendant sa vie, dans bien des occasions, des preuves de sa foi, qui confirment assez tout ce qu'ont montré da filigion cl de repentir ses aveux et ses dernières dispositions. Le. révélation . disait -il en particulier à madame la duchesse d'Aiguillon avant sa mort, est le fins beau présent mie DicJi ait pu faire aux iwmwes *.
* Voyez l'élnge de Monte squieu, par Jlaupertuis, imprimée à Hambourg en i-55. On pourrait citer ici la mort de Mauperluis lui-même, qui a été l'objet des plaisanteries de Voltaire, si l'on ne savait qu'elle a été prJcédéc de plusieurs années de conversion. Depuis cette époque cet illustre académicien s'est montré constanimeiit , quoique dans des circonstances assez critiques, fort au-dessus de la petite manie de l'esprit fort et des froides railleries des ennemis de la religion. Il a rendu publics les motifs de son changement. Un de ses principes était quj: « la vraie religion devait conduire l'homme à son plus grand bien par les plus grands moyens possibles ; et que la religion de Jésus-Christ avait seule ce double avantage. »
Voltaire était moins en droit que personne de plaisanter sur la mort de Maupertnis, lui qui, par des abjurations si solennelles, laissait du moins espérer qui! l'imiterait dans les der-
ibO LES EGAREMENTS
Le second exemple est celui de Boulanger, qui a passé pour être l'auteur du Christianisme dé^'oilé, du Despotisme oriental, etc. Il tombe malade; et, malgré les témoignages si seasibles de sa liaine pour la religion cl de son attachement à la combattre , il permet qu'on aille chercher le vicaire de sa paroisse, M. L***, actuellement chanoine de Saint -Honoi'é. Il confère avec lui à plusieurs reprises, il s'instruit p il s'éclaire : il avoue qu'il n'a jamais eu que des doutes, des nuages plutôt (ju'une véritable incrédulité , et que les pompeux éloges donnés à ses productions manuscrites dans ses sociétés philosophiques l'ont plus enivré, plus s('duit que tout le reste. 11 se confesse avec le témoignage du plus vif repentir; fait, en recevant les derniers sacrements, une réparation authentique des scandales de son irréligion, et exprime de la manière la plus touchante et la plus persuasive ses remords, ainsi que l'unique reçret qu'il ressent en mourant de ne pouvoir assez réparer tout le mal qu'il a pu faire.
Le marquis d'Aigens, auteur de la Philosophie du hon sens, et de beaucoup d'autres ouvrages pernicieux, a fini, dit-on, ses ji iirs dans les mêmes dispositions. Il avait du moins donné
nières années de sa vie. Et qui ne sait, au reste, cointien nu moindre danger nos plus fiers incrédules voient la religion clirctienne d'un tout autre œil que celui dont ils l'ont vue lorsqu'ils étaient en santé?
Tr , célèbre médecin, parlant un jour chez un de nos
plus respectables prélats, et en présence du prince de Yirteimberg, de ce coryphée de la nouvelle pliilosophie, qui avait osé en appeler à son témoignage sur la fermeté qu'il avait fait paraître dans une maladie où il l'avait arraché des portes de la mort, s'exprima ainsi : « Tout le témoignage que j'aurais pu lui <c rendre est que je n'ai jamais vu que dans cet homme jusqu'où « peut aller le dernier excès de la peur. » Si, en mourant, il ne nous a pas consolés par son repentin, ceux qui l'ont vu de pi es dans ses derniers moments n'ignorent pas combien il eût effrayé SCS plus îélés partisans par ses angoisses et son désespoir. EX, après tout , quel mot que celui de saint Augustin ! Laudantut uhi nonsunt, cruciantur uhi sunti
DE LA RAISON. l6l
quelques années avant sa mort des espérances de conversion à sou frèvc, le président d'Éguilcs, en se livrant à une lecture assidue des livres saints, et particulièrement du nouveau Testament. Il vint un temps où il lui dit : Il pourra se faire un jour que je pense comme vous; j'en suis déjà au point de ne croire ni ne décroire. Peu de temps après il l'assura enfin qu'il croyait. Un tiait assez singulier de sa part est celui que le président luimême m'a raconté. Ce magistrat , si rempli de zèle pour la religion , avait pensé autrefois comme le marquis d'Argens ; ils avaient un troisième frère qui était bien loin de partager leur incrédulité. Un jour s'cntretenant tous deux de ses sentiments tl les tournant en dérision , Eh hicn, mon frère, dit le marquis d'Argens au président , tioks nous moc^uons de sa simplicité, et cependant, si j'avais un dépôt à confier, ce ne serait pas à toi, ce serait à lu-.
Nous ne parlerons point ici de La Metuie, ce plxiloiophe cynique * ; du comte de Boulain\illiers, mort, entre les tras du père de la Borde de l'Oraloirc, dans les sentiments d'une sincère pénitence, et auquel d'ailleurs on a prêté mal à propos l'ouvrag;; impie si connu sous son nom; de I^Iailkt, l'auteur de Telliamcd,
* Le père Hayer, récollet (dans son traité de la Spirituidilé et de l'immortalité de Vume, Disc, prélimin. p. xv), lui rend ce témoignage : «Il est mort avrc le plus vif regret d'avoir donné dans les extravagances du matérialisme. Je tiens ce fait de celui qui a recueilli ses derniers soupirs à Berlin.
« Le père Hayer a su, et nous avons su comme lui, dit l'aLbc Trublet, que La Mettrie s'était repenti à la mort de ses égarements; nous le lui avions souvent prédit; et nous sommes consolés de l'apprendre. Quelques pliilosophes, au contraire, en furent Lien fâcliés, en furent honteux : l'un d'eux ne put s'empêclier de dire que La Mellrie les uvait déslionorés pendant .vu vie, et surtout à sa mon. Pendant sa vie il avait imprudemment avoué toutes les conséquences de ses principes ; à sa mort il avait lâchement abandonné les principes mêmes. » (Voyez tout le morceau de l'abbé Trublet sur La Mettrie , dans ce Jourmil chrétien du mois de mai 1758.)