LETTRE XXXIII
Le comte de Valmont à son père.
J'ai vu des âmes vraiment belles J'ai vu une
famille qui mérite tout mon respect un vieillard! est-ce un homme, est-ce un dieu sous
la forme d'un mortel ? Quel saisissement j'ai éprouvé à son aspect! quels sentiments ses discours impriment! de quels efforts ne rend-il pas capables celui qui le voit et qui l'entend! Ah, mon père! de grands exemples sont venus à l'appui de vos leçons , et la vertu me devient plus chère qu'elle ne me l'a jamais été.
Etes-vous content de nous? Mademoiselle de Senneville s'éloigne et sacrifie les douceurs de l'amitié aux lois de lamitié même; comme elle, madame de Valmont en sacrifie les liaisons et les charmes à l'amour conjugal; et à cet amour j'immole une passion qui était si vive et qui me rendait si criminel! Qu'il a fallu peu de jours pour opérer en moi une si étrange révolution ! et que la sodété des hommes vertueux produit d heureuï
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changements dans un cœur qui était fait pour le devenir! enfin le voile est tombé, et je retrouve Emilie avec tous les attraits de la constance et de la vertu.
Peut-être aussi un Dieu propice a aidé à son triomphe; le dirai-je? ce Dieu de vérité que j'implore a semblé disposer mon cœur et le rendre plus docile. Depuis votre dernière lettre, pénétré d'un respect plus sincère pour la religion chrétienne, et la jugeant plus digne de ma raison, afin de me mieux préparer à l'étudier et à la connaître, je méditais ce sacrifice dont peu de temps auparavant la seule idée me faisait l'rémir, et dont l'exécution me semblait impossible. Je me disais à moimême. « Dissipons tout le prestige des passions (t qui m'enchantent ; levons tous les obstacles « qu'elles peuvent apporter à la connaissance de «la vérité; cherchons -la sans opposition, sans « prévention; offrons aux soins d'un père tendre « un esprit libre et un cœur maître de soi. Si la « religion est vraie , si c'est moi qui suis dans l'cr- « reur, j'aurai moins de peine à en convenir; et, ft si je suis fondé dans mon incrédulité, j'aurai du « moins l'avantage de ne plus en suspecter la « cause. » C'est dans ces moments que M. d'Orval est survenu; et sa présence, m'élevant au-dessus de moi-même , m'a donné une force que je ne me connaissais pas.
Poursuivez donc, mon père, l'ouvrage que vous avez si heureusement commencé. Soufircz
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seulement que ma circonspection augmente à mesure que la vérité me devient plus chère, et qu'il est question pour moi d'une détermination plus précise sur des objets si importants. Je vous promets de ne point opposer à des preuves solides des difficultés minutieuses, des doutes mal fondés et de vains sophismes : mais aussi je ne veux me rendre quà la seule raison; et, si les autorités les plus respectables sont pour vous, ne trouvez pas mauvais que, déterminé comme je le suis à ne jurer sur la parole d aucun maître, je ne cède poinl à lautorité.