‹ Le Comte de Valmont, ou, Les égarements de la raisonChapitre 24 sur 43 · Tome II, ly · texte numérisé non relu

Tome II, ly

I(}î LES ÉGAREMENTS

on me renvoie, et il offre h mes recherches les oLjets les plus intéressants. En datant par la filiation la plus constante et la mieux suivie, non pas seulement de la vocation d'Abraham , mais des premières époques de son origine, il est, si je l'en crois , le plus ancien de tous les peuples connus ; les livres qui contiennent son histoire , sa religion et SOS lois, sont les plus anciens de tous les livTes qui nous restent ; les faits qu'il nous expose , Gcrame étant 1 histoire de ses pères, sont en même temps les premiers événements de la grande histoire de lunivers. Ce peuple, gouverné autrefois par la divinité même, se regardait comme le peuple de Dieu •, et , s il n'est que j ébauche du peuple chrétien, quels premiers traits, mon fils, pour le tableau de la rehgion!

Le Juif, répandu parmi toutes les nations, ei pris dans le sens que nous venons d exposer, sq dit le plus ancien de tous les peuples qui existenl maintenant sur la terre. Discute sans partialité, cher Valmont, une assertion si hardie; emprunte les lumières des critiques les plus judicieux, des savants les plus éclairés, et, de concert avec eux, balance les prétentions des autres peuples.

Dans des contrées nouvellement découvertes, des peuples , moitié policés , moitié sauvages , ne nou5 vanteront pas sans doute leur antiquité , rien ne prouverait en leur faveur : disons mieux ; leur population si peu nombreuse relativement à ces vastes contrées qu'ils occupent, leurs con-

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naissances si étroites encore et si bornées, leurs mœurs, leur police, leurs lois si imparfaites, eu égard au temps qu'ils auraient mis à les perfectionner, prouvent assez leur nouveauté (r).

Dans l'Asie, un peuple plus savant, plus policé, paraît , il est vrai , se glorifier avec assez de fondement de 1 antiquité la plus reculée. Les annales de la Chine placent l'invention des arts et des sciences, parmi les Chinois, près de 3ooo ans dvant Jésus-Christ (2). Des observations astronomiques viennent à l'appui de ces calculs, et semblent en garantir l'exactitude. Cependant ces annales elles-mêmes nous apprennent que, loin de remonter jusqu'à 1 origine des faits par une tradition constante , sur des lignes fermes et sûres, elles ne portent que sur des bruits confus , elles ne portent sur rien. Les supputations d éclipses, quand bien même elles seraient justes, et il s'en faut quelles le soient, ne prouvent pas davantage en faveur des annalistes chinois ; puisqu'il est démontré qu'on peut calculer les échpses passées jus][u'à la création du monde comme on calculerait pour tous les siècles futurs celles qui doivent arriver. On peut dire la môme chose de leur cycle solaire et de toutes leurs supputations chronologiques. Elles sont d'ailleurs si confuses, si embarrassées, et mêlées de tant de faits évidemment faux et ridicules, quil est aisé de sentir, surtout pour les siècles un peu reculés, le peu de fond qu on doit faire sur leur authenticité.

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Aux Indes enfin (3), et par toute la terre, je ne vois que des peuples entés sur des peuples; je vois les nations, autrefois les plus célèbres, mêlées et confondues; je vois d'anciennes religions défigurées et remplies de nouvelles superstitions. Parmi les Juifs rien de semblable : c'est toujours le même peuple, et, pour ainsi parler, la même famille ; ce sont toujours entre eux la même langue , les mêmes usages, la même religion; ce sont toujours pour le ibnd les mômes idées et les mêmes espérances : ils remontent d'Age en âge, de génération en génération, à leurs patriarches; et par eux, H travers un polit nombre d'hommes distingués par la pureté de leur culte, à tra\'ers un petit nombre de détails et de faits qui se répondent exactement, ils remontent aux premiers pères du genre humain. Us laissent ainsi bien loin derrière eux les Assyriens, les Chaldéens, et leur véritable fondation sous Nemrod "^ , les Egyptiens et leurs dynasties confuses (4), les Grecs et leur obscure mythologie. L'époque de leur antiquité , prise dans toute son étendue, n'est plus celle de quatre .'t cinq mille ans, c'est celle de 'a création.

* C'est du moins, comme l'observe Bossuet, vers ce temps, tt pas plus haut, que commencent les observations qu'ils donn'rent dans Babylone à Caliistliènes pomc Aristote, 334 ans avant l'ère chrétienne ; encore faut-il convenir que ces obsen'ajioiis n'ont pas un fondement bien assure'. Voyez à ce sujet les vavantcs remarques de Goguet, de l'Ori^tne des bis, àa o^ts et àm sciences, 1. 3, o, 2, art. 2,}

Les fondements de leur histoire se trouvent dans des livres qu'ils nous donnent également pour les plus anciens livres du monde , et sont soutenus par une tradition constante et par les plus anciens monuments. Il n'est point d'annales, point de livres dans l'univers auxquels on puisse donner avec une é2;ale certitude la même antiquité. On parle ailleurs de quelques anciens manuscrits, mais il s'en faut Lien, ni qu'ils aient été aussi authentiques , aussi publics, ni que de siècle en siècle on nous ramène, comme pour 1 histoire du peuple juif, à ceux qui les ont écrits *.

J examine ces livres que le chrétien révère , qu'un peuple, son plus grand ennemi, me présente, et qu'il semble n avoir conseiTés que pour

* « A ne regarder l'Écritiue sainte, dit Fréret, que coinme un monument de l'ancienne histoire , son antiquité et le soin (ju on a pris de la conserver lui donnent une authenticité que ne peuvent avoir les autres monuments. »

« Les livres de Moïse, dit -il ailleuys, en faisant abstraction du respect que nous inspire pour eux la religion, sont ce que nous connaissons de plus autlienlique et de plus ancien. »

Partout enfin Fréret parle de Moïse comme du plus ancien et du plus respectable de tous les écrivains : partout il montre l'accord de l'histoire des anciens peuples, dans ce qu'elle a de mieux fondé, avec la vraie chronologie de l'Écriture prise dsfns les Septante et les Samaritains. ( Voyez , dans les Mémoires de l académie des inscriptions, la suite du Traité touchant la ccr-> tilude de l'anticjuilé de la chronolocjie chinoise, vers la fin; l'Essai sur Vliistoire et la chronoloqie des Assyriens de Ninive; et les Recherches sur les traditions relinienses et pliilosophiaucS des Indien'^.)

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lui. J'y vois renfermés les droits, les titres, les intérêts de toute la nation juive et de tout le monde chrétien. Ce ne sont point de ces volumes mystérieux que quelques pontifes conservent dans le secret ; ils ont toujours été exposés aux yeux du monde entier. Je les vois soumis à l'attention et à la critique de tous les esprits, de tous les peuples, de tous les âges : et dans le petit nombre d'hommes qui ont révoqué en doute leur authenticité , qui ont hasardé de la combattre , je ne vois qu'une critique faible et insuffisante; que de petites difficultés,qu'ils n'eussent pas osé faire contre d'autres livres que ceux-là 5 que des citations de contradictions apparentes, et qu'avec plus de lumières et d équité on conciHe aisément ; qu'une ignorance réelle ou affiictée des anciennes coutumes , des anciens usages -, que bien de l'humeur, pour le dire en un mot, et des efforts impuissants.

Ces livres existaient certainement avant Jésus- Christ. C'est des mains mômes des Juifs que le chrétien les a reçus; c'est à ces livres qu il en appelait contre eux dès les premiers temps; et le Juif qui en conserve le dépôt ne les eût pas reçus de la main du chrétien. Ces livres, ou du moins les livres de Moïse, existaient du temps de Ptolomée Philadelphe, 3oo ans avant l'établissement du christianisme, puisque c'est sous ce prince et par ses ordres que s'en fit cette traduction célèbre d'hébreu en grec qu'on nomme la Version des Septante ; version authentique, l'ouvrage des plus

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savants juifs, et qui suppose non seulement l'original préexistant, mais l'aveu de toute la nation.

Ils existaient, ces livres, plus de 5oo ans avant Jésus-Christ puisqu alors les Samaritains, entièrement divisés d avec les Juifs , avaient retenu le Pentateuque avec la même vénération quils avaient pour son auteur * : ces deux peuples , toujours opposés , toujours ennemis , ne s accordent que sur l'origine et sur l'ancienneté de ce livre. Encore aujourd'hui une secte de Samaritains, toujours connus sous le même nom, le conserve religieusement avec les anciens caractèreis hébreux ; et une secte si faible semble ne durer si long-temps que pour rendre témoignage à 1 antirjuité des livres de Moïse et à leur intégrité.

De l'an 536 avant l'ère chrétienne, où fut commencé par Zorobabel le rétablissement du temple, à l'occasion duquel éclata davantage lïnimitié des Juifs et des Samaritains, on peut remonter évidemment, pour Tautlienticité du Pentateuque, près de i5o ans plus haut, c'est-à-dire, un peu moins de 700 ans avant Jésus - Christ ; car ccst alors que les Cuthéens, peuple d Asie, furent envoyés pour habiter Samarie , et qu'ayant obtenu d Asaraddon un prétre Israélite , ils reçurent dtî lui les livres de Moïse que les dix tribus révoltées

* Voyez les nouveaux Éclaircissements sur Vori^ine et le Pentateucjue des Samaritains, par un lelif^ieux It-netliciin de !a congrégation de Saint Maiir, un volume iii-8".

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avaient retenus dans leur schisme, et firent du culte du Dieu d Israël un mélange bizarre et sacrilège avec le culte des idoles.

De cette dernière époque, on est encore forcé d« remonter près de trois siècles au-delà; je veux dire, àlaséparatioudes dix tribus, environ439ans avant le rétablissement du temple, et près de mille ans avant Jésus-Christ. En effet , le schisme qui sépara dès lors sous Roboam , fils de Salomon , les deux portions d'Israël, ne permettait pas à Tune des deux de recevoir de l'autre 1 invention, la supposition du Pcntateuque : que dis-je? il ne permettait pas même de 1 altérer; et Esdras, étant de beaucoup postérieur à la séparation des Juifs, et même, en tant qu écrivain, à la première époque du rétablissement du temple , étant d'ailleurs 1 ennemi le plus déclaré des Samaritains, ne peut jamais être soupçonné avec fondement , ni d'avoir composé , ni d'avoir altéré les livres de Moïse , également reçus , également connus et révérés par les deux nations.

De la date précise du schisme d Israël pour remonter jusqu'à Moïse, il ne reste plus qu'environ 5oo ans *. Mais dans cet intervalle , tout

* De savants clironologistes n"en comptent même que 4oo. Quoi qu'il en soit, il y a déjà ici une observation importante a faire, et qui dément la supposition des livres de Moïse avant cette époque. « De deux choses l'une : ou la fabrication du Pcntateuque était ancienne lorsque arriva le schisme des dix tribus, ou elle était nouvelle. Dans le premier cas , est-il vraisemblable que

nous confirme l'authenticité des livres (jui nous ont été transmis sous son nom.

Elle se prouve , cette authenticité , par la nature de ces li\Tes, qui intéressent tout un peuple dans les objets les plus essentiels; qui lui imposent un joug insupportable de la part de tout autre quun législateur tel que Moïse ; qui peignent les Juifs avec un caractère d'aveuglement, d ingratitude, de révolte, si dcslionorant pour toute la nation.

Elle se prouve, en second lieu, par le concert des douze tribus à les adopter; concert qui ne se dément jamais malgré leurs querelles particulières , leurs vues souvent contraires , leurs passions et celles de leurs chefs, leurs intérêts différents 5 leurs prérogatives , leurs possessions , leurs droits respectifs, fondés sur lePentateuque. Quelle combinaison à faire en faveur des livres.de Moise! et quelles lignes traditionnelles nous sont offertes pour en démontrer l'authenticité!

Elle se prouve, en troisième lieu, par Tordre

les Hébreux , voisins comme ils l'étaient du temps de Moise, eussent reconnu pom' son ouvrage des livres supposés , où se trouvaient consignée leur histoire, pleine de faits ignominieux, leurs généalogies, leur culte, leur législation ? Dans le second, déterminé à changer la police et la religion de son nouveau royaume d'Israël , Jéroboam eût-il manqué de faire ouvrir les yeux aux dix tribus sur la fabrication récente d'une production qui metlait le plus giand obstacle à ses desseins ? » Voyez nouveaux Lclaircissemenls sur l'oriqme et le Penlateucjue des Samariliiim. Préface de l'éditeur.)

fixe et immua])le qui, avant les époques que nous avons citées , se trouve étaJjli pour le sacerdoce dans une seule famille, pour les fonctions lévitiques dans une seule tribu; par Texistence des lois, des cérémonies, des fêtes, des monuments, dont la date ne pouvait être prise que de celle du législateur même, qui remontaient en effet jusqu'à lui, qui supposaient et son existence et l'authenticité de ses livres , et celle des faits qu'il y rapporte.

Ainsi larclie, la manne, la verge d Aaron, le serpent d airain, les tables de l'alliance, le rit de Tagncau pascal et les azymes, la loi des prémices et le rachat des premiers-nés, la consécration des prêtres, les cérémonies des sacrifices, la fête de la Pentecôte et celle des Tabernacles, les généalogies des familles, l'habitalion des tribus de Ruben et de Gad, et de la demi-tribu de Manassé au-delà du Jourdain, la division de la terre de Chanaan, les asiles et lc*s autres établissements qui prenaient leur origine dans les premiers temps de la république ; tout servait à rappeler les événements remarquables consignés dans le Pcntateuque , à en confirmer l'histoire, et à lui concilier la plus gi'ande autorité.

Ici les faits, les monuments et les livres, tout se suit avec tant de justesse et de précision , tout s'accorde si bien, qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître que la loi écrite et les usages établis ont nécessairement et la même source et la même antiquité.

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Elle se prouve encore, cette ancienneté des annales du peuple juif, par le concert merveilleux des autres livres de lÉcriturc. L histoire des rois est liée à celle des juges ; celle des juges , à celle de Josué, et celle-ci, à tous les faits que contient le Pentateuque, ainsi qu'à Moïse, auquel toute la Bible me rappelle. Les écrits des prophètes, ceux de Salomon , les Psaumes de David , les livres que nous venons de citer, il faut, en remontant do siècle en siècle, tout regarder comme supposé; il faut aller soi-même de supposition eu supposition, d absurdité en absurdité, avant que de se croire autorisé à douter seulement de lauthenticité des livres de Moïse.

Elle se prouve enfin par tous les caractères d'ancienneté quils portent en eux - mêmes. On y voit le plus naïvement et le plus fidèlement décrites les mœurs des premiers temps; on n'y remarque en ce genre, pour les premiers âges, rien qui se ressente des siècles plus récents : on n y aperçoit aucune loi, aucune coutume qui se soit introduite depuis IMoïse : toutes les coutumes et toutes les lois y sont parfaitement conformes au plan général du législateur, aux circonstances dans lesquelles il se trouvait, aux desseins qu'il se proposait : le style, le contexte de l'ouvrage, tout y est de la plus haute antiquité.

Les mêmes combinaisons, les mêmes preuves j plus que suffisantes pour fonder une évidence morale équivalente à toute autre sorte d'évidence,

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par l'impossibilité absolue de la réunion et du concours de toutes ces choses en faveur du mensonge; ces preuves, dis-je, et ces combinaisons se retrouvent par rapport à l'intégrité du Pentateuque comme par rapport à son authenticité.

Le respect des Juifs pour ces livres suffisait seul pour empêcher, ou pour rendre du moins inutile la témérité de ceux qui eussent prétendu les détruire, ou qui dans les points tant soit peu importants eussent seulement prétendu les altérer. Ces livres étaient entre les mains de tous; ou en donnait un exemplaire aux princes et aux pontifes aussitôt après leur inauguration; on en faisait tous les sept ans, à la fètc des Tabernacles, des lectures publiques; ils étaient pour tous les Juifs le fondement de leur croyance, la règle de leurs mœurs. Tunique objet de leur étude; ils étaient pour eux en quelque sorte les seuls livres; ils les portaient partout, et en rendaient ainsi la perte ou laltération impossible.

Qu'oppose-t-on, mon fils, à des preuves si convaincantes ? Rien de suivi , rien de solide ; on incidente sui' de petites difficultés qui, par leur faiblesse même, ne font que prêter un nouvel éclat à la vérité.

Quelques endroits ajoutés au texte, comme la mort et la sépulture de Moïse rapportées dans le dernier chapitre du Deutéronome, et qui d'ailleurs eussent pu être prévues, écrites et rapportées par liii-méme; quelques changements faits

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par des copistes sur des noms de villes et dans des choses peu essentielles (5); quelques variantes, qui, par le peu d importance des objets et des mots sur lesquels elles tombent, confirment davantage le concert admirable des différents textes sur le fond même de la narration (6); quelques endroits obscurs et difficiles qui naissent du peu de connaissance des arts et des usages propres à ces premiers temps; des calculs qu'on oppose à des faits, et qui, peu exacts et peu vrais, sont démentis par les hommes les plus éclairés; Moise se donnant à lui-même quelques éloges, d ailleurs nécessaires, et suivis, dans d autres endroits, de Ihumble aveu de ses fautes; cet écrivain parlant toujours de lui en termes indirects, comme ont parlé d'eux-mêmes César dans ses Commentaires, Xénophon dans sa Retraite dos dix mille , Josèphe dans ses livres de la guerre des Juifs, Procope dans son Histoire: la prétendue perte des livres de Moïse avant le prèlre Helcias, qui, dit-on , les ressuscita; f oubli prétendu de ces livres au temps de la captivité, de ces livres dont Helcias retrouva loriginal sacré, mais don L les copies étaient entre les mains de tout le peuple, de ces livres cités et rappelés sans cesse aux Juifs captifs par leurs prophètes , aux Juifs qui en faisaient leur unique consolation dans leur exil, et qui en obser^-aient si scrupuleusement la loi; mille autres traits d'une critique aussi peu juste, aussi mal fondée; voilà ce qui fait triompher l'incrédule : vain triomphe

dont il est seul à s'applaudir, et dont tous les jours, sur les bancs de nos écoles , on rit à plus juste titre que lui.

Mais pourc[uoi donc, mon fils, des objections si peu solides deviennent- elles à ses yeux des arguments sans réplique? Ah! pourquoi? c'est qu'il est de son intérêt le plus pressant d'infirmer nos preuves sur l'autorité des premiers livres sacrés; cest qu'il conçoit sans peine que leiu* ancienneté, leur authenticité, donnent déjà à la religion un fondement inébranlable. Et en eflét, si c'est Moïse qui a écrit ces livres , on ne peut plus douter de Li vérité des faits qu'ils contiennent. Car, prends - y garde, cher Valmont, c'est dè>lors un autelu" contemporain qui parle à sa nation; qui lui parle de faits qui se sont passés et qui se passent encore sous SCS yeux : c'est un écrivain qui ne peut la tromper, qui ne peut se tromper lui-même sur la nature et la vérité de ces faits, dès que ce cent, pour elle comme pour lui, des faits publics, sensibles et permanents- Ainsi, par exemple , la sortie de lÉgypte, au milieu de tant de prodiges dont l'Egypte seule est la victime , dont tout l'art de ses magiciens ne peut la défendre, et auxquels même toute la puissance des démons est forcée de rendre liommage : le passage de la mer Rouge, non pas en côtoyant ses bords, non pas sur la vase de ses flots retirés, mais au milieu de son lit et â travers ses flots divisés ; le mont Slnaï tout en feu : la vois reter.tissante du Très-Haut : des flamm^îs, des

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clairs et des foudres, qu'on expliquerait bieu mal par des feux d'artifice, par la poudre à canoi>, que l'on ne connaissait point alors , et qu'il est absurde de supposer-, la terre entrouverte sous les pieds de Dathan , de Coré et d'Ablron ; le rocher frappé par la verge de Mo'ise, et oflrant tout à coup une source d'eau vive à un peuple toujours prompt à se répandre en murmures, toujours prêt à se révolter ; mieux que tout cela encore , les prodiges du désert, d'autant moins susceptibles d'illusion qu'ils étaient pour tous les Juifs, quils se renouvelaient tous les jours, quils ont dui'é quarante ansj tels que la manne, qui leur a servi si long-temps de nourriture 5 leurs vêtements, qui se sont conservés pndant tant d années; cette colonne de nuée qui paraissait devant eux pendant le jour pour régler leur marche, et cette colonne de feu qui leur servait de guide dans lobscurlté de la nuit : ce sont là sans doute de ces :^it3 qu'on ne peut raconter à une nation comme s étant passés sous ses yeux et avec les circonstances ks plus frappantes, si elle n'en a rien vu; qu'on ne peut lui faire croire comme les ayant vus , s ils ne sont pas vrais , et qui ne peuvent être vrais sans prouver la mission de celui qui les a opérés au nom même du Dieu tout-puissant , du Dieu de vérité.

Mais ces faits ne sont pas les seuls que racontent les livres de IMoïse. Ces livres d'un peuple si ancien , et qui sont «ux-mèmes de la plus haute

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antiquité, nous exposent les premiers faits, les premiers événements de la grande histoire de l'univers.

Ils me rappellent à un Dieu qui a tout fait; et ils me donnent de sa puissance, de sa sainteté, de sa sagesse, les idées les plus nobles et les plus dignes de lui. Le Dieu des Hébreux n'a rien de commun avec les divinités que le reste du monde adorait. C est l'être existant par lui-même -, c'est im Dieu unique dans sa substance , infini , parfait dans tous ses attributs. Il existait, et rien n'existait encore : à sa voix le monde sort du néant ; il dit que la lumière se fasse, et elle est faite; il appelle les astres, et ils commencent leur course; il orne les cieux ; il embellit la terre , il la rend féconde , il la peuple danimaux divers et donne à l'univers un maître, un ministre à sa gloire, un interprète à la nature , en créant Ihomme à son image. S'il met plusieiu^s jours à aclicver le grand ouvrage de la création, c'est pour nous apprendi'e qu'il fait tout, lion par une impétuosité aveugle et nécessaire, mais librement, sans contrainte, comme il le veut au moment où il le veut.

L'univers est créé , le monde a pris sa forme ; et , en sortant des mains du créateur, tout est parfait. L homme reçoit l'hommage de tous les êtres pour le rapporter à son Dieu : un précepte léger lui est imposé pour lui faire sentir que, si tous les êtres lui sont soumis , il est assujetti aussi-bien qu'eux à lempire de l'être suprême, et lui doit,

comme sa créature, le tribut de sa soumission et de sa dépendance. Ce précepte, il l'a violé : tout change de face; la nature na plus pour lui les mêmes charmes ; il y retrouve partout les funestes suites de son péché, il les trouve dans lui-même; son entendement se remplit de ténèbres, son cœur s incline vers la terre , ses sens se révoltent ; la postérité d'un père coupable perd en lui ses privilèges et ses droits.... Tristes et étonnantes vérités! mais que je trouve gravées sur la face de la nature entière; que je trouve imprimées dans tout mon être, dans ce mélange de grandeur st de bassesse, de lumières et de ténèbres, de force et de faiblesse, qui nous fait si souvent chercher l'homme dans 1 homme môme, et qui dans lui annonce à l'univers un roi, mais un roi dégradé. Ah ! du moins, à la faveur de ces clartés précieuses et nécessaires à l'homme, je ne suis plus un mystère à moimême : la nature n'est plus une énigme dont l'obscurité me fasse perdre de vue le Dieu qui m'a créé : je connais maintenant la source des contradictions qui me désolent, j'ai la clef de tout le système de l'humanité , j'ai celle de l'état actuel des êtres qui m'environnent , et l'univers entier s explique à mes yeux.

Mais Dieu tourne mes regards vers un objet plus consolant. Adam a péché, et déjà, dans une semence bénie qui naîtra de la femme, il lui f;iil entrevoir un libérateur : par lui l'homme pécheuT rentrera en grâce avec sou Dieu; par lui il hono-

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