‹ Le Comte de Valmont, ou, Les égarements de la raisonChapitre 25 sur 43 · Tome IL iS · texte numérisé non relu

Tome IL iS

210 LES EGAREMENTS

rera la divinité comme elle doit être honorée, et lui ofirira un culte digne de lui plaire.

Cependant la postérité d'Adam se baultiplie, et le péché s'étend et se multiplie avec elle. Une lamille plus sainte est séparée de la contagion universelle. Les crimes des enfants des hommes répandus sur toute la terre crient vengeance au Seigneur; sa justice éclate par un déluge universel. Sa bonté conserve Ls juste et sa famille : Sera , Ciiam et Japhct, dont les noms se sont conservés parmi les anciens peuples, deviennent les chefs des nations.

Après le déluge, la constitution de lunivers se trouve affaiblie; lu vie humaine décroît insensiblement ; la confusion des langues s'introduit parmi les hommes ; les premiers peuples se forment, et les premières conquêtes annoncent au genre humain de nouveaux crimes et de noui^^eaux malheurs.

Voilà les commencements du monde, tels que Ihistoire de Moïse nous les représente : commencements heureux, dit Bossuet, pleins ensuite de maux infinis; par rapport à Dieu, qui fait tout, toujours admirables ; tels enfin que nous apprenons, en les repassant dans notre esprit, à considérer l'univers et le genre humain toujours sous la main du créateur, tiré du néant par sa seule parole; conservé par sa bonté, gouverné par sa sagesse, puni par sa justice, délivré par sa miséricorde, et toujours assujetti à sa puissance.

Moïse, à ne lenvisager que comme historien, avait sur ces premiers temps des mémoires assez sûrs pour nous garantir la fidélité de son récit, La longue vie des patriarches, en simplifiant les générations, rapprochait de cet écrivain les traditions les plus communes et les plus ^Taies, les monuments les plus authentiques, et par un trèspetit nombre d'hommes le faisait toucher à la naissance du monde et à la création. Tu le sais, mon fils; ce n'est pas le nombre des années, c'est la multiplicité des générations qui rend les choses obscures, et, dans lexacte vérité, notre ignorance sur les temps qui nous ont précédés ne vient que du pou de temps que nous vivons avec nos aieux. Si Moïse n'avait donc voulu que faire illusion a ses contemporains et leur en imposer, il se serait bien gardé de faire vivre si long-tempsdes témoins dont la mémoire encore récente n eût servi qu'à rendre sensible 1 erreur de ses dates, et à déposer contre lui 5 il se serait mis en sûreté en éloignant 1 origine du monde , et en multipliant les générations : mais bien loin de là, il parle des choses arrivées dans les premiers siècles comme de choses constantes dont il restait encore un souvenir presque universel et des monuments remarquables.

Et en effet, parmi toutes les fables dont sont remplies les histoires des plus anciens peuples, on entrevoit aisément les faits les plus éfoignés et les plus mémorables dont parle Moïse. L'œuvre des six jourSj attestée par l'historien du peuple

de Dieu, l'est en même temps par Tordre de la semaine, cette coutume si arbitraire, et cependant si constamment observée chez presque toutes les nations. Presque toutes ont eu 1 idée de la création du monde (7), dabord informe, ce qu'elles ont appelé chaos, et ensuite réduit à l'ordre que nous voj'ons. Elles ont toutes, ou presque toutes, fait sortir 1 homme de la terre , et ensuite d'un premier homme (8). L état dinnoconce leur a été connu sous le nom de l'âge d'or, suivi bientôt après d'un autre siècle où les misères ont été la punition du crime *. La longue vie des premiers hommes se retrouvait dans leurs plus anciennes traditions. Celle du déluge s est conservée partout ; et l'arche même où se sauvèrent les restes du genre humain a été de tous temps célèbre en Orient. Quedirai-je de plus? La fable des géants qui entassaient montagnes sur montagnes pour escalader le ciel est l'histoire défigurée de la tour de Babel que les hommes entreprirent d élever jusqu'aux nues, et qui fut suivie de leur dispersion. Après ce fait nous ne voyons plus rien de généralement reçu chez tous les peuples , parce que la diversité du langage coupa la communication qu'ils avaient eue jusqu'alors. Mais on retrouve encore dans l origine et la formation des premières sociétés,

* « La chute de l'iiomme dégénéré , dit Voliaire ^ est le fondement de la théologie de presque toutes les anciennes nations, a {La Philos, de Vhist. ch. 17.)

des premiers états , dans la position que Moïse a donnée aux premiers peuples de la terre , dans leurs noms et ceux de leurs fondateurs , de nouvelles preuves de son exactitude : ici, comme sur tout le reste, les critiques les plus éclairés et les plus savants sont pour lui (9). Enfin dans les traditions particulières, dans la mythologie déa païens et l'explication de leurs fables on démêle avec un peu d'attention presque tous les autres faits de Moïse, quoique défigurés par la superstition.

Et d'ailleurs, cher Valmont, indépendamment de Ihistoire et de la tradition , la raison même et toute la nature déposent en faveur de cet historien. Trois principaux articles de son histoire, la création du monde et du premier homme, la chute de l'homme et le déluge, une fois prouvés, garantissent, amèfieut et prouvent suffisamment tous les autres faits qu'il nous raconte.

La création du monde, incompréhensible à notre imagination, est sensible à la raison. Le monde nest point éternel, incréé, existant par lui-même; les attributs de l'éternité, de la nécessité , ne conviennent point à la matière ; elle porte, au conti'aire, tous les attributs d'un être dépendant, et dans son existence, et dans sa manière d'exister "^ : la matière, le monde, toutes les parties du monde ont donc aussi été créés (10) :

* Voyez tprae i, pag. 23 et suiv. et la noie (2), pag. 40.

Ul^ LES ÉGARE.ME-MS

il y a donc eu aussi un premier homme. Eh ! comment un premier homme n'aurait-il pas été créé? Supposeras-tu, mon fils, une succession d hommes à lïnfini? Elle répugne; puisque, dans toute la précision du terme, elle supposerait une suite d'effets sans aucune cause suffisante de cette suite infinie : dans cette progression, tout serait effet, et rien ne serait cause proprement dite. Supposeras - tu un premier homme, formé du limon de la terre et de la renconlre de molécules orsaniques ■* ? Tu mets des mots à la place des choses; tu expliques un fait par l'hypothcse la plus insuffisante comme la plus oLscure/ tu donnes à un ouvrage admirable et rempli d intelligence la ciiuse la plus aveugle ; tu donnes à l'esprit la matière pour principe. La raison toute seule nous rappelle donc à la création du monde j à la création du premier homme (i i). ^

JMais dans quel temps le monde, le premier homme ont-ils été créés? Est-ce dans des temps fort anciens? L'affaissement continuel des montagnes qui se prouve par mille expériences , et qui cependant n'a produit encore que des effets peu sensibles '*''*', létat du monde civil et du monde moral, la moitié de la terre presque encore déserte

* Voyez ci-dessus t. i, p. 46.

** Il est bien d'autres preuves physiques de la nouveauté du rTfonde qu'on trouvera en partie dans l'ouvrage de Luc quo nou^ aurons lieu de citer dans les notes.

(Voyez à la suile de cette lettre la note (lo), vers la fin.)

DE LA RAISON. 12l5

OU peu habitée^ les progrès si bornés de l'esprit humain , la nouveauté môme des sciences et des arts, à considérer le nornjjre de siècles que nous avons parcourus , démontrent une origine dont l'époque ne peut être plus ancienne que celle que Moise donne à la terre et à ses premiers habitants.

Mais encore, de quelle manière a été créé celui qui la habitée le premier? Ici, mon fds, imagine, si tu le peux, soit pour l'âge, le temps de la vie, le point de force et de maturité auquel il a dû sortir des mains du créateur, soit pour les connaissances et les secours nécessaires qu'il a diî trouver en lui-môme et autour de lui en ouvrant les yeux à la lumière , soit pour 1 état du monde entier, et Tordre qui a dû régner dans toute la nature , à la création de 1 homme innocent et juste -, imagine quelque chose de plus raisonnable, de plus satisfaisant , et qui réponde mieux à toutes les difficultés que le récit de Moïse (12).

A l'égard du second article de son histoire, qui est la chute de Thomme et sa dégradation, un sentiment intime auquel je te rappelais il n'y a rpiun instant semble nous l'annoncer malgré nous. Le fonds de misère et de corruption que l'homme découvre en lui, lorsqu'il veut être de bonne foi avec lui-même; cet empire des sens auquel il cède, et dont il a honte ; cette nudité qu'il couvre , et dont il rougit ■*" ; cette grandeur qui est démentie

* En cIFcl, cette sorte de honte que l'on observe pres'juc gé-

2lG LES ÉGAREMENTS

par tant de bassesse-, cette pente au mal qui est démontrée par la corruption universelle, et par la comparaison du mal avec le bien; ces contradictions perpétuelles quil trouve dans le fond de Son être ; ces^tex hommes , si je puis parler ainsi, qu'il porte dans un seul; cette révolte de toute la nature contre lui , lors même qu'il paraît fait peur être le maître et le roi de toute la nature; cette tradition générale de rhorame coupable et dégénéré , que de preuves de sa dégradation et de sa cjmte !

Le troisième article essentiel du récit de Moïse est le délu£fc. On v trouve des difficultés dans la quantité d eau nécessaire pour inonder la terre : mais, sans nous arrêter à la manière dont s est fait le déluge, et à laquelle Moïse n'a pas prétendu sans doute que des causes purement naturelles dussent suffire, sans oser déterminer les effets que produisit la main du Tout -Puissant lorsqu'elle inclina l'axe du monde, lorsqu'elle ouvrit les cataractes du ciel., et qu'elle épancha de cette urne immense cette vaste quantité d eau , auparavant

néralement parmi les nations les plus sauvai^es, et que l'on a observée plas géncralemeut encore parmi celles qui commençaient à se policer, par quelle tradition universelle, ou par qufil sentiment naturel l'expliquerons-nous ? Qu'on y fasse attention ; l'une ou l'autre cause , d'un effet aussi singulier eu apparence, est également favorable au récit de lioise. (Voyez touli; Vllisioire cjénciah des voyages, par l'abbé Prévost, et tous I''s voyageurs les plus connus.)

invisible et suspendue, ou continuellement atténuée dans l'atmosphère du globe terrestre *, lorsqu'enfin elle rompit le réservoir du grand abîme , et fit sortir la mer de son lit pour en répandre les eaux sur toute la terre habitable , du moins pouvons-nous dire avec assurance que le déluge nous est garanti par Fhistoire de tous les peuples (i3). La tradition , non d'un déluge seulement local , mais du déluge universel, est répandue partout, malgré la distance des lieux et la diversité des mœurs et du langage. Les Chinois même, à travers toutes leurs fables, en ont laissé subsister la mémoire dans leurs livres ; comme on y retrouve aussi, dans le règne qu'on prête à leurs premiers empereurs , la longue vie des premiers hommes. Jusque dans le nouveau monde un événem.cnf si prodigieux et si différent de toute autre révolution a laissé parmi les nations les traces les plus profondes. A la tradition et à l'histoire se joignent en faveur du déluge les plus saines observatrous de la physique , malgré toutes les explications contraires qu'on a voulu donner des monuments qu'elle nous en ofïre de toutes parts. Un déluge particulier n'explique point ces coquillages , ces

* L'azur que nous voyons dans l'étendue du ciei, n'est comme toute autre couleur, qu'une lumière réflécliie , et nous j décèle la présence d'un licjuide assez transparent pour admettr:, la lumii're qui vient du soleil, et assez substantiel pour réverbérer celle qui rejaillit de dessus la terre. (Plcche, Spectacle de la nature, lome 8, première partie, pag. 84 ei suiv. ) ]

Torne IL ig

2l8 LES ÉGAREMENTS

poissons de mer pétrifiés , ces plantes étrangères empreintes sur des pierres, médailles toujours subsistantes du déluge universel (14)5 dispersées sur tout le globe de la terre , et qui des contrée? les plus éloignées ont été transportées sur les plus hautes montagnes, sur le penchant des collines et dans le fond des vallées. La terre sortie du sein des eaux, la mer se creusant un lit au milieu d'elle, et formant des montagnes ; cet antique système (i 5), en flattant notre curiosité par une foule de suppositions ingénieuses , n'explique d'une manière satisfaisante pour la raison ni l'état du globe terrestre, ni la formation de l'homme, ni soQ état actuel. A quoi servirait d'ailleurs d'élever des montagnes, de creuser des bassins par le seul mouvement des eaux? On retrouverait toujours la même quantité d'eau , la même quantité de terre; celle-ci serait donc toujours couverte d'eau comme dans l'origine du monde, et le niveau de la mer n'aurait pas baissé d'une ligne *. De quelque côté qu'on se tourne , il est donc plus naturel , plus raisonnable d'en venir au récit de Moïse (.i 6). Il ne nous offre pas, il est vrai, des systèmes hardis , mais sans fondement , des hypothèses brillantes que l'imagination seule a enfantées; les faits qu'il nous présente sont, je le répète, les faits les

Cest ce que l'auteur des Lettres à un Américain a si bien démontre. Voyez la troisième lettre et les suivantes, qui embrassent tout le système dont il est ici question , ainsi que les preu- \ es du déluge pai les mouvements physiques.

plus conformes à la raison ; ils sont exprimés dans un style simple, mais grand dans sa simplicité ; et ce que je remarque dans toute l'Ecriture, c'est cette élévation jointe à une onction douce et tendre qui ne se trouve qu'en elle (17).

Eh! mon fils, si Moïse neût été qu'un inrenteur, où eût-il pris dans les anciens temps toutes ces idées nettes et précises sur les objets les plus intéressants-, tout ce tissu de faits si bien liés; tous ces détails immenses et si suivis; tous ces calculs si difficiles, si nombreux , et au fond si justes et si vrais; toutes ces notions si grandes, si lumineuses, si sublimes sur la nature de Dieu, de lêtre existant par lui-même, je suis celui qui est; sur les caractères de sa puissance, il dit que la lumière se fasse f et la lumière a été faite; sur tous ses attributs de sainteté, d'amour pour l'ordre et pour le bien , qui éclatent de toute part dans les livres de cet homme si hautement inspiré? Où eùt-il pris tous ces rapports avec Ihistoire des autres peuples et la fondation des premiers empires; tous ces détails de géographie, de chronologie, disons -le même, d histoire naturelle, que les plus profondes recherches et les plus savantes discussions n'ont pa encore parvenir à démentir d'une manière solide et raisonnable, mais quau contraire elles cofffirment plus fortement de jour en jour "^ ? Où ^

* A regard de l'astronomie, on trouve singulier que Moïse ne pm le pas de la disposition du ciel et du cours des astrejr, comme

■2'ir) LES ÉG.\aE>IE:VTS

eût-il pris les promesses si importantes faites à Abraham , si bien vérifiées dans toutes leurs parties, et si hautement attestées par la séparation et par la conservation des deux familles dlsaac et d'Ismaël, depuis plus de 35oo ans *? Oii cet écrivain eût-il pris la naïveté de ses récits et tous les caractères de vérité qui les accompagnent?

C'en est assez sans doute pour te forcer de reconnaître l'authenticité comme l'intégrité de nos premiers livres sacrés. C'est assez" de tout ce que nous venons de dire pour te faire avouer que la religion chrétienne, en la considérant, comme nous le ferons bientôt, dans sa liaison nécessaire av.ec l'ancien Testament, renferme déjà lo premier caractère de vérité que nous avons assigné. En effet, le plus ancien de tous les peuples, à dater du moins des époques de sa première origine, me présente un Yvwe , qui a pour lui des preuves manifestes de la plus haute antiquité, et qui renferme les faits les plus anciens ; ce peuple , ce livre et ces faits éclatants me ramènent à la plus ancienne religion, et cette religion, selon le langage du

Copernic et Galilée , mais comme on en parle communément, et on ne voit pas que , l'cistronomie éfânt absolument étrangère a son objet, la raison même demandait qu'il conformât son lan gage sur câ point aux idées reçues, et qu'il parlât du cours du soleil comme les autres hommes.

* Voyea le développement et l'accomplissement «dmirabL de ces promesses dans Pluche.

{Préparation évafi^eliijue , p. i5o et suiv. )

DE LA RAlSOIf. 221

peuple chrétien, ne fait qu'un corps avec la sienne. A ce premier titre, mon fils, qu'elle doit déjà te paraître respectable ! Mais , pour lui confirmer ce titre et lui assurer ton respect , examinons si la liaison de l'ancienne alliance avec la nouvelle j de la religion des Hébreux avec celle des disciples de Jésus-Christ, est telle que le chrétien le prétend j si elle donne au christianisme le caractère de l'unité , le caractère de la perpétuité -, après quoi nous finirons par l'examen de son excellence on de sa sainteté ; et , si elle réunit ces trois caractères au premier, ô mon fils ! que lui manquera-t-il pour être à tes yeux une religion toute divine, et pour mériter de ta part le plus hurublu et le plus fidèle hommage ?

Mais souffre , Valmont , que , me partageant entre toi et Emilie, je m'interrompe en sa faveur. Je lui dois une réponse, et je m'empresse à la lui faire. Nos deux époux t'écrivent , ainsi qu a leur tendre amie, par le même courrier que moi *.

TNOTES.

PAGE igS.

{i) Prouvent assez leur nouveauté. « Les Américains sont des peuples nouveaux : il me semble qu'on ne peut pas en douter, lorscju'on fait attention à leur petit nombre, à leur ignorance, et au peu de progrès que les plus civilisés d'entre eux

* Leurs lettres, comme plusieurs autres dont il a été fait mci»lion, ne se sont point trouvées avec celles du m£uxjui3.

222 LES EGAREMENTS

Braient faits dans les arts. Car, quoique les premières relations de la découverte et des conquêtes de l'^^jnérique nous parlent du Mexique, du Pérou, de Saint-Domingue, etc., comme de pays très peuplés; qu'elles nous disent que les Espagnols ont eu 4 combattre partout des armées très - nombreuses , il est ai^é de roir que les faits sont fort exagcre's : premièrement, par le peu de monuments qui restent de la prétendue grandeur de ces pei»ples : secondement, par la nature même de Lsur pays, gui, quoique peuplé d'Européens , plus industrieux sans doute que ne l'étaient les naturels , est cependant encore sauvage , inculte , touvert de bois, et n'est d'ailleurs qu'ua groupe de montagnes inaccessibles, inhabitables, qui ne laissent par conséquent que de petiti espaces propres à être cultivés et habités : troisièmement, psr la tradition m^me de ces peuples sur le teff.ps qu'iU se sont réunis en société; les Péruviens ne comptaient que douze rois, dont le premier avait commencé à les civiliser (voyez ['Histoire des Incas, par GArciLASso , etc. Paris , iy44 )i ainsi il n'y avait pas 3oo ans qu'ils avaient cessé d'être, comme les autres , entièrement sauvages : quatrièmement , par le petit nombre d'hommes qui ont été employés à faire la conqui-te de ee» vastes contrées ; quelque avantage que la poudre à canon pût leur donner, ils n'auraient jamais subjugué ces peuples, s'ils eussent été nombreux. Une preuve de ce que j'avance, c'est qu'on n'a jamais pu conquérir le pays des I>ègres ni les assujettir, quoique les effets de la poudre fussent aussi nouveaux et aussi terribles pour eux que pour les Américains. La facilité arec laquelle on s'est emparé de l'.Améiiqiie me parait prouver qu'elle était très-peu peuplée , et par conséquent nouvellement habitée (Bcffos, llist. nat. t. 5, diseours sur les variétés datis l'espèce Immaine.)

MÊME PAGE

(2) Les annales de la Chine font remonter, j:a)tni cette nation, l'invention des sciences et des arts à près de 3ooo a ni (ivant Jésus-Christ. Ces annales placent l'époque de Fou-hi. relativement aux premières inventions des sciences et des arts, entre l'em 2914 avant Jésus-Christ, et en l'an 2834 1 *>" com* mence, selon elles, le règne de Chin-nong.

DE LA RAISON. 22j

En admettant même cette époque et les règnes de Fou-Li et de ses successeurs jusqu'à Yao, qui régna, si on en croit les Ancales, l'an 2357 avant Jcsus-Christ * , elle serait encore postérieure de plusieurs siècles au déluge, soit qu'on s'arrête à la clironologie du Pentateuque samaritain, que bien des savants croient être fondés à regarder comme le texte original , soit ^u'on préfère la version des Septante, qui, respectée de toute l'antiqxiité chrétienne, reçue et admise pendant tant de siècles, approuvée dans le cinquième concile, est encore suivie dans le Martyrologe romain. Quant aux différences qui se trouvent ici entre les trois textes , en avouant qu'elles proviennent de quelmxcs altérations, elles nous importent fort peu, comme nous aurons lieu de l'observer dans les notes suivantes (note 6) , on peut toutefois, si l'on veut, admettre le système de conciliation du père Tournemine. Dans ce système, en interprétant, d'après tes conjectures les plus inge'nieuses et des fondements assez plausibles, le vrai sens du texte hébreu, le père Tournemine né fait que suppléer ce que l'écrivain sacré paraît avoir sous-entendu dans le chapitre XI de la Genèse. Il ajoute, en consé- (juence, cent ans h la vie de chacun des enfants de Sem, en sup. posant avec quelque vraisemblance que ce nombre capital exprimé antérieurement est celui que l'écrivain sacré n'a pas jugé h propos de répéter, comme lorsqpie nous disons : Henri IV eul Louis XIII en 1601, et ce dernier eut Louis XIV en i633, et Philipi^e de France en 1G40. Par là ce savant jésuite, conciliaDt les différents textes, et montrant la cause de leurs varia-

• Selon l'opinion de Fréret, qxd ne fait commencer les règnes •TYao et de Chune , les deux fondateurs et les deux législateurs de la monarchie chinoise , que vers l'an 2 1 47, « on doit regarder a tout ce qui précède le règne d'Yao comme faisant partie de « l'histoire fabuleuse de la Chine , et assurer que l'époque de ce a. prince, qui tira les hommes de la barbarie, suivant Confucius, « est la véritable époque du commencement des temps Listori- « ques. » ( Voyez la Dissertation sur V anticjinté el la certitude de la chronologie cliinoise , dans les Mémoires de l'académifi des inscriptions el belles-lettres, i 'dco'mbre 1^33.)

224 I-ES ÉGAKEMENTS

lions dans ce qu'elles ont de plus embarrassant pour l'époque yui suit le déliige, ne change rien au texte hébreu, et ne fait, comme nous venons de le dire, que suppléer ce qui paraît avoir été omis à dessein. Il faut voir, pour le détail et pour les raisons sur lesquelles il s'appuie, ses Dissertations chronoloqiques, à la fin de son édition des ^otes de Mcnoehius, sur l'Écriture sainte, ou la Métliode pour étudier l'histoire , de l'abbé Lasgut DcFRESNOT, in-i2 , t. I , seconde part. chap. 4» art. 2.

Mais, à s'en tenir même à la lettre du texte hébreu, qui me paraît néanmoins devoir céder par bien des endroits au texte samaritain, et qtii demande beaucoup plus de discussions que ce dernier pour trancher toutes les difficultés réelles ou apparentes qu'offre l'iiistoire des anciens peuples, il serah aisé àa prouver que celle de la Chine , réduite à sa juste valeur, s'accorde très-bien avec la chronologie que le premier de ces texteanous présente.

(Juoi qu'il en soit, discutons sans partialité les raisons qu'cnit apportées les missionnaires eux-mêmes pour défendre la haute antiquité des Chinois ; et voyons s'ils n'ont pas été un peu trop pre' venus en faveur d'une nation qu'ils ont, si bien searvie , qui km- a coûté tant de travaux en tout genre , et (jui à son tour les a honores à si juste titre.

Premièrement, « à parler en général (dit le père Duhalde en empruntant les preuves qu'ils ont employées *^) les historieni « chinois paraissent sincères et ne cherchent que la vérité. Oa a ne voit pas qu'ils Soient persuadés que la gloire d'une naitio-i « consiste dans son ancienneté. »

Et pourquoi donc y en a-t-il parmi eux qui ont fait remonter leur histoire jusqu'à des millions d'années? Pourquoi onl-.ils leurs temps fabuleux , qu'à la vérité une partie des lettrés désavoue, mais qui maïquent à certains égards l'esprit du reste de la nation? Pourquoi sont -ils si fort en contradiction entua eux sur lepoque certaine des temps histoiiqucs et sur lej

* Consultez l'avertissement qui est à la tête des Fastes da Li monarchie chinoise, vers le milieu du t, i delà description da l'empire de la Chine.

DE LA RAISOX. 22b

règnes qu'ils doivent admettre ou rejeter? Pourquoi cette espèce d'émulation à enche'rir les uns sur les autres, comme le fait voir Fréret * , ijui , en 'donnant une notice de leurs historiens , paontre leurs variations continuelles au sujet de la ch'onolo^ie e!es temps antà'ieurs aux Han?

Secondement, « leur histoire, dit encore le méj^e père» 6S1 « fort suivie et fort circonstanciée. «

Mais qu'on lise le premier volume des AniXales de la Chvnt^ traduites du Tong-kien-liang-mou, et publiées assez récemment; et Ion verra, dans l'espace de près de deux mille ans qiie ce volume renferme , en quoi consistent ce détail et ces circonstance^ qui, poiu' le dire en passant, ne confirment pas à beaucoup près la haute idée que nous nous étions formée de la douceur et de la sagesse du gouvernement chinois. On remarquera ce quA 'dit de Guignes dans la telle et savante préface de son édition du Chou-Tiin^ ** j « qu'en jetant un coup d'œil siu" les règnes des premiers empereurs de la Chine pendant les douze premiers siècles , on est surpris de n'y tiouver que de l'incertitude ; que f hbtoire de ces règnes n'est qu'une simple table chronologique, presque entièrement destituée de détails. »

Troisièmement, « suivant la chronologie des Chinois, la vie « des premiers empereurs de la Chine est très-conforme pour la (t durée à celle que l'Écriture sainte donne aux hommes de cc « temps-là. )>

Qu'est-ce que cela prouve, sinon la tradition de la longue vie des premiers hommes répandue presque universellement parmi les autres nations? Il y a parmi les Chinois Lien d'autres vestiges de u-adition conformes à nos livres. Tels sont les traita singuliers de ressemLlance qu'on trouve dans quelques-tins de uos historiens, entre Fou-hi et Koé; telle est l'inondation du temps de Yao, dont les circonstances jointes au temps et aux moyens qu'on employa pour y remédier renferment des chosei qu'il ne nous parait pas aisé de concilier, s'il n'est pas ici ques-

* Yoyez la Dissertation que nous avons déjà citée 6ur lastiquité et la certitude, etc.

♦* Préface, p. 33 , 3o^ etc.

826 LES ÉGAREMEKTS

tion des restes du déluge; telles sont tant d'autres traditîoiTs dont parle le père Ko dans ses Mémoires ^ art, 4i de l'aDliquité Ses Cljinois.

Quatrièmement, «tontes les parties de l'ancienne histoire < ont été écrites par des auteurs contemporains des ei0.pereuca « dont ils ont laissé la vie, »

Et comment prouve-t-on. cette assertion? c'est sur les Kinq, Ou livres sacrés des Chinois, comme ils les appellent, que son> appuyées les histoires les plus authentiques de la Chine; mais, en suivant les règles de la saine critique, qu'est-ce qui constate l'authenticité de ces livres par rapport au temps où ils ont été écrits? quels témoignages intermédiaires suivis et constants, quelles lignes traditionnelles fermes et sûres nous conduisent d'une manière précise et déterminée jusqu'à leur origine ? Celuî Ûes King qui fournit le plus à l'histoire des Chinois, celui qui en est, selon l'expression de Guignes, la source la plus pure cl la moins équivoque, est le Chou-ning , si stérile d'ailleurs en Bétails. Or voyez ce qu'en dit Guignes lui-même, page 7 et suiv; Ûe sa préface. Écoutons parler le père Ko , ce missioimaire cbinob élevé parmi nous, ou du moins celui qui a écrit sous son nom, et qui est si fort en état 'de discuter au milieu des lettrés chinois , au sein de sa pairie, tout ce qui en concerne l'hi»" toire.

Il n'y a pas de lettré à la Chine, nous dit-il (Mémoires , etc. t I , p. 240J, qui ne sache qu'il y aurait de la démence à ne pas voir que notre chronologie ne remonte d'une manière, je ne dis pas certaine et indubitable, mais probabk et satisfaisante, Que jusqu'à l'an 84 1 avant Jésus-Christ '..... Comme nous ne

* Les auteurs anglais de l'Histoire universelle font mention d'une nouvelle histoire de la Chine, publiée en Italie, et écrite pat un mandarin qui, si ce qu'on leur en a dit est vrai (et ce gue nous ne garantissons pas, n'ayant encore pu nous la procurer ) , a démontré que dans tout ctt empire il n'y a aucun mémoire authentique de ce qui s'est passé deux ou trois siècles avant Jésus-Christ.

Voyez l'édit, in-4. de la trad. l. i , page 211, note. )

demandons pas qu'on nous en croie sur notre parole , voki nos preuves :

I ". Le Chou-king marque la durée de quelques règnes; mais il ne la marque pas de plusieurs, et il y a uù grand nombre d'empereurs dont il ne dit absolument rien. 2°. Le Chou-king parle d'une éclipse sous le règne de Tchong-kang : mais il ne dit point l'année, ni la grandeur, ni le temps de cette éclipse; et les U^pt sentiments de nos ckronologisfes, qui la placent à tâtons, les uns à une année, les autres à l'autre, prouvent que ce point d'appui est plus inébranlable au delà des mers qu'ici. 3". Le Gbou-king ne donne ni la durée d'aucune dynastie , ni l'époqufi fixe d'aucun événement par ou on pourrait remonter ou deftccudre aux autres par des à peu près et des probalilés. 4°- Aucun des King ne supplée au îiience du Cliou-king sur toas ces objets. Nous défions qui que ce soit d'attaquer ces quatre asser»tions, ou en général ou en particulier. Il faut lire la suite dans l'auteur même, qui ne craint pas de dire dans un autre endroit (page 81 ) : « Ce ne fut que l'an io4 avant Jésus-Christ, au commencement du second siècle de la nouvelle dynastie, que la cour crut pouvoir risquer l'entreprise d'une liistoire générale de la monarchie depuis sa fondation jusqu'alors. »

Consultez encore ce que dit le même auteur (page 209 et Euiv. ) sur le chapitre Yu-kong, qu'il appelle le nœud gordien du Chou-king, eu égard aux difficultés qu'il renferme, quoi iju'en ait pu dire un de nos missionnaires qui a prétendu les tourner en preuves de l'ancienneté de ce livre. Si vous voulez d'ailleurs vous en former quelque idée pour la partie philosophique des premiers temps , lisez enfin le chapitre intitulé lIon(j-fan, page 164 du Chou-king, de l'édition de Guignes. Peut-être convienJirez-vous que nos incrédules auraient de quoi exercer avec plus de fondement leur critique sur nos livres sa». crés , s'ils ne faisaient que ressembler ù ceux-.là.

Cinquièmement, « Confucius, dont l'autorité doit être d'un * trfes-grand poids à cause de sa probité et de son rare mérite, « n'a jamais révoqué en doute la haute antiquité des principaux ( King et l'authenticité de la chronologie chinoise. »

Nous conviendrons sans peine de la probité , du rare mérite

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et des lainières de Confucius. Mais, en genre d'Ijistoire, il est venu tiop tard, si j'ose le dire, pour pouvoir donner une autorité suffisante à des livres qui lui sont antcrieius de beaucoup * et dont l'authenticité, prise dans leur origine, n'aurait pu être bien constatée que par une suite de témoignages successifs, ffans» dis d'une manière constante jusqu'à lui.

f^u'on me permette encore d'avancer que Confucius ne paraît pas avoir eu unt critique entièrement exempte de superstition , à en juger même par ce que rapportent les Annales, et en parti' culier par lo trait du Kilin, t. 2, p. 121. « Ce philosophe, dit Visdclou **, a adopte l'une et l'autre fables (celles de la Tortue et celle du Dragon, toutes deux également absurdes), et les ïJ confirmées ouvertement de son suffrage.... Kon seulement il approuve les sorts, mais encore il enseigne en termes formels, dans le livre canonique des changements (c'est-à-dire, son conimenta<re sur l'Y-king), l'art de les détruire; et certainement cet art attaché à ce livre ne se déduit que det es que Confacius 7 in a dit. »

J'ajouterai quVn parcourant différents traits de sa vie,depui. la pa^e 190 du tome 2 des Annales de la Chine, jusqu'û sa mort,- page 223 , on n'y trouvera pas non plus ce caractère de consistance , si je ptiis parler ainsi , cjuî eût du faire honneur û sa philosophie.

Sixièmement : « A ïa Chine le soin d'écrire l'hbloire n'est

* Voici ce qu'en dit l'hbfoire générale de la Chine , t. a | p. 220 : « Ce sage reprit, cette trente-sixième année du règne de King-ouang, le travail qu'il avait commencé pour mettre en ordre le Chi-sing et le Chu-king. H remonta à l'empereur Yao, en rassemblant tous les mémoires qu'on avait depuis ce tcmps^ là jusqu'à Mou-koDg, prince de Tsin ; il en forma le livre qu'on appelle Chou-\ing. )> Or, quel fond peut -on faire sur ces métuoires, et par conséquent sur le Chu-king ou Chou-king luimême ?

*♦ Voyez la notice de lY-king à la suite du Chou-king, édi» tion de Guignes, p. 40g et 4 10.

DE LA RAISON. 2'2g

« point abandonne au x particuliers. Un tribunal; érigé exprès a SOUS le titre de Haneliiie, et composq des lettrés les plus ha- R biles, préside à la confeclion des Annales. C'est à lui que sont • n remis les mémoires de ce qui arrive dans l'empire. Ces mén moires sont jetés chaque jour par les historiens pubHcs dans « un coffre scellé des sceaux de l'empùe, et auquel on a prati- Cl que une ouverture. Ce coffre ne s'ouvre qu'à l'établissement « d'une nouvelle famille impériale ; et c'est alors que les mé- « moires sont confrontés et discutés , etc. »

Mais depuis quand cette précaution s'observe c-elle? quand le tribunal de 1 histoire a - 1 - il été érigé ? Car tout ceci , dit Fr&rct * , ne peut convenir au corps entier des Annales. Elles' sont composées de deux parties dont la certitude et l'authenticité sont très-différentes. Celle de ces deux parties qui commence à l'an 206 avant Jésus-Christ (commencement de la dynastie des Han ] , est écrite sur les m«'moires contemporains , et n'a été publiée qu'après un examen aiilhectique La partie des Annales

qui comprend l'histoire des temps antérieurs aux Han est d'une espèce très-différente : c'est une histoire restituée après coup, etc.

Croit-on d'ailleurs que cette manière de dépôt et ce tribunal soient exempts de tout inconvénient? A la faveur de tous ces mémoires tenus secrets pendant si long-temps, est-on à l'abri de toute surprise ? La discussion qui se fait sous nos yeux d'ouvrages qiii sont pubhés à une très-petite distance des événements n'emporte-t-elle pas un plus haut degré de certitude? ei le sceau de l'opinion publique ne vaut il pas bien tous les sceaux do l'empire apposés à des écrits clandestins?

<( La dernière preuve en faveur des antiqtdtés chinoises, et « celle dont on fait le plus de bruit à l'égard des autres peuples . « ce sont les observations asiiononriques. »

Nous ne répéterons pas ce qui a été dit sur la facilité de calonler les éclipses jusqu'à la créatif"* du monde , de supputer des cycles, de citer quelque période astronomique m.ultipliée par elle-n.ème, d ajuster à des événements vrais ou controuvés , des

* Dissertation sur l'antiquité et la certitude de ia chronoloçie chinoise.

aSd LES ÉGAREMENTS

observations et des tables à la manière de cliaque peuple et dans toutes les hypothèses possibles. Nous nous contenterons de rei»" voyer, par rapport aux Chinois, aux remarques du père Ko que nous avons citées plus haut, relativement h la fameuse éclipse du règne de Tchong-kang, tant vantée par le père Gaubil, et il ce qu'a dit de Guignes , qui , ne laissant rien, à désirer sur" l'article en question * , montre clairement, i" l'incertitude des oI>servations astronomiques des Chinois pour les premiers temps : 2" le peu d'ancienneté de ceUe des temps postérieurs relativement à la haute antiquité qu'on veut donner à ce peuple, ei leur petit nombre sous l'une et l'autre époques : 3" la trè»grande probabilité que, depuis l'an 722 avant Jésus-Christ, les éclipses suivies et certaines marquées en grand nombre parConfucius , et qui , par une singularité remarquable , concourent avec l'ère de Nabonnssar, de laquelle les astronomes grecs partaient pour le calcul de leurs observations, ont été empruntées des autres nations : 4° l'apparence assez forte que, même pour CE qui concerne leur astronomie et leurs anciens astronomes, les Chinois ont copié et inséré dans leur histoire ce que l'on a dit des astronomes chaldéens et égyptiens; ce qui se confirme pa» le rapport de l'époque des observations chaldéennes indiquées par Callistbène avec celles des Chinois.

On a cru pendant long- temps que les Chinois étaient nn peuple isolé , qui ne devait qu'à lui-même toutes ses connai»- «emces. Les restes d'une ancienne synagogue qu'on a découverte dans la capitale d'une des provinces de la Chine, et l'entrée des Juifs dans ce royaume sous la dynastie des Han **, les plagiats en genre d'astronomie aperçus par nos savants, et entrevus même par des lettrés chinois, avaient déjà contribué en grande partie à afiàiblLr cette opinion. De Guignes l'a détruite entièrement par le mémoire qui a été lu le 1 8 avril 1777 dans la séance puJjlique de l'académie des inscriptions , et qui n'est que l'abrégé de deux autres "mémoires très-étendus que l'auteur a commimiqués à Va-

• "Voyez la préface du Chou-ling , p. 29 et suiv. •• "Voyez les lettres édifiantes, recueils septième et trente et nnième de l'ancienne édition.

DE LA RAISON. aBl

endémie. Il y donne depuis l'an 65 de Jésus-Clirist l'hi^txDire de la religion indienne dans la Chine; et il y montre comtien, depuis cette époque, et même long -temps auparavant , les liaisons de la Chine avec l'Inde et avec les autres peuples d'occident ant dû servir au progrès des sciences et des arts chez cette ur>« tioD. Il n'avance rien qui ne soit appuyé du tcmoigna^o même des historiens chinois.

D'après l'étude la plus approfondie cFe ces mêmes autenis, de Guignes a achevé de nous convaincre du peu d'authenticifc! de la clironologie chinoise, par le nouveau mémoire qu'il a la ù l'académie des inscriptions au commencement de l'année 1770

11 y prouve, i'' que le célèbre passage de Meng-tzé, Cœli altitudo est sublissima, etc., dont Fréret s'est servi pour appnjer, h quelques égards la chronologie et les antiquités chinoises , n'est point tel qu'il l'a cite; que ce savant a été induit en erreut par les traductions que le père IS'oiil et le père Couplet ont dénuées de l'ouvrage de Meng-tzé, où ils ont inséré dans le texte même ce qui n'était qu'un commentaire d'écrivains modernes ; en sorte qu'en rétaJjlissant le. vrai texte 'dans toute son intégiité, il ne prouve plus rien de ce qu'on lui fait prouver *.

a". De Guignes fait voir que les plus anciens historiens' et les livres les plus autlientiques des Chinois ne renferment rien d'où l'on puisse conclure avec fondement une si haute antiquité, qui û'est appuyée en effet que sur les systèmes et les inventions d'auteurs plus récents , dont il donne la liste la plus exacte et h plus étendue,

* Voici la traduction du passage de Meng-tzé, telle que la donne Fréret dans les Mémoires de V académie des inscriptions , l. t5,'iu-4. et t. 29 de l'édition in-i2. p. 347- Nous mettrons en lettres italiques les mots qui , selon la remarque qu'en a faite de Guignes, en remontant aux sources mêmes, ne se trouvent point dans le texte, mais seulement dans les commeu,taires modernes.

a La distance qui nous sépare 'des astres est presque tdfinie ; « l'étendue du ciel dans lequel ils font leurs cours est immense;

2d2 LrS EGAREMENTS

3°. Il prouve que les Chinois ont été en relation avec les anciens peuples , de qui ils ont tiré la plupart des connaissances dont on leur fait honneur.

4°. Il prouve que, dans les temps oii on leur suppose de si belles lois et un si grand empire , ils étaient bornés à un petit nombre de provinces et en^^^oanés de peuples sauvages et barbares qui les pressaient de toutes parts, et au milieu desquels il était impossible qu'ils eussent acquis le haut degié de civilisa«tion qu'on veut Lien leur prêter.

5°. Il démontre enCn que, jusque vers l'an 8oo avant Jesns- Christ , leiu- histoire n'a absolument rien de certain , et qu'à celte époque ils ne pouvaient être fort anciens *.

Terminons par deux réflexions cette note que nous avons crue nécessaire. La première, que, quand il serait vrai que quelques-unes des observations asti'onomiques dont on a prétendu se prévaloir pour exalter l'antiquité de certains peuples, et pour

(t cependant, si nous examinons attentivement les mouvements « célestes, et que nous recherchions avec soin les difTcrents lieux n où se sont trouvés les astres, alors, quoiqu'il se soit écoul<^ a plusieurs milliers d'années depuis le solstice d'hiver dans lequel « on établit un calendrier, et qui se trouve joint avec la syzygie «de la lune à minuit d\in jour kia-tzé, il sera facile de détermif ner quand cela est arrivé. »

Tsous avons ici un bel exemple des calculs faits après coup^ et adoptés dans la suite avec tant de confiance par le» écrivains même les plus savants et les plus c'clairés.

* On a donné dans le Jourmal des savants j (juin 1779) le précis d'un autre mémoire qui a été inséré depuis dans le quarante-deuxième volume des Mémoires de l'académie des Inscriptions , dans lequel de Guignes examine quelle a âté l'étendue de l'empire de la Chine depuis sa fondation jusqu'à l'an 24g avanK Jésus -Christ, et en quoi consistait la nation chinoise dans cet intervalle. Il a paru encore un précis en juillet, relatif au mémoire dont rious avons parlé ci-dessus (p. aSj) dans lequel de Guignes examine les fondements de l'aneianae histoire chinoise.

aflàiblir l'autorité du texte sacré, seraient aisux fondées qu'elles ue le sont en effet (je ne parle pas de celles <jui, ramassées çà et là sans examen et sans critique, ne portent que sur de vaincs conjectures et sur des suppositions ) ; il s'en faudrait de beaucoup qu'elles ne prouvassent pour la haute antiquité de ces peuples tout ce qu'on veut leur faire prouver. La longue vie des premiers hommes, tels que rÉcritiu'e nous les présente, leur état et leur genre d'occupations, ont dû les rendre presque universellement astronomes. Les patriarches, pasteurs, agriculteui-s, ont dû multiplier les observations et les transmettre a leurs enfants, qui y joignaient les leurs et les laissaient également à ceus qui venaient après eux *. De li a dû se former un de'pôt de conaaissances, de remarques et d'époques astronomiques, plus ou

* Bailly, dans son Histoire de V astronomie ancienne, éclaircissements , liv. I , parag. I, cite en effet un passage de Josèpbe . liv. I, chap. 3, où il parle ainsi dts enfants de Seth : « On doit c( à leur esprit et à leur travail la science de l'astrologie (les an- K ciens, dit Baillv, confondaient sous ce corn l'astrologie judi- « ciaire et la saine astrologie) ; et, parce qu'ils avaient appris « dAdam que le monde périrait par l'eau et par le feu, la « crainte qu'ils eiu"eat que cette science ne se perdit auparavant a que les hommes en fussent instruits ks porta à biitir deux co- K lonnes, l'une de brique, l'autre de pierre, sur lesquelles ils « gravèrent les connaissances qu'ils avaient acquises, afin que, « s'il arrivait qu'un déluge ruinât la colonne de brique, celle de « pierre demeurât pour conserver à la postérité la mémoire de R ce qu'Us y avaient écrit. Leur prévoyance réussit, et on assure « que cette colonne de pierre se voit encore aujourd'hui dans la « Syrie. ))

Quelque jugement que l'on porte de ce passage de Josèpbe , il sera toujours vrai de dire, comme nous le faisons ci -dessus, î '' que la longue vie des patriai-clies , suilout avant le de'lugt; , et leur genre d'occupadons , les mettaient beaucoup plus à portte qu'on ne l'a été dans les âges suivants d'observer, par exemple, la constance du mouvement et du retour des comètes, i>nt Apollonius Mjndien avait piis l'opinion dans la Chaldée,

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