Tome II
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uières par les événenieiits rjni ont suivi , leur a été donnée par Dieu même au teiTips de la création.
Je sais que de nos jours des hommes éclnirés ont proposé dus systèmes ingénieux sur l'orij'jine et la formation des langues ; mais je ne crois pas que, malgré l'air de vraisemblance qu'ib leur ont donné, ils aient répondu suffisamment aux objections qu'on est en droit de leur faire.
On a peine à convenir, par exemple , qu'il y ait un rapport naturel et même nécessaire entre les mots dont on se sert dans toutes les langues et la plupart des objets qu'ils expriment; qu'il y en ait un surtout entre les sons et les objets intellectuels dont l'expression forme, à proprement parler, le langage, en le distinguant de ces ciis confus, de ces sons vagues et mal articulés qui manifestent, dnns les êtres mêmes qui n'ont que l'instinct pour guide, des sensations, des besoins, des désirs, ou qui imiteront, si vous le voulez, quoique d'une manière souvent arbitraire et trcs-imparfaite , le cri des animaux, le bruit du tonnerre, et en général tous les objets propres à être rendus par des sons, comme les choses figurées se rendent par des signes, des traits et des couleurs.
On ne voit pas d'ailleurs comment, en supposant ce rapport si naturel et si nécessaire entre les mots et k s idées , il a pu se faire, quelle qu'ait été la différence des climats, des nations et des siècles , que les mots souffrissent des altérations si sensibles , qu'ils éprouvassent tant de changements qui ne proviennent que de la fantaisie et du caprice. Une cause nécessaire , une cause qui ne dépendait pas même de notre choix et de notre volonté, ne pouvait pas, ce semble, produire des effets si variables.
Quoi qu'il en soit, la nature parait avoir donné à l'homme bien peu d'éléments du langage proprement dit, et il est difficile 'de penser que par lui-même il ait pu en faire nailre une langue quelconque, si simple qu'on la suppose. Des sons doux, aigres, vîtes, lents, rapides, ne suffisent pas pour cela; ils ne peindront tout au plus (et ils ne le feront pas même d'une manière fixe et constante) que les objets dont nous venons de parler : mais ils ne rendront pas naturellement et nécessairement une suite de
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conceptions, d'idées liées ensemble, et tout ce qui forme un raisonnement. S'entendre par des cris comme les animaux , ce n'est pas avoir un langage ; et l'organe a beau nous être- donni comme il l'est à quelques-uns d'entre "eux, je ne vois pas ce que l'on en tirera dans les Lypothcses les plus favorables, si la nature toute seule préside ù ses développements.
J 'ose croire, en un mot, que, si Dieu n'eût pas donné à rhonune, au moment de la création , ce qui coustitue jusque dans les peuples les plus sauvages la métaphysique du langage et le langage lui-même , aucun langage n'existerait encore.
Voyez â peu de cliose près, les mêmes réflexions plus de'veloppées dans l'Année littéraire, 1777, n". 4, lettre X. Elles me semblent présentées d'une manière victorieuse, au mot lanque (gramm. ) de l'Encyclopédie, où Beauzée, de l'académie française , constcint dans ses principes , a montré d'ailleurs pour la religion le même respect qui lui avait inspiré son Exposition abréqèe des preuves histori(jues de la religion chrétienne , que nous avons déjà citée plus haut. Cet ouvrage ne fait pas moins l'éloge de son cœur que celui de son esprit et de ses lumières , ayant été composé pour 1 instruction de ses enfants, lorsquil touchait au moment détre père. Puisse aussi M. le comte d>; S. C. , qui a écrit si utilement dans de pareilles vues, permettre un jour qu'on rende public l'heureux fruit de son travail !
(i3) Le déluge nous en garanti par l'histoire de tous les peuples. Voyez les textes des auteurs païens de différentes nations, dans Josèphe, Ant. jud. l. r. c. 3 ; Eusèbe, Prœp. evang. l. f), c. 12 ; George le Syncelle, Chronogr. Edit. Paris, p. 3o et 38; Plutarque, Opuscul. terrestria an aauat. anim. plus haheanl solertiœ ■ Lucien, de Ded Syrid, etc. La plupart de Cfs lextei des auteurs profanes se trouvent rassenJjlcs dans Grotius, «le Verit. relig. christ. l.i,§ 16. cum. net. Joan. Clerici. Voyea aussi l'Histoire moderne pour servir de suite ù l'Histoire uncieiine de Rollin , par de Marsy, qu'on n'accusera pas d'être trop favorable à La religion chrétienne ; on est étonné d'y trou- Tcr si fré'^uepiment , parmi les peuples les moins connus autr»-
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fuis, on mcme nouvellement découverts, les Iraditions les plus coufornies à ce cjue nos livres saints nous apprennent.
Bailly, dans ses Lettres sur /'oriVyine des sciences, passe en revue toutes les anciennes traditions sur le déluge. (( Pourquoi « dit-il, rcffusion des eaux est-elle la base de presque toutes les « fctes antiques ? pourcjuoi ces idées de déluge , de cataclisme « universel ? pomquoi ces fêtes qui eu sont des commémorations? Jc Les Chaldéens ont lliistoire de leur Xisustrus, qui n'est que « celle de Noc un peu altérée? Les Égyptiens disaient que Mer- « cure avait grave les principes des sciences sur des colonnes qui « pussent résister au déluge. Les Chinois ont aussi leur Peyruti, « mortel aimé des dieux, qui se sauva dans une Larque de l'i- « noudation générale, n (Plusieurs d'entre eux fout aussi mention de Fou-hi, en lui donnant à cet égard plusieurs traits de ressemblance avec yoé. ) « Les Indiens racontent ( on mêlant ù ce récit leur faljuleuse antiquité , sur laquelle Fréret s'est suffisamment expliqué *), qu'il y a environ vingt et un mille ans <( que la mer a couvert et inondé toute la terre , à l'exception « d'une montagne vers le nord. Une seule femme avec sept « hommes s'y retii-èrent. . . . On y avait également sauvé deux c< animaux de cLaque espèce et deux individus de chaque plante <( au nombre de dix-huit cent mille... Ils ajoutent , en parlant de « leur dieu Vitchnou, métamorphosé en poisson, que ce fut au « temps du déluge, lorsque ce dieu conduisit la barque qui « sauva le genre humain. Celte barque conservatrice du genre « humain , se retrouve encore au nord de la terre et dans l'Edda. « Le géant Y mus ayant été tué, il coula tant de sang de ses K blessures , que la race hiunaine en fut sidjmergée et détruite , « à l'exception de Belqema-, qui se sauva dans une barque avec « sa femme... L'idée du déluge, telle que nous l'avons recueillie n chez les différents peuples , est la tradition d'un fait histori- <( que.... On ne cherche point à perpétuer la mémoire de ce qui « n'est point arrivé. Ces histoires , différentes par leur forme ,
*• Recherches sur les traditions religieuses et philosophiques desludiens. (Jfistoire de Vacad, des inscriptions , dix-huitième vol. in-4°. )
« mais semblables quant au fond, qui présentent un même fait « partout altéré, mais partout conservé, ce consentement una- « uime des peuples me paraît une forte preuve de la vérité de (i ce fait. »
Boulnuger, dans l'Antiquité dévoilée, a insisté Sur ce grand événement. Voici ce qu'il en dit flans son avant-propos : <( Il faut « prendre un fait dans la tradition des liommes, dont la vert rite soit universellement reconnue; quel est-il? je n'en vois c( point dont les monuments soient plus généralement attestés « que ceux qui nous ont transmis cette fameuse révolution « pliysique qui a, dit -on, changé autrefois la face de notre « gîohe, et qui a donné lieu à un renouvellement total de la so- « ciélo humaine : en un mot, le déluge me païaît la véritable « époque de l'histoire des nations. Is'on - seulement la tradition « qui nous a transmis ce fait est la plus ancienne de toutes, « mais encore elle est claire et intelligible. Elle nous présente « un fait qui peut se justifier et se confirmer, i". par l'univer- « salité des suffrages, puisque la tradition de ce f?it se trouve « dans toutes les langues et dans toutes les contrées du monde : « 2". par le progrès sensible des nations et la perfection succes- « sive de tous les arts ; quoique l'histoire ne puisse atteindre aux « premiers temps, elle nous montre, sinon le genre humain nais- « sant , du moins ime infinité de nations encore dans une espèce n d enfance; ces nations croissent et se fortifient peu à peu, et « soumettent insensiblement une grande portion de la terre à « leur empire. 3". L'œil du physicien a fait remarquer les roo- « niunents autlientiques de ces anciennes révolutions ; il les a « vus gravés partout en caractères ineffaçables ; s'il a fouillé la « terre, il n'y a trouvé que des débris accumulés et déplacés; il « a trouvé des amas immenses de coquilles au sommet des mon- « tagnes, aujomdhui les plus éloignées de la mer; il a trouvé « des restes indubitables de poissons dans lés profondeurs de la « terre ; il y a trouvé pareillement des végétaux dont l'origine ne « lui a point paru douteuse ; enfin il a trouvé dans les couches « de la terre qu'il habite des ossements et des restes d'êtres animés
« qui ne vivent aujourd'hui qu'à sa surface ou dans les eaux
a Douter d« la réalité de ces faits, ce serait démentir la nature, qui
n a dressé elle-même en tous lieux des monumeots qui les ai tesu teut. Ainsi la révolution qui a submergé une partie de notre « globe pour en mettre une autre à découvert, ou ce que Ion a « nommé le déluge universel, est un fait que l'on ne peut re'cu- « ser, et que l'on serait forcé de croire quand même les tradi- R lions ne nous en auraient point parlé. ))
Boulanger détaille les institutions faites par les différents peuples de la terre pour se retracer la mémoire du déluge. Il tire de ces événements des conséquences relatives aux effets que, selon lui, il a dû produire. C'est ici que commence la partie systématique de son ouvrage ; et c'est aussi, lorsqu'il met les systèmes ci la place des faits, ou qu'il veut expliquer les faits par des systèmes, que, comme tant d'autres, il commence à s'égarer.
(i 4) Ces piaules étrancjéres, empreintes sut êes pîcrre», mé» dailles toujours subsistantes du déluge unii'fTsel, etc. A'oici ce que dit Foutenelle dans Vllistoire de Vacadémie, et ce que cite d'après lui Bufibn , Hist. nat.^ théorie de la terre, t. i. « Toutes M les plantes gravées dans les pierres de Saint -Cbaumont s<5nl (( des plantes étrangères; non-seulement elles ne se retrouvent, et ni dans le Lyonnais, ni dans le reste de la France, mais elles i< ne sont que dans les Indes orientales et dans les climats chauds « de l'Amérique. Ce sont la plupart des plantes capillaires, a (( souvent en particulier des fougères ; leur tissu dur et serré lea « a rendues plus propres à se graver et à se conserver dans les « moules autant de temps qu'il a fallu. Quelques feuilles des « plantes des Indes, imprimées dans des pierres d'Allemagne, « ont paru étonnantes à Leibnitz; voici la même merveille inû» (( niment multipliée, il semble même qu'il y ait à cela une cer» « laine affectation de la nature; dans toutes les pierres de Saint- « Chaumont on ne trouve pas une seule plante du pays.
« Il est certain , par les coquillages des carrières et des mor»- « tagnes, que ce pays, ainsi que beaucoup d'autres, a dû autre- <c fois être couvert par l'eau de la mer ; mais comment la mei « d'Amérique, ou celle des Indes orientales, y est-elle venue?
« On peut, pour satisfaire à plusieurs phénomènes ^ supposer
« avec assez de vraisemLlance que la nier a couvert tout le globe « de la terre : mais alors il n'y avait point de plantes terrestres ; « et ce n'est qu'après ce temps-là, et lorsqu'une partie du globe c( a été découverte, qu'il s est pu faire les grandes inondations « qui ont transporté des plantes d'un pays dans d'autres foit <( éloignes. »
Mais quelle inondation que celle qui envoie la mer des Indes orientales, ou celle d'Amérique jusqu'au sein de la France! El si l'on peut admettre une pareille supposition, quoiqu'elle n'ait pour elle aucune sorte de preuves , de fondement et d'autorité ; quoiqu'il n'en reste aucune tradition dans l'esprit des hommes; quoique l'iiisloire ne nous offre aucun exemple, autre que ie déluge, d'une si prodigieuse révolution ; quoiqu'elle soit d'ailleurs si contraire aux lois que la sagesse du créateur a prescrites au plus terrible élément, et d'après lesquelles il s'éloig^ie peu de B>s bords, lors même que, par quelque tremblement de terre, quelque éruption soudaine, il les franchit, ne valait-il pas autant, ne valait-il pas mieux reconnaître un déluge universel, qui nous est garanti par les livres les plus dignes de notre aoyance et par la plus respectable autorité; qui a pour lui la tradition la plus ancienne et la plus universellement répandue parmi les nations; qui est confirmé par tant de monuments physiques, et qui rend lien mieux raison que tous les systèmes des faits aui nous élDunent?
C'est ainsi , par exemple, que le déluge explique bien simptomcnt ce qui dans le système de Fontenelle ne peut s'expliquer avec quelque sorte de vraisemblance, et ce qui dans celui de l'illustre auteur de l'Histoire naturelle est absolument inexplicable, « En effet, comme l'observe l'abbé de Lignac, dans Ihypothèse de « BufKjn, se'ou laquelle l'eau a d'abord couvert tout le globe, et <( ensuite creusé un bassin et élevé des montagnes, on ne peut pas « dire que les flots de la mer, en formant le terrain de Saint-Chau- « mont, en l'élevant au niveau actuel de la mer, y aient porté des « plantes et des feuilles des Indes. La tene, sous ce volume im- « mense d'eau dont Buffon l'enveloppe, pouvait-elle produire des « arbres, des plantes terrestres, de ces espèces de végétaux, en ua H ijiot, qui ne viennent qu'autant qu'ils trouvent un air libre ou ils
« puissent sùtendre ? On ne peut prêter une prètentiôn aussi bi» « zaïre à un aussi grand physicien. Cependant le fait est vrai ; « on trouve dans nos contrées des plantes et des feuilles des In- « des moultes dans nos pierres. Buffon conviendra que la mer « les a apportées , et les a enveloppées dans un suc pierreux : «, d'où je conclus que, s'il est vrai d'une part que les rochers où « l'on trouve des coquillages et d'autres productions marines « prouvent nécessairement qu'ils ont été faits par l'élévation de « la mer jusqu'à mille loises pour le moins au-dessus du niveau « qu'elle a présentement, les feuilles d arbres, les plantes dent « parle Fontenclle prouvent aussi invinciblement qu'avant que « la mer s'élevùt à ce point, les terres avaient été découvertes et « avaient produit des arbres et des plantes. Ce qui s^accorde parte faitement avec l'histoire du déluge, et point du tout aveo « l'Histoire naturelle de Buffon. »
(Leitres à un Américain, troisième lettre.) Voj-cz aussi un petit ouvrage qui a pour titre : Ohservatiom sur ]a formation des niontaqnes et les changements arrivés au globe, pour servir à lllistoire naturelle de Buffon, page GS et suiv. Cet ouvTage est de Pallas, académicien de Pétersbourg, qui, sous les auspices de l'impcratrice de Russie, a paitouni toute la longueur de l'Asie et une bonne partie des deux pluj grandes chaînes de montagnes. C'est par ses propres observations que ce savant s'est convaincu de la réalité du déluge, de cetta catasuophe dont j'avoue, nous dit-il, n^avoir pu concevoir la vraisemblance avant d'avoir parcouru ces plages, et vu par moi- Xnême tout ce qui peut y servir de preuve à cet événement mémO' rable. Consultez encore le mémoire imprimé dans le l'j^, vol. des nouveaux Commentaires de l'académie impériale de Pétcrsbourj:.
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(i5) Cet antique système, etc. Ce système, qu'expose ici I; marquis 'de Valmont d'après quelques anciens philosophes, a été renouvelé de nos jours par l'auteur de Telliamed, et par BuQun, qui l'a rendu encore plus séduisant : mais ce n'est, après tout, qu'un jeu d'esprit, orné de tous les charmes de l'invention
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et de i'cflat le [.lus imposant de 1 enidition et de la philosophie. Je n'entrerai point dans le 'détail des réponses qu'on y a faites, et qui sapent tout cet ingénieux et Lrillant édifice par ses fondements. On peut les voir dans les Lettres à un Américain * ; et on ne peut nier qu'il ne s'y rencontxe sur cet objet, d'après les notions pljysi(]ues les plus simples et les plus communes , des arguments sans réplique. On les trouve aussi dans l'exceUent Traité de Hook sur la religion. Mais qu'il me soit permis de dcniander seulement ce que pouvaient être , et où étaient même dans cette hypothèse, l'homme, les oiseaux, les animaux purement terrestres , lorsque les eaux couvraient toute la face de la ferre; et de quelle manière on les fait fous sortir d'un élément qui kiir est si contraire? On connaît assez, par la structure des aniluaux aquatiques et des animaux terrestres, poiu- quelle habitation la nature les avait destinés ; et il n'est pas de physicien si liGU instruit qui ne sache observer les difTérences essentielles que l'auteur de cette nature toujours prévoyante et sage a mise en eux pour cet effet.
Quant aux dilucultés que notre respectable académicien semble opposer au déluge, l'auteur des lettres que nous venons (le citer prouve tris-bien qu'elles ont lieu dans son système , ei qu'il s'y en rencontre déplus grandes encore; avec cette différence que celles qui concernent le déluge rapporte par Moise trouvent leur solution dans les causes surnaturelles qu'il a plu à Dieu d'employer; au lieu que Bufibn ne peut répondre que par des causes naturelles et insuSjsaulcs aux objections qu^on lui
* Plus lourra^e de Buffon a fait à son auteur un grand nom justement mérité, plus il est essentiel de se prémunir contre ce culte superstitieux, qu'on n'est que trop porté à rendre aux grands hommes, et qui fait adopter dans leurs écrits l'erreur (.•omme la vérité. Il serait donc à souhaiter qu'on ne séparât l>oiat de l'Histoire naturelle les lettres que nous ne craignoiTs pas de rappeler ; elles y font un supplément nécessaire : même en relevant des fautes , elles font apercevoir des beautés , et honorent comme il veut être honoré un homme assez modeste jwur convenir qu'il s'est égaré quelquefois.
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iàil. Par exemple ; <; Aous concevons très -Lien que rien n'a pu « empêclier Dieu de fournir la quantité d'eau nécessaire pour m couvrir les plus hautes montagnes , dès que nous savons « qu'il a voulu le faire ; et que rien aussi n'a pu l'empêcher de « la supprimer : au lieu que Buffon ne peut se servir que dee » lois do la physique pour submerger la te^^e sous un prodi- « gieux volume d'eau, et pour l'en délivrer; et la nature ne lui ■ fournit pour cela aucune ressource. » (Ycsez la troisième, la quatrième et la cinquième lettre.) Is'ous croyons devoir seulement ajouter ici quelques réflexions générales, qui pein'ent servir à résoudre une partie des diflicultés qu'on nous objecte.
Premièrement , on se forme une fausse idée du déluge lorsqu'on suppose que l'unique cause de l'inondation a été la pluie qui dura quarante jours et quarante nuits. La Genèse ne dit pa» st.-ulement que les cataractes du ciel furent ouvertes ; mais elle parle aussi des sources du giand abime qui, par ^ss éruptions loatf rraiucs , causèrent une agitation violentp et si durable, qw les eaox, toujours en mouvement, ne commencèrent à diminuer qu'au bout de cent cinquante jours *. Ce mouvement fut moins «oiisidérable , quoique très - sensible encore jusqu'au dixième mois **, auquel parurent enfin les sommets des plus hautes montagnes; et deux mois après Noé put sortir de l'arche. C'est à ces éruptions qu'on peut attribuer en partie tant d'effets extraordinaires et irréguliers qui s'expliquent moins bien , ce me s«mble, dans toute autre hypothèse; par exemple, ce grand nombre de coquillages trouvés au sciu des plus hautes monta-gnes et h une si grande profondeur, ces couches diversement et souvent bizarrement inclinées , etc.
Secondement , c'est tout à la fois aux deux causes que ooii»
• Rupti sunt omnes fontes ahyssi maqnce, et cataractce cceii apertœ sunt.... ohtinueruntque ofjuœ terram ceiitum tjuîrKjuaginta diehits.... reverscenue sunt aqua: de terra euntes et redeun- {is, et cœperunt minui post cenlum (juiiKfuaginta dies.
(Cap. VIT, II, 24. Vin,3.)
** Ât verô aqu<s wnnt et decrescebant usqui ad decim^m, ntensem. (Cap. VIII 3 5.;
tenons (Ï1ndif|uer. combinées entre elles et avec jâusieurs autres, telles que pouvaient être le flux et reflux , l'agitation des eaux causée par les vents, les courants dans la mer, etc., qu'on doit aussi rapporter quelques autres effets du de'luge ; je veux parler de ceux qui sont relatifs aux dLflcrentes couches déposées les unes sur les antres, non pas toujours selon leur pesanteur spécifique, mais d après le concours de tant de cuconstances difîtlrentes qui préparaient et réunissaient avec plus ou moins de promptitude les matières laiteuses et bourbeuses propres à former des pierres, des marnes, des terres glaises, et qui en facilitaient plus ou moins la chute alternative.
Troisièmement , il n'y a pas lieu de s'étonner de ce qu'on ne trouve point communément parmi les monuments du déluge les restes des animaux tenestn s aussi-bien que de ceux qui peitplent les rners , puisque Buffon lui - même nous apprend que les coquilles se consen'ent très-lonq-temps dans les rtiatièret molles, quelles se pétri fent aisément dans les matières dures, re qui les rendait propres à durer plus long- temps que toule» l'S autres choses qui sont plus sujettes à dissolution. Il est cependant vrai qu'on a trouvé en effet des restes d'animaux terrestres, même dans des climats qui leur étaient étrangers : on a trouve, surtout en Sibérie, des o^ d'éléphants, et l'on y en trouve encore tons les jours.
rfous ne nous inquiétons pas du grand nombre de coqxiill«3 pétrifiées qui fonnent des bancs si profonds et si étendus. 11 faudrait poas oir sonder les \ astes abimes de l'Océan pour bien juper de ce qu'il en contient en même temps , et surtout vers de certaines plages ou ces poissons à coquilles se rassemblent en plus grande quantité, selon ce qui convient le mieux à leur t«pèce.
Quatrièmement . quand il serait vrai que la correspondance des angles rentrants et saillants des montagnes serait aussi générale que l'a pensé Buffon , on concevrait , dit 1 abbé de Lignac , qne les courants de la mer, lorsqu'elle abandonnait notre conlH H2Dt, ont produit ces effets réguliers. Ils s'expliquent très-Lien dan» ce système; et rien ne s'explique dans celui où la formalioo des montagnes par le mouvement des eaux souâre de si
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grandes difficultés * ; ce qui u fait dire à \oltaire qu'il at aus:ii vrai que la mer a fait les montagnes qu'il l'est de dire que les montagnes ont fait la mer.
Sans nous anèter à des développements que ces notes ue comportent pas , nous insisterons sur une dernière réflexion : c'est qu'on ne saurait trop prendre garde de donner pour des effets généraux et constants c? qui n'est que local et qui résulte seulement de quelques causes particulières; ou Lien encore de tiier des faits, même les plus avérés, des inductions qui n'en sont pas une suite nécessaire. C'est ainsi qu'on a voulu déduire de la lave du mont Vésuve et de celle du mont Etna une preuve de la haute antiquité du monde. 11 y a, 'dit -on, en certains endroits jusqu'à six ou sept couclies de lave, séparées chacune par de la terre végétale; et il a fallu une suite innombrable de siècles poiu- que ces laves aient pu se couvrir dé terre et se placer ainsi les unes sur les autres. Il suffit d'opposer à ceci un autre fait qu'on nous apprend au même endroit, et qui détruit une conséquence si hasardée. Les fouilles d'Herculanum, nous disent ces mêmes voyageurs, se font à soixante et dix et jusqu'à cent douze pieds au-dessous de la superficie actuelle du ten-ain,
* Outre les Lettres à un Américain, il est sur le système de Buflbn un ouvrage important ot qu'on ne saurait trop consulter; Cv? sont les Lettres pliysiques et morales sur l'histoire de la terre et de l'homme, par de Luc, citoyen de Genève, membre de la société royale de Londres , et correspondant de l'académie des sciences de Paris. Ce savant physicien, qui, dans les voyages qu'il a faits sous les auspices et par les ordres de la reine de la Grande-Bretagne, a passé une partie de sa vîe à étudier et à observer par lui-même les objets sur lesquels d'autres savants se sont contentés du témoignage d'aulmi, et se sont bornés à former des systèmes renversés par des faits et des raisonnements la plupart sans réplique, tout ce qui sert de fondement au système de Buffon. (Voyez entre autres les quatre dernières lettres du premier volume , et dans bs volumes suivants , les lettres 36 , Sj. 39, 40, 90, i44> ^t ailleurs : mais voyez pirtirulièrement t. 5 , p. 604 et suivantes. )
pour arriver îi cette profoudeur. on ne traverse que des couches iiolcaniaues entrelacées de petites couches de terre véqétale. Ot il n'y a pas i joo ans (ju'Herculanum a été enseveli sous ses ruines. C'est donc assez de 1^00 ans pour opérer ce phénomène que l'oa croyait ne pouvoir attribuer qu'à une suite innomhrahle de siècles; et ce sont là cependant pour des esprits légers de très-fortes objections.
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(iG) De quelcjue côté que l'on se tourne, il est donc plus nuturel, plus raisonnable d'en revenir au récit de Moïse. Sur la manière dont le déluge a pu s'opén r, et sur les vestiges qui nous restent de cet événement, voyez Pluche, Spectacle de la nature, t. 3 , vers la fin,
Le déluge universel une fois admis, d'après l'histoire et les luomunents physiques, quelle voie plus naturelle encore que celle qu'indique Moise pour la conservation du genre humain; je veux dire la construction de l'arche qui sert de retraite h la famille du juste, ainsi qu'aux différentes espèces d'animaux qui ue pouvaient à la rigueur être conservées par aucune autre voie ? Et comme le fait encore observer Pluche, » un nouveau trait de la Confiance qu'avait Moïse aux instructions qui conduisaient ira pliune, est la hardiesse de tious donner la dimension de l'arche, où quelques paires 'de tous les animaux 'devaient, avec leurs nourritures propres , se conserver pendant un an. La précision des mesures rapportées dans la Genèse est parfaite; 3oo coudées de long sur 5o de large, avec 3o coudées de haut, distribuées en trois étages ; ce qui donnait l'avantage de trois bâtitiments chacun de i5 pieds de haut sur 70 de large, et de 45o pieds de long , tous trois posés l'im sur l'autre. Les monuments de Is suffisance de ces mesiures ne se doivent chercher que dans l'histoire naturelle et l'arithmétique. Butheo , Wilhins et Pelletier, un des meilleurs calcidateurs que Rouen ait produits, ont examiné le nombre et la taille des animaux connus ; ensuite les places qu'il faudrait assigner à tant de paires de toutes les espèces voraces», et aux brebis qui seraient nécessaires pour les nourrir pendant un an ; ils ont de mtme calculé co qu'il fallait
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'àe place aux autres animaux et aux provisions qui kur convenaient, Siins oublier les galeries et les facilités de l'accis de chaque loqf. Le fruit uniforme de leurs différentes métliodes a été de prouver géométriquement que les dimensions jnarqirees dans la Genèse étaient plus que suffisantes pour l'eutrctiso et l'ai- »ance de tous. (Préparation évanqelique.)
PAGE aig.
(17) Ce qug je reniûrijiie dans toute l'Écriture, etc. On reproclie à l'Écriture sainte des expressions qui semblent marquer dans Dieu des jiassicns semblables aux nôtres, des mouvements et des opérations iodignes de lui : il se repent, il se fdche, il s". vencje , il endurcit nos cœurs. Mais il faut se souvenir aussi qu'après avoir donné dans mille endroits les idées les plus saines, les notions les plus exactes de la divinité, il était naturel que l'Ecriture sainte parlât un langage humain et sensible à des Lommcs. Les lumières qu'elle fournit à la raison nous aident suffisamment à fixer le sens des termes , lors înéme que l'auteur sacré parle à l'imagination; et on ne se trompe pas plus à ces différentes expressions, à ces différentes images, qu'on ne se trompe h celles-ci, le bras du Tout-Puissant , la face du Tiès'Hautf le bdne de sa gloire.
DE LA RAlîîOJ.'. 2"X