Tome II
26 LES égareme:îts
dun aveugle fanatisme; des peuples de sages prosternés devant des dieux de bois, de pierre, ou de métal, devant des figures grotesques, dont 1 artiste maladroit riait en les Ibrmant, et quil adorait avec tout son peuple après les avoir formées; nos pères eux-mêmes.... Ali! je frémis à ce triste souvenir; nos pères à genoux devant de honteux simulacres; et nous, mon fils, qui y serions encore sans la foi de nos premiers apôtres ; des superstitions communes aux simples et aux savants, des poulets consultés de bonne foi par des héros; le vol des oiseaux faisant trembler les plus fiers courages; des cultes infâmes, des sacrifices impurs, des dieux parjures, incestueux, adultères; des divinités cruelles et barbares, des victimes humaines; le vice dans les temples, sut les autels , et dans presque tous les cœurs : voilà , mon fils, voilà Ihomme abandonné à lui-même... O aveuglement ! ô folie ! dont on oserait à peine le croire capable, et quou serait tenté de regarder comme une calomnie contre le genre humain, si elle n'était attestée par lexpérience de tous les siècles, et par l'exemple de toutes les nations. Grand Dieu! de quelle nuit profonde as-tu tiré îunivers! et dans quels siècles heureux, sous quelle iiimable loi m"as-tu ftiit naître !
Je ne t'ai encore montré les égarements de la raison que dans la multitude; et ce serait déjà, mou fils, prouver assez contre toi, puisque enfin cest le grand nombre, cest le commun des hom-
DE LA RAISOX.
mes qui a le plus besoin d'instruction. Cest lui surtout qui , n'ayant ni la force d'esprit , ni le temps, ni la volonté , ni les moyens nécessaires pour faire une étude raisonnée de la religion et de la morale, a aussi le besoin le plus pressant d'être éclairé et fixé par une autorité.
Mais à légard des philosophes et des sages euxmêmes, qu'est-ce donc que la seule lumière naturelle? et jusquici a-t-eile bien pu leur sufilîre? Parmi eux que d écoles et de sectes contraires! que d opinions diverses siu" la nature de Dieu , sur l'origine du monde, sur la destination de 1 homme et sur les principes de la morale! ^lalgré toutes les recherches des sages de l'antiquité, Dieu, le vrai Dieu, leur était presque aussi inconnu quau reste des hommes : ils ne ) apercevaient quà travers un voile qui leur en dérobait les attributs les plus essentiels, et leur cachait tout 1 éclat de sa majesté. Tantôt ils voulaient qu'un destin aveugle présidât seul à ses déterminations, et lui servit de loi : le fatalisme , si absurde en lui-même, était l'opinion la plus commune. Tantôt, ils limitaient le pouvoir du souverain être en lui opposant une seconde divinité, à laquelle ils attribuaient tous les désordres qu'ils croyaient apercevoir dans quelques-unes des parties de ce monde : dans ce système aussi absurde qu'impie, un bon et un mauvais principe, le dieu du bien et le dieu du mal ( et pùt-il jamais y avoir un tel dieu? ) partageaient également 1 empire de l'univers. Plusieurs
a8 LES EGAREMENTS
Imaginaient une matière éternelle et subtile qui circulait dans toute la nature, la modifiait, l'animait et trouvait dans son propre fonds le mouvement qu'elle luidonnaitj comme si le mouvement j par SCS lois et ses changements divers, ne supposait pas dans l'univers un moteur * I Les autres , quoiquen petit nombre, distinguaient à la vérité 1 être purement spirituel d'avec tout ce qui est matière j et toutefois ils le considéraient non pas comme fauteur de la nature, mais comme celui qui en avait modéré les forces, qui en avait réglé les mouvements , qui avait disposé avec sagesse tous les êtres qui la composent, et qui existaient comme lui de toute éternité : insensés , qui ne s'apercevaient pas qu'en faisant de toutes les parties de ce grand ouvrage autant d'êtres éternels et nécessaires, ils en faisaient autant de divinités! tant il est vrai , mon fils , que toute la sagesse selon le monde n'est que folie devant Dieu!
Ces sages tant vantés n'étaient pas mieux instruits de ce qui regarde l'homme, son état actuel et sa destination. Varron, le plus savant d'entre les auteurs païens , compte près de trois cents opinions différentes sur la seule question du souverain bien; ils ne s'accordaient pas davantage sur la vertu; ils ne formaient sur fimmortalitéde l'âme que des conjectures : partout ils hésitent, ils chancèlent, ils se contredisent eux-mêmes; et les plus
^ yoyez la quatrième lettre , tome L
habiles d'entre eux sont ceux qui confessent le plus hautement leur ignorance. Socrate reconnaît sans peine quil aurait besoin de lumières plus sûres pour se conduire, ou de la parole de Dieu même qui lui servît de guide ; il ne croit pas qu'on puisse réussir à réformer les hommes, à moins qu'il ne plaise à Dieu de nous envoyer quelqu'un qui nous instruise de sa part : étonnant aveu do notre faiblesse dans la bouche d'un tel sag-e ! sentiment de nos besoins, qui est le plus bel effort auquel puisse se r)orter hi sagesse humaine ! Platon , en nous exposant la mort de son maître, nous fait part de ses craintes : après avoir fait à ses amis le discours le plus sublime sur liramortalitéde l'àme^ Socrate le termine en doutant si l'âme est immortelle. Platon lui-même, qui distingue si nettemenS l'esprit et la matière, qui reconnaît un créateur suprême, et qu'on admire par de si beaux endroits, se dément honteusement, en faisnnt partager leS honneurs de la divinité aux astres, à la terre et aux démons * ; il veut , dans sa Républiciue , qu'on s'enivre aux fêtes de Bacchus ; il ordonne des combats où il ôte aux deux sexes les armes et les vêtements de la pudeur; il semble approuver la communauté des femmes; et Philon, le plus grand de ses admirateurs , s'indigne malgré lui de ce que tout son banquet se passe en entretiens d'amour
* Dans YEpinomisj dans le Tiniee, et dans le huitième livre cIps Lois»
ÔO LES EGAREMENTS
et de volupté contre nature. Un autre sage non moins célèbre, après avoir sévèrement blâmé toutes les images malhonnêtes, en excepte celles des dieux qui voulaient être honorés par ces infamies *. Cicéron ne commence son Traité sur la nature des dieux quen avouant que rien nest plus difficile , que rien n'est plus obscur que cette matière, sur laquelle, dit-il, les sentiments des hommes les plus éclairés sont si difïérents et si partagés. O raison ! faible raison ! jusqu'où donc vont tes forces? et sont-ce bien là les merveilles enfantées par tes sages ** (i)?
Maintenant, Valmont, que les esprits forts de nos jours s'appuient sur leurs propres lumières, je leur demanderai s'ils ont plus de force d'esprit que
• Aristotc. Polit. VÎ'I.
**■ Montaigne dit, en parlant de la religion : « A une chose si « divine et surpassant de si loin l'iiuniaine intelligence, il est « liesoin que Dieu nous prèle son secours d'une faveur extraor- « naire et privilcgie'e , pour la pouvoir concevoir et loger en « nous ; et ne crois pas que les moyens purement huinains en « fussent aucunement capables ; et s'ils rétaient.> tant d'ùmes « rares et excellentes , si atondamnient garnies de forces natu- <i; relies es siècles anciens, n'eussent pas failli par leur disQours «d'arriver à cette connaissance. » Après quoi, rapportant les erreurs des philosophes et des peuples païens , il s'écrie : (( O Dieu! quelle obligation n'avons -nous pas à la bénignité <( de notre souverain créateur pour avoir déniaisé noire créance « de ces vagabondes et arbitraires opinions, et l'avoir logée sur « l'éternelle base de sa sainte parole I Tout est flottant entre les « mains de l'homme ; je ne puis avoir le jugement si flexible. »
( Essais, 1. 2, c. 12.)
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les sages de l'antiquité païenne. Je ferai plus, je les opposerai les uns aux autres , et je leur ierai voir combien ils diflerent entre eux "^^ ; je leur monlî'erai, en les opposant à eux-mêmes, sur combien d'articles de la loi naturelle ils se contredisent et s'égarent tous les jom'S ; je ferai plus encore , je lèverai le masque qui les couvre , et 1 ou connaîtra combien, sous une apparence de respect pour la loi naturelle, ils cachent un fonds d indifférence pour toute loi en général, un esprit de vertige , de système , et le plus souvent de pyrrlionisme à l'égard de toute vérité. Eh, mon fils! tu les as entendus parler, tu as lu leurs écrits, tu as pensé avec eux et comme eux; dis-moi donc, et intcn'oge fidèlement ta conscience et ta mémoire, qu as-tu entendu dans leurs entretiens ? qu'as-tu vu dans leurs ouvrages, que la théologie du matérialisme et la morale des passions ? Au milieu de leurs subtiles et inintelligibles systèmes, que sont-ils en effet, pour la plupart, que des matérialistes déguisés? Déistes pour la forme, épicuriens pour le fond '^^ ; parlons mieux , et, pour ne leur
* « L'insuffisance de l'esprit humain est la première cause de cette prodigieuse diversité de sentiments; et l'orgueil est la seconde..,. Des mystères impénétrables nous environnent de toutes parts ; ils sont au-dessus de la région sensible ; peur les percer, nous croyons avoir de l'intelligence , et nous n'avons que de l'imagination. (Rousseau.)
* * Épicui'e avait renouvelé le système de Déinocrite qui regardait l'atome comme la cause première par qui tout est, et la nritière première dont tout est.
rien imputer que tu puisses desavouer en leur nom, ne sachant eux-mêmes ce quils sont, dogmatiques aujourdhui, demain pyrrhoniens-, changeant d opinion et de langage selon les circonstances et les temps; n'ayant jamais, d un ouvrage à l'autre ni deux jours de suite, la même philosophie *; seuveloppant de grands mots vides de sens, par lesquels ils substituent à la science simple et modeste le jargon philosophique ; raisonnant par enthousiasme, et posant avec tout le feu du génie et tout le brillant de lélocution des absurdités en principes; se donnant pour les restaurateurs et les guides du genre humain, et croyant nous faire trouver la lumière au sein de l'obscurité la plus profonde : hélas! où est donc, en fait de religion, la règle précise de ceux qui n'en ont point d'autre que celle de leur raison ?
Et, pour les vérités qui concernent les mœurs,
* Ce n'est pas trop dire : non-seulement, parmi dos pbiloso. J)hes, chaque homme a son système ; non seulement , d'un ouvrage à l'autre, le mcme homme change d'opinions et adopte des systèmes différents, établissant sur la même question le oui et le non alternativement ; mais ce qu il y a de plus sin!;ulier, c'est qu'on le surprend quelquefois disant au uiuuie endroit le oui et le non, le pour et le contre tout à la fois. Personne n'a mieux prouve, par des rapprocliements de textes bien formels, ces vérités si humiliantes pour la sagesse humaine, que l'auteur des Helviennes, ou Leltres provinciales philosophiques. Voyez, par exemple, sur l'origine du monde, sur celle du genre humain, le tome I; et sur la divinité, sur l'àme, sur la liberté, les tomes II et m de cet ouvrage,' si propre à répandre sur nos prétendus jages un ridicule ineffaçable.
nos nouveaux philosophes sont-ils plus sages ci plus éclairés que pour celles qui appartiennent à la religion? Quels sont les fondements sacrés de leur morale? Ici c'est la conformité d'origine, de penchants et de loi dans les brutes et dans les hommes, qui est lunique base de la loi naturelle : là ce sont les conventions et les institutions politiques qui font tout le mérite et le démérite de ce qu'on appelle vice et vertu. Pour les uns cest l'utilité publique, c'est le salut du peuple, par opposition au bien même de l'humanité tout entière, qui dans chaque société, dans chaque état, détermine ce qui est juste ou injuste, ce qui est vertueux ou vicieux : parmi les autres c'est l'intérêt personnel qui est la source et la règle de toute justice. Quelques-uns donnent pour principes des grandes et belles actions la serisibilité physique, l'amour et la volupté. Tous enfin , favorisant également le libertinage, le luxe, l'indépendance-, l'orgueil et toutes les passions, font tour à tour, ou tout à la fois peut-être , horreur et pitié (2).
O mon fils ! moins philosophes à bien des égards, et moins conséquents que les sages de l'antiquité païenne, il est aisé de voir, à leurs égarerooDts monstrueux, que, nés au sein du clu'istianisme, ils ont abusé de plus de secours que ceux-là n'en avaient reçu, et éteint au fond de leur âme plus de véritables lumières. Ils sont tombés, comme les anciens sages, dans 1 aveuglement et les ténèbres; mais ils sont tombés de plus haut.
J'admire souvent dans leur morale, quoique si imparfaite encore , les Socrate , les Platon , les Cicéron, les Sénèque, les Marc-Aurèle, les Epiclète; tandis que mon cœur et ma raison se soulèvent contre les maximes indécentes et perverses des faux sages de notre siècle.
Et quand leurs lumières seraient plus pures, à qui eu appartiendraient le mérite et l'honneur, si ce n'est à la religion sainte qui les a formés? Les ingrats! pour ne pas reconnaître ce qu'ils lui doivent, ils oublient tout ce qu ils ont emprunté d'elle. Ah! s'ils daignaient se souvenir du premier rayon qui éclaira leur berceau , des premières leçons qu'on donna à leur enfance, ils avoueraient que tout ce quils ont appris de plus vrai, ils le tiennent de cette religion qu'ils méprisent; qu'on leur avait inculqué la science et la sagesse avant quils pussent se glorifier d'être sages, et' que personne n'enseigne et ne pratique mieux les devoirs de la loi naturelle que 1 humble fidèle éclaire par la lumière de l'Evangile (3).
C'est cette loi évangélique qui détermine le culte qu'on doit à la divinité. Car, enfin si Dieu existe , si nous lui devons un hommage comme à l'auteur de notre être qui nous a créés pour lui ; si nous lui devons un hommage et un culte extérieur, un hommage de l'esprit et du corps, comme à celui qui a formé l'un et l'autre, et qui a mis entre ces deux substances une correspondance réciproque et un rapport nécessaire ; si nous lui de-
vons un culte public, comme au père commun de tous les hommes qui les a réunis en société, qui en a fait une même famille dont 11 est le chef, qui leur a donné l'usage de toutes les créatures pour qu ils en rendissent tous ensemble un même tribut à sa gloire, qui est-ce qui déterminera par les seules lumières naturelles ce culte vraiment digne de lui , et le genre de sacrifice qui , pour l'honorer, pour nous le rendre propice, pour expier nos fautes, peut lui être offert sans déroger à sa majesté * ? Admettrons-nous également tous les cultes? Ils se contredisant entre eux; ils contredisent pour la plupart les attributs essentiels de l'être suprême; ils sont contraires à la perfection et au bonheur de Ihomme : préiendre qu'ils sont tous également propres à glcrifîer le souverain être, c'est vouloir que Dieu soit dignement honoré par des contradictions et des absurdités.
Cest encore la loi évangélique qui, appuyée sur des faits sensibles, oÛre aux hommes un ministère propre à les instruire, et une autorité suffisante pour s'en faire écouter. Quelle force et quel pouvoir la seule voix des philosophes aurat-elle sui' la multitude (4)? Quels hommes ^ s ils ne tiennent à un ministère public et suffisamment autorisé, seront assez généreux pour se dévouer ,— . -
* C'est sur la nature de ce sacrifice que les vrais sages de l'antiquité ont toujours été le plus embarrassés. Voyez ce que Platou fait dire à Socrate sur les sacrifices et soi- la prière, dans le dialogue iudtulc, îe second Alcibiade.
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tout entiers à l'instruction de leurs semblables, et pour leur faire entendre, au péril de leur vie, le langage de la sagesse et de la vérité? Il fallait iS celle-ci, pour interprètes, des âmes fortes; il lui fodlait des héros et des martyrs ; et le seul Socrate, parmi les païens, a souffert pom' elle (5^ -, tous les autres la trahissaient au lieu de la scnir; non contents de la voiler sous les ambres du mystère, ils raccommodaient en public aux superstitions païennes. Aussi prudents et aussi faibles queux, nos sages prétendus ne posent-ils pas également pour principe de se prêter au culte reçu dans la société dont on est membre? La seule religion révélée a pu donner à la vérité des apôtres dignes d'elle.
Avouons-le donc, mon fils, puisque les faitâ nous y contraignent; la dégradation du genre humain, l'obscurcissement de la raison dans la multitude, ses égarements, ses contradictions, ses limites, et l'insuffisance d? son autorité dans les sages, tout nous prouve l'extrême besoin dun secours plus abondant, dun guide plus sur, dune lumière plus précise, et la nécessité d une révélation (6). Mais ici revient la première difficulté que tu formes contre elle; et je ne tarderai pas à la résoudre, ainsi que toutes celles que m'opposent tes passions.
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jNOTES.
(i) Et sonl-ce hten là les men'sUles enfantées par tes saqe^? Il est cependant wai que parmi tous les pliilosoplies il n'en est aucun qui n'ait aperçu des vérités importantes ; « mais ils n'ont jamais su , dit Lactance , ce que c'est qu'un corps de doctrine , quoiqu'ils en aient entrevu chaque parti". Clincun de son côté a trouvé quelqu'une des pièces qui doivent j entrer; mais ils ne sont pas venus h bout de les assembler, rJ de déduire les coriséquences des principes. On voit bien que loules les vérités se trcvoivent semées parmi les diverses sectes , aucune d'entre elles n'étant si dépourvue de bons esprits , qu'ils n'aient reçu une portion du vrai : mais tandis que, pour disputer, ils défendeur cliacun leurs opinions quoique fausses, et combattent celles d'nutrui quoique vraies, il arrive que la vérité qu'ils paraissent cliercber leur échappe , ou plutôt qu'ils la perdent par leur propre faute, Que s'il s'était trouvé quelqu'un d'un génie assea supérieur pour ramasser ce qu'il y a de meilleur dans chaque dcole , et en former un corps complet, cet homme-là ne diffère^ rail pas de nous. Mais cela exigerait nécessairement qu'il possédât an plus haut degré le discernement du vrai : eh ! qui lu peut, s'il n'est instruit par Dieu même? »
- CLact. de Vitd heatd, 1. 7.)
(2) Font lour à tour, ou tout à la fois peut-être, horreur et f'Ifié.Ce sont les deux sentiments qu'excite dans les cœurs droita et les àmcs bien nées la lecture de leurs ouvi-ages. Mais, sans remonter jusqu'à ces sources empoisonnées , on peut en juget par le précis qu'en oîTrent les i\lémolrei et le Catéclùsmc de* Cacouacs *, ainsi que la petite Encyclopédie ou le Dictionnaire
* « Le Mémoire pour servir à l'histoire des Cacouacs, cette brochure à la fois très-p'quante et très-judicieuse , parut q\iel-
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des philosophes. Ces ouvrages ingénieux, où l'antidote est mis à Cote du poison, sont les plus intéressants en genre critique, et les plus propres u faire rougir iiucrédule et à confondre l'incrédulité.
On peut juger encore de la vérité de ce que dit ici M. dfi Valmont par cet aveu de Rousseau lui-même, qui, plus cfue personne, a droit d'en être cru sur cette matière. Après avoir invité les académies à se regarder comme chargées non-seulement du dépôt des connaijsances liumaincs , mais encore du dépôt sacré des mœurs ; à exiger en conséquence des membres qu'elles reçoivent des ouvrages et des mœurs irréprochables; à faire choix, pour le prix dont elles honorent îe mérite littéraire, des sujets les plus c;ipablcs de ranimer lamour de la vertu dans le cœur des citoyens, et à servir ainsi de frein aux maximes licencieuses de ceux qui parmi nous usurpent si indignement les beaux noms de philosophes et de sages, il ajoute : « Quelles sont les leçons de ces amis de la sagesse? A les entendre, ne les prendrait on pas pour une troupe de charlatans qui crient chacun de son côté sur une place publique : Venez à moi, c'est moi seul qui ne trompe point ? L'un prétend qu'il n'y a point de corps et que tout est en représentation ; l'autre, qu'il n'y a d'autres sul>slance que la matière. Celui-ci avance qu'il n'y a ni vertus ni
que temps après les Petites Lettres sur de qrands philosophes , et avait le même objet, celui de faire sentir la ridicule vanité d'une secte impérieuse et hautaine, qui avait usurpé long-temps la plus grande considération, en faisant servir à sa célébrité le mot imposant de philosophie.
« Molière mourut sans doute trop tôt. S'il eût vécu jusqu'à nos jours, quel ridicule immortel n'eùt-il pas jeté sur un des plus absiu'des délires qui aient jamais fait époque dans notre histoire littéraire? Lorsque la nation aura repris son sang-froid sur des écrivains pleins d'orgueil qui, à force de manège, étaient parvenus à lui dérober une sorte d'admiration, elle aura peims à concevoir par quel ai t on avait pu jeter sur elle un pareil esprit de vertige : mais, comme nous sommes Français, nous finirons sagement p^r en rire. » (Paussot, Mémoires l ttCraires.)
vices, et que le bien et le mal moral sont des cliinicres; celui-l.';, que les Jiomines sont des loups, et peuvent se dévorer en siireté du conscience... Le paganisme, livré à tous les égaremenîs de la raison Lnmaine , a-t-il laissé à la postérité rien qu'on puisse coinparer aux monuments honteux que lui a préparés l'imprimerie sous le règne de l'Évangile? » (Discours cjui a remporté le prix de Vacadémie de Dijon, en 1730.)
(3) Que personne n'enseigne et ne jrrdtiiiuc mieux les deioirs de la loi naturelle que Vhumhle fidèle, etc. « Il y a des projets qui paraissent beaux en idée, et .'jui sont insoutenables dans la pratique: celui des déistes est de ce nombre. Ils forgent à plaisir des tableaux de religion naturelle, et des rekliocs de certains pays imaginaires, pour faire croire que l'oa vi\'rril heureux sons cette loi. Par raalJieur tout cela n'existe que d.ns leur cerveau; c'est la Répuhlirjue de Platon. Ils n'ont enor? pu trouver sous hi ciel un peuple qui professât réellement leur naturalisme: et véritablement il n'y en a point. Supposé qu on réussit à amener une nation à ce point-là, elle ne s'y tiendrait pas long-temps; vous la veniez bientôt tomber ou dans un entl'jr oubli de Dieu, ou dans les dernières superstitions; et, pour un petit nombre d'esprits qui sauraient gnrder un juste milieu, le gros du monde nait tout droit ou à l'irréligion oii à l'extravagance. C'est ce qui est arrivé à tous les peuples qui n'ont pas été favorisés de la lumière céleste.» (TinnETis, Traité de la vérité de la relit^ion cl.rétienne, t. i, sect. 1, c. 6. )
(4) Quel pouvoir la seule voix des philosophes aura-t-elle sur la multitude? u Quand on aurait recueilli, dit Locke dans sou Christianisme raisonnable, tous les préceptes de Solon , de Bias, de Zenon, de Cicéron et de Sénèque, et que, pour rendre l'ouvrage plus complet, nous irions jusque dans la Chine consulter Confucius , et le sage Anacbarsis en Scythie , comment lui tel recueil aurait-il pu devenir une règle fixe, et une véritable copie de la loi sous laquelle nous vivons? Serait-ce d'.Aristipj>c
Ou 3e Coufucius qu'il aurait tiré son autorité ? Zenon aVait-il le droit de faire des lois au genre Lumaiu ? S'il ne l'avait pas , toui ce que lui ou quelque autre philosophe pouvait dire n'était compté que pour le sentiment d'un simple liomme que les autres peuvent recevoir ou rejeter : autrement il faudrait admettre également tout ce qu'a enseigné ce philosophe, etc.
(Christianisme raisonnable f t. i, c. i4.)
C'est le raisonnement que faisait Lactance : « Les pLiloso- « phes peuvent proposer de belles lois aux peuples : mais cea « préceptes n'ont point de force, parce qu'ils sont humains, eî « qu'ils manquent d'une autorité supérieure , qui est celle de « Dieu. Personne ne croit , parce que celui qui écoute s'eslimo « autant que celui qui commande. »
(De fahd Sap. , lib. 3 , n. 27. )
(c La société, dit un Saj^e genevois, ne perdrait-elle pas infiniment à ce que la morale elle-même ne fût plus recommandée que sur la foi des philosophes, tandis qu'elle peut être revclufi d'une sanction divine?
cf On la ferait donc aussi prêcher par des philosophes. Mai», si je ne me trompe, la différence se réduirait sur ce point à emploj-er des hommes sous une autre dénomination et un autre habit. Est-ce donc que la même morale appelée mornîe d'Helvétms, plutôt que niora/e juda/fy»e ou c/i/efiennc, etprècbéepardes hommes en habit de couleur plutôt qu'en habit noir ou en sui^plis, sera moins sujette à être expliquée par des ignorants, fera moins de pédants , sera moins exposée à être pervertie , pourra moins servir de masque aux vicieux ? Est-ce que , parce qu'elle n'aura point d'autorité par elle-mume, elle entraînera plus sûre, ment les hommes? Est-ce parce qu'un philosophe prêchera dans une congrégation le livre de VEspi-it, que dans une autre CD expliquera le 5yslème de la nature, ailleurs celui d'HobLes, et , dans les congrégations les plus favorisées , ceux de Socrate et de Platon; est-ce pour cela, dis-je, que les hommes poi:iTont mieux compter les uns sur les autres? Eh, bon Dieu, que deviendrait une société pareille .'
« Et que serait-ce encore que la vertu? comment conviendrait-on du sens de ce mot...? Établirait-on une autorité philo-
DE LA KAISON. 4I
sop?ii.yue, comme il y a une autorilé ecclésiasticjue, afin de fixei au moins la morale de l'ctat? bêlas! quand aurions-nous un code...?
«Et que ferons -nous encore des ignorants, c'est-à-dire , d'une si grande partie du peuple qui n"a ni le loisir, ni les connaissances préliminaires qaii permettent d'étudier? ce peuple qui sent que Dieu a du dicter aux Jiommes les lois de la justice et de la hénéfîcence. recevra til ainsi d'ime manière implicite ]e3 spéculations du philosophe suLalteme qui balbutiera dans sa paroisse ?
« Il est aisé de blâmer; et h blâm.e, presque toujours f\rt hardi, séduit par son assurance. "S'oilà toute la force qu'ont eue contre la religion les attaques de tout genre qu'on a portée» contre elle et contre les ecclésiastiques . Ceux qui les ont faites , et ceux qui les ont encouragées en les écoutant, n'ont pas considéré qu'il fallait nécessairement des institutions piitliques pour rappeler aux hommes lexu-s devoirs : et qu'indépendamment de la faiblesse de l'autorité des hommes pour d'autres hommes, faiblesse qu'éprouvent toutes les législations h-umaines; indôpendammeut du bonheur individuel que la religion seule peut produire, substituer un corps de moralistes a un corps d'eccZesiastiques, n'est que changer les noms : ajoutons, poux op*^rer de bien moindres effets, ou plutôt pour opérer les effets les plus dangereux. Vovez les Lettres physicfues et morales sur l'histoire de la terre, par M. Dcluc, tome I, page 44 ^^ suiv., et observez que l'homme droit et sensé, que le vrai savant qui parle ainsi est UB homme du monde et un citoyen de Genève.
(5) 71 lui fallait des héros et des martyrs : le seul Socrale, ilc.
« On dit vulgairement qu'il a été martyr de l'unité divine . pour avoir refusé son hommage aux dieux de la Grèce ; mais c'est ime erreur. Dans l'apologie que Platon fait de ce philosophe, Socrate reconnaît des dieux subalternes, et enseigne que le.s nstres et le soleil sont animés par des intelligences h qui il faut rendre un culte divin. Le même l'iatpn, dans sonDialocne