Tome II. ni
l4 LES EGAREMENTS
il fallait à 1 être suprême , outragé par la désobéissance de sa créature, un réparateur digne de lui, une réparation proportionnée à la majesté de celui qui était offensé et à la grandeur de l'offense : il fallait à l'homme, décliu de son premier état, un médiateur auprès du Très-Haut, une victime pure et sainte qui put Tlionorer, un nouveau pontife qui n'eût rien à expier pour lui-même. La nature, dégradée dans son chef, n'offrait rien qui suffit à de si grands objets, et qui fût capable de remplir l'intervalle entre Dieu et l'homme : et toutefois Dieu, admirable et fécond dans sa nature et dans ses desseins , laisse entrevoir au monde encore naissant un libérateur. En lui se concilieront la justice et la miséricorde : en lui le mal du péché sera abondamment réparé : en lui , et par ses abaissements et ses souffrances, Dieu sera honoré comme il doit Têtre , le genre humain triomphera de son plus dangereux ennemi ; un nouveau règne commencera pour ne finir jamais, et ce règne sera celui de la justice et de la vérité. Voilà ce qu'annonce de loin la promesse, et ce que Dieu se réobjet raccoDïplissement de la promesse que Dieu ne cessait de leur faire, d'une semence dans laquelle toutes les nations seraient bénites ; que c'était là ce qui fofmait la grande espérance des Israélites fidèles : et c'est aussi en prenant les choses dans leur principe et dans les vues de la divine sagesse, que le disciple bienaimé du sauveur nous représenle Jésus -Cbrist comme l'agneau immolé dès l'crii^ine du monde : Qui occisus est ah origine mundi.
(Apec. XIII jv. 8.)
DE LA RAISON. 3l5i
serve de développer avec plus détendue et de lumière à mesure que les temps où elle doit s'accomplir seront plus proches.
Cette promesse est renouvelée d âge en âge , et son eflet doit s'étendre sur toutes les nations. Pour que le souvenir s'en conserve parmi les hommes, Dieu se sépare une famille à laquelle il la rappelle sans cesse. Il la rappelle à Abraham , à IsaaCj à Jacob, dans la semence desquels il fait voir un jour tous les peuples bénis *.
Jacob, au lit de la mort, annonçant à ses enfants ce qui doit arriver à leur postérité, prédit en ces termes, près de dix-sept siècles avant Jésus- Christ, la prééminence que doit conserver la tribu de Juda sur toutes les autres tribus jusqu'à la venue du messie , et le temps où le messie doit naître"^* : «Le sceptre "^"^"^ ne sortira point de Juda, a et le gouvernement ne sortira point de ses des- « cendants jusqu'à ce que vienne celui qui da)it « être envoyé; et il sera l'attente des nations. »
Des enfants d'Abraham, des douze fils de Jacob
* Gen. XII , 3 ; xvTii , 17, 18; xxvi ,3,4; xxviii , 1 3 , 14
** Gènes, xliï, 10 et suiv.
*** Dans rÉcriture sainte et la languedans laquelle ce livre est «crit, le mot sceptre signifie en général la puissance, l'autorité, la magistrature; et cet usage se trouve établi dans une quantité «i'cnxlroits de l'Éciiture.
PoiU l'entier développement de cette belle prophétie qui fixe le temps de la venue du messie , voyez le Discours sur l'iàstoir^ universelle, par Bossuet, seconde partie, n°. 10, page 3G8 et suivantes, édition de 1744-
3î6 LES ÉGAREMENTS
Dieu fait naître un peuple qu'il rend le dépositaire de cette même promesse qu'il a faite à ses pères. Ce peuple est pour lui robjet dune providence toute spéciale. 11 le conduit, il le gouverne , il lui impose des lois, il lui prescrit des cérémonies sans nombre ; ce ne sont point des cérémonies vaines; leur but est d empêcher qu'il ne se confonde avec les autres peuples, et n'oublie par ce mélange lé messie qui doit être l'unique objet de son attente. Il fait éclater en lui la force de son bras ; il le récompense lorsqu'il lui est fidèle ; il le châtie sans le perdre de vue, lorsqu'il porte son hommage aux dieux des gentils. Sa sagesse semble ne disposer les événements et ne régler la destinée des autres nations que pour ce peuple choisi; et ce peuple lui-même n'est fait que pour le messie. Tout en lui m'y ramène (i); l'agneau pascal, le serpent d'airain, les différentes sortes de victimes qu'offrait le souverain pontife, mille autres objets divers me donnent déjà quelque idée de l'objet qu'ils représentaient : les justes m'en retracent l'image dans eux-mêmes par des rapports sensibles.
Cependant Dieu s'explique de jour en jour avec plus de clarté. « Les prophètes m'annoncent un « Dieu donné, un Dieu avec nous '*'. Il est dans (c le sein de son père avant tous les siècles '^*; » le seigneur en fera dans le temps un Homme-Dieu ,
* Isa. '^,1 ^. ** Ps. 109, 3.
DE LA RAISON". Sl^
le rédempteur des hommes. « Le juste descendra (c du ciel comme une rosée. La terre produira son « germe, dit Isaïe, et ce sera le sauveur avec lequel (t on verra naître la justice "*-. Mon serviteur, a « dit encore le Très-Haut, sera rempli dintelli- K gence; il sera grand, élevé; il montera au plus « haut comble de gloire. ...*"*'.» INIais quel mélange surprenant de gloire et d^opprobre ! le prophète continue, et tout à coup il me le fait envisager sous une forme méprisable aux yeux des hommes '*'**.
Ici, mon fds, écoutons parler les prophètes eux-mêmes. Arrctons-nous aux textes les plus précis, à ceux qui nous dispensent le plus de toute discussion , et qui , sans nous forcer à de longs calculs de chronologie , démontrent de la manière la plus sensible l'unité de la religion , et son rap-*^ port à Jésus-Christ , à im messie , tel que le chrétien le reconnaît et l'adore.
Mais surtônl souviens-toi, cher Valmont, que ces prédictions éclatantes ont servi de preuves à la religion dès les premiers siècles, dès les premiers jours du christianisme; que dès lors on les opposait aux Juifs -, que ces Juifs charnels ont bien cherclié, quoiqu'en vain, à en éluder Fapplication , aveuglés comme ils Tétaient par les fausses idées d'un règne temporel, d'une Jérusalem toute ter-
• Isa. 45,8. **-Ihid. 52, 1 3.
*** Ihiâ.S-2,1^.
3l8 LES ÉGAREMENTS
restre; mais que jamais ils n'en ont contesté l'ai>tlienticité; que c'est d'eux que le chrétien les a reçues ; qu elles ont donc nécessairement précédé Jcsus-Christ , qui en efïet se les est tant de fois appliquées à lui-même; et qu'ainsi c'est de nos plus grands ennemis que nous tirons les preuves les plus frappantes de la religion chrétienne. Après cela , mou fils , oppose-nous , si tu loses , ces oracles Incertains ou équivoques des dieux du paganisme, ces fausses imitations que l'esprit de mensonge a faites des inspirations saintes du Dieu de vérité (•>,).
Avant que de reprcndi'e Isaïe, entends le roiprophète révéler comme lui , dans son divin lanj;age, le plus grand des mystères et toute la gloiro .du messie.
« Le seigneur * a dit à mon seigneur, asseyez- <t vous à ma droite...., vous posséderez l'empire cf au jour de votre puissance , et au milieu de a Téclat qui environnera vos saints. Je vous ai <( engendré avant l'étoile du jour. Le seigneur l'a (f juré, et sou serment demeurera immuable, que « vous êtes le prêtre éternel selon l'ordre de (( Melchisédech. n
Ailleurs ce saint roi voit le messie dans les opprobres et les souffrances, et le peint sous des traits auxquels il est difficile de le méconnaître.
« 0 mon Dieu, mon Dieu! s'écrie-t-il **^ jeté?
*Ps, log. ** Ps. ar.
DE LA RAISON. 3l9
« sur moi vos regards : pourquoi m'avez-vous « abandonné?... Je suis un ver de terre, et non « un homme; je suis l'opprobre des hommes et le « rebut du peuple. Ceux qui me voyaient se sont « moqués de moi : ils en parlaient avec outrage, n et ils m'insultaient en remuant la tête. 11 a es- V péré au seigneur, disaient-ils ; que le seigneur « le délivre , <ju il le sauve , s'il est vrai qu'il « l'aime...». Ils ont percé mes mains et mes pieds; a ils ont compté mes os; ils se sont appliqués à tf me regarder et à me considérer; ils ont partagé i( entre eux mes habits, et ils ont jeté ma robe an « sort : mais, pour vous, seigneur, n^éloignez K pomt votre assistance de moi.... Je ferai con- « naître votre saint nom à mes frères.... Vous qui K craignez le seigneur, louez-le, glorifiez-le, parce
n qu'il n'a point détourné de moi son visage
« La terre dans toute son étendue se souvieudrc-^ if de ces choses, et se convertira au seigneur, et « tous les peuples des différentes nations seront « dans l'adoration en sa présence.,... Mon âme rt vivra pour lui , et ma race le servira; la postérité (t qui doit venir sera déclarée appartenir au sei- « gneur; et les cieux annonceront sa justice au ç nouveau peuple qui doit naître. »
Isaïe s'explique plus clairement encore ; et si David, parce quil parle en son propre nom, parce quil semble parler comme étant chargé de ses péchés , et que Jésus-Christ n'était chargé que des péchés des autres hommes, laisse par là quelque
620 LES EGAREBIENIS
ressource à celui qui veut bien encore s'aveugler, Isaïe n'en laisse aucune.
« Réjouissez -vous, dit- il "^j déserts 'de Jéru- « salcm j le seigneur a fait éclater la force de son ce bras aux yeux de toutes les nations , et toutes (( les régions de la teiTe verront le sauveur que
« notre Dieu doit nous envoyer Il s'élèvera
« devant le seigneur comme un arbrisseau et ce comme un rejeton qui sort d'une terre sèche : il a est sans beauté, sans éclat; nous l'avons vu^ et « il n'avait rien qui attirât les regards , et nous « lavons méconnu. 11 nous a paru un objet de a mépris, le dernier des hommes, un hoiiame de <c douleur qui sait ce que c'est que de souffrÎR Son « visage était comme caché. 11 paraissait mépri- (c sable, et nous ne l'avons pas reconnu. Il a pris « véritablement nos langueurs sur lui, et il s'est « chargé lui-même des peines qui n'étaient dues « qu'à nous. Nous l'avons considéré comme un « lépreux, comme un homme frappé de Dieu et « humihé ; cependant il a été percé de plaies pour « nos iniquités; ses blessures sont l'ouvrage de « nos crimes. Le châtiment qui devait nous pro- « curer la paix est tombé sur lui, et nous avons « été guéris par ses meurtrissures. Nous nous K étions tous égarés comme des brebis errantes; « chacun s'était détourné pour suivre sa propre « voie; et Dieu fa chargé seul de l'iniquité de tous,
* Isa. 5?., 53 et 0 j.
« Il a été offert, parce que lui-même la voulu, et « il n'a point ouvert la ])ouche. Tel qu'une brebis « qui se laisse conduire à la boucherie, tel qu'un ft agneau qui se tait tandis qu'on le dépouille de « sa laine, il sera livré à la mort sans former la « moindre plainte. C'est au milieu des douleurs « quil a fini ses jours, ayant été condamné par « des juges. Qui racontera sa génération? il a été a retranché de la terre des vivants. Je Tai frappé « à cause des crimes de mon peuple. Il donnera « les impies nour le prix de sa sépulture, et les « riches pour la récompense de sa mort, parce « qu'il n'a point commis d'iniquité , et que le « mensonge n'a jamais été dans sa bouche : mais (c le seigneur l'a voulu briser dans son infirmité. « S'il livre son âme pour le péché, il verra sa race « durer long-temps , et ia volonté de Dieu s'exé- « entera heureusement par sa conduite. Il verra « le fruit de ce que son âme aura soulïert, et il en « sera rassasié. Comme mon serviteur est juste, « il justifiera par sa doctrine un grand nombre « d hommes, et il portera sur lui leurs iniquités : c( c'est poui-quoi je lui donnerai pour partage une « grande multitude de personnes ; et il distribuera « les dépouilles des forts, parce qu'il a livré son « âme à la mort, qu'il a été mis au nombre des « scélérats , qu'il a porté les péchés de plusieurs , « et qu'il a prié pour- les violateurs de la loi.
« Réjouissez-vous, stérile qui n'enfantiez pas, « chantez des cantiques de louange, et poussez
« des cris de joie,... votre postérité aura les na- « lions pour héritage, ... et le saint d'Israël (jui « vous rachètera s'appellera le Dieu de la terre, n
Avouons- le, mon fils, les divines Ecritures n'eussent-elles que celte prophétie à nous offrir sur Jésus-Christ , les paroles en sont si daires et si précises , qu'elle suffirait seule pour fixer tous nos doutes. Mais suivons ensemble le fil d'une tiaditiou si belle , et écoule maintenant parler Daniel.
« Exaucez-nous, seigneur *; seigneur, apaise» R votre colère ; jetez les yeux sur nous , et agissez : ft ne différez plus, mon Dieu, pour l'amour de « vous-même; parce que cette ville et ce peuple « sont à vous, et ont la gloire de porter votre « nom.
« Lorsque je parlais encore, et que je priais, et ft que je confessais mes péchés et les péchés dls- « raël, mon peuple, et que, dans un profond abaîsrt sèment, j'offrais mes vœux en la présence de a mon Dieu pour sa montagne sainte... , Gabriel, « que j avais vu au commencement de la vision, «vola tout à coup vers moi, et me toucha au « temps du sacrifice du soir. 11 m'instruisit , et me « dit : Daniel, je suis venu maintenant pour vous tf donner l'intelligence. Dès que vous avez com- « mencé votre prière, j'ai reçu cet ordre, et je « suis venu pour vous découvrir toutes choses,
*, Dau, c 9.
DE LA RAISON. âaS
« parce que vous êtes un homme de désirs; soyez (c donc attentif à ce que je vais vous dire , et com- « prenez cette vision. »
« Dieu a abrégé et fixé le temps à soixante-dix n semaines en faveur de votre peuple et de votre « ville sainte , afin que ses prévarications soient a abolies; que le pécrié trouve sa fin; que l'ini- « quité soit effacée ; que la justice éternelle vienne « sur la terre ; que les visions et les prophéties « soient accomplies; et que le saint des saints soit « oint de 1 huile sacrée. Sachez donc ceci, et gra- « vez-le dans votre esprit. Depuis l'ordre qui sera « donné pour rebâtir Jérusalem , jusqu'au Christ « chef de mon peuple, il y aura sept semaines et « soixante-deux semaines ; et les places et les mu- « railles de la ville seront bâties de nouveau dans R des temps fâcheux et difficiles ; et après soixante R deux semaines, le Christ sera mis à mort; et le « peuple qui doit la renoncer ne sera point son « peuple. Un peuple, avec son chef qui doit ve- « nir, détruira la ville et le sanctuaire : ell-e finira « par une ruine entière, et la désolation qui lui a a été prédite arrivera après la fin de la guerre. U (t confirmera son alliance avec plusieurs dans une « semaine, et à la moitié de la semaine, les hos- « tics, les sacrifices seront abolis. L'abomination « de la désolation sera dans le temple, et la déso- « lation durera jusqu'à la consommation et jus- « qu a la fin. a
Si , après une prédiction aussi remarquable, tu
i2^ LES ÉGAREMENTS
désires, cher Valmont, supputer les années et les soixante-dix semaines d'années dont parle Daniel, eu se seiTant d'un langage déjà employé ayant lui par le législateur des Juifs ^ ; si tu veux fixer les dates et considérer la justesse de leur rapport avec les temps prédits par le prophète; ouvre notre savant Bossuet *■*' , consulte les plus éclairés de tous nos chronologistes , et tes désirs seront bientôt satisfiiits. îMais je te l'ai déjà dit, prenant la voie la plus simple, je mets à part toute dicussion pour niarrôter uniquement à celui qui est l'objet de ces prophéties, et te montrer comment tout l'ancien Testament se rapportait essenlielleraent au Christ, au messie, à toutes les idées que la loi évangélique nous en a données, et comment cet admirable concert de l'un et l'auti'e Testament fait de la religion chrétienne un tout parfait.
C'est sous ce grand rapport que tu dois considérer tout ce qu'annoncent à cet égard les autres prophètes. Continuons donc à nous instruire dans leurs divins livres.
a Et vous, Bethléem » (dit le prophète Michée ***, environ yoo ans avant Jésus-Christ),
A Vous compterez sept semaines cVannees, dit Moïse en parlant des années saljbatiques et jnhilaires; c est-à-dire, sept fois sept années, qui font ensemble quarante- neuf ans, Lev. phap. 20, vers. 8.
** Discours sur Vllisloire universelle , ■prcmiiie partie , -p. Go et suiv., et p. io4, édit. de IJ '| î.
. »*».Aiit]i,c. 5.
{( VOUS êtes petite entre les villes de Juda; mais ce c est de vous que sortira celui qui doit régner « dans Israël, dont la génération est dès le com- (c mencement et dès Téternité. »
ce Parlez à Zorobabel » (dit le seigneur au prophète Aggéc , dans le temps de la construction du second temple ■^)-, « parlez à tous ceux qui sont « restés du peuple; et leur dites : Qui est celui, (f d'entre vous qui ait vu cette maison dans sa 1' v^saxicre gloire? et en ^irci état îa voyez-vous ce maintenant? ne paraît-elle point à vos yeux ce comme n'étant pas, au prix de ce qu'elle a été? ce Mais voici ce que dit le seigneur des armées : « Encore un peu de temps, et j'ébranlerai le ciel ce et la terre, la mer et tout 1 univers; j'ébranlerai ce tous les peuples; et le désiré des nations viencc dra ; et je remplirai de gloire cette maison , dit le ce seigneur des armées.... la doire de cette de r- « nière maison sera encore plus grande que la cî première, et je donnerai la paix en ce lieu. »
ce Fille de Sion, soyez comblée de joie (s'écrie le seigneur, par la voix de Zacharie '^"'y, ce fille de ce Jérusalem, poussez des cris d'allésresse. Voici <( votre roi qui vient à vous, ce roi juste qui est le ce sauveur; il est pauvre, et il est monté sur une ce àncsse et sur le poulain de lanesse... '^'^* ; il an-
* Agç;. c. 2. ** Zacli. cljap. f).
*** Voyez l'cntice de Jesus-Clirist dans Jcirusalem, en sainj Mitlhieu, clinp, 21,
3^6 LES ÉGARE3ÎEXTS
« noncera la paix aux nations , et sa puissance a s étendra depuis une mer jusqu à l'autre. »
« Je vais envoyer mon ange, qui me préparera « la voie , dit enfin le seigneur par la bouche de « Malachie * , et aussitôt , le dominateur que (ç vous cherchez, et l'ange de Talliance, si désiré <{ de vous, viendra dans son temple 5 le voici qui « vient^ dit le seigneur *^. »
C'en est assez, mon fils 5 et, sans nous arrêter ici à tout ce qui est prédit dans les divines Ecritures sur la vocation des gentils, sur l'établissement de 1 église , sur la réprobation des Juifs, dismoi, es-tu coulent de cette chainc de traditions que nous venons de parcourir, et qui rappelle si constamment l'ancienne promesse et le grand objet sur lequel portait toute la religion?
Faudra-t-il ajouter encore à ces prédictions sur des faits éloignés les prophéties que Dieu dictait à Isaïe, à Daniel, à Jérémie, à Ezéchiel, sur des événements plus prochains , c'est-à-dire , sur l'état temporel des Juifs avant Jésus -Christ, et sur le sort des empires qui ont précédé son avènement? Faut-il te faire observer comment, par ces vives
• Environ 45o ans avant la venue 'dn messie. Les prophètes se taisent pendant un assez long intervalle , et jusqu'à hi naissance de Jean- Baptiste , le précurseur de Jésus - ChrisX , comme pour rendre, par ce silence même, les Juifs plus attentifs J observer les temps où le messie devait paraître. Ce fut Béellement l'eflet que ce silence produisit.
*» Mal. c. 3.
ri-
DE LA RAISON. 'Ô'jy
et éclatantes lumières, il rendait sou peuple attentif à la voix de ses prophètes, et comment, par les choses mêmes qui se vérifiaient sous ses yeux, il lui apprenait à regarder comme également certaines celles qui lui étaient prédites sur le messie pour toute la suite des temps? faut-il le montrer comment, dans les décrets de leternel, tout était lié en quelque sorte à 1 histoire de son peuple, et tenait par des nœuds secrets à la venue de son fils?
Lis toi-même dans les livres des prophètes, de ces hommes (3) pleins dé zèle pour la gloire du vrai Dieu, pleins d amour pour leurs concitoyens et pour leur patrie, remplis du plus noble désintéressement pour eux-mêmes, et en hutte aux plus cruelles persécutions sans en être ébranlés; lis dans leurs li\Tes ce qu'il serait trop long de t'exposer ici : et ne dis pas qu'au moins ces autres prophéties dont je parle sont supposées. Elles soni liées trop étroitement à toute Thistoire du peuple de Dieu, et à celle des grands hommes sous le nom desquels il les a reçues, pour pouvoir jamais être considérées comme telles; la vénération de ce peuple pour les Hvres qui les renferment et pour ceux qui les ont écrits était trop universellement répandue et trop bien établie pour qu'on ait pu les y insérer après coup ; disons mieux , pour qu'elle ait eu d'autres causes que ces prophéties elles-mêmes et leur accomplissement. Enfin leur liaison nécessahe avec celles que, malgré tout in-
SaS L£S ÉGARF.RIENTS
térêt contraire, let Juifs nous ont conservées sur le messie, et qui se sont vérifiées dans le Christ que nous adorons, en constate trop bien lauthenticité pour qu'on puisse raisonnablement les révoquer en doute : car ici, comme sur tout le reste, cher Valmont, tout se soutient réciproquement et par des moyens vraiment dignes de Dieu.
Lis donc , et tu verras la continuité et fétendue de fesprit prophétique sous l'ancienne loi; et tu admireras cet ^'onnaates prédictions, si précises et si détaillées (47, sur le châtiment des Juifs et leur captivité; sur leur rétablissement après jo ans révolus; siu" les ]^.cuplcs qui devaient servir, ejitre les mains du Tout-Puissant, ou de vengeurs pour les punir, ou de sauveurs pour les déliv^rer; sur Babylone, sur la Syrie, sur l'Egypte, sur les ^ Mcdcs, les Perses, et sur Cyrus lui-même, que le seigneur appelle par son nom au secours de son peuple ; sur la succession des quatre grands empires et leurs révolutions; sur Alexandre et la division de ses vastes états; sur l'empire romain ; et cnJQn sur l'empire du Christ, cet autre royaume d une nature bien différente, qui ne sera point détruit, mais qui subsistera éternellement.
Ainsi Dieu diriq;eait toutes choses selon le plan unique qu'il s'était formé par rapport à son Christ; ainsi 1 univers en paix sous Auguste, et réuni presque tout entier sous un seul maître, n'était dans les desseins du Très-Haut qu'une préparation prochaine à la prédication de l'Evangile
DE LA RAISON. Ssg
et à l'étaWissementdurègned'unDieufaithomme, de ce règne qui, bien opposé aux idées des Juifs grossiers et terrestres, devait s élever sur la ruine de nos passions, et non pas les flatter-, ainsi encore, dans riiistoii'e de la religion, les Juifs, les peuples , les différents âges , tout est pour le messie : c'est le centre auquel tout retentit-, et par le péché du premier homme je suis conduit à un point fixe, le libérateur attendu par les Juifs ■^, et reçu par les chrétiens comme 1 unique fondement de nos espérances, comme le médiateur qui a pu seul rendre à Dieu sa gloire , et aux hommes le salut. Le monde qui, selon la pensée de Tapô- Irc, a été créé en Jésus- Christ, en tant qu'il est le verbe de Dieu , l'image de sa substance , la splendeur de sa gloire , se trouve dignement réparé en Jésus-Christ ■^'^.
Change maintenant le plan de la reKgion chrétienne; imagine, pour expliquer les prophéties, un messie tel que le Juif se le figurait, tel quil se le figure encore aujourdhui, un monarque temporel, un roi conquérant : dès lors toute l'unité disparaît , toutes les prophéties se démentent ;
*• Oinnes qui ah initio sœciili fueriint jusli capat Christum hahent. Illud enim ventiirum esse crediderunt, quem nos venissz /iim credimus. S. Aug. conc. 5 , in ps. 36.
** Est imaqo Dei invisibilis , in ipso condita siint uni-
Versa... ; ipse est ante omnes, et omniu in ipso constant..., j coni' plaçait per euni leconciliarc omnia in ipsum. Coloss, c. I, vers, iG, 17 , 19, 20.