‹ Le Comte de Valmont, ou, Les égarements de la raisonChapitre 36 sur 43 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

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elles ii'offient plus qu'une ressemblance éloignée et contredite par mille endroits : on ne sait plus au vrai pourquoi un peuple choisi , pourquoi un messie : on ne sait plus ce que signifient dans les prophètes tous ces beaux ti'aits qui conduisent naturellement à l'idée d'un roi dont l'empire doit être fondé uniquement sur la destruction du péché, et dont le règne doit être celui de la paix, de la justice et de la vérité , le tableau de ses souffrances n'a plus rien de réel; on ne voit plus de satisfaction pour les péchés des hommes , plus de victime, plus de sacrifice tel que les prophètes l'ont annoncé : tandis que tout s'explique avec précision; tout se lie, les faits, les dogmes, nos mystères, notre morale, nos sacrements, nos rites, nos solennités ; tout se suit et s'accorde dans la religion chrétienne.

O religî(>n parfaitement une, que vous êtes belle dans votre ensemble, et que cette unité manifeste avec éclat l'ouvrage de la divinité! Non, la nature entière, par l'harmonie qui y règne, ne publie pas plus hautement l'existence d'un Dieu que la religion chrétienne n'atteste par son accord parfait lœuvre du Très-Haut ; et si , en comparant les merveilles de Tunivers et le beau spectacle que m'offre la religion, j'aperçois quelques ombres à ce dernier tableau"^, dois-je en être surpris? Dieu, pour nous laisser toujours également libres en

* Ce sout CCS ombres , nécessaires dans le plan de la divine

DE LA RAISON. 33l

nous éclairant sans nous contraindre, en a répandu juscjue sur le premier.

Je t'ai donc exposé, cher Valmont, la preuve de la religion, je ne dis pas la plus sensible, ce caractère est réservé, ce me semble, à la sainteté de ses dogmes et de sa morale : mais je dis la plus grande , la plus belle à des yeux éclairés , puisque l'unité des proportions et des rapports innombrables que la religion renferme ne la rend pas moins admirable que us Fest, dans l'ordre de la nature, le monde matériel et visible , par Taccord de ses parties entre elles , et par leur rapport commun à la gloii'e du Très-Haut et au bien général de tous les êtres.

Rappelle -toi cette pensée du célèbre Bacon, que, si Ton considère les ouvrages de la nature séparés et sans liaison , on pourra se laisser aller à quelque doute; mais que, si on les envisage l'éunis et dans leur ensemble, ils formeront aux yeux du sage La démonstration la plus complète ; et applique cette juste et belle réflexion à la preuve sublime que nous offre l'unité de la religion. Sinous neprenionsd'ellequedifférents traits épars et différents genres de preuves qui nous attestent sa divinité, peut-être y aurait-il lieu encore à des difficultés , quoique plus apparentes que solides; mais qu'opposer de raisonnable à ce grand

sagesse, qiii faisaient dire à saint Augustin, « qu'il y avait dans K la religion assez de lumières pour éclairer les cœurs droits, et ») assez de nuages pour aveugler les impies. »

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tout, à cet ensemble parfait qu'elle nous présente ?

Prcnds-y garde, mon fils; toujours et nécessairement Terreur se dément par quelque endroit. Elle se dément d'autant plus aisément qu'elle se forme par une plus longue succession d'années, et quelle embrasse une plus longue suite de faits : dès lors toutes les parties de sou ouvi'age sont décousues, comme dans la mytboiogic des païens ou dans les rêveries de ^laliomet, quelquiss eÛbrts qu'on fasse après coup pour les réunir et les -accorder; par tout l'accord est interrompu, la chaîne se rompt comme d elle-même, tout est sans ordre et sans suite : tant il est vrai que l'unité est le caractère qu'il est le plus difficile, qu il est le plus impossible aux hommes de contrefaire, et par conséquent le caractère le plus essentiel et le plus distinclif de la vérité !

Que dois-tu donc penser de cette religion qui, dans une suite de plus de quatre mille ans, à compter seulement jusqu'à Jésus-Christ, dans une cliaîne dévénements qui renferme Thistoire de tout un peuple , et en partie celle de tous les autres peuples qui ont eu avec lui quelque rapport, est parfaitement une et ne se dément par aucun endroit?

Mais comme, dans la religion chrétienne, tout se prête un mutuel appui, que sera-ce encore lorsque tu retrouveras à chaque instant cette unité aLîmirable dans sa perpétuité? Je m'arrête, cher Valraont, et te laisse tout le temps de peser à loisir

(es réflexions que je viens de faire, avant de passer à cet autre caractère que la véritable religion doit nous offrir.

NOTES

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(i) Tout en lui' m'y ramène ^ Vagneau pascal, le serpent d'airain , les diffi-renlcs sortes de victimes, etc. Le premier et le principal mérite de l'ancienDe loi consistait à repre'senter, à annoncer, à promettre Jésus - Christ. Lui seul était la fin de la loi, comme parle l'apôtre : Finis lecjis Clnistus *. C'est aussi ce qui a dicté à saint Augustin cette expression sinj^ulière, mais forte et énergique : Tota lejc qravida erat Christo; toute la loi travaillait à enfanter Jésus -Christ. Or, comme l'a observé le pieux auteur d'un livre sur la connaissance de Jésus -Christ : <( Premièrement , il n'y a que Dieu qui ait pu préparer avec tant de splendeur les voies de Jésus -Christ avant qu'il descendît sur la terre. En effet, la connaissance d'un avenir libre, où la prophétie est, de l'aveu du genre humain, réservée à Dieu seul : pourquoi ? parce qu'elle suppose et une science infinie qui embrasse les secrets les plus profonds, et une puissance infinie qui fait éclore à son gré les plus incompréhensibles événements. Secondement , faire servir à la gloire de Jésus-Christ le ciel et la terre pendant quatre mille ans; susciter en sa faveur des prophètes qui prédisent en détail tout ce qui le regarde ; varier les aspects pour le montrer sous le voile transparent d'une infinité de figur.'s; éiabhr une loi dont les sacrements et les cérémonies le promettent, l'annoncent, le désignent; voilà assurément une gloire ail jamais aucun mortel n'a atteint , une gloire qui ne peut con- V nir qu'à un Homme-Dieu, au fils unique du père. » Et voilà en même temps ce qui contribue le plus à donnei' à la religion

* Px.mn. 10.

fihrétieime cd Caractère 3'unité qu'on ne saurait trop admir«r en eUe.

PAGE 3l8.

(2) Ces oracles incertains ou équivocjues âes dieux (îu paganisme, etc. « Il n'y aurait jamais eu dans le monde 4es oracles trompeurs, si les hommes n'eussent e'te' intimement persuade's que Dieu , qui possède la science de l'avenir, daigne quelquefois la communiquer à ceux qu'il inspire. Une folle curiosité dans les uns et la cupidité dans les autres ont produit cette fausse imitai tion de la prophétie. » {L'archevêque de Vieiuie. )

Presque partout l'erreur et le mensonge ont contrefait el imité la vérité, comme un alliage trompeur imite les plus purs métaux; s'ensuit-il qu'il n'y ait aucune différence entre la vérité et le mensonge ?

On cite quelques traits qui , dans les prêtres et les fausses divinités des païens semblaient désif^ner un esprit prophétique, et qui par li même tendent à affaiblir la preuve que nous tirons des prophéties renfermées dans nos livres sacrés : mais, outre que les traits que l'on rapporte (du moins ceux qui paraissent les plus frappants) n'ont pour fondement que des ouï -dire et des BUtorités fort suspectes , on convient dans le christianisme que les démons , considérés comme ayant été , de concert avec la fourberie des prêtres , les auteurs de ces oracles , ont pu en imjKiser à cet égard par des illusions , ainsi qu'ils en imposaient à l'égard des miracles par des prestiges, sans que d'ailleurs ib aient pu doimer à lem~s prédictions apparentes le caractère essentiel d'une véritable prophétie. « Les esprits dégagés de tout commerce avec la matière, dit l'illustre prélat que nous venons de citer, ont bien plus de pénétration et de sagacité que les hommes, soit pour la prévision des effets purement physiques, soit pour la combinaison de l'avenir avec le passé. Ils peuvent même savoir et découvrir aux autres des secrets inaccessibles à l'esprit humain. Ainsi , selon la remarque de quelques pères , coit-ils prédit des njaux dont ils devaient être les auteurs ; ainsi (fit-ils manifesté dans un endroit ce qui était arrivé 'dans un autre lieuj trop éloigné pour qu'il fût humainement possible

8'ea être si prOHïptement instruit. Mais la prévision certaine des actions lLl)res (qui fait le véritable caractère de la 'prophétie ) était au-dessus des lumières de ces faux prophètes du paganisme : elle est résersée à la nature divine. Des oracles trompeurs, ^oit qu'ils fussent rendus par l'influence de ces esprits pervers, soit qu'ils n'eussent d'autres principes que la fourberiedes devins consultés, n'ont jamais prédit des événements de œtte espèce ; et toutes les fois qu'ils ont voulu en parler, l'ambîguité de leur réponse a décelé leur ignorance. »

( L'Incrédulité convaincue pur les fvophéties. }

(3) Des p-ophèles, de ces Tiommes, elc. On a prétendu jeter f,\i ridicule sur les prophètes et sur leur ministère en plaisantant sur la manière dont quelquefois ils s'expliquaient : mais , outre que des plaisanteries, souvent fondées sur des exagérations et de fausses interprétations, ne répondent pas solidement à des faits bien constatés, on devrait faire attention aux temps, aux mœurs, aux usages, au caractère du peuple auquel ces vrais justes étaient envoyés. Ce qui nous paraîtrait vil ou bizarre, i Ca juger par nos mœurs , n'était que simple et naturel du temps d'Homère et des prophètes : il était d'ailleurs question de parler à des hommes sur qui les choses matérielles et sensibles , et souvent même les plus grossières en apparence , faisaient seules une impression vive et profonde. Dieu savait bien donner à ces ia-' terprètes, quand il le fallait, des expressions grandes et sublimes; mais quelquefois aussi, s'accommodant et se prêtant aux besoins de tous, il dictait ou permettait à ses prophètes le style ft la manière les plus propres h faire effet sur l'esprit de la multitude, ou les plus conformes à leur caractère et à leur génie partial lia-.

En général , les anciens parlaient plus que nous à l'imagination et aux sens, et persuadaient plus sûrement. « Ce qu'on diâfrit le plus vivement, comme le remarque l'auteur d'Emile, ruî s'exprimait pas par des mots , mais par des signes. On ne le disait p;is, on le montrait.... Darius, engagé dans la Scythie avec son armée, reçoit de la part du roi des Scythes im oiseau, une

ôôb LES EGAREMENTS

grenouille , une souris et cinq flècbes. L'ambassadeur remet son présent et s'en retourne sans rien dire. De nos jours cet liooimo eût passe pour fou. Cette terrilile harangue fut entendue, et Darius n'eut plus grande bute que de regagner son pays comme il put. » C'est ainsi que Dieu parlait aux Juifs par ses prophètes. Voyez, sur les objections frivoles et les fausses imputations ^l'on a faites à leur égard, les excellentes Lcllres de cjue}(jnes J'uifs ponuçjais, auxquelles, pour les dteViils, nous avons déjA renvoyé.

[Lettre 2 ef siiivanles, t, 2 , cinquième édilioil ia-S". 1 7 J2.)

(4) Ces étonnantes prédictions si précises et si détaillées sur le chutimenl des Juifs, etc., sur Buhylone, sur la Syrte, etc. On peut voir le précis de ces différentes prophéties et leur juste application, dans la plupart de nos apologistes, et spccialemcni dans l'abbé Pey, Vérité de la r'eliçjion chrétienne p-ouvée à un déiste, deux volumes- ainsi que dans l'Incrédulité convaincue par les prophéties, de l'archevêque de Aienne. On peut les voir aussi , pour la plus glande partie et de la manière la plus intéressante, dans l'Histoire ancienne de Rollin; histoire, malgré la longueur des réflexions, si uiile et si belle aux yeux de tous l< s vrais sages. Au resle, ce quil y a de bien remarquable et de bien frappant, c'est que les révolutions diverses qu'ont éprouvcHîs les Juifs ne sont à la lettre que le développement do ia l^rande prophétie que leur fit ^Moïse , avant de mourir, sur tous les cliâtimcuts que leur ferait éprouver le seigneur s ils lui étaient infidèles : c'est que, d'un autre côté, rigoureusement [Ainis, asservis, transféics parmi les autres nations, ils se relevaient toujours , et au milieu de tant de causes de destruction n'étaient jamais entièrement détruits ni confondus avec les autres peuples; taudis que ceux-ci, quoique fonuant les plus jnûssants empires , pprès avoir servi de verges et d'instruments de providence entre les mains du Très -Haut, étaient toiu à tour détruits et brisés irrévocablement. Ainsi l'avait annoncé le prophète Jcrémie. « Ke crains point, ô Jacob ! toi qui « es mon serviteur, dit le seigneur, parce que je suis avec toi ;

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u cay je perdrai toutes les nalions parmi lesquelles je t'ai banni: « et pour toi. je ne te perdrai point; mais je te châtierai avec « une juste modération , sans tepargncr comme si tu étais inno- « cent. » (Chap. 4G, vers. 28.)

Quelque précises et détaillées que soient la plupart de nos prophéties, on voudrait qu'elles le fussent encore plus. « On voudrait que les prophètes eussent mis dans leiu- stjie la même clarté, la même suite et la même liaison que comporterait le style d'un historien. Car telle est l'obslination de l'incrcdidité; elle demande toujours de nouvelles lumières. Celles qu'on lui présente ne lui suf* sent pas pour l'éclairer; et le désir cliimérique d'une lumière plus

vive est le prétexte spécieux de son aveuglement volontaire

Mais doit-elle faire dépendre son acquiescement d'une condition qui n'est ni nécessaire ni convenable....? Indépendamment de I1 nature de l'esprit prophétique et du style qui lui est propre, î1 y a une raison qui a dû rendre les prophéties plus obscures et plus mystérieuses que des narrations historiques. Il ne convenait pas que les premières eussent une clarté qui devint un obstacle à leur accomplissement.

« Dieu n'est pas obligé de muhiplier les miracles ; il est même de sa grandeur et de sa sagesse de ne pas altérer sans nécessité le cours des choses humaines, de mettre autant de douceur que d'efficace dans les ressorts de sa providence. Il est manifeste qu'une prédiction aussi claire et aussi détaillée qu'une relation histSrique ou ne serait jamais accomplie, ou ne pourrait l'être que par un miracle. Supposons que toutes les prophéties sur Jésus- Christ eussent été rassemblées dans un seul et même discours, et rangées selon l'ordre des temps ; qu'elles commençassent par sa naissance dans Rethléem, avec les circonstances et les suites de cette naissance; qu'elles continuassent par sa fuite an Egypte, son retour dans la Palestine, sa vie cachée jusqu'à l'âge de trente ans; qu'elles décrivissent ensuite toute sa vie publique, ses miracles, ses prédications, ses voyages dans la Judée, ses combats contre une cabale puissante et jalouse; qu'elles finissent par la perfidie d'un de ses disciples, par la lâcheté de tous les autres, par l'iniquité de ses juges, par la rage de ses bouireaûx , par sa mort sui une croLx, et par sa résurrection glorieuse; supposons, dis -je,

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