‹ Le comte de VergennesChapitre 103 sur 237 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tenant aux Chapeaux s'étaient plus particulièrement signalés comme partisans décidés des privilèges de la noblesse, entre autres le comte Beck-Friis, le comte Ulric de Scheffer (l), le comte Barck, le comte Snoilsky, le comte de Walwyk, le comte Hierne et le baron Rudcnschold Aussitôt les ordres inférieurs mettent en discussion et votent leur déchéance. Cette résolution ayant été portée à la noblesse, celle-ci abandonna ses propres défenseurs et ratifia, à la faible majorité, il est vrai, de cinq voix, « l'arrêt de proscription « .

Une telle défaillance, disons le mot, une telle lâcheté est à ce point extraordinaire qu'on a cru ne pouvoir l'expliquer que comme un acte de haute clairvoyance et de politique consommée, imaginé et inspiré par le roi dans le but de rendre odieux, d'un côté, les Bonnets à l'aide de leurs propres violences, et, d'autre part, de faire sortir les Chapeaux du Sénat, dernier refuge où ils conservaient encore quelque autorité. Les deux partis se trouvant de la sorte discrédités, le trône, seul, restait populaire.

h Le roi, prétend le secrétaire de la légation anglaise à Stockholm, Shéridan, le roi, à la sagacité duquel rien n'échappait et dont la vigilance saisissait habilement toutes les occasions qui pouvaient servir ses desseins, sentit la folie des Bonnets et ne perdit pas un instant pour en tirer avantage. On vit avec surprise la résolution des trois ordres inférieurs, relativement à la déposition des sénateurs, n'essuyer aucune difficulté de la part de la Chambre des nobles. On s'attendait qu'elle aurait été contrariée puissamment par le parti de la cour, et le succès des Bonnets, à cette occasion, fut considéré comme la défaite entière du parti des Chapeaux. On l'eût mieux jugé en la regardant comme un trait de cette politique profonde qui dirigeait la conduite du roi (2). »

(1) Le baron Ulric de Scheffer était devenu comte. Nous supposons que le roi avait voulu honorer de la sorte le lieutenant général que le Sénat avait chargé d'aller lui annoncer son avènement au trùne.

(2) Histoire de la dernière révolution de Suède.

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Ce machiavélique calcul n'entra certainement pas dans l'esprit du roi ; ce qui pourrait y avoir fait songer, c'est que Gustave III, dans la conscience où il était de ne pouvoir sauver plusieurs des sénateurs menacés, avait insisté auprès d'eux pour leur éviter, par une démission volontaire, l'injure d'une révocation; mais ceux-ci s'y étaient énergiquement refusés. Un d'entre eux, le baron Rudenschold, quoique âgé et sans fortune, supporta sa disgrâce avec une rare philosophie.

L'abbé Michelessi, qui se trouvait alors à Stockholm, raconte qu'il se rendit auprès de ce sénateur pour lui exprimer ses condoléances. « J'allai le voir ce jour-là (de la déchéance); il était malade II me dit avec une tranquillité admirable (en parlant des Bonnets actuellement maîtres du pouvoir) : a Eh bien, notre parti ne les avait-il pas chassés « aussi ! » Et le prêtre italien ajoute :

« Le roi s'empressa de le consoler; il lui écrivit dans les termes de l'attachement le plus tendre qu'un père infortuné aurait pu attendre du meilleur des fils. Toute la ville fut touchée de la situation de ce vertueux citoyen qui n'est pas riche et qui a une nombreuse famille. Les États n'ont pas même eu l'humanité de lui assigner une pension (1). >.

Si Gustave III avait laissé se consommer, alors qu'il aurait eu le pouvoir de l'empêcher, la n proscription.» des sénateurs dévoués à la noblesse, ce qui s'ensuivit eût suffi à lui faire

(1) Lettre à Mgr Visconti, archevêque d'Éphèse et nonce apostolique auprès de LL. MM. II. RK. et AA. sur la révolution arrivée en Suède le 19 août 1772. par Miciielesm. Stockholm, Fougt, imprimeur du roi, 1773. Cette lettre est datée du 3 novemhre 1772. lille est traduite de l'italien en français et dédiée au comte de Vergennes en ces termes :

•i COMITI DE VERCEKNES,

« Viro ingenio et morum suavitate pra-stantissimo, Galliarum Legato, cujus unica calliditas esse probum; qui quum in nihil agendo occupatus videietur, Sueciae salutem maturabat et Gustavo patriae liberatori immortalitalis viain sternebat.

.. Auctor in obsequii et amoris sui pignus libellum hune donat, in quo inodestissimus Vergennes nomen suum frustra reticeri jussit, quum res ipsa palam faciat, Suecique tamdiu meminisse debeant quamdiu libertatis et Gustavi. Holmiae, Kal. Jan., 1773. »

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