‹ Le comte de VergennesChapitre 109 sur 237 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

roi à cheval, revêtu des habits royaux, avec cette phrase : ce Patrice cura salusque tuœ » ; sur l'exergue : « Coronat. Holmiœ D. 29 maii 1772 » .

Enfin, suivant un usage traditionnel toujours respecté lors du couronnement du roi, tous les prisonniers, autres que ceux détenus pour crime capital, furent amnisties et mis en liberté.

Le soir, vers dix heures, il y eut, dans la salle des États, souper en public, présidé par le roi. Et, si nous avons des détails aussi précis sur ces cérémonies, c'est que l'ambassadeur de France, ainsi que les autres ministres étrangers, y assistaient au premier rang; même déjà souffrant, mais ne pouvant se dispenser d'y paraître, M. de Vergennes y attrapa un refroidissement assez grave pour se trouver dans l'impossibilité de prendre part à plusieurs fêles des jours suivants.

Après vingt-quatre heures de repos, un Te Deum d'actions de grâces fut célébré le 31, en présence de Leurs Majestés, et, le soir, il y eut grande cour au château.

Le lendemain 1 er juin, le roi reçut l'hommage officiel des États. Pour réunir dans une même enceinte toutes les personnes qui devaient assister à la cérémonie, un vaste amphithéâtre, en forme de cirque, avait dû être construit dans la cour du palais.

Le roi, revêtu des habits royaux, précédé et entouré des princes, de la cour, du Sénat et de ses officiers, vint prendre séance sur un trône dressé au fond de la salle; à droite et à gauche, deux galeries avaient été ménagées, l'une pour la reine et sa suite, l'autre pour les ministres étrangers.

Gustave III, avant de recevoir le serment des ordres, prit la parole; son discours emprunte une singulière importance aux circonstances au milieu desquelles il est prononcé.

u Assemblés ici, messieurs, pour cimenter, à l'exemple de vos pères, l'union étroite qui vous lie à moi et moi à vous, et nous tous à la patrie, pouvons-nous nous rappeler, sans les sentiments les plus vifs de reconnaissance, les bienfaits de la Providence divine qui, malgré toutes les secousses étran-

Ti

gères et intérieures, a su maintenir dans toute sa force l'ancien royaume de Suède et des Goths? Assis sur le trône de mes aïeux, je ne puis, sans attendrissement, saluer ces États libres et indépendants.

« Assuré de vos cœurs, plein du dessein le plus ferme de les mériter et d'affermir mon trône sur votre amour et sur votre bonheur, cette union publique serait, à mon avis, inutile, si l'ancienne observation des lois de la nation, si l'ancien respect qui leur est dû ne la faisaient naître en vous. Malheureux le roi qui, pour consolider son trône, a besoin de faire appel aux devoirs de ses sujets, et qui, n'en possédant pas les cœurs, se voit forcé de régner par le secours des lois et non par l'amour!

« 11 est inutile de vous rappeler l'importance des engagements que vous allez prendre ; les États connaissent bien leurs obligations envers eux-mêmes et envers la patrie. Que l'unanimité et la concorde vous unissent toujours ! Que les vues étrangères, que les intérêts particuliers soient sacrifiés au bien public ! Tel est le lien qui doit vous rapprocher. Ne souffrez pas que l'ambition excite parmi vous des sentiments capables d'ébranler la liberté et l'indépendance de toute la nation.

« Messieurs de la noblesse, ne perdez jamais de vue l'honneur et le courage de vos pères ! Que vos brillants exemples servent de guide à vos concitoyens ! Vous êtes le premier ordre de l'État, soyez aussi les premiers en vertu et en amour pour la patrie !

« Messieurs du clergé, votre amour pour la paix, votre soumission aux lois, votre respect envers Dieu et votre souverain sont, pour moi et mes concitoyens, un gage assuré de votre zèle à remplir les devoirs de votre saint ministère.

« Messieurs de la bourgeoisie, disputez-vous mutuellement l'honneur de contribuer de plus en plus au bien de l'État. Qu'une confiance unanime, inspirée par la sincérité' qui préside à des établissements utiles, une vie économe, un gain honnête et modéré, fassent fleurir votre commerce et vous conduisent sûrement à l'opulence.

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