‹ Le comte de VergennesChapitre 111 sur 237 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

à ouvrir mon cœur à Votre Majesté dans toutes les occasions intéressantes de ma vie, je dois aujourd'hui plus que jamais lui confier la position où je me trouve. Le détail en serait long, et il serait même dangereux de le mettre sur le papier. Je m'en rapporte donc entièrement à ce cpie Votre Majesté aura déjà appris là -dessus en partie et qu'elle apprendra encore par la suite de son ambassadeur le comte de Vergennes, qui est instruit de tout.

« La seule chose dont il m'importe que Votre Majesté soit bien persuadée, c'est qu'il n'entre rien dans mes vues qui soit contraire aux engagements solennels que j'ai pris, et que le bonheur de mes peuples, l'indépendance de ma couronne et le bien général de l'Europe sont les seuls motifs qui me déterminent et me forcent à faire ce que je vais entreprendre.

» Avec des intentions aussi pures, comment pourrais-je ne pas compter entièrement sur l'assistance et le concours de Votre Majesté? La certitude que j'en ai me soutient, et l'événement, quel qu'il puisse être, ne m'ébranlera pas si je conserve toujours l'amitié de Votre Majesté et si elle me permet d'en être aussi sûr que vous devez l'être de l'amitié tendre et sérieuse avec laquelle je suis à jamais, « De Votre Majesté,

a le bon frère et cousin,

u Gustave (I). »

Le roi de Suède était par avance édifié sur la satisfaction qu'avait dû causer à Versailles la confidence de son projet. Louis XV, en effet, au reçu des précédentes dépêches de son ambassadeur, avait applaudi en secret à la volonté d'agir du jeune roi, et il avait chargé le duc d'Aiguillon, tout fier en lui-même du résultat de ses conseils, de mettre à la disposition de son ambassadeur à Stockholm un large secours. En dernier lieu, toutefois, on avait redouté que les récentes fêtes

(1) Archives du ministère des affaires étrangère», Suède, 1772, vol. 262.

du couronnement eussent modifie' les intentions de Gustave III; tout allait pour le mieux du moment qu'il n'en était rien. Le ministre des affaires étrangères répond en conséquence à l'ambassadeur :

« Versailles, le 11 juin 1772.

« Monsieur, vos précédentes dépêches ne nous préparaient pas à la résolution que vous annoncez comme prochaine et dont le roi de Suède vous a lui-même confié le projet. Il n'est pas étonnant que ce prince, justement jaloux de sa gloire personnelle et de l'indépendance de sa couronne, ait enfin pris le parti de secouer le joug honteux et humiliant auquel la Diète actuelle a entrepris de l'assujettir. Le plan qu'il a formé, en conséquence, paraît établi sur des combinaisons dont je suppose que le calcul ne trompera pas ses espérances. Le roi a fort approuvé, Monsieur, que vous vous soyez déterminé à donner les 65,000 livres de notre monnaie que Sa Majesté Suédoise vous a demandées pour cette expédition.

« Vous connaissez les sentiments du roi et ses dispositions à lui en donner constamment les preuves les plus réelles dans les occasions décisives. Je vous ai autorisé en dernier lieu à employer, pour cet effet, 600,000 livres au soutien des mesures qu'on avait cru devoir être utiles pour réunir les États dans un système commun pour l'honneur et l'avantage de la Suède ; mais ce qui avait été proposé n'ayant pu s'exécuter, on lui substitue aujourd'hui un projet plus audacieux et dont l'événement, s'il est heureux, promet des succès plus considérables...

« L'intrépidité du roi de Suède le met au-dessus de l'impression que pourrait faire en lui le péril où il va s'exposer par un motif d'honneur personnel et de zèle pour la patrie. Vous avez très bien fait de n'exciter ni de retenir ce courage, et vous devez lui renouveler les assurances de sincère et inviolable amitié du roi (1). »

(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772, vol. 261.

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