CHAPITRE XI
Une fois décidé à exécuter un coup d'État, Gustave III ne faiblit pas un seul instant. Nous allons voir ce jeune prince de vingt-six ans déployer des qualités exceptionnelles de fermeté, de constance, de coup d'œil, et cette bravoure personnelle et chevaleresque à laquelle, en France surtout, on ne saurait refuser aucun suffrage.
Les fêtes du couronnement, le faste les ayant accompagnées qui séduit toujours les foules, l'attitude simple et digne du souverain, avaient encore accru sa popularité. Le Sénat et la Diète, loin de subir l'influence de ce mouvement populaire, continuaient, au contraire, à tenir la conduite la plus offensante pour le roi. Leurs membres, après lui avoir juré obéissance, s'appliquaient à le molester; de plus en plus ils empiétaient sur les prérogatives de la couronne, au point qu'il était permis de dire « qu'à l'ombre de la liberté ils exerçaient, avec un délire extravagant, appelant des remèdes extrêmes, le despotisme le plus odieux » .
Pour n'en citer qu'un exemple, le poste de colonel destrabans de la garde du roi, place, dite de confiance, conférée dans le Sénat à la majorité des voix, étant vacant, les sénateurs, sans en prévenir Gustave III, firent choix d'un candidat et se mirent en mesure de procédera son élection. La presque unanimité des votes se prononça pour le comte Donna. Le tour d'opiner du roi étant venu, celui-ci s'excusa de n'en pouvoir rien faire, sa voix étant désormais inutile.