CHAPITRE XI
portent, colonel du régiment des gardes. Invoquant pour prétexte des manœuvres militaires, il engagea les princes ses frères, auxquels aucune confidence n'avait été révélée à réunir divers escadrons et à leur faire exécuter deux fois par semaine des marches cl des exercices. A plusieurs reprises, il se mit lui-même à la tête des troupes. Tel fut son camp de Satory; tant il est vrai qu'il n'existe pas, paraît-il, deux manières d'effectuer les coups d'État.
C'était toujours de la Finlande que le signal devait être donné. Tout avait été combiné et préparé avec le plus grand soin de ce côté, en vue d'amener par mer inopinément à Stockholm la petite garnison de Sweaborg.
Par une coïncidence bien étrange, vers la fin de juillet, quelques bruits de mécontentement parmi les soldats de ces parages s'étant répandus, le Sénat crut habile d'envoyer, pour y mettre- ordre, le baron Sprengtporten , dont l'influence sur les officiers, dont nous venons de parler, l'inquiétait. Cette mission n'était sans doute qu'un moyen d'éloigner jusqu'au fond de la Finlande un colonel jugé dangereux. Or, en fait, le baron Sprengtporten était gagné à la cause du roi, et il devait, à l'heure dite, se mettre à la tétc de la garnison de l'île et, en toute diligence, s'efforcer de débarquer avec elle dans la capitale (I).
Pour effectuer cette traversée les bâtiments faisaient défaut. Il y avait urgence à en expédier au moins un, sans que sa véritable destination pût être soupçonnée ; et le roi ne pouvait disposer d'aucune partie de la flotte! L'ironie des
(1) Le baron Sprengtporten emportait un plein pouvoir signé tlu roi, auquel riait joint ce billet :
« 29 juillet 1T72.
« Je remets entre vos mains le secret de ma vie, et je n'ai, sur ce point, aucune crainte. Je vous prie encore une fois de vous épargner et de ne point exposer vos jours, qui, en ce moment, sont si intimement liés au bien de l'Etat.
» Si vous rencontrez de la résistance, il vaut mieux abandonner l'entreprise que d'exposer votre sort au hasard. J'espère que vous anéantirez, en ce cas, le papier que je vous ai remis, comme aussi dans le cas où vous auriez cessé d'en faire usage. » — Geffhoy, Gustave III et la cour de France t. I.
LE COMTli DU VERGENNES.
circonstances voulut encore que, clans le but apparent de mettre la forteresse de Swcaborg en état de résister à une attaque de la Russie , on parvînt à déterminer les États à prendre l'initiative de l'expédition d'un navire chargé de tout le nécessaire. Ce bâtiment, destiné en réalité à ramener les troupes qui devaient les disperser, ce furent les États euxmêmes qui en prescrivirent l'affrètement et le départ. Les Bonnets avant essayé une velléité de résistance, une explosion d'indignation s'éleva contre eux : on les accusa de vouloir entraver les mesures commandées par la défense de la patrie.
Cette première partie de la tâche était accomplie ; malheureusement, les vents d'est, sans lesquels on ne pouvait songer à tenter l'entreprise, hien qu'ils fussent ordinaires en cette saison, ne se déclaraient pas.
En prévision de l'éventualité d'un tel contretemps et aussi afin d'appeler dans une direction tout opposée l'attention de tous, le roi de Suède s'était appliqué à porter concurremment ses vues dans une autre voie. Il avait noué des intelligences avec une vaillante petite troupe occupant en Scanie la citadelle de Christianstad et commandée par un homme énergique et prêt à tout, le capitaine d'infanterie Hellichius. Cet officier secrètement mandé par le roi, un entretien avait eu lieu en présence du prince Charles. Le frère de Gustave III, mis à la dernière heure au courant du coup de main qui se préparait, y avait chaudement adhéré, et, mû par le plus noble désintéressement, il s'était livré tout entier, sans le moindre souci du péril, à la cause de la royauté. Entre les trois conjurés il avait été arrêté que le prince Charles se rendrait en Scanie, sous prétexte d'aller au-devant de la reine, sa mère, revenant de Berlin; mais qu'en fait il prendrait le commandement des troupes de la province en vue de faire sa jonction avec la garnison révoltée de Christianstad, pour ensuite marcher sur la capitale.
La légende prétend que Gustave III, rompant un écu de six livres, aurait remis l'une des moitiés à son frère et l'autre à Hellichius, ces signes de convention pouvant être, en cas