‹ Le comte de VergennesChapitre 116 sur 237 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

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d'occurrence grave, joints à quelque message et faciliter ainsi leur communication secrète (I).

Si le roi pourvoyait à tout avec un visage impassible, il n'en était pas moins, au fond de son cœur, extrêmement perplexe. Malgré la quiétude de conscience qu'il affectait, il éprouvait de graves scrupules à se mettre en contradiction flagrante et avec sa déclaration du 15 mars 1771 et avec l'acte d'assurance qu'il venait d'accepter et de signer. 11 avait affirmé, dans ces documents géminés, la volonté de ne jamais changer la forme de gouvernement et de toujours régner sur un peuple libre, et il allait renverser ce gouvernement et supprimer par la force cette liberté ! Ne serait-il pas possible d'essayer d'éloigner de lui le reproche de félonie et de violence, en soumettant, après coup, à la ratification des députés de la nation, la constitution dont il aurait doté le pays? C'était, près d'un siècle à l'avance, formuler la célèbre maxime : « Sortir de la légalité pour rentrer dans le droit. «

Un écrivain moderne prétend que, « chaque fois qu'un despote viole le droit, il est assuré de trouver un courtisan qui l'approuve et qui essaye toujours de donner à ses actions iniques l'apparence trompeuse de l'équipé (2) » . Le courtisan, cette fois, fut un diplomate connaissant désormais » le secret de son roi « et agissant en conséquence.

Le comte de Vergennes s'efforce, en effet, de rassurer Gustave III. C'est tout ou rien, semble-t-il lui avoir fait remarquer : en pareille voie, on ne saurait s'arrêter à michemin. Il s'explique :

(1) On a donné de cet incident une autre explication, d'après laquelle l'une des moitiés de l'écu aurait été conservée par le roi et l'autre remise à son frère. « Le prince Charles, en quittant Stockholm, écrit M. Geffroy, emporta la moitié d'un petit écu de France, dont l'autre moitié resta entre les mains de Gustave III ; celui-ci devait la joindre à tout message non suspect qu'il voulait adresser à son frère. C'était une précaution utile en cas d'échec contre l'exécution possihle d'ordres imposés par les Etats. Cet écu brisé a été conservé depuis au cabinet des médailles au château de Drottningholm. (Gustave III et la cour de Fiance, t. I.)

(2) Welschinger, Le roi de Rome.

(i J'ai pris la liberté de lui représenter, dans quelques conversations que j'ai eues ces jours-ci avec lui, le danger qu'il y aurait à laisser son ouvrage imparfait et à ne pas se saisir de toute l'autorité nécessaire pour lui donner la plus grande perfection possible. Je lui ai observé qu'il faudrait bien plus de vipueur pour soutenir la révolution que pour la faire ; qu'une fermeté inexorable dans les premières années de la nouvelle administration sera le seul moyen d'en imposer aux cabales et d'étouffer les réclamations auxquelles il doit s'attendre. D'ailleurs, les outrages dont les États ont payé ses déclarations et ses assurances paternelles ne l'ont- ils pas suffisamment dégagé des promesses qu'il peut avoir faites? »

L'auteur de la dépêche ajoute :

« Quant au reproche de violence que ce prince voudrait éviter, comme tout le projet porte sur la violence et que c'est même le seul moyen pour obtenir la sanction des Etats aux nouveaux arrangements qu'il sera question d'établir, je l'ai supplié de se garer de l'amorce des négociations, d'aller droit à son but, sans s'en laisser détourner par quelque motif que ce puisse être, et, par-dessus toute chose, de ne point laisser séparer les États, lorsqu'il les aura assemblés dans la salle du château, avant que l'opération soit entièrement consommée et que la Diète soit dissoute (1). »

Le conseil, cette fois, est net et clair, et « l'opération » bien simple : obliger les États à voter sous la pression des baïonnettes la nouvelle forme de gouvernement, puis les congédier.

Gustave III ne se dissimulait aucune des conséquences possibles de l'aventure. En assumant seul toute la responsabilité, il attirait sur lui toute la haine et s'exposait aux attentats de la vengeance. Ce prince, qui devait, à vingt ans de là, périr d'un coup de pistolet, appréhendait déjà l'éventualité d'un assassinat. « C'est un secret, murmure M. deVergennes, qui lui est échappé avec moi et auquel je me garde bien de paraître participer. »

(1) Dépêche au duc d'Aiguillon, du 9 juillet 1772. — Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772, vol. 262.

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