CHAPITRE XI
Revenant de Carlscrona, il s'était présenté le 12 devant la citadelle de Ghristianstad, et il en avait trouvé les ponts levés, les portes fermées, les canons braqués. Un soldat de garde avancée lui avait signifié de ne pas aller plus loin. Le général s'étant fait connaître, la sentinelle lui dit qu'elle savait fort bien à qui elle parlait, mais que la consigne donnée par le commandant portait que personne ne devait entrer ni sortir, sauf les paysans apportant des provisions et des
vivres.
Le général Rudbeck demanda vainement à parler au commandant. Enfin, devant son insistance, le soldat de faction l'invita à se retirer, sans quoi il se verrait contraint de l'aire feu sur lui, attendu que, la place s'étant révoltée, il avait l'ordre d'empêcher, même par les armes, qui que ce soit de s'en approcher.
Christianstad, petite ville située au sud de la Scanie , sur le fleuve l'Helgea, était entourée de fortifications et de fossés remplis d'eau, qui ont, depuis, disparu. Sa garnison, à l'appel de son commandant, s'était, en effet, le 12 août, insurgée contre les États. Le bourgmestre et les magistrats de la ville avaient été arrêtés, et on avait opposé un refus énergique aux sommations réitérées faites par le général Rudbeck au nom du Sénat : » Maladresse, écrit M. de Vergenncs; il fallait le retenir prisonnier et en otage. » Puis, le capitaine Hclbchius, se renfermant dans sa forteresse, avait lancé aux habitants de la province, pour les inviter à imiter son exemple, le manifeste suivant :
.. Christianstad, le 42 août 1772.
a Afin d'instruire chacun du but des mesures prises pour mettre cette ville et sa forteresse en état de défense et y établir une garde suffisante, l'on déclare, par ce manifeste, que ce n'a été que parce que certaines gens, par ruse et violence, aux dépens des lois et des citoyens, ont osé porter injustement le nom d'États du royaume de Suède; qu'ils y ont exercé le plus grand pouvoir; qu'ils se sont écartés des lois
et des limites de la justice, exclu l'honnêteté de leurs actions et favorisé des vues étrangères.
« Tout cela met en évidence qu'ils n'ont pris aucune précaution pour prévenir la disette des grains et la misère qui écrase et afflige la plus grande partie des provinces du royaume ; qu'ils n'ont cherché aucuns remèdes pour soulager le commerce et faciliter la circulation de l'argent. Tous les ouvrages de défense ont été négligés. La décadence du royaume allait être consommée, la sécurité générale et privée détruite, au point que rien ne garantissait plus la réputation, l'honneur et la fortune des citoyens. Les atteintes les plus violentes ont été portées au pouvoir juste et légitime du roi. Toute déférence, toute obéissance envers Sa Majesté étaient, en toute occasion, supprimées.
« C'est en raison de ces considérations que le militaire (sic) de cette ville et de cette forteresse a proclamé que cette façon de gouverner tendait à usurper le pouvoir absolu que chacun, d'après son serment et ses engagements, a le devoir de répudier et de prévenir. En conséquence, la garnison refuse de déférer et d'obéir aux soi-disant États, regarde et déclare tout ce qu'ils ont fait et résolu comme nul et non avenu; et, afin d'y apporter les remèdes les plus efficaces, elle est décidée à persister, avec fermeté, dans le parti qu'elle a de ne mettre bas les armes que lorsque ses vues seront pleinement exécutées.
« Braves Suédois! l'œuvre est enfin commencée ! Rappelezvous vos obligations envers le roi et la patrie! Montrez votre zèle, chacun dans vos différents états ! Ne faites qu'un avec nous! Tel est le seul moyen de sauver le royaume de la chute honteuse, et peut-être d'un joug étranger, lequel, s'il n'est pas encore certain, apparaît, du moins, comme possible.
« Nous protestons devant Dieu, à la face de toute la terre, que nos intentions sont pures, éloignées de tout dessein étranger. Elles tendent uniquement au bien de la patrie et ne se proposent d'autre but que de rendre à Dieu ce qui est à Dieu et au roi ce qui est au roi ! »