‹ Le comte de VergennesChapitre 119 sur 237 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le général Rudbeck, encore sous le coup de l'indignation que lui avait causée la façon dont il avait été accueilli à Christianstad, soupçonnant, d'ailleurs, dans un tel acte d'indiscipline l'ingérence du parti de la cour, s'était précipité au château, résolu à s'en expliquer nettement avec le roi. Ici se placerait, d'après Sheridan, une scène de dissimulation et de duplicité jouée par Gustave III avec un art dépassant peut-être les limites permises. Nous laissons à l'auteur anglais la responsabilité de son récit, dont nous n'avons d'ailleurs Irouvé nulle confirmation dans les documents officiels.

a La surprise avec laquelle le roi reçut la nouvelle de la révolte, le chagrin qu'il en témoigna, son zèle à entrer dans toutes les mesures que le Sénat jugerait à propos de prendre, non seulement pour étouffer la rébellion, mais encore pour sa propre sûreté, étonnèrent tout a la fois le petit nombre de ceux qui suspectaient sa conduite et en imposèrent complètement à ceux qui étaient sans méfiance.

n Lorsque le général de Rudbeck lui porta cette nouvelle; Sa Majesté l'embrassa, l'appela son meilleur ami et parla des obligations qu'elle lui avait, avec tant de chaleur que le vieux général se retira convaincu que, non seulement le roi n'avait eu aucune connaissance de la révolte tramée en Scame, mais qu'il était impossible que les bruits qui s'étaient répandus sur ses desseins contre la constitution eussent aucun fondement. Cette persuasion, de la part du général, était d'autant plus extraordinaire qu'il avait été l'un des premiers à suspecter les intentions de Sa Majesté (I). <>

One Gustave III se soit jeté dans les bras du « vieux général » et l'ait « embrassé » avec effusion et gratitude, nous avons peine à le croire : « Il est jaloux de sa dignité » , nous a appris déjà M. de Vergcnncs. Mais ce qui est incontestable, c'est cpie, suivant le plan adopté, il feignit l'élonnement et se déclara prêt à réprimer l'insurrection.

Dans la journée du 17 août, la nouvelle du soulèvement

(1) Histoire de la dernière révolution dp Suède.

du «militaire., de Ghristianstad était officiellement confirmée par un courrier, expédié sur l'heure par le prince Charles Le frère du roi faisait savoir qu'aussitôt la révolte connue de lui, il avait réuni à Landscretun conseil de guerre, auquel il avait appelé l'ancien feld-maréchal comte Annitson et les principaux officiers de la région, et qu'il avait été décidé que toutes les forces de la province devaient marcher contre les bataillons insurgés pour les faire rentrer dans le devoir : en conséquence il s'était mis à leur tête et porté en avant. Dès l'avis de ces faits, le Sénat et le Comité secret se déclarent en permanence, en vue d'aviser aux mesures à prendre pour parer aux événements. Tout d'abord, le capitaine Hellichius est déclaré, par un arrêt du Sénat, rebelle et traître. Puis, le sénateur baron Funck, l'un des membres les plus déterminés des Bonnets, reçoit commission de se rendre immédiatement en Scanie, investi des pouvoirs les plus étendus pour réprimer par tous les moyens possibles ce commencement de rébellion. La présence du prince Charles au milieu de troupes entièrement à sa dévotion paraissant dangereuse, le roi est mis en demeure de transmettre à son frère l'ordre de rentrer sur l'heure à Stockholm, même injonction devant être faite au prince Frédéric, qui, sous prétexte de faire une cure thermale à Redwy, s'était rendu dans la province d'Ostrogothie.

Le Sénat et le Comité secret, jugeant peu sûre la garnison de Stockholm, qui en plusieurs occasions n'avait pas dissimulé son attachement au roi, décident de mander en toute hâte dans la capitale un bataillon du régiment d'Upland et un bataillon du régiment de Sudermanie, sur lesquels ils suppo-, sent pouvoir absolument compter. En même temps la cavalerie bourgeoise reçoit l'ordre de monter à cheval et de faire des patrouilles pour maintenir l'ordre et la sécurité publique. Toutes ces dispositions, délibérées et votées par le Sénat et le Comité secret, sont transmises au roi sans aucune explication : il est en quelque sorte requis d'y apposer sa signature. Bien plus, Sa Majesté est invitée à ne pas sortir de la ville, et

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