II
et voit défiler devant lui le détachement qui, ainsi que cela se faisait tous les jours, va prendre la garde au château. Le roi le suit à pied, et, en arrivant près du palais, sur la place du Nord, il y trouve réunis environ deux cents officiers qu'il avait secrètement fait convoquer la veille. Il esta ce moment onze heures.
La garde montante et la garde descendante s'étant rangées dans la cour, à l'endroit accoutumé, le roi leur commande d'y demeurer, et, suivi de tous les officiers, il pénètre dans le corps de garde.
Les portes une fois fermées, le roi, remarquable d'aisance, de sang-froid et d'énergie, secondé à merveille par le prestige et l'autorité convaincante de sa parole, se prend à haranguer ceux qui l'entourent. Il leur dépeint les factions déplorahles qui divisent le pays et qui n'ont que trop duré (1) ; la situation humiliante à laquelle il est réduit; les outrages qu'il vient encore de subir; le péril personnel dont, à l'heure même, il est menacé. Il ajoute qu'il est résolu à faire cesser un pareil scandale, mais que son intention n'est nullement d'attenter à la liherté de sa patrie ni aux droits des citoyens ; qu'il n'a d'autre ambition, au contraire, que d'asseoir cette liberté sur des bases plus justes et plus solides. Il termine en demandant à ses auditeurs, de plus en plus électrisés, s'ils veulent lui prêter leur concours, bien décidé qu'il est, quant à lui, à s'immoler pour sauver l'État de la déplorable et cruelle anarchie qui l'avilit et ne peut manquer de finir par entraîner sa ruine complète.
Le premier mouvement des officiers, qui ne s'attendaient à rien de semblable, fut une vive surprise : d'où une certaine hésitation dans leurs rangs. Ce que voyant, le baron de Liewen, du régiment des gardes, s'avance et avec la plus grande énergie se prononce en faveur du roi : son exemple entraîne ses camarades, et ceux-ci, s'échauffant de plus en
(1) Quelques instants avant le 18 brumaire, Bonaparte dira également : « Je ne veux plus de factions... Il faut que cela finisse : je n'en veux plu* absolument. » (Mémorial de J. de Norvins, t. III.)