‹ Le comte de VergennesChapitre 127 sur 237 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Il dépend maintenant de vous de retourner dans vos hôtels ou de rester encore ici. Je m'efforcerai de vous y donner une hospitalité à votre satisfaction. »

Le soir du 19 août, à Stockholm, chacun pouvait, en effet, regagner sa demeure, vaquer à ses affaires ou à ses plaisirs et dormir en toute confiance, la révolution était faite, et, suivant l'heureuse expression d'un spirituel écrivain, elle avait été a bien faite « (I).

Toutefois, durant la nuit, le prince ne cessa pas un seul instant encore de payer de sa personne. Pour être certain qu'à la faveur de l'obscurité aucun abus ne serait commis, il tint à veiller, afin d'être prêt à toute éventualité ; même il se mit à la tète de patrouilles et fit, par la ville, plusieurs rondes. Il ne consentit à réintégrer qu'au jour ses apparlements, dès qu'il fut bien assuré que nulle part l'ordre n'avait été en quoi que ce fût troublé.

Le 20 paracheva l'œuvre du 19 août. Le personnel des administrations publiques, la grande et la petite bourgeoisie, la milice s'empressèrent de venir prêter serment entre les mains du roi. 11 n'y eut pas jusqu'aux officiers du régiment d'Upland, contremandés la veille en cours de route et hier encore défenseurs résolus des Bonnets, qui ne firent demander la permission de se rendre à Stockholm pour apporter la preuve de leur soumission et de leur obéissance. A chacun le roi adressa la parole, et « partout son éloquence, écrit Michelessi, a été victorieuse sur une nation qui n'avait pas entendu ses rois parler en public depuis Gustave-Adolphe, et parler suédois depuis Charles XII » .

L'auteur italien rapporte à ce propos un émouvant spectacle dont il avait été témoin.

« La scène la plus attendrissante se passa le 20, a la place de la Nouvelle Bourse. Il s'y était formé un concours de plus de 30,000 personnes. Le peuple était monté sur les échafaudages de nouveaux bâtiments et sur les portes des maisons.

(1) G. Vai.rert, Une reine de Suède. Revue des Veux Mondes du 1 er novembre 1897.

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» La milice bourgeoise à pied était sous les armes. Dès que le roi fut arrivé, sa suite se rangea le long de la place, et il se ht un profond silence.

« Le roi, à cheval, l'épée à la main, s'avança sur le front de la troupe. Il tint un discours pathétique d'une voix si nette et si distincte qu'on l'entendait dans tous les coins de la place Le peuple, fondant en larmes, interrompit souvent le discours du roi par les plus vives acclamations. Après cela le ro. lut le serment qu'il faisait à son peuple, et il fit lire celui que le peuple lui prétait. On ne peut trop admirer la fermeté et 1 intrépidité de ce jeune prince (1). »

Auprès de l'armée, des fonctionnaires et du peuple le suc ces était complet. Restait la Diète. Quelle allait être son attitude ? Ratifierait-elle de bonne grâce le coup de force en real.tc dirigé contre elle? ou puiserait-elle dans son incontestable droit le courage nécessaire, soit pour résister, soit pour protester ?

En vue de frapper le plus tôt possible le dernier coup le ro, fit annoncer par les hérauts d'armes, pour le lendema'in Rassemblée générale des ordres dans la grande salle des Etats.

On prétend que la convocation adressée aux députés les avertissa.t que ceux qui ne répondraient pas à l'appel seraient punis comme traîtres à la patrie (2).

Le 21, dès la première heure, on procède à un r rand deplo.ementde forces. Le palais royal est entouré de soldats Chacun des quatre ordres se voit interdire le droit de se réunir séparément. Quand tous les membres de la Diète se trouvent à leurs places, Gustave III, revêtu des habits royaux, environné de ses gardes et d'un groupe nombreux d officiers, vient s'asseoir sur le trône. Pins, après avoir luimême frappé trois coups avec le marteau d'argent de Gustave- Adolphe pour annoncer l'ouverture de la séance, d'une voix

(1) Lettre à Mgr Visconti

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