‹ Le comte de VergennesChapitre 128 sur 237 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

forte, nette et ferme, il prend la parole clans le but

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quer sa conduite, de préciser son but et de dicter ses volontés.

Il s'exprime ainsi :

« Nobles, illustres, renommés, dignes, sages, honnêtes, vertueux et braves Suédois,

« Pénétré de la plus vive douleur à la vue de la situation où se trouve aujourd'hui la patrie, je me vois forcé de vous exposer des vérités amères dans leur plus grand jour.

« Le royaume étant à deux doigts de sa perte, vous ne devez pas être surpris si je ne vous revois pas avec les mêmes sentiments de joie dont mon cœur était toujours rempli lorsque vous vous assembliez devant le trône. Je n'ai pas à me reprocher de vous avoir rien caché. Deux fois je vous ai parlé avec toute la vérité qu'exigeait ma dignité, avec toute la franchise qu'inspire le véritable honneur. La même franchise va me guider encore dans ce discours. Je remonterai dans le passé pour y chercher les remèdes au présent.

« C'est une vérité bien triste, mais généralement reconnue, que la discorde et l'envie déchirent le royaume depuis longtemps. La nation s'est vue en proie aux dissensions de deux partis qui en ont fait pour ainsi dire deux peuples, conspirant également à la ruine de la patrie. Vous savez jusqu à quel point l'esprit de division a porté la haine ; la haine a provoqué la vengeance; la vengeance a engendré la persécution : de là sont nées les nouvelles, les fréquentes révolutions que la Suède a subies. Et cet état a fini par devenir un mal périodique qui a infesté et avili toute la société. Ces secousses, occasionnées par l'ambition d'un petit nombre, ont ébranlé le royaume. L'un et l'autre parti ont fait couler des ruisseaux de sang, et le peuple a toujours été la victime d'une désunion qui ne l'intéressait que par les suites malheureuses dont il était le premier à se ressentir.

«C'est ainsi que la liberté, ce droit le plus noble de l'humanité, a été transformée en un despotisme aristocratique entre les mains du parti vainqueur, lequel était bientôt renversé à son tour. Quelques-uns seulement disposaient du pouvoir selon leur caprice, ou bien tremblaient à l'approche d'une Diète... C'est dans cette situation que j'ai trouvé l'État lorsque, par les décrets de la Providence, j'ai pris en main le sceptre. Je n'ai rien épargné, vous le savez, pour vous concilier ; je vous ai toujours recommandé avec instance, quand je vous ai parlé de ce trône, ainsi que dans d'autres occasions, l'union et l'obéissance aux lois. J'ai sacrifié tout ce qui pouvait me toucher personnellement, tout ce qui peut être cher à un roi. S'il y a quelqu'un parmi vous qui nie cette vérité, qu'il se lève hardiment!

« J'espérais que mes efforts vous dégageraient des liens que l'or étranger et l'aversion mutuelle voulaient vous imposer, que l'exemple affreux des autres nations serait pour vous un avertissement menaçant : tout a été inutile. Tantôt vous avez été séduits par vos chefs, tantôt par votre propre vengeance; toutes les barrières ont été renversées, toutes les conventions, toutes les promesses oubliées ou violées. Une licence effrénée a rompu toutes les digues ; les plus grands efforts n'ont pu les rétablir. Les citoyens les plus vertueux ont été sacrifiés ; d'anciens officiers, recommandables par leur dévouement etleur fidélité, ont été déshonorés; des corps entiers de magistrats déposés ; oui ! le peuple lui-même a été foule aux pieds, sa voix étouffée, ses plaintes traitées de séditieuses, et la liberté transformée en un joug aristocratique odieux à tout citoyen suédois. . .

« Le seul but que je me suis proposé, en agissant comme je l'ai fait, est de rétablir la vraie liberté (1); elle seule, mes chers sujets, peut vous rendre heureux. Les lois étant inva-

(1) Un rapprochement s'impose. Alors que le prince Louis-> T apoléon méditait déjà un coup d'État, on le voit, dans son message du 13 juin 1849, affirmer sa volonté de respecter la constitution qu'il a jurée, et de relever l'autorité sans inquiéter « la vraie liberté ».

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