‹ Le comte de VergennesChapitre 131 sur 237 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

et se terminant par des considérations personnelles tout à fait hors de propos.

.. Stockholm, 21 août 1772.

« Monsieur le duc,

« L'expédition cpie j'ai l'honneur de vous adresser vous causera certainement du plaisir, niais elle me semblerait incomplète si je ne prenais la liberté d'y joindre mes plus sincères et mes plus vives félicitations sur un événement qui fait une époque mémorable et glorieuse de votre ministère.

« Voire prévoyance 1 a préparée. La corruption avait avili lésâmes; vous l'ave/, retranchée et fait germer les semences de zèle et de vertu assoupies dans le fond des coeurs qui viennent de se développer si admirablement.

ii Cette merveilleuse révolution, Monsieur le duc, opérée sans confusion et sans L'ombre de violence, avec l'unanimité et l'acclamation universelles, est un de ces bienfaits signalés de la Providence dont on ne peut lui rendre de trop sincères actions de grâce. J'en sens d'autant mieux le prix, que j'étais près de succomber sous le poids des contradictions qui semblaient devenir plus formelles et plus redoutables. Désormais, tranquille et content au moral, je résisterai mieux, j'espère, à la rigueur ef à l'àpreté de la mauvaise saison qui approche.

h Permettez-moi, Monsieur le ^]\)v. de vous parler de ma situation. La Diète, qui va finir dans les premiers jours du mois prochain, fera cesser le traitement extraordinaire qu'elle me procure; il n'est pas possible, cependant, de diminuer ma représentation et ma dépense. Je dois plutôt les augmenter, si je ne veux pas diminuer ma considération.

« Notre soleil levant va faire affluer ici, de toute part, la noblesse; nous aurons plus de monde cet hiver, en hommes et en femmes, qu'il n'y en a eu pendant la Dicte; je puis moins (pie jamais leur fermer la porte.

ii Je souhaiterais être en état d'y suffire avec mes appointements ordinaires ou d'y suppléer de mes facultés. J'en ai très peu, et le peu est absorbé par ma famille, que je fais

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élever en France sous les yeux de ma femme. Ce pays-ci est excessivement cher et dispendieux.

« Si je suis pressant, Monsieur le duc, lorsque je sollicite pour les autres, je ne serai pas importun pour moi. J'ai l'honneur de vous exposer ma situation, mes besoins, la convenance des choses. J'invoque vos hontes, daignez me les assurer; c'est le bien le plus précieux que vous puissiez me faire; j'ai, dans mon cœur, la sûreté de les mériter. Vous plaire, Monsieur le duc, est ma plus grande ambition. « Je suis, etc. (1) »

Que dites-vous de ces questions d'argent agitées à pareille heure? De quelle présence d'esprit, économe et positive, il faut être doué pour songer à a faire réveiller un ministre » , afin de lui annoncer un coup d'État et de lui soumettre, en même temps, des calculs clignes d'un amphitryon supputant le nombre d'étrangers <■ en hommes et en femmes » qu'il est destiné à recevoir et à héberger! L'ambassadeur ne pouvaitil attendre au moins la fin de la Diète pour exposer à son chef « sa situation, ses besoins et la convenance des choses » ? Le lendemain, de son côté, le roi de Suède faisait partir en courrier extraordinaire le baron de Lichen (2), pour remettre à Louis XV quelques mots de remerciement et de gratitude.

Le billet de Gustave III est bref; mais le jeune prince était

(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, suppl , 1769- 1774, ïtol. 12.

(2) Le roi de Suède avait choisi le baron de Liewen pour cette flatteuse mission parce que, d'abord, il était le premier officier s 'étant déclaré en faveur de la révolution, et, en second lieu, parce qu'il était attaché en qualité de capitaine au service de la France. Voici, en effet, le Post-scriptum ajouté par M. de Vergennes à sa dépèche du 21 août adressée au duc d'Aiguillon :

« Je comptais, Monsieur le duc, vous remettre une lettre du roi de Suède pour le roi ; mais le prince vient de me faire savoir qu'il expédiera demain à Sa Majesté le baron de Liewen, officier aux gardes et qui a une commission de capitaine à votre service. Daignez le distinguer; c'est lui qui a rompu le silence dans le corps de garde. Tout le monde était muet et paraissait incertain; dse déclara; son exemple entraîna ses camarades. S'il est susceptible d'être colonel, j'ose vous prier de vous intéresser à lui en procurer le brevet. «

Louis XV s'empressa d'accorder cette faveur.

(Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772, vol. 262.)

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