‹ Le comte de VergennesChapitre 133 sur 237 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

jamais célèbre survenu en Suède. Il s'était empressé de faire parvenir, par l'entremise du comte Charles de Scheffcr, l'hommage de son admiration à Gustave III. Voici la flatteuse réponse qu'il reçut :

« Stockholm, le 30 septembre 1772.

a Je vous supplie, Monsieur le maréchal, d'être bien persuadé du plaisir avec lequel le roi a vu et lu ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sur le grand événement de ce pays-ci. Le jeune monarque s'csl couvert, d est vrai, d'une gloire immortelle par sa modération, peut-être plus encore que par son grand courage, dans l'entreprise qu d a si heureusement terminée. Mais je puis avoir l'honneur de vous assurer que ce qui lui donne aujourd'hui la satisfaction la plus sensible, est l'approhation et le suffrage de ceux qui, comme vous, Monsieur le maréchal, sont en droit de juger les grandes actions et de les apprécier...

« C'est donc par ordre exprès de Sa Majesté que je vous adresse ici ses remerciements pour votre souvenir en cette occasion. Le roi veut aussi que je vous assure qu'il sera toujours jaloux de mériter voire estime. Certainement ce grand prince dédaigne la politique affreuse, quoique fort à la mode aujourd'hui, qui tend à inquiéter ses voisins et à étendre sa domination à leurs dépens. Mais, si l'injustice de ceux du roi va jusqu'à vouloir le trouhler dans le grand ouvrage qu'il a aujourd'hui à faire, celui de remettre Tordre dans un Etat dévasté par cinquante années d'anarchie, j'ose vous assurer, Monsieur le maréchal, que le roi ne balancera pas de se défendre à la tête de ses armées, comme il l'a fait en dernier lieu à la tétc de son régiment des gardes.

" Où prendre, en ce cas, un maréchal de Broglie pour lui servir de guide et de conseil? C'est là tout notre embarras. Je ne parle pas par compliment; je dis réellement ce que nous pensons tous, et je ne crois pas pouvoir mieux prouver combien est véritable et sincère mon admiration pour vous

et jusqu'où s'étend le parfait attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être...

« Le comte de Scheffer (1). »

Louis XV ne fut pas un des moins heureux du succès de son jeune et vaillant allie. Il prit connaissance, dans ses moindres détails, du récit des trois journées des 19, 20 et 21 août, et, de sa main, il répondit au roi de Suède en ces termes :

« Le 8 septembre 1772.

« Monsieur mon frère et cousin,

J'ai reçu avec la plus vive satisfaction la lettre que le baron de Liewen m'a remise de la part de Votre Majesté. Elle connaît trop mes sentiments pour n'être pas bien persuadée de la joie que me cause la révolution dont elle m'a fait part.

« Mon ambassadeur m'a rendu un compte exact et circonstancié de cet heureux événement, dans lequel Votre Majesté a donné les preuves les plus éclatantes de ses lumières, de ses vertus et de toutes les qualités supérieures qui doivent lui assurer, avec l'admiration générale, la fidélité et l'amour de ses peuples.

« Je ne doute pas que Votre Majesté ne perfectionne, par son courage et sa fermeté, ce qu'elle vient de commencer. Elle sera informée par mon ambassadeur des mesures que j'ai déjà prises et que je continuerai de suivre auprès des puissances voisines de Votre Majesté pour le plus parfait succès de ses vues.

« L'intérêt que je prends à sa prospérité sera toujours inviolablement uni à la sincère amitié avec laquelle je ne cesserai jamais d'être, etc.

« Louis (2). »

Mme du Barry, après avoir versé des larmes de satisfac-

.-IV Ar , ch }: eS JU mini8tère A ™ affaires étrangères, Suède, ,uppl., 1769- 1/ /■*, vol. 12.

(2) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772, vol. 262.

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