‹ Le comte de VergennesChapitre 138 sur 237 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

reur des factions, aux violences légales du Sénat el des États, et à l'insurrection possible du peuple, qui dénote autant de hardiesse cpie de courage.

Le jeune prince avait donc vaillamment gagné ses éperons de politique, de chef et de souverain. Seul, dans le silence de sa résidence d'Ekolsund, il avait prémédité son dessein, prit l'initiative de son exécution, distribué les ordres, assumé la responsabilité; avec un égal sang-froid, une fois le masque levé, il avait affronté de sa personne le péril : dès lors c'est bien à lui, « qui avait le plus fait» , que devaient revenir tout le profit et tout l'honneur.

Quel jugement convient-il de porter sur la révolution du 19 août?

Fut-elle une usurpation perpétrée parmi souverain dans le seul but de satisfaire l'excès de son ambition et d'étancher sa soif avide de domination et d'arbitraire? A plusieurs reprises l'histoire a enregistré de tels attentats. Tout autre a été l'acte de Gustave III. La conception que ce prince se faisait du gouvernement des hommes, s'éloignait également de la monarchie absolue et de 1 anarchie démocratique. Il n'admettait pas, il est vrai, que le roi régnât sans gouverner; mais il comprenait que les sujets étaient en droit de réclamer des garanties contre le caprice, la passion ou la violence du monarque. C'est pour cela que, dès qu'il fut détenteur de l'intégrité du pouvoir, il ne voulut en conserver que la part nécessaire pour assurer à la couronne sa liberté d'action, sa dignité et le respect de tous.

Ayant vu successivement échouer tous les procédés de conviction et toutes les tentatives de conciliation, il dut se résoudre à employer la contrainte. Il ne le fit qu'à regret et malgré lui : c'est une justice, du reste, qui lui a été unanimement rendue.

Le sentiment impartial, aussi bien celui des contemporains que celui des écrivains qui l'ont ultérieurement étudiée, proclame que la révolution était nécessaire. La facilité avec laquelle elle fut, de la part de toutes les classes de la nation,

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LE COMTE DE VERGENiNES.

acceptée et ratifiée, indique suffisamment à quel point elle répondait aux vœux du plus grand nombre. Elle prouve aussi, pouvons-nous dire en nous inspirant d'une phrase d'un éloquent patriote, « que, si les peuples ne pardonnent jamais aux chefs qui les ont conduits à l'humiliation et à l'abaissement, ils peuvent tout pardonner à ceux qui les veulent faire grands et glorieux » (1).

Les Suédois les plus attachés à l'ancien ordre de choses conviennent eux-mêmes qu'au cas où la situation auraitduré, le sort de la Pologne était inévitablement réservé à la Suède; car, celle-ci, par ses divisions intestines et l'anarchie de son gouvernement, n'offrait qu'une proie trop facile à ses trois avides voisins déjà conjurés pour sa perte (2).

Cette opinion est aussi celle des écrivains allemands, a Un désordre effréné, une rupture complète d'équilibre dans l'État, deux factions sans cesse jalouses, sans cesse persécutantes, des chefs avides et ambitieux, une Diète vendue à des puissances étrangères, un Sénat usurpateur etdespotique, un gouvernement qui portait encore le vain nom de monarchie, mais qui n'était, au fond, qu'un mélange révoltant d'aristocratie et de démocratie réunissant au plus haut degré les abus de ces deux formes de gouvernement : tel était le tableau que présentait la Suède. Il n'y avait qu'une révolution qui pût l'arracher à sa ruine (3). »

En Angleterre, où la force triomphante est d'ordinaire à peu près assurée d'obtenir gain de cause, autant on s'était, avant l'événement, montré réservé envers le roi de Suède, autant, après son succès, les éloges ne lui furent pas ménagés. La fibre nationale était, du reste, flattée cle certaines analogies existant entre la constitution nouvelle proclamée par Gustave III et la constitution anglaise (4).

(1) E. Allou, Lettre au Times, en date du 14 novembre 1870. du Palais du 1 er avril 1897.

(2) Hoepkens, Gedœchtnissrede auf Tessin.

(3) Posselt, Histoire de Gustave III.

(4) Sbebidan, Histoire de la dernière révolution de Suède.

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