CHAPITRE XIV. -JS
« qu'il n'entrait rien dans ses vues de contraire à ses engagements « , ne pouvait, au fond, laisser subsister aucun doute, u malgré les termes généraux » employés, sur les intentions du roi. Le détournement de ce document avait été commis dans les bureaux du ministère des affaires étrangères, à Versailles. Une copie en avait été livrée au comte d'Harcourl, ambassadeur de la Grande-Bretagne, qui s'était empressé de la faire passer en Angleterre, d'où elle était parvenue au chevalier Goodcnck, à Stockholm.
Heureusement, la pièce ne contenait aucun indice sur la nature du complot, son moment et son mode d'exécution. Le mouvement de Scanie fit croire qu'il allait éclater de ce coté, et les adversaires du roi y égarèrent leur attention. Le 18 août au soir, seulement, le plan de la conspiration fut découvert. Mais, ainsi qu'il arrive tou|ours quand les partis en présence sont, d'une part, les membres d'une assemblée et, de l'autre, un chef d'Etat, les premiers perdirent un temps précieux à délibérer, tandis que le second, ne dépendant que de lui-même, agissait.
A ce moment, la situation du roi de Suède était, du reste, désespérée. Les troupes de Ghristianstad n'avaient pu sortir de leur forteresse. Quanta celles embarquées avec le général Sprengtporten, retenues sur leur vaisseau par des vents contraires, elles n'étaient nulle part signalées, et elles ne finirent par arriver dans la capitale que quinze jours après la révolution accomplie.
D'instant en instant, des avis secrets parvenaient au château, annonçant qu'il fallait s'attendre à voir les Bonnets s'emparer de la personne du roi, contre lequel ils avaient en main « une pièce à conviction » , et leur vengeance réclamait déjà autre chose que sa déchéance de la couronne et celle de ses frères. Pour Gustave III, « il n'était plus de milieu, fait observer l'ambassadeur, entre vaincre ou mourir » .
Par bonheur, avant de se résigner à faire arrêter le roi, les Bonnets voulurent mettre la main sur le colonel Carnale, officier plein d'audace et prêt à tout, qu'ils savaient gagné
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par la cour et devenu l'âme de la conspiration. En vain le firent-ils chercher pendant toute la nuit du 18, et cpjand, le matin du 19, ils voulurent se rendre maîtres du Palais Royal, il était trop tard. Le prince les avait prévenus et devancés : le détachement des gardes se trouvait déjà sous les armes et la cour du château remplie d'officiers dévoués et résolus. Le souverain avait commencé l'attaque.
On prétend, non sans raison peut-être, que le jour de la victoire n'est pas le plus difficile : c'est le lendemain. Gustave III sut triompher avec modération. M. de Vergennes est touché et ravi de cette attitude à la fois si grande et si simple.
« J'ai vu hier le roi de Suède, écrit-il au duc d'Aiguillon. C'est la première fois depuis nos événements mémorables. J'ai passé deux heures avec lui, et, si j'ai été enthousiasmé de tout ce qu'il a fait de merveilleux, je ne le suis pas moins de sa modestie. Il ne lui est pas échappé un seul motqui sente la jactance. Il se reconnaît redevable de ses succès à la Providence, qu'il bénit sans cesse de l'avoir si bien dirigé et de lui avoir donné, dans le roi, un ami sincère et zélé, un second père. »
Le premier usage que le prince voulut faire de son nouveau pouvoir fut d'accorder à sa mère un champ d'action digne d'elle, où elle pût donner libre carrière à son activité inquiète et jalouse. Il plaça, en conséquence, la veuve d'Adolphe-Frédéric à la tête du gouvernement de la Poméranie. La pensée était à la fois pleine de déférence et d'habileté, car elle éloignait de la capitale et de la cour, tout en satisfaisant son ambition et ses goûts de commandement et de grandeur, une femme intelligente, inconséquente et fière, capable de susciter de sérieux embarras. Il mit à informer Louise-Ulrique de sa nomination une bonne grâce royale et filiale.
Il lui écrit dès le 20 août :
« J'ai été obligé de risquer le tout pour le tout. Le plan que je préparais avait été ébruité. J'allais être, cette nuit,