‹ Le comte de VergennesChapitre 149 sur 237 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

dénominations regrettables, n'ayant que trop contribué à envenimer les passions et à attiser les jalousies et les haines, disparurent comme par miracle.

II devenait urgent de mettre à exécution la nouvelle forme de gouvernement, ce qui nécessitait la réorganisation de l'administration supérieure.

Le roi, dès le 21, avait rendu leur liberté aux sénateurs consignés dans une des ailes du château, après leur avoir donné, en bonne et due forme, acte de leur déchéance et décharge de leurs fonctions, Buis, en vertu des pleins pouvoirs dont il était investi, il désigna les nouveaux membres du Sénat, dont la plupart faisaient déjà partie de cette assemblée.

Lors des pourparlers de conciliation entre les Chapeaux et les Bonnets qui avaient marqué les débuts de son règne, le roi avait promis cinq sièges de sénateurs aux Bonnets. Maître

et la bénédiction de Dieu, le succès le plus heureux. Les États du royaume ont unanimement reçu et continué une nouvelle forme de gouvernement qui a rétabli la sûreté des sujets de la manière la plus solennelle et mis tin en même temps à toutes les causes de discorde et de division. Nous sommes bien fondés à nous flatter que, de ce moment, l'ancien esprit de parti qui a divisé et déchiré la nation a entièrement disparu.

" iNous ne verrons plus le père opposé au fils, le frère au frère, et chaque famille, en proie aux divisions les plus fatales, se déshonorer par des actions aussi contraires à toutes les lois divines et humaines qu'affligeantes pour les honnêtes gens, qui avaient peine à se persuader que des mœurs aussi corrompues pussent exister parmi les chrétiens.

« Pour accomplir avec plus de promptitude nos desseins et pour voir remplir plus tôt nos espérances, nous nous voyons obligé d'ordonner qu'on s'abstienne, dans toute espèce d'écrit, d'aucun reproche qui puisse offenser les différents partis qui ont régné jusqu'ici, et de défendre'd'employer à l'avenir aucun des noms qui ont servi à les distinguer dans le sens odieux qu'on avait coutume de leur donner.

« La confiance que nous inspire la fidélité de nos sujets nous fait espérer que l'amour du repos et de la tranquillité du pays fera également observer dans les conversations particulières ce qui est dit et ordonné par rapport aux écrits et aux discours publics.

« Par là les lois et les mœurs concourront également au même but et feront des Suédois une nation heureusement unie dans son respect pour Dieu, dans l'obéissance et l'amour de la patrie et dans la pratique de toutes les vertus sociales.

« Donné au château de Stockholm, le 24 août 1772.

« Gustave. »

(d'Agcila, loc. cit.)

de la situation, il ne voulut pas retirer sa parole, et il les leur accorda. Le Sénat se trouva des lors ainsi composé : comte Hierne; comte de Walwyck; baron Bibbing; comte de Stockenstrom; comte Bielke ; comte Ulric de Scheffer, président de la chancellerie ; comte de Hermanson ; comte de Beck-Friis ; comte de Schwerin, grand maitre de la maison de la reine douairière; comte Posse; comte Barck; comte Sinclair; amiral de Falkengreen ; baron Wrangel ; baron Falkenberg, vice -président de la chancellerie; comte Axel de Fersen, feld-maréchal; comte Budensehôld (1).

Ce dernier, ayant décimé le choix de Sa Majesté à raison de son grand âge, fut remplacé par le comte de Liéwen, grand maître de la maison du roi.

Le roi était maintenant, en réalité, un souverain, sinon absolu, du moins gouvernant son royaume et en état de donner des ordres aux président et vice-président de la chancellerie, chargés de leur exécution. Le Sénat, s'étant vu retirer tout pouvoir exécutif, ne participait plus à l'administration qu'en tant que le roi voulait bien le consulter. Quant aux États, s'ils continuaient leur session, ce n'était qu'afin de terminer quelques questions de finances; mais ils ne possédaient plus que le droit de délibérer sur les projets dont ils étaient saisis par l'initiative de la couronne.

L'homme qui allait devenir le personnage le plus considérable du nouveau gouvernement était le lieutenant général comte Ulric de Scheffer, sénateur, nommé, en remplacement du comte de Duben, président de la chancellerie : poste, nous l'avons dit, équivalant au portefeuille des affaires étrangères avec la présidence du conseil.

Nous savons déjà qu'il y avait deux frères de Scheffer. L'aîné, Charles, ancien gouverneur du prince royal, ancien ministre de Suède en France, avait accompagné l'héritier du trône dans son voyage à Paris. M. de Vergennes nous le représente comme doué « d'une honnêteté, d'une intégrité

(1) Archives du ministère des affaires étrangères. Suède, 1772, vol.

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