‹ Le comte de VergennesChapitre 151 sur 237 · CHAPITRE XTV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTV

dame » valait peut-être mieux que d'attacher un collier de diamant au cou de son petit chien!. ..

Plus jeune que son frère de quelques années, Ulric de Scheffer avait embrassé la carrière des armes. A la mort du dernier roi. il était déjà lieutenant général. Nous l'avons vu envoyé par le Sénat pour porter au prince royal la signification de son avènement. Sans pallier ses défauts, M. de Verserines semble, au point de vue de la portée morale, le préférer à son aîné.

« Ulric, constate -t-il, n'a pas des qualités aussi brillantes que Charles, mais il en a de plus solides. Ses vues sonljustes et profondes. Il est capable d'une résolution ferme et courageuse; mais un fonds de paresse et d'indolence naturelles et le goût du plaisir et de la dissipation ['éloignent souvent de son objet. «

Est-ce uniquement à ces « qualités solides » qu'il dut le choix qui, le plaçant à la tête du ministère, en faisait le véritable réorganisateur du gouvernement de la Suède? Il est assez difficile de le supposer. Ulric de Scheffer semble avoir eu un autre titre à cette faveur. Il était, de longue date, l'admirateur et l'ami de la comtesse d'Egmont, qu'il avait connue presque 'enfant, alors que, privée de sa mère morte récemment, elle habitait avec sa tante, la duchesse d'Aiguillon.

« Déjà âgé, écrit Mme d'Armaillé, mais possédant des manières exquises, avec ce respect et ce culte des femmes qui caractérisaient l'homme de l'ancien monde, le baron de Scheffer s'éprit (si l'on peut employer ce terme) de la noble et charmante jeune fille qu'il voyait constamment auprès de la duchesse. Une sorte de confiance amicale s'établit entre eux... Elle l'intéressa par l'isolement moral dont elle souffrait, par la vivacité de son intelligence, le ton élevé, indépendant de ses idées... Philosophe et luthérien, il ne lui offrit pas la direction religieuse qui lui eût été si nécessaire, mais il mit de l'ordre dans ses études et donna un but sérieux à ses lectures, voulant au moins l'aider à faire face aux

soucis de sa vie présente par le travail et la réflexion Elle entendait tout, et son esprit se prêtait merveilleusement aux intention, de cet ami sincère dont l'appui pate rnel lui resta constamment fidèle (I). »

On est en droit de penser qu'actuellement il recueillait le fruit de cette attraction amieale et de ce touchant intérêt. Mme d Egmont ne s'y trompe pas. Elle sent que son souvent est, sans doute, pour quelque chose dans l'élévation du nouveau président de la chancellerie. . N'est-ce pas une smguhere combinaison du sort, fait-elle remarquer au roi de Suéde, que celle qui m'a fait être, des mon enfance, l'amie du ministre dans lequel vous ave Z le plus de confiance? Tellement que .je puis dire que, par son affection, il a autant contribue à mon éducation que son frère à la vôtre (2) „

Les deux frères de Scheffer devaient être fiers de leurs élevés, et, grâce aux soins qu'ils avaient eus pour eux, leurs noms vivront aussi longtemps que ceux de Gustave et de keptimanie.

Au moment où il est placé à la tête de la chancellerie le comte Ulric de Scheffer exerçait un commandement milita'ire a Gothembourg. Le roi lui ayant enjoint de rentrer immédiatement à Stockholm, il prétait, le 7 septembre, le serment de sa nouvelle charge.

Le Sénat ainsi composé, les administrations pourvues de chefs, il restait à en finir avec la Diète.

Le 9, celle-ci terminait l'examen et le vote des impôts ordinaires et extraordinaires à percevoir pendant une période de temps sans fixation de durée, c'est-à-dire jusqu'à l'assemblée ultérieure des États. Puis tous ses membres, dans une séance dernière, furent admis à déposer au pied du trône le résultat de leurs travaux. Ils remirent en même temps au roi la déclaration ou recès ainsi conçu :

« Nous soussignés, sénateurs et États de Suède, comtes barons, nobles, clergé, militaires, bourgeois et communes,'

(1) La comtesse d' Egmont.

(2) Papiers a" Upsal.

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