MONSIEUR MON FRÈRE
« Je vois par la lettre de Votre Majesté le succès qu'elle a eu dans le changement de la forme du gouvernement suédois; mais croit-elle que cet événement se borne à la réussite d'une révolution dans l'intérieur de son royaume?... Que Votre Majesté se souvienne de ce que j'ai eu la satisfaction de
(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772, vol. 263.
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lui dire lorsque, à Berlin, j'ai joui de sa présence ; je crains bien que les suites de cette affaire n'entraînent Votre Majesté dans une situation pire que celle qu'elle vient de quitter et que ce ne soit l'époque du plus grand malheur qui peut arriver à la Suède.
« Vous savez, Sire, que j'ai des engagements avec la Russie ■ je les a, contractés longtemps avant l'entreprise que vous venez de faire. L'honneur et la bonne foi m'empêchent également de les rompre, et j'avoue à Votre Majesté que je suis au désespoir de voir que c'est elle qui m'oblige à prendre part, contre elle, moi qui l'aime et lui souhaite tous les avantages compatibles avec mes engagements. Elle me met le poignard au cœur en mejelant dans un embarras cruel, duquel je ne vois aucune issue pour sortir.
"J'ai écrit de même à la reine mère; je lu. expose les choses dans la plus grande vérité; mais la chose est faite, et la difficulté consiste à y trouver un remède. Je regarderai comme le plus beau jour de ma vie celui où je pourrai parvenir à rajuster ce qui s'est passé, ne pensant qu'aux véritables intérêts de Votre Majesté et ne souhaitant que de pouvoir lui donner des marques de la haute estime et de l'attachement avec lequel je suis, Monsieur mon frère, de Votre Majesté le bon frère et fidèle oncle
« Frédéric. «
Ou cette lettre, publiée pour la première fois par M. Geffroy, porte une date erronée, ou le roi de Prusse ne la fit pas parvenir de suite à son neveu; car celui-ci, plus de quinze jours après, est encore sans réponse directe de Berlin et de Pétersbourg à la notification qu'il a faite à ces deux cours de la nouvelle constitution suédoise. Il s'étonne de ce retard. Des bruits peu rassurants lui parviennent. On lui représente ses deux redoutables voisins comme étant chaque jour déplus en plus disposés à l'empêcher d'affermir son trône parla cessation de l'anarchie qui avait ruiné au dehors l'influence légitime que la Suède pouvait prétendre exercer dans le nord de