CHAPITRE XV
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sont ses droits; si une atteinte quelconque venait à y être portée du dehors, à la forée il opposerait, sans hésitation ni scrupule, la force, à laquelle on l'aurait contraint de recourir. Son incertitude sur les intentions réelles de son oncle fut vile dissipée. Non seulement il dut recevoir prescpie aussitôt la lettre qu'on a lue plus haut, mais celle-ci était suivie d'une autre missive du même prince à sa sœur, auprès de laquelle il exhalait plus à l'aise « la mauvaise humeur » , que lui faisait éprouver ce qu'il appelle « l'action la plus téméraire et la plus étourdie de ses hls » . Il en profile pour accentuer ses menaces de représailles, laissant percer, quelque affectation qu'il mette à s'en défendre, des velléités d'agrandissement du côté de la Pomeranie suédoise.
" li septembre 1772.
« Ma très chère soeur,
« Je suis hien fâché que vous distinguiez si mal vos amis de vos ennemis... Si votre bonheur était solide, je serais le premier à vous en féliciter. Mais les choses en sont hien éloignées. Je vous envoie ici la copie de l'article de notre garantie, tel qu'il a été signé à Saint-Pétersbourg, et j'y ajoute même que, si je ne puis trouver des expédients pour calmer les esprits, je remplirai mes traités, parce que ce sont des engagements de nation à nation et où la personne n'entre pour rien. Voilà ce qui me met de mauvaise humeur de voir que, par l'action la plus téméraire et la plus étourdie, vos fils me forcent à m'armer contre eux.
« Ne pensez pas que mon amhition soit tentée par ce petit bout de la Pomeranie, qui certainement ne pourrait exciter au plus que la cupidité d'un cadet de famille- mais le hien de cet État exige nécessairement que je reste lié avec la Russie, et je serais justement blâmé par la postérité si mon penchant personnel l'emportait sur le bien du peuple auquel je dois tous mes soins.
» Je vous dis, ma chère sœur, les choses telles qu'elles sont, et je ne pronostique que des infortunes; car, si cela en
vient à une guerre, comme je l'appréhende beaucoup, qui vous répondra qu'une partie de votre armée suédoise ne passera pas du côté des Russes ? Et qui vous garantira que cette nation, dégradée comme elle l'est, ne leur livrera pas son roi? Enfin, il y a cent malheurs de ce genre à prévoir, qui me font frémir pour vous ; tandis que je ne vois aucune puissance en état de vous assister et de vous secourir.
« Veuille le ciel que je me trompe et que vous soyez heureuse ! Soyez persuadée que personne ne s'en réjouira plus cordialement que moi, qui serai, jusqu'au dernier soupir, avec autant de considération que de tendresse, ma très chère sœur, votre fidèle frère et serviteur
« Frédéric (1). »
Cette fois les voiles sont déchirés : la guerre apparaît au fond du tableau. On ne connaît plus seulement par ouï-dire le traité conclu, en 1769, entre la Prusse et la Russie, dans le but de les « engager mutuellement à perpétuer les désordres en Suède en soutenant la constitution anarchique qui vient d'être abolie » . Grâce à Frédéric lui-même, on en tient le texte en main. Au traité signé à Saint-Pétersbourg le 2 octobre 1769 avait été annexé l'article secret ainsi conçu :
» Les mêmes parties contractantes s 'étant déjà concertées par un des articles secrets du traité d'alliance signé le 31 mars 1764, sur la nécessité de maintenir la forme de gouvernement consacrée par le serment des quatre ordres du royaume de Suède et de s'opposer au rétablissement de la souveraineté, S. M. le roi de Prusse et S. M. l'Impératrice confirment de la manière la plus solennelle, par le présent article, tous les engagements qu'elles ont pris alors, et s'engagent de nouveau à donner à leurs ministres, résidant à Stockholm, les instructions les plus expresses pour qu'ils agissent en conséquence et avec un commun accord entre eux, et qu'ils travaillent de concert à prévenir tout ce qui pour-
(1) Papiers d'Upsal.