CHAPITRE XV
rail altérer la susdite constitution du royaume de Suède et entraîner la nation dans des mesures contraires à la tranquillité du Nord.
« Si, toutefois, la coopération de ces ministres ne suffisait pas pour atteindre le but désiré, et que, malgré tous les efforts des deux parties contractantes, il arrivât que l'empire de Russie fût attaqué par la Suède ou qu'une faction dominanlc bouleversât la forme du gouvernement de 1720 dans les articles fondamentaux, en accordant au roi le pouvoir illimité de faire des lois, de déclarer la guerre, de lever des impôts, de convoquer les Etals et de nommer aux charges sans le concours du Sénat, Leurs Majestés sont convenues que 1 un et l'autre de ces deux cas, savoir celui d'une agression de la part de la Suède et celui du renversement total de la présente forme de gouvernement, seront regardés comme casus fœderis, et Sa Majesté Prussienne s engage, dans les deux cas susmentionnés et lorsqu'elle en sera requise par Sa Majesté l'Impératrice, de faire une diversion dans la Poméranie suédoise, en faisant entrer un corps convenable de ses troupes dans ce duché.
« Ce présent article secret aura les mêmes force et vigueur que s'il était inséré, mot pour mot, dans le traité principal d'alliance défensive signé aujourd'hui etsera ratifié en mêmes termes.
« En foi de quoi il en a élé expédié deux exemplaires semblables.
» Fait à Pétersbourg, le 2 octobre 1769.
ii (Signé) : Comte de Solms,
" Gomle Panure (1). »
La révélation de ce document, soigneusement dissimulé depuis deux ans, et la communication que Frédéric, d'accord évidemment avec la tzarinc, croyait en devoir faire, étaient chose grave. On pouvait encore espérer que le roi de Prusse
(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772, vol. 263.
310 LE comte de verge::nes.
ne prendrait pas le premier l'initiative d'une rupture; mais pmsque, suivant lui, . l'honneur et la bonne foi l'obligeaient a remphr ses traites . , il n'était que trop certain qu'il n'hésitera* pa 8 t .suivre son alliée si celle-ci commençait la lutte. Du casusfœderis au casus belli il n'y avait de distance que celle qu aurait à frauchir une réquisition de Pétersbourg à Berhn. Or, Frédéric et Catherine ne paraissaient guère disposes a laisser grandir si près d'eux un prince aventureux et hardi, qui venait d'affirmer une ambition naissante, ne reculant pas devant les partis énergiques et servie par un courage réfléchi autant que chevaleresque
C'était bien, du reste, de la sorte que la question était posée. Chargé par son frère d'en expliquer et d'en préciser les termes à la reine mère de Suéde, le prince Henri de Crusse s exprimait sans ambages :
" ...H s'agit de bien discuter l'intérêt de tant de puissances. Tout comme il y en a qui sont attachées à la Suède et qui sans doute, auront été à favoriser la révolution pour en tirer 1 avantage en temps et lieu, tout aussi ,1 y en a d'autres qui, par leur situation, sont obligées à prévenir les desseins d'une puissance qu, pourrait se servir de la Suède contre leurs intérêts.
• Je suis convaincu, en mon particulier, des sentimentsdu roi votre fils. Je suis assuré qu'il n'a aucun dessein formé contre aucune puissance; mais, avec le gouvernement d'à présent, la Suéde deviendra, si elle conserve la paix dix ans puissance prépondérante. Jugez, ma chère sœur, avec équité' et dites ensuite si c'est caprice de la part du voisin formidable si, pour éviter qu'une puissance, qui tout à l'heure ne pouvait lu. nuire, ne se remette en état d'être comptée encore dans la balance politique, il cherche à la prévenir.
« C'est l'état de la question, c'est sur cet objet que le roi votre fils aura à négocier. Il aura sujet de bien mûrement peser ses résolutions avant de les prendre, car il sera ensuite seul responsable des événements. On ne peut agir plus cordialement qu'en prévenant sur de pareils objets. Cela ne se
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fait qu'entre parents; dans d'autres occasions, on saisit la fortune quand elle se présente, et on ne refuse pas d'en profiter (l). »
Il était difficile d'être plus « cordial » et de se préoccuper davantage des liens du sang unissant les deux cours !... Frédéric avait déjà écrit à son neveu : «Moi qui vous aime... moi, votre fidèle oncle. ..je suis au désespoir d'être obligé de prendre parti contre vous... Vous nie mettez le poignard au cœur... « L'autre prince prussien proteste à son tour: « Entre parents, on ne saisit pas la fortune... on se prévient sur ses desseins,... » alors même que ces desseins ne tendent a rien moins qu'à une injustice et à une spolation ; car le luit que poursuivent, sous le masque de ces affectueuses et hypocrites assurances, les deux correspondants de Berlin, est consigné en toutes lettres : on veut, sans parler de la Poméranie, empêcher la Suède de redevenir « une puissance prépondérante el de se remettre en état d'être comptée dans la balance politique » .
Gustave III suivit le conseil qui lui était donné ; » mûrement il pèse ses résolutions d ; cela fait, il accepte « d être ensuite seul responsable des événements » . Ce prince de vingt-six ans, que quelques-uns persistent à représenter comme atteint « dune incurable légèreté de caractère », comme « inconsistant et inégal » et n'agissant que par àcoups, nous donne encore une fois la preuve indéniable de sa puissance à dominer ses propres sentiments, de son calme, de sa réflexion et de son esprit de suite. Aux insinuations mielleuses et perfides, aux menaces mal déguisées de ses deux oncles, il se borne à faire cette simple et digne réponse dans une lettre au prince Henri :
« Monsieur mon oncle,
«Je ne puis assez vous dire combien je suis touché de la franchise avec laquelle Votre Altesse Royale veut bien me
(1) Papiers d'Upsal
parler. C'est la preuve la plus convaincante qu'elle pouvait me donner de son amitié et de l'intérêt qu'elle prend à mon bonheur.
« Mais, mon cher oncle, dites-moi donc, au nom de Dieu ce que j'ai fa.t pour m'attirer l'orage dont vous me montre, que je suis si infailliblement menacé? N'ai-je pas manifeste de la manière la plus évidente mes vues pacifiques? Moi, désir de cultiver l'amitié de tous mes voisins, de respecter les traites, de me concilier leur affection, ne leur est-il pas assez connu pour qu'il soit impossible qu'il leur en reste aujourd'hui le moindre doute? Quels peuvent donc être leurs griefs contre moi, et que demandent-ils?
« S'il est question du changement qui s'est fait dans la forme du gouvernement de mon royaume, vous êtes trop juste, mon cher oncle, pour ne pas sentir que c'est une affaire qui ne peut être traitée avec les puissances étrangères. Elle a été faite et rat.fiée par la nation suédoise ; cette nation y trouve aujourd'hui son bonheur... Quel droit les puissances étrangères peuvent-elles donc avoir de me chercher querelle pour avoir rendu heureux mes sujets?.. Vous m'avouerez bien, mon cher oncle, que, si c'est là une cause de guerre, il n'y a plus de justice dans le monde...
« Que gagnerais-je par des traités et des garanties avec des puissances qui ne connaîtraient d'autres droits que leurs volontés et qui ne consulteraient que leurs forces pour les exécuter? Avec de tels voisins il faudrait nécessairement succomber un jour; et, alors, il vaudrait autant en courir les risques d'abord que d'en venir là après avoir subi l'humihation de me laisser prescrire des lois sur la forme de l'administration de mon royaume...
« Mais je ne puis me mettre dans l'esprit qu'on m'attaquera au mépris de tous les principes de droit et de justice et qu'on attaquera en même temps le droit de tous les souverains et de toutes les nations indépendantes. Je présume mieux de mes voisins, et surtout de celui qui, par des liens du sang toujours si précieux pour lui, a tant de motifs de me