‹ Le comte de VergennesChapitre 163 sur 237 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

La Suède se trouvait fortement enserrée par trois voisins, pour elle également gênants et redoutables. Le Danemark n'avait qu'un bras de mer Insignifiant à traverser pour débarquer sur son territoire, qu'on aperçoit de Copenhague; la Prusse touchait directement les provinces situées en Allemagne que lui avait attribuées le traité de Westphalie, et la Russie joignait la Finlande. En moins de quelques heures, le royaume de Gustave III pouvait être attaqué et envahi de plusieurs côtés à la fois.

Précisément parce qu'il était » un tracassiei" . Frédéric ne semblait que plus à craindre. Avec lui, on ne savait jamais à quoi s'en tenir. La prudence enseignait, sans doute, de ne point trop a s'alarmer de ses menaces» cl de ne pas se Laisser a séduire par ses cajoleries » , de même que la politique conseillait de ne lien précipiter, afin a de le voir venir» ; niais, avec un homme de cette taille elde cette trempe, rien n'était moins de saison que " l'indifférence » .

Le roi de Suède, mieux que tout autre, connaissait son oncle. Il n'ignorait pas que, si la Poméranie suédoise était à sa convenance, malgré ses belles protestations, il ne se ferait pas plus de scrupule d'y porter la main qu'il n'avait précédemment reculé devant la conquête de la Silésie, l'envahissement de la Saxe et le partage de la Pologne. Et précisément pour placer, le cas échéant, Frédéric dans l'odieuse nécessité d'en chasser sa propre sœur, il avait pensé à confier

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à la reine douairière le gouvernement de la Poméranie Pour l'mstant, la correspondance du roi de Prusse avec son neveu prenait un ton un peu plus adouci, presque sympathie. Ce prince laissait entendre que si, au lendemain de la révolution du mois d'août, il avait cru devoir formuler de seneuses réserves, ce n'était que dans l'intérêt même de son jeune neveu : « On s'alarme volontiers, écrivait le bon apôtre pour des parents, surtout lorsqu'on les aime et les estime ,' Il continuait, en félicitant le roi de Suède de voir « se dissiper l'orage » qu'il avait cru prêt à éclater et en l'invitant à donner tous ses soins à « rétablir la concorde et l'union entre ses sujets » .

« Le style de cette lettre, fait observer M. de Vergennes est aussi honnête que les autres étaient peu civiles et même menaçantes, et tout ce qu'y dit le roi de Prusse est sensé et convenable. , Néanmoins, Gustave III n'éprouvait, pour ces tardives et suspectes démonstrations de sollicitude, qu'une confiance médiocre. Tout ce miel ne lui disait rien qui vaille : l'œil au guet, il préférait « voir venir ,. .

Du côté de Copenhague, la situation semblait plus nette en ce sens qu'elle se tendait et s'aggravait davantage chaque jour. Rien déplus aisé que de placer en tête d'un programme « qu'il est à désirer que la Suéde s'unisse au Danemark » Encore fallait-il que ce dernier y consentit. Or, la cour de Christian VII était à la dévotion de la Russie, et la Russie venait de lui prescrire de se joindre à elle et à la Prusse afin d agir d'accord contre le nouvel ordre de choses inauguré à Stockholm. Les dépêches conservées dans les archives du ministère des affaires étrangères de Copenhague en font foi Des le 22 août 1772, l'envoyé danois en Suéde écrit à son gouvernement :

« Le comte d'Ostermann (ministre de Russie à Stockholm) m'a communiqué confidemment le projet d'entretenir une fermentation dans les provinces. Sa cour agirait en Finlande, la mienne en Scanie, celle de Prusse en Poméranie Ce concert éclaterait partout en même temps au moment dé-

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