CHAPITRE XVI
positions qu'il est dans l'intention de prendre pour In défense nationale. Il s'agissait, tout d'abord, d'ordonner au général de Scheffer, actuellement à Gothembourg, de se transporter sm-le-champ à Wennersborg, dans la direction de la frontière de Norvège, et d'y concentrer lous les régiments du district. Aussitôt ce rassemblement opéré, le roi, sous prétexte de faire le voyage, dit Ericsgata, exigé par l'usage après le couronnement, se rendrait au même endroit, afin d'être plus à portée de surveiller les mouvements militaires des Danois.
Dans l'éventualité de cette absence, il avait semblé nécessaire à Gustave III de placer les troupes de Stockholm et des environs sous les ordres d'un chef se recommandant par sa valeur et par son dévouement. Or, telle était la magnanimité du prince qu'il avait eu l'idée d'accorder ce haut poste de confiance au comte d'Hessenstein, qu'il eût nommé à celle occasion feld-maréehal en remplacement du comte Erhensvœrd, récemment décédé. S'il ne réalisa pas ce projet, à ce moment du moins (1), ce fut uniquement dans la crainte de déplaire à Louis XV, qui tenait toujours rigueur à l'officier récalcitrant du 19 août, et qui n'avait point encore reçu la demande de pardon du roi.
M de Vergennes, surpris d'un choix inspiré évidemment par un généreux sentiment, mais que rien ne semblait justifier, y avait fait une opposition discrète, quoique signifîcat ive.
« Le corn le d'Hessenstein, constale-t-il, n'a pas l'expérience nécessaire pour être chargé d'un pareil commandement. En effet, on ne cite de lui d'autres faits militaires que d'avoir été surpris et battu à la tête d'une division de l'armée suédoise dans la dernière guerre de Poméranie. » Il est vrai que l'ambassadeur est obligé d'ajouter : « Malheureusement les autres généraux qu'on pourrait lui substituer n'ont pas de meilleures notes et très certainement ils ont moins de talent et de capacité. » On voit combien le comte Charles de
(1) Le comte d'Hessenstein fut, en effet, promu feld-maréchal le 25 janvier 1773. J
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Scheffer avait raison de regretter que le roi de Suède n'eût pas près de lui « un maréchal de Broglie » .
Avant de partir dans la direction de la frontière norvégienne, Gustave III, toujours porté à trancher dans le vif les questions difficiles, tint à essayer de « débrouiller la situation ». — le mot est de lui — en ce qui concernait le Danemark. Il crut ne pouvoir mieux faire, en vue de mettre, pour l'avenir, la bonne foi et le droit de son côté, que de s'expliquer ouvertement et sans ambages avec son beau-frère Christian VII. Dans ce but, il charge le général baron Sprengtporten, dont le choix était assez significatif, d'aller porter à Copenhague la déclaration suivante :
« Depuis l'avènement du roi de Suède au trône, il s'est efforcé de donner à toute l'Europe, et spécialement aux puissances ses voisines, les assurances les plus positives de son amour pour la paix et du désir qu'il avait de vivre avec elles dans une étroite amitié et une union parfaite.
« Le roi a saisi toutes les occasions qui pouvaient faire éclater ses vues pacifiques, et, si, dans une crise qui n'avait rapport qu'à l'intérieur de son propre pays, on a vu quelques mouvements, ils ont cessé presque aussitôt, et les choses sont rentrées dans l'ordre et la tranquillité ordinaires; tout le monde en a été témoin, et Sa Majesté le roi de Danemark ne saurait l'ignorer. Aucune mesure, pas même la plus légère, n'a été prise depuis, qui pourrait donner le moindre ombrage à Sa Majesté Danoise ou à ses sujets.
« Nonobstant cette conduite, qui a été scrupuleusement observée, Sa Majesté est informée, par des avis certains et réitérés que les armements en tous genres , qui avaient d'abord commencé dans la Norvège, continuent à se faire avec une progression redoutable, au point que Sa Majesté, ne sachant contre qui on les destine, se trouve dans la nécessité de songer à sa propre sûreté et à la défense de ses frontières.
« Elle a pourtant de la peine à croire que Sa Majesté' Danoise veuille, sans aucune cause et sans la moindre raison, atta-