‹ Le comte de VergennesChapitre 166 sur 237 · CHAPITRE XV r · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV r

quer les États de Sa Majesté et commencer une guerre qui entraînerait des suites funestes pour le repos et la tranquillité de l'Europe; mais, comme il est essentiel de la rassurer prudes explications sincèrement amiables entre les deux princes voisins et parents, Sa Majesté ne balance pas à déclarer de nouveau et de la manière la plus solennelle que son intention est et sera de maintenir, autant qu'il est en elle, la paix, l'union et l'amitié les plus parfaites avec Sa Majesté Danoise; et, si le roi de Danemark se trouve animé du même désir, il sera, sans doute, également disposé à donner des éclaircissements sur ce sujet, propres à convaincre Sa Majesté de la sincérité de son amitié, en éloignant tous les soupçons et toutes les méfiances que Sa Majesté cherche soigneusement de son côté à écarter.

« C'est dans des vues si salutaires que le soussigné, envoyé extraordinaire de Sa Majesté Suédoise, a ordre de remettre la présente déclaration à Son Excellence le comte d'Oslen, ministre et secrétaire d'État de Sa Majesté Danoise, dans la persuasion que ce ministre voudra bien s'employer auprès du roi son maître, afin d'entretenir des dispositions si heureuses et si utiles pour les deux cours (1). »

D'un style prudemment étudié et sous une forme diplomatique irréprochable, ce document contenait une mise en demeure nette et formelle d'avoir à faire cesser les armements de Norvège; sorte d'ultimatum pacifique d'où pouvait naître cependant, en cas de réponse équivoque ou de réticence, la guerre immédiate.

Gustave III éprouvait toujours les mêmes sentiments d'aversion pour le roi de Danemark, et, malgré les avis si pressants de Versailles, il semblait plus que jamais éloigné d'une alliance avec Christian VII. « Il préférerait mille lois, disailil, 1 s'unir avec la Russie. » Peut-être même souhait-il d'être obligé de tirer l'épée contre son beau-frère, dans l'espérance, qu'il nourrissait au fond de son cœur, de trouver une occa-

(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772, vol 263.

sion de satisfaire ses secrètes visées d'agrandissement du côté de la Norvège.

Quoiqu'il en soit, sans attendre l'effet produitpar sa déclaration, et comme pour en souligner le caractère comminatoire il résolut, malgré les frimas de la saison, de se mettre en route

La veille de son départ, il reprend avec Louis XV la correspondance autographe et directe que ce prince l'avait autorisé à entretenir avec lui, Du reste, les récents incidents pouvaient entraîner des conséquences trop graves pour que son allié n'en fût pas le premier informé. En conséquence, Gustave 111 lui écrit :

« A Ekolsund, le 8 novembre t772.

« Monsieur mon frère et cousin,

« Rien ne peut être plus satisfaisant pour moi que de recevoir des assurances réitérées, de la part de Votre Majesté, de l'intérêt constant et sincère qu'elle veut bien prendre à ce qui me regarde et du soin qu'elle se donne pour empêcher que mes voisins n'éclatent (sic) dans les mauvaises intentions qu'ils avaient formées contre moi et contre mon royaume, en voyant qu'ils allaient y perdre une influence dont ils n'avaient fait jusqu'à présent qu'un usage trop dangereux cl trop funeste.

» Votre Majesté peut être persuadée que, tant que je respire, je maintiendrai la forme qui m'a délivré d'un joug si odieux; mais je tâcherai de le faire, autant qu'il est possible, par des moyens qui, en assurant ma propre tranquillité, n'entraînent point un si fidèle et si tendre allié, que l'est Votre Majesté, dans des embarras que je serais au désespoir de causer.

« Je fais volontiers cet aveu, et mon cœur ne démentira jamais tous les sentiments que la plus vive amitié y fait naître. Les mesures que Votre Majesté prend pour seconder mes vues paraissent si bien dirigées, que je suis presque assuré de leur succès et que je lui en fais tous mes remerciements; mais j'avoue que je ne comprends rien à la conduite

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