‹ Le comte de VergennesChapitre 168 sur 237 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

et qu'ainsi il ne sera plus question entre elles de doutes ou de méfiances, mais qu'elles vivront dorénavant, comme par le passé, en parfaite union cl bonne intelligence, tel qu'il convient entre deux monarques voisins unis par les liens du sang, de l'intérêt et d'une sincère amitié.

« Le soussigné a l'honneur de remettre la présente déclaration à M. Sprengtporten, envoyé extraordinaire de Sa Majesté Suédoise, le priant de la faire parvenir promptement à la connaissance du roi son maître, afin que l'heureuse confiance entre les deux cours puisse être particulièrement rétablie.

« Comte d'Osten (1). »

Il était diffiede de faire avec plus de hâte, de précision et presque de déférence, amende honorable. L'alarme avait été chaude et courte : une franche explication venait de la terminer heureusement. Le duc d'Aiguillon obtenait encore gain de cause; car, sur la foi des renseignements pacifiques et des rapports rassurants émanés des ministres de France à 1 étranger, il n'avait pas cessé de calmer les susceptibilités, suivant lui exagérées, qu'on éprouvait à Stockholm.

Autant, au cours de la négociation, le roi de Suède avait manifesté de vivacité et de ressentiment, autant, dès qu'il eut obtenu pleine et entière satisfaction, tint-il à se montrer » adouci » et même plein de prévenance et de délicatesse. En effet, dès que le baron de Hesse lui eut remis la déclaration qu'on vient de lire, Gustave 111 enjoignit à plusieurs bataillons de s'éloigner de la frontière; d'autres, qui s'avançaient, reçurent contre-ordre. Aussi, quand l'officier danois proposa de régler par une convention écrite le désarmement, put-il lui faire répondre par le comte Ulric de Scbeffcr « qu'une convention n'était pas nécessaire; que le roi son maître, confiant dans les assurances qu'il avait reçues du roi son beau -frère, n'avait aucunement besoin de plus

(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772, vol. 263.

amples sûretés pour commencer le désarmement; que ce désarmement était même déjà fait, à quclcp.es détachement près, qui avaient reçu également l'ordre de s'éloigner de la frontière; que M. le baron de Hesse était libre de commencer, de son côté, son désarmement, quand et de la manière qu'il lui plairait; enfin, que les déclarations faites par le Danemark ne lui laissaient plus le moindre ombrage sur ce qui se passerait en Norvège » .

Le corn le de Vergennes triomphe encore une fois de ce dénouement pacifique, si heureusement et si rapidement obtenu. « Il me semble, écrit-il au duc d'Aiguillon, qu'il n'est pas possible de témoigner plus de confiance que le roi de Suède en montre au Danemark. J'espère que cette nouvelle preuve, lorsqu'elle sera connue à Copenhague, achèvera de dissiper les inquiétudes, qui y semblent toujours très vives. »

Somme toute, la Suède restait maîtresse du terrain. Au coup droit porté par Gustave III, le roi de Danemark avait riposté... en rompant, et ce mouvement de recul offrait d'autant plus d'importance que ce dernier prince ne' s'était mis en avant que poussé par la Russie. On fut, au fond très froissé de cet échec à Copenhague, et, contre toute vérité et toute loyauté, chercha-t-on à expliquer ce qui venait de se passer, par des insinuations aussi malveillantes que mensongères qui, répandues avec une secrète perfidie dans les chancelleries européennes, finirent par être rapportées à Stockholm.

On prétendit que, si le Danemark s'était trouvé dans la nécessité de procéder à des armements et à des mouvements de troupes, cela tenait à une tentative d'embauchage et de trahison à laquelle le roi de Suède s'était livré en Norvège. Un instant, cette calomnie acquit un tel degré de créance, que le comte de Vergennes tient à s'en expliquer avec le prince lui-même.

«Il est avéré, Monsieur le duc, écrit, le 10 novembre, l'ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères'

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