‹ Le comte de VergennesChapitre 171 sur 237 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Catherine II avait embrassé le parti du Danemark avec son

ardeur accoutumée. Elle y élaiL obligée, du reste, puisque c'était elle qui avait provoqué sou attitude et ses armements. Surprise à l'improviste par la soudaineté du changement de gouvernement survenu à Stockholm, au moment où la faction, livrée à ses intérêts et subissant sa direction, se Ilatlail de s emparer du pouvoir, clic n'avait commencé par manifester que de 1 ctonnement.

"Que dites-vous de la révolution de Suéde? écrivait-elle à Voltaire. Voilà une nation qui perd en moins d'un quart d'heure sa constitution et sa liberté! Je ne sais pas si cela peut s appeler une douce violence, mais je vous garantis la Suède sans liberté et son roi aussi despotique que celui de France. »

Cette autocrate avait horreur du despotisme... clic/, les autres; aussi, bien que, mieux informée sur les résultais de la journée du 19 août, elle ne pût ignorer que le roi de Suéde eût consenti à limiter sa souveraineté, cbcrcba-t-clle le moyen de déterminer le roi de Prusse à tenter, de concert avec elle, d empêcher la nouvelle constitution suédoise de s'affermir et de porter ses fruits. Peut-être même eût-elle cherche à rétablir par la force l'ancien état de choses, si ses armées ne se fussent pas trouvées engagées contre les Turcs et si les operations du partage de Pologne, en pleine exécution, n'eussent, pas, d'autre part, sollicité chaque jour ses préoccupations et ses efforts.

N étant pa, hbre d'agir, elle avait voulu ,„ moills me „ ac< „. «, des ,„ elle appr» q „e le roi de Suède avajl m ' « •

,..e, re 6 ,,»e„ ls en face des troupes danoises sur la £££ de Norvège, elle identifia aussitôt s, eause avee celle de Chnst.an VII. Le comte dOs,c™,„„n, son envol eu' l na.ee a Stoclfafa, fa charec de CQ J^ ~

de Sckeffa la dépêche suivante du eon.te Panine, den

îs £&r a ~* m * " ™°" '— -*e

" S^'-'^lersbourg, le 15 novembre 1772.

« La révolution arrivée en Suède fixe, sans doute, l'atten- Uon de toutes les puissances, et il s'en trouverait difficile^ une q UI ne reconnût la nécessité, existante a plus forte raison pour ses vo.s.ns, de veiller aux suites d un tel événement II e-t vrai que les assurances données à ceux-ci par Sa Ma, s" Suédoise au moment même du changement dans le gouv -ment, touchant la paix et IWtié qu'elle désire cultiver

r ce eux ' ade ^ oiiestran ^-etieuHn g p irer d e i aco ::

fiance majs ,1 ne reste pas moins, pour eux, co mme une ohhgauon de la plus snnple politique et co mme un droit „a urel de défense, de ne point néghger des mesures qui peuvent

;::r;icre couvert de toute ^^^riL ur :

» C'est dans cet état qu'on apprend les armements considérables que fait la Suède, les mouvements et l'assem 2 e de troupes dans la proxnnité de la Norvège et de la Scanie et, au ..lieu de cela, le départ subit du roi pour se rendre ur les beux mêmes, sous l'annonce du voyage'que le ro e" dans 1 usage de fan-e dans ses provinces.

" L'impératrice, accoutumée, pendant tout le cours de son g,e, a trader toutes ses affaires avec toutes les puissances avec la franch.se et la bonne foi qui lui sont naturelles juge qu d est un devoir encore plus strict pour elle de ne s'en po,nt écarter v.s-à-vis de Sa Majesté Suédoise, a raison des 1-ns du sang et de l'amitié sincère qui l'umssen a elle El e

Cil AI' IT il F, XVII.

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ne veut point lui dissimuler les vives alarmes que lui donne cet aspect des choses, et, sans vouloir pénétrer ni juger les intentions ultérieures du roi, elle croit n'avoir point de temps à perdre pour lui faire connaître (pie les engagements les plus solennels lient tous les intérêts du Danemark à ceux de son empire.

.1 En conséquence, Tordre et l'intention de Sa Majesté Impériale, que je vous exprime ici, sont que, aussitôt après la réception de cette dépêche, vous vous rendiez auprès du ministre du roi et que, vous ouvrant sans réserve à lui et lui demandant d'en rendre compte à Sa Majesté Suédoise, vous lui communiquiez que, quels que soient les liens qui attachent personnellement Sa Majeté Impéâale au roi de Suède, quelque sincères que soient l'amitié qu'elle lui porte et l'intérêt qu'elle prend à sa prospérité et à sa satisfaction, elle ne saurait voir indifféremment toutes tentatives, mouvements ou entreprises, de la part de la Suède, au préjudice du Danemark, et quelle regardera toute attaque contre cette couronne, en quelque lieu et sous quelque prétexte et de quelque manière que ce soit, comme une agression contre ses propres intérêts; et Sa Majesté, ajoutant foi aux assurances si positives et si souvent réitérées que le roi lui a données de son amitié personnelle et de son attention à cultiver la bonne harmonie et la bonne union entre les deux Étals, est fermement persuadée qu une communication aussi ouverte que celle qu'elle fait au roi de sa position sera, pour Sa Majesté Suédoise, une preuve évidente de ses sentiments personnels pour elle et de sa confiance (1). «

Catherine ne s'en était pas tenue là : elle avait voulu appuyer la note écrite de son ministre par quelques dispositions militaires. Les nouvelles transmises par l'agent de la Suède à Pélersbourg, le sénateur baron Uibbing, annonçaient (pie des ordres venaient d'être expédiés en vue de la concentration en Finlande, pour le printemps, d'un corps de vingt à vingt-

(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772,

cinq mille hommes, et que des Dré,,-..--,ii^ „ ■

^. l P'tjMidtils avaient auss tôt

commencé à R™ et à Revel V„ l't, aussitôt

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■me, on pouvait tout redouter d'elle, si les hostilités avec Turcs venait à cesser, et si le partage de la Pologne eta.trt.fie par les autres puissances, comme malheureusemon. .1 n'eta.t déjà que trop aisé de le prévoir

Le roi de Suède se prit à diriger de ce côté une prudente attention. Avant tout, il convenait, en accusant réception d la déclaration russe,- d'éviter ce qui aurait été capable dW croître encore les susceptibilités toujours si ombrager, es replTt - r CtC " Sb01 ^ El ' *°+?«", M - de ScLffer

« Le roi s'est fait rend* compte d'une lettre que M le comte Pan.ne, grand maître de la cour de S. M. l'impératrice de toutes les Russics, a écrite à M. le comte d'Os erm envoyé extraord.naire près le roi, en date du 15 novembre' et dont on lui a fait part. novembre,

; Il y reconnaît la franch.se et l'amitié dont il a toujours

e ::ï q T sa Majesté im ^ c «•* p^trée pou

ta», et 8a Majesté pense que cette sincérité, qui convient si -n entre des souverains parents et amis doit égaZe,

«Par une suite du même principe, le roi ne fait point de d.fficultedesouvr.ravec Sa Majesté Impériale sur L vue ; ût ? et ™- et détermineront toujours sa conduTt Elles sont sans art. .ce comme elles tendent toutes à la paix du Nord et à celle de l'Europe qui en dépend P

- Les armements qui se faisaient dans la Norvège exigea^ des précautions de sûreté que le roi devait à Tes États et ses peuples; .nais celles-ci ont été suivies d'expli faons S1 amiableg de ]a part dcs ^^ CQur Ph-

entièrement rassuré et que la confiance se trouve actuel -ent parfaitement rétablie entre lui et Sa Majesté Da.W ■ L exemple que le roi a donné prouve bien qu'il ne veut attaquer aucune puissance, mais que sa résolution est de se

en apithk xvii.

défendre contre quiconque voudra l'attaquer, sous quelque prétexte et de quelque manière que ce soit; et les dispositions équitables que Sa Majesté Impériale vient de faire éclater en se déclarant contre celui qui se porterait agresseur, jointe à l'amitié particulière dont elle a donné au roi des assurances positives et réitérées, le persuadent que Sa Majesté Impériale fera toujours cause commune avec le roi pour maintenir le repos et la tranquillité publique (1). »

Il était difficile de se montrer plus modéré à l'égard d'une puissance qui, depuis plusieurs mois, ne laissait échapper aucune occasion de témoigner son mécontentement, sinon son hostilité déclarée ; car, non seulement la Russie marchait entièrement d'accord avec le Danemark et était la véritable instigatrice des mesures militaires qu'il avait prises et que, malgré ses récentes explications, il continuait, mais on croyait s'apercevoir qu'à Stockholm, Catherine essayait de réveiller et d'encourager sous main l'agitation.

Le comte de Vergenncs éprouve une certaine appréhention pour la tranquillité de la Suède. « J'ai l'objet sous les yeux, écrit-il à la date du 22 janvier 1773, et, quand je combine les menées intérieures et les mouvements du dehors, j'y vois une chaîne de rapports cpii semble me conduire à la découverte de la trame qui s'ourdit contre la Suède. » Il n'estime pas que la Russie puisse songer sérieusement à opérer une nouvelle révolution, impraticable en ce moment à raison de l'amour que le peuple suédois témoigne à son roi ; mais il la soupçonne de chercher l'occasion « d'exercer la prétendue garantie, qu'elle s'est arrogée, des droits et des constitutions de la Suède " . Or, pour donner ouverture à cette garantie, il est nécessaire que l'une des parties intéressées formule une réclamation et fasse appel au garant.

La tzarine doit chercher à fomenter, de la part du peuple suédois, « une réclamation quelconque qui, tout insignifiante qu'elle pourra être par la qualité des personnes qui la feront,

(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772, vol. 2C3.

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