CHAPITRE XVII
rendre nos hommages ; dix heures et demie fut l'heure indiquée. Un lever est un être nouveau en Suède ; mais, comme tout prince est maître de la forme de sa cour et de ses moments, la chose ne pouvait souffrir aucune difficulté de notre part.
« J'arrivai à l'heure prescrite. Je dus m'arréter dans la dernière antichambre, au milieu d'une foule prodigieuse. Tous les rangs, tous les états, tous les âges y étaient confondus : c'est apparemment l'usage du pays. J'attends dans cette situation une bonne demi-heure, et j'aurais attendu encore bien plus de temps sans mot dire, si, à ma grande surprise, je n'avais vu ouvrir la porte de la chambre à coucher et entrer successivement tous les sénateurs. On ne dira pas que c'était pour tenir conseil, puisque les sénateurs destitués jouirent du même avantage.
« J'étais, Monsieur le duc, fort embarrassé de ma contenance et tenté de me retirer, lorsque M. le comte Charles de Scheffer sortit et vint à moi. Je me plaignis du rôle aussi peu décent qu'agréable qu'on nie faisait jouer. Sa réponse ne fut rien moins que satisfaisante, il voulut justifier ce qui se passait par l'exemple de ce qui se pratique en France. La citation me déplut, et je lui repartis que, quand on copiait, au moins fallait-il copier juste II me revient que M. de Scheffer regarde cette réponse comme un sarcasme. Je ne sais si c'en est un, mais ce n'est pas moins une vérité; car le lever, ainsi que bien d'autres nouveautés, ne sont qu'une innovation moderne calquée sur ce qui se pratique a Versailles.
« M. de Scheffer rentra, et, après quelque temps et divers pourparlers entre le grand chambellan qui allait et venait et le maître des cérémonies, celui-ci vint me prévenir que, si j avais des cavaliers à ma suite, je pouvais les faire entrer avec moi. Le même manège se fit auprès de tous les autres ministres.
« Enfin, à onze heures et demie, la porte s'ouvrit pour nous. J'entrai, je fis au roi de Suède un compliment qui ne
sentait poiiU l'humeur et je me prêtai à la conversation La famille royale devant diner au grand couvert chez la ein mère, je m y rendis a l'heure assignée. Je fis ma cour " cercle et a la table et je finis la cérémonie par un très gran dîner que je donna, moi-même, à Voccasw l dc ]fl ^J^ à une parue du Sénat, à tous les mi ni St res étrangers et au,' personnes les plus qualifiées.
roi" ^ reVl \ 1 r r M - lG C ° mte ^ Sch6ffer ' J e '- * Parlé du oie désagréable que j-ava 1S joué la veille, et combien j'avais souffert d une scène qui mW mis en ^ . J ad-
ministres étrangers, qui avaient vu, avec un plaisir malin 1 salaire merveilleux que je recevais de mon ekpressemen de ma complaisance pour le ro, son maître
« M. de Scheffer ma assuré que ce n'était pas l'intention de ce prince, qm ne veut certainement point manquer ni au caractère dontj'a, l'honneur d'être revêtu, ni à ma personne J en suis intimement persuadé, mais le fait dont je me plains nés pas moins certain, et il est malheureusement^ puhhc qud m est sensible. M. de Scheffer a repris ensuite ses arguments de la veille sur l'exemple de la France
« C est de toutes les évasions la moins admissible; car, en admettant la parité, le traitement qu'on nous fait ici n'est pas le même ; mais chaque pays a ses usages. En France, les al bassadeurs et les m.nistres peuvent faire corps; cela ne peut être ici. Les ambassadeurs y jouissent incontestablement du droit de préséance sur les sénateurs, ce que les envoyés ne peuvent prétendre. Si j'identifie ceux-ci à Loi, je n'acauier pas un droit qu'ils n'ont pas et je renonce à celui que'lT » Ce dernier cas est le plus probable, et je ne démêle que trop que c est la qu on en veut venir. M. de Scheffer ne cor teste pas cette préséance, mais il prétend que l'usage est que es sénateurs font leur compliment avant les ambaLdeuT Je n , ai aucun renseignement sur ce qui peut s'être passé du temps de mes prédécesseurs; mais on me persuadera difficilement que M. le marquis d'Havrincourt, qui était ferme et soutenu et qui régnait en Suède lorsque le cérémonial a été