‹ Le comte de VergennesChapitre 19 sur 237 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

On les lui a assez reprochées ces relations de salon avec la société des d'Aiguillon protégés de Mme du Barry! Tout ce qui appartenait à l'ancien parti du duc de Choiseul, hormis peut-être Mme du Deffant, aurait voulu que le nouveau roi de Suède se prononçât nettement ou pour l'une ou pour l'autre des deux factions. On ne pouvait admettre, à Ghanteloup, que le prince fit parvenir aux exilés l'expression de son " attachement", et qu'en même temps il fût au mieux avec ceux qui avaient si ardemment souhaité leur chute. La duchesse de Choiseul se montre froissée de ce qu'elle considère comme une attitude à double face, destinée, tout en flattant les favoris du jour, à se ménager la « bonne volonté » du parti contraire, s'il revenait aux affaires. Dans une lettre a Mme du Deffant, elle traite bel et bien le roi de Suède de « petit intrigant » . Un écrivain, d'ordinaire plus équitable, forçant la même note, va jusqu'à écrire : « 11 elait un fourbe parfait, détestant au fond ce qu'il encensait en apparence, et mêlant, dans son culte hypocrite, Choiseul et. d'Aiguillon (1). »

« Intrigant » et « fourbe » , les mots sont un peu vifs pour la chose la plus simple et la plus naturelle qui fut jamais. Gomme étranger, Gustave 111 n'avait, en aucune façon, à s'immiscer dans les affaires intérieures de la France. Gomme souverain, il était obligé de traiter avec ceux qu'il trouvait en place, faisant taire, ainsi qu'il le devait, ses préférences, s'il en avait; tenu seulement de témoigner aux anciens ministres, ayant montré de l'intérêt et de la sympathie pour son pays, de la bienveillance et de la gratitude. Enfin, comme jeune homme, goûtant pour la première fois les séductions exquises de la cour de Versailles, j'imagine qu'il était libre de diriger ses regards et de porter ses hommages là où l'attiraient ses

étonne, elle surprend, mais elle ne plait ni n'intéresse; sa physionomie n'a nulle expression. Tout ce qu'elle dit sort d'une imagination dcréplée. C'est quelquefois un prophète qu'un démon agite, qui ne prévoit ni a le choix de ce qu'il va dire. »

(1) Charles Vatkl, Histoire de Mme du Barry, t. II.

goûts, son inclination, voire même son admiration pour l'esprit et la grâce joints à la beauté. Et ce fut précisément dans la famille d'Aiguillon que son choix de prédilection s'était fixé (1).

Il y avait, du reste, si peu d' «intrigue » et de « fourberie » dans la conduite du prince que. loin de se cacher, il avait réuni à sa table et la duchesse mère d'Aiguillon et Mme du Deffant, si liée avec les de Choiseul.

Le 14 mars, eut lieu chez le prince un souper plus intime encore que les autres, carMmed'Egmonty vint seule; là, nous apprend la comtesse d'Armaillé, « les plus belles promesses, les serments les plus romanesques furent échangés, tandis qu'elle étouffait avec peine ses sanglots et ses larmes » : l'heure du départ, en effet, était sonnée, et cette soirée mémorable fut, sans doute, la dernière entre Gustave et la comtesse.

Le baron Ulric de Scheffer, envoyé parle Sénat, était enfin arrivé. Il apportait « ce je ne sais quoi de nécessaire « dont parle Mme du Deffant, c'est-à-dire la déclaration que devait faire tout nouveau roi à l'époque de son avènement. Le 15 mars, Gustave III s'empressa de la signer et de la retourner sur l'heure à Stockholm. Ce document était ainsi conçu :

« Appelé, en qualité d'héritier, au gouvernement de la Suède, des Goths et des Vandales, par la Providence divine et en conséquence de l'ordre de succession établi par les États, je croirais ne pas assez reconnaître les tendres sentiments que les sénateurs du royaume ont toujours témoignés à ma personne, si, dès mon premier pas vers le trône, je ne leur donnais les assurances les plus fortes et les plus inviolables, qu'au prix de mon sang et de ma vie je maintiendrai leurs droits et libertés ainsi que la pureté de la doctrine (de la religion protestante). Mon intention et mes souhaits étant fort éloignés de tout ce qu'on entend par le mot de pouvoir arbitraire, je dé-

(1) La comtesse d'Egmont était nièce de la duchesse douairière d'Aiguillon Voir au chapitre VI.

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