CHAPITRE XVIII
cabinet, de Versailles renonça à l'envoi d'un secours dans le Nord et s'en tint à une opération dans le Midi.
Une démonstration maritime, en faveur de la Suède , ayant pour théâtre la Méditerranée, devait paraître à tous, ainsi qu'au comte de Broglie, une conception aussi platonique qu'illusoire, appelée à produire des résultats trop indirects pour être efficaces. On dut esquisser, à Stockholm, un ironique sourire de désappointement en voyant le duc d'Aiguillon déclarer avec son aisance et son assurance habituelles « qu'une escadre française ferait une diversion beaucoup plus avantageuse pour le roi de Suède, si ce prince demandait qu'elle fût employée dans V Archipel » C'était bien imprudemment, scmble-t-il, escompter un effet de répercussion des événements du Midi sur ceux du Nord, qu'une imagination présomptueuse pouvait seule prévoir et espérer.
La cour de France se croyait tellement certaine de l'adhésion de Gustave III au projet d'alliance qu'on lui proposait, que, sans même attendre la signature de ce prince, les ordres avaient été immédiatement expédiés à Toulon pour l'armement de l'escadre. En même temps, le duc d'Aiguillon adressait à M. de Vergennes, pour être par lui, le cas échéant, transmise à M. Durand à Saint-Pétersbourg, la lettre par laquelle cet agent était invité à informer la cour de Russie des engagements liant la France à la Suède. Le ministre des affaires étrangères ajoutait :
« Nous avons déjà déclaré en toute occasion que, si cette couronne était injustement attaquée à raison du changement arrivé dans la forme de gouvernement, le roi ne pourrait pas se dispenser de venir au secours du roi Gustave, mais nous croyons devoir confier plus particulièrement à la Russie que nous avons un traité formel qui nous y oblige.
« Vous verrez dans quel esprit j'explique nos intentions à M. Durand, et vous vous bornerez à lui donner les mêmes assurances, sans entrer dans aucun détail ni sur ce que contient le traité, ni sur le temps où il a été signé. C'est un secret que le roi croit devoir encore se réserver et qu'il ne fera connaî-
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(1) Archives du ministère des „ff : -
clés affa.res étranges, Suède, 1773, vol. 263.